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Quatre-mâts ANTONIN

n°5676
olivier 12
Posté le 26-05-2008 à 20:05:33  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
 Quatre-mâts barque ANTONIN  (3e du nom)
 
Lancé le 25 Août 1902 aux chantiers de France à Dunkerque pour l’armement Bordes. Il portait le nom de l’un des trois frères Bordes.
 
Quatre-mâts barque    3920 tpl   3071 tx JB    2662 tx JN.  
Longtemps commandé par le capitaine Bourgain.
 
Voici l’ANTONIN à Brest en 1914 (probablement accosté à l’épi Grande Rivière)
 
http://img256.imageshack.us/img256/4252/antoninbrestaot1914jx4.jpg
 
Et les officiers de l’ANTONIN en 1907 (7e voyage)
Debouts de gauche à droite : 1er lieutenant René Le Huédé, second Camille Merlen, Capitaine François Bourgain ; assis : 3e lieutenant Joseph Verove et 2e lieutenant Auguste van Renterghem ; entre eux, avec la bouée le jeune mousse dunkerquois.
 
http://img257.imageshack.us/img257/3853/antonin1907jy8.jpg
 
Lors du 8e voyage, le 12 Avril 1908, l’ANTONIN va rencontrer des glaces remontées très au nord dans les parages du Horn. Il devra réduire sa vitesse à trois nœuds, gardant seulement ses huniers, pour traverser un océan de glaces ; reprenant de la vitesse le lendemain, et alors qu’il atteignait 12 nœuds, furent soudain aperçus, à un mille de distance, des icebergs dont l’un dépassait 125 m de hauteur. Cela donne une idée des risques encourus sous ces latitudes !
 
Voici l’ANTONIN en Avril 1910 dans les parages du Horn.
 
http://img257.imageshack.us/img257/3627/antonin1908ep1.jpg
 
Pendant la guerre , l’ANTONIN, d’abord immobilisé à Brest, va faire deux voyages du Chili sous les ordres du capitaine Lecoq, avant d’être coulé lors du 3e voyage par le corsaire SEEADLER du commandant von Lückner.
 C’est au cours de l’un de ces voyages qu’il effectuera sa plus belle traversée : La Pallice- Antofagasta en 72 jours.
 
La fin de l’ANTONIN
 
Capitaine   Félix LECOQ  né le 5 Août 1879 à Saint Père   Inscrit à Saint Malo
Second      Toussaint LE  CORRE  né le 25 Mars 1883 à Perros-Guirec
 
L’ANTONIN quitte Iquique le 18 Novembre 1916 avec un chargement de salpêtre et 50 tonnes de peaux salées pour la maison Gibbs. Il doit se rendre à Brest, à ordres.
Il passe le Horn, puis l’équateur et court tribord amures dans un alizé de NE bien établi.
 
Récit de l’équipage
 
Le 3 Février 1917 à 08h00, par 6°35 N et 35° W, aperçu un trois-mâts carré faisant route opposée. A 08h30, il vient sur tribord et hisse le pavillon norvégien. Avons hissé les couleurs françaises et pendant quelque temps les deux navires font routes parallèles. Puis le « norvégien » hisse le pavillon impérial allemand et le signal « ID » signifiant « mettez en panne ou je fais feu ». En même temps il laisse tomber un sabord découpé dans le pavois et dévoile un canon qui tire un coup à blanc.
Nous mettons en panne, n’étant pas armés pour nous défendre. Le voilier cargue toutes ses voiles, vire de bord et vient se ranger à 50 m de nous.
C’est alors que nous avons remarqué qu’il avait un moteur lui donnant une vitesse d’au moins dix nœuds.  
Aussitôt une embarcation est venue à bord avec un officier et une dizaine de matelots armés. Ordre nous a été donné de mettre nos embarcations de sauvetage à l’eau et d’y prendre place avec tous nos effets les plus nécessaires afin de nous rendre à bord du croiseur.
A 09h45 tout l’équipage est transbordé à l’exception du capitaine et du second.  
Jusqu’à 15h00, les marins allemands ont fait le va-et-vient entre les deux navires, emportant provisions de bouches, toiles, fanaux et divers objets.  
A 15h00, l’officier de prise nous fait embarquer sur son canot, ne nous autorisant à prendre que des vêtements.
Puis l’ANTONIN a été coulé de huit coups de canon.
 
Récit côté allemand
 
Le 3 Février, l’ANTONIN fit son apparition, courant grand largue dans l’alizé. Fuselage impressionnant par sa rangée de sabords en trompe l’oeil. Couru quelque temps au côté de lui pour voir si ce Français pouvait nous gagner de vitesse ; l’ANTONIN semble se prendre au jeu et déferle ses cacatois. Les yeux fixés sur les voiles, nous gagnons un peu. Impression de régater sur le plan d’eau de Wilhemshaven avec cet oiseau des mers taillé pour la vitesse.
Ce bâtiment respirait la noblesse et inspirait le respect. Il était d’une propreté scrupuleuse , son gréement était en ordre et net , sa coque artistement décorée. Les Français sont les seuls à tenir leurs navires si bien briqués. Le vent fraichissant, l’ANTONIN prend quelques ris dans les basses voiles et cargue cacatois et perroquets volants.
Lancé manœuvre d’arraisonnement.
Le commandant von Lückner, car il s’agissait du corsaire SEEADLER, écrit :
 
« Il commença par nous crier dessus dans un français des moins châtiés qui me surprit autant que mon coup de canon avait du le confondre. Je mis cet excès de verdeur sur le compte de l’émotion. Il n’était pas sans rappeler celui du capitaine Rault, lors de la perte du CHARLES GOUNOD. Il n’avait pas ménagé ses imprécations contre nous, l’Allemagne et tout le Saint Empire ! J’appris ce jour-là que lorsqu’un Français se prend à jurer, cela s’entend de loin ! Son courage et sa valeur en sont presque toujours le reflet. »
L’équipage et les officiers de l’ANTONIN furent réunis au grand salon du SEEADLER où on leur fit part des règles en usage à bord et où on leur distribua leurs logements. Puis on leur offrit une collation en attendant le repas du soir.
 
L’épreuve du sabordage des voiliers laissait un souvenir amer, tant dans le cœur des Allemands que dans celui des équipages prisonniers. Et cela conduisait Lückner à festoyer le soir même avec ses adversaires, à l’ombre des vaisseaux engloutis, pour en chasser les fantômes…
 
« -Si je ne puis excuser la perte de mon navire , lui déclara le capitaine Lecoq,  je vous pardonne de vous être ainsi joué de moi. »
 
Louis Lacroix a personnellement interrogé le capitaine Lecoq sur la vie à bord du SEEADLER. Celui-ci lui a confirmé que la nourriture, surtout composée de vivres salés et de conserves enlevés sur les captures était passable, du moins pour les officiers. Le seul gros problème semble avoir été celui de l’eau douce, rationnée au fur et à mesure que le nombre de passagers forcés augmentait.
En dehors de l’imposition d’une stricte discipline, assez compréhensible pour assurer la sécurité du corsaire, les officiers allemands étaient relativement aimables et les marins des différentes nationalités s’entendaient fort bien entre eux. Plusieurs fois par semaine, des concerts d’une heure avec accordéons, mandolines et violons étaient donnés pour tout le monde.
 
Comme ceux du CHARLES GOUNOD, les marins de l’ANTONIN furent rapatriés sur Rio par le CAMBRONNE, puis sur Brest par le paquebot MALTE.
 
Voici une vue du pont de l’ANTONIN. L’officier se tenant sur le pont est le 3e lieutenant Alexandre Camaret (8e voyage 1908)
 
http://img392.imageshack.us/img392/7591/antonin1908lieutenantalsa4.jpg
 
Et un tableau représentant le quatre-mâts  
 
http://img256.imageshack.us/img256/4585/antoninlr9.jpg
 
Cdlt
 
Olivier


Message édité par olivier 12 le 10-08-2008 à 14:45:11

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olivier
n°5724
olivier 12
Posté le 30-05-2008 à 10:38:51  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Pour compléter l'histoire de l'ANTONIN, il est bon de savoir qu'il y eût tout de même de bons moments lorsque, bien des années plus tard, le capitaine Lecoq retrouva le capitaine von Lückner.
 
Ces retrouvailles eurent lieu en 1926 ou 27 à Pernambouc, au Brésil.
Le capitaine Lecoq commandait alors le vapeur PISCO, de la compagnie Bordes, et se trouvait à quai.
Il observait un grand vapeur à trois cheminées, de la Deutsche Amerikanische Dampshiff Gesellschaft qui entrait au port et allait se mettre à quai sur son avant. C'était le CAP POLONIO. Sur chacune des deux passerelles, les pachas observaient la scène, lorsque Lecoq aperçut quelqu'un qui lui faisait de grands signes depuis le CAP POLONIO.
C'était le commandant du paquebot, Félix von Lückner, qui l'avait reconnu le premier.
Le paquebot amarré, le capitaine Lecoq s'en fut aussitôt à bord où il fut reçu avec force accolades à la coupée par le capitaine von Lückner. Jusqu'au lendemain, celui-ci ne s'occupa plus de ses passagers. Les apéritifs furent pris sur le PISCO. Le repas du soir, avec champagne et force libations, eût lieu dans les appartements du pacha du CAP POLONIO. Le soleil était déjà levé que les deux anciens capitaines de voiliers se promenaient encore entre les deux coupées de leurs navires.
Ce fut vraiment une rencontre mémorable entre l'ancien capitaine corsaire et celui qui avait été son prisonnier pendant 47 jours dans l'Atlantique sud.
 
Voici le capitaine Félix Lecoq avec son épouse et sa fille sur le PISCO
 
http://img90.imageshack.us/img90/2308/capitainelecoqvapeurpiswj7.jpg
 
et le capitaine Félix von Lückner du CAP POLONIO
 
http://img90.imageshack.us/img90/2179/capitainevonlcknercappolh6.jpg
 
Cdlt  
Olivier


Message édité par olivier 12 le 30-05-2008 à 10:40:05

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olivier
n°5726
Yves D
Posté le 30-05-2008 à 11:44:59  profilanswer
 

Belle conclusion d'aventure entre deux chevaliers des mers !
Cdlt
Yves


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www.histomar.net
La guerre sous-marine 14-18, Arnauld de la Perière
et d'autres thèmes d'histoire maritime.
n°7605
Rutilius
V. infra.
Posté le 31-07-2008 à 18:28:15  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
   Lu dans Le Figaro n° 95 du 5 avril 1917, p. 2 :
 
   « SUR MER. - Le corsaire allemand. -
 
   Rio-de-Janeiro, 3 avril.   [...]
 
   Le commandant Lecoq du La-Rochefoucault [sic], un des navires coulés par le pirate allemand Seeadler, a fait les déclarations suivantes sur les circonstances dans lesquelles il fut arrêté :

 
   " Le corsaire arborant pavillon norvégien fit un signal pour lui demander où il allait. Il répondit : « Navire français venant de Inquique, allant à Rochefort chargé de sel. » Le pirate hissa le signal : « Bon voyage », puis, tout à coup, il arbora le pavillon allemand et ouvrit le feu contre le La-Rochefoucault [sic].
 
   Quand le capitaine Lecoq arriva à bord du corsaire, le comte von Lukner lui dit brutalement, en lui indiquant son navire :
 
    - Votre cochon va changer de nationalité, c'était un cochon français, maintenant, il sera un cochon allemand, comme les autres ! " [...] »
 
 
   Hormis le fait que l'auteur de l'article confond le La-Rochefoucault et l' Antonin, on ne sait si ce récit est véritablement digne de foi.
 
   Bien à vous,
 
   Daniel.


Message édité par Rutilius le 31-07-2008 à 18:28:42
n°7608
olivier 12
Posté le 31-07-2008 à 18:55:12  profilanswer
 

Bonjour,  
 
Vu le commentaire écrit par la suite sur la noblesse et la propreté du quatre-mâts ANTONIN par von Luckner, je doute un peu des propos rapportés en 1917 par Le Figaro... et de plus le journaliste confond La Rochefoucauld et Antonin; on ne peut pas dire que la rigueur soit son point fort!
De plus, comme le navire fut de toutes façons coulé, je ne saisis pas bien le sens de la phrase rapportée qui parait absurde dans un tel contexte.
 
Mais 1917 était une période difficile de cette guerre et la propagande battait son plein..!
 
Ceci dit, von Luckner a certainement reçu une bordée d'injures de la part du capitaine Lecoq, comme il le rapporte dans son récit, et sans doute lui a-t-il répondu assez froidement.
 
Les deux capitaines se sont réconciliés quelques années plus tard. Ceci montre bien quelle tragédie fut ce conflit, véritable désastre pour notre Europe. Les marins des grands voiliers furent entrainés dans le tourbillon de la guerre alors que quelques années plus tôt, sur les rades du Chili, tous fraternisaient facilement, quelles que soient leurs nationalités.Quand un navire appareillait, les chants traditionnels, à virer ou à hisser, s'élevaient de tous les voiliers sur rade pour lui souhaiter bon vent et cela constituait un moment d'émotion intense, inoubliable...
 
Cdlt
 
Olivier


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olivier
n°7612
Yves D
Posté le 01-08-2008 à 00:12:52  profilanswer
 

Un cochon "provision de route" peut-être qui en passant à bord du Seeadler allait changer de nationalité avant de finir là où finissent les cochons ?
Cdlt
Yves


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www.histomar.net
La guerre sous-marine 14-18, Arnauld de la Perière
et d'autres thèmes d'histoire maritime.
n°7631
Rutilius
V. infra.
Posté le 01-08-2008 à 12:20:24  profilanswer
 

Citation :

Un cochon "provision de route" peut-être qui en passant à bord du Seeadler allait changer de nationalité avant de finir là où finissent les cochons ?


   Bonjour Olivier,
   Bonjour Yves,
 
   Assurément ! Un suidé accomodé à la choucroute, pour améliorer l'ordinaire du bord !
 
   Ceci dit, je n'accordais aucune espèce de crédibilité à ce compte rendu journalistique.
 
   Bien à vous,
 
   Daniel.

n°7637
Yves D
Posté le 01-08-2008 à 15:51:58  profilanswer
 

Pas plus que je n'accorde de crédit aux journaux de cette époque ou d'autre jusqu'à ce que les faits aient pu être vérifiés et croisés à d'autres sources, officielles notamment. Précaution élémentaire chez tous les historiens.
Amts
Yves


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www.histomar.net
La guerre sous-marine 14-18, Arnauld de la Perière
et d'autres thèmes d'histoire maritime.

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