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  LOIRE ― Quatre-mâts barque — Armement Antoine-Dominique Bordes & Fils.

 

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Auteur Sujet :

LOIRE ― Quatre-mâts barque — Armement Antoine-Dominique Bordes & Fils.

n°34583
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 31-05-2012 à 00:20:03  profilanswer
 


   Bonjour à tous,
 
 
   Loire ― Quatre-mâts barque de 2.664 tx jn et de 3.910 tx pl construit à Nantes en 1902 1896, pour le compte de l'armement Antoine-Dominique Bordes & Fils. Capitaines successifs : Loquen ; Thébaud ; Forgeard (père) ; Gascon ; Salaün ; Jaffré ; Le Chevanton ; Riou (Benjamin) (Louis LACROIX : « Les derniers cap-horniers français aux voyages de nickel, de salpêtre et du Pacifique. Les premiers pétroliers à voile. », Lettre-préface de M. Antonin Bordes, Imprimerie S. Pacteau, 1940, p. 198 et 199)
 
   « Loire fut l’avant-dernier quatre-mâts lancé à Nantes pour la maison Bordes. C’était un navire de marche comme tous ceux de cette série et voici un résumé de quelques unes de ses traversées d’aller les meilleures :
 
   En 1897, de Portland (Angleterre) à Iquique, 66 jours.
   En 1898, de Beachy-Head (Angleterre) à Valparaiso, 69 jours.
   En 1900, de Dunkerque à Iquique, 75 jours.
   En 1901, d’Anvers à Iquique, 72 jours.
 
   Ses plus beaux passages de retour furent les suivants :
 
   1898  –  De Iquique à Prawle-Point (Angleterre), 75 jours.
   1899  –           "         Gravelines, 79 jours.
   1901  –           "         Prawle-Point (Angleterre), 86 jours.
   1902  –           "         Sainte-Catherine (Île de Wight), 85 jours.
   1903  –           "         cap Lizard, 80 jours.
 
   En 1913, le capitaine Jaffré qui le commandait, fit le sauvetage des survivants du trois-mâts anglais Dalgonar, qui lui rappelle celui des rescapés du navire-école belge Smeet-de-Nayer, auquel il avait participé en 1907, étant second sur le Dunkerque.
[...]
 
   Attaqué pendant la guerre, le capitaine Benjamin Riou, qui le commandait, put échapper à son adversaire. Le navire fut vendu en 1924 pour la démolition. » (op. cit., p. 154 à 156).
 
   ________________________
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.


Message édité par Rutilius le 05-06-2012 à 17:09:03
n°34584
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 31-05-2012 à 00:23:25  profilanswer
 


   Bonjour à tous,
 
 
   ■ Un marin de l’État ayant servi à bord de la Loire.
 
   ― LE SCOHARNEC Yves Joseph Marie, né le 16 août 1895 à Houat (Morbihan) et y domicilié, décédé le 30 octobre 1918 « en mer sur le vapeur Niagaraprovenant du 4-mâts Loire [d’une] grippe à forme pulmonaire », Matelot de 3e classe sans spécialité, 3e dépôt des équipages de la Flotte « embarqué d’office sur le 4-mâts Loire » –, Matricule Auray, f ° 2.161, n° 161 (Acte transcrit à Houat, le 25 févr. 1921).
   ________________________
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.

n°34585
kgvm
Posté le 31-05-2012 à 09:55:29  profilanswer
 

"Loire" construit en 1902, mais des voyages en 1897, 1898 etc ???

n°34592
Memgam
Posté le 04-06-2012 à 17:42:54  profilanswer
 

Bonjour,
 
"Loire" a été lancé le 8 décembre 1896 et a effectué 30 voyages pour son armateur, de 1897 à 1921. Il a été démoli en 1924.
Son nom est resté dans les annales par son fameux sauvetage des survivants (26), de l'équipage du trois-mâts britannique Dalgonar, démâté et engagé, dans le Pacifique Sud, au large du Chili, en octobre 1913. Il fallut quatre jours de manoeuvre et d'attente au capitaine Jaffré pour oser risquer d'envoyer un canot commandé par le second capitaine Cadic, dans une fenêtre météorologique de calme relatif. On dispose de nombreux récits de ce fait de bravoure, à partir du bref rapport de mer du capitaine Jaffré, et de celui, plus étoffé, du second Mull, du Dalgonar.
Un cas similaire, mais d'une durée plus courte (12 heures), a été le sauvetage de l'équipage du Garsdale par le trois-mâts français Bérengère, capitaine Beaudouart, au sud du Cap Horn, en 1905. Bérengère a été coulé par l'U 62 le 10 mai 1917. (voir le sujet dans le forum).
 
Cordialement.


Message édité par Memgam le 07-06-2012 à 19:36:54
n°34594
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 05-06-2012 à 02:58:32  profilanswer
 


   Bonjour à tous,
 
 
   Société centrale de sauvetage des naufragés ― Annales du sauvetage maritime, 1914, 1er Fasc., Janv., Févr., Mars,  p. 62 à 74, et p. 91.
 
 
                       « Sauvetage de 26 naufragés du voilier anglais " Dalgonar " effectué par le quatre-mâts français " Loire ".
 
 
   Le 13 octobre dernier le capitaine Jaffré, commandant le quatre-mâts Loire de la maison Dom. Bordes faisait, en plein océan par tempête, un des plus beaux sauvetages qui ait jamais été fait en mer, tant à cause des difficultés qu’il présentait, de l’habileté professionnelle qu’il requérait, que des qualités d’obstination dans le devoir, d’abnégation et de courage dont firent preuve le chef et tous ses subordonnés.  
   Le capitaine Jaffré, dans un rapport qui est un modèle de modestie, parle peu de lui-même ; il se borne à relater les manœuvres qu’il a dû exécuter pendant les trois jours qu’il a suivi, encouragé et réconforté par sa présence, ses signaux et sa voix, recherché le matin, lorsque la nuit le lui avait fait perdre, de vue, un malheureux trois-mâts anglais, le Dalgonar, rasé de sa mâture, engagé et presque chaviré (puisqu’au roulis il éventait sa quille), dont les 26 survivants de l’équipage, accrochés à la coque, n’avaient plus d’espoir qu’en Dieu lorsque s’est présentée la Loire ; il s’étend seulement sur le courage de son second et de ses hommes, quand le quatrième jour la tempête ayant diminué de fureur quelques heures, ils purent enfin, au risque des plus grands dangers, effectuer avec une baleinière de sauvetage le transbordement des malheureux naufragés.  
   Le rapport du capitaine Jaffré parle suffisamment aux marins : mais pour réellement sentir la beauté de ce sauvetage et la grandeur de ce drame, il faut lire la relation qu’en a écrite l’Officier anglais commandant le Dalgonar
. »
 
 
                                                                                              – – — < ● > — – –  
 
 
                                                                                                                            « A bord du navire Loire, de Dunkerque, le 14 octobre 1913.  
 
 
                        Journal de bord et rapport du naufrage du navire " Dalgonar " de Liverpool expédié du Callao pour Taltal.  
 
 
   Nous sommes partis du dock de Callao, le 20 septembre 1913, vers 1 heure de l’après-midi. Le navire avait un tirant d’eau de 12' 9" à l’arrière et 11' 7" à l’avant et nous avons mouillé dans la baie. L’équipage fut occupé en bas dans la cale à niveler le lest embarqué dans les deux panneaux. Des bardits furent établis et saisis, bien solidement. Des madriers en plan croisés furent placés dans le carré des panneaux, fortement amarrés et épontillés aux barrots du faux pont. Le lest fut recouvert en grand. Nous avions fait aussi à l’extrémité de chaque tas de lest une cloison pour empêcher le déplacement.
   Il y avait 660 tonnes dans le panneau n° 2 et 340 dans le panneau n° 3.
   Le 23 septembre, à 4 heures du soir, nous appareillâmes du Callao, 30 hommes à bord, tout compris, pour Taltal. Léger vent de Sud-Est et beau temps. Toutes voiles dessus, le navire était très stable, on gouverna au plus près du vent, bâbord amure, cap au Sud-Ouest ¼ Ouest. Le beau temps modéré a continué ainsi jusque par 27° Sud et 84° Ouest. Le 7 octobre, autant que je m’en souvienne, le vent augmenta graduellement et la voilure fut réduite en conséquence.  
   Le 8 octobre dans la matinée, nous eûmes un fort vent d’Est avec des temps à grains. Nous étions sous la misaine et les huniers. J’allai voir en bas, tout était bien. A midi, tout le monde étant sur le pont, on prit bâbord amures, cap au Nord-Est et Nord-Nord-Est. A 7 heures du soir, le vent et la mer ayant grossi, on serra le hunier volant de l’arrière et, à 11 heures, le vent ayant encore augmenté, les deux autres huniers volants furent serrés.  
   Le 9 octobre au matin, fort coup de vent, avec mer grossissant beaucoup, temps très pluvieux, le navire roule et fatigue énormément. A 6 heures du matin, le premier lieutenant, M. Oxnard, redescendit dans la cale et rapporta que tout allait bien en bas.  
   A 8 heures du matin, le vent se modéra un peu mais la mer était très grosse du Sud-Est. Le navire avait le cap au Nord-Est et Nord-Nord-Est. A 8 h. 30, le capitaine Isberter me dit d’aller en bas avec le charpentier pour voir si le lest était toujours bien arrimé. Nous trouvâmes tout en ordre quand nous descendîmes, mais, pendant que nous étions occupés à notre examen, un grain tomba sur le navire. Le petit hunier fixe fut emporté ; les hommes de quart montèrent alors en haut pour ramasser les débris. Au même moment, le navire donna un coup de roulis beaucoup plus fort et le lest rippa un peu. Tout le monde fut appelé et nous fîmes descendre dans la cale pour réarrimer le lest qui fut encore recouvert et accoré pour le mieux. A 11 h. 30, le capitaine donna l’ordre à une bordée d’aller dîner. A midi, la bordée de tribord descendit dans la cale et remplaça celle de bâbord, mettant des épontilles partout où il était nécessaire. A midi, latitude 31° 45’ Sud, longitude 85° 27’ Ouest, il ventait en tempête avec une très grosse mer et des grains violents chaque demi-heure.  
   A 2 h. 30 p. m., un terrible grain assaillit le navire et en même temps un épouvantable coup de mer le frappa par le travers à tribord. Le navire était presque chaviré, la mer déferlait par-dessus. Les épontilles et accores du lest furent arrachés et le lest jeté en grand sur le côté de bâbord. Quelques-uns des hommes qui étaient en bas eurent les jambes enterrées dans le lest et ils ne s’en tirèrent qu’avec de grandes difficultés. Ils grimpèrent tous sur le pont et ceux de la bordée de bâbord montèrent aussi immédiatement, quelques-uns étaient presque nus. Le capitaine ordonna au charpentier de condamner les panneaux tout à fait et donna des ordres pour prendre bâbord amure. La barre fut mise en grand pour laisser porter, et les vergues du grand mât et du mât d’artimon furent brassées en ralingue. Le navire avait le cap au Nord-Est, il arriva au Nord-Nord-Est, mais il ne put dépasser ce point. Le capitaine m'ordonna de hisser deux focs pour aider à abattre mais, tandis que nous faisions cela, l'écoute de misaine qui était toute neuve cassa et, dans une terrible secousse, le navire fut chaviré sur le côté, l’extrémité de la grande vergue et des huniers de l’arrière trempant dans l’eau.  
   Le capitaine Isberter se précipita dans la cabine avec le charpentier à qui il donna l’ordre de sortir les haches qui étaient dans le magasin et de se tenir paré. Le capitaine entra pour quelque chose dans sa chambre puis tous deux revinrent sur le pont. Le charpentier demanda au capitaine Isberter de venir sur la dunette, mais ce dernier s’y refusa et donna l’ordre de mettre le canot de sauvetage de bâbord à la mer, ce qui fut fait convenablement.          
   Six ou sept hommes montèrent dans le canot mais il fut écrasé par les bossoirs. Les hommes purent regrimper à bord. Le capitaine commanda alors de mettre le canot de sauvetage de tribord à la mer ce qui fut également exécuté sans retard. M. May, deuxième lieutenant, le cuisinier, le voilier, le mousse L. Jones, le matelot A. Confrère, et deux ou trois autres hommes sautèrent dedans. Ils le mirent convenablement à la mer ; cependant, malgré leurs efforts, ils ne parvinrent pas à le dégager à cause des remous et du roulis.  
   La tête du bossoir de l’avant porta sur le cuisinier qui était près de l’étrave et l’écrasa ; l’avant du canot fut brisé et la partie restante fut retournée deux fois sens dessus dessous, précipitant les hommes à la mer. Ils parvinrent à remonter à bord, à l’exception du cuisinier qui était écrasé et du voilier qui fut noyé.
  Le matelot Confrère put atteindre le bord, mais il fut entravé dans les cordages des bras de vergues et resta accroché à la lisse pendant deux jours. Il nous fut impossible de l’approcher d’aucune façon et c’est morceau par morceau qu’il fut emporté peu à peu.  
  Quand notre pauvre capitaine vit que le canot de sauvetage de tribord était broyé, il dut évidemment perdre la raison, car il lâcha son point d’appui et alla frapper contre le bossoir de l’arrière, se fracturant probablement le crâne car il ne parla ni ne remua plus. A un moment où j’essayais, avec quelques hommes, en nous cramponnant à l’extérieur du navire, d’aller hisser les focs, je vis le corps du capitaine passer par-dessus bord. Un remous l’entraîna au loin et nous ne le revîmes plus.
   Je donnai l’ordre de couper immédiatement la mâture. Le charpentier, M. Oxnard, et un homme coupèrent le gréement d’artimon.  
   J’envoyai 3 ou 4 hommes à l’avant pour essayer d’avoir des haches dans l’atelier du charpentier. En se servant de cordes, ils purent y arriver et ils commencèrent à couper le gréement de l’avant. Le mât d’artimon partit le premier et cassa à environ 10 pieds du pont et juste sur le bord de la lisse.  
   J’encourageai mes braves officiers et mes hommes autant que je le pus pour exciter leurs efforts ; 40 minutes plus tard, environ, les trois mâts étaient par-dessus bord. Le grand mât fut coupé par M. Oxnard, le charpentier, et quelques hommes ; il se brisa également à huit ou dix pieds au-dessus du pont et au-dessus de la lisse. Ce fut alors le tour du mât de misaine qui fut cassé de la même façon, mais, avec le roulis, la tête du mât de misaine se redressa, le mât se souleva de son emplanture d’au moins une dizaine de pieds et retomba avec une terrible force sur la carlingue. S’il avait manqué une seule fois de retomber sur la carlingue, il aurait sûrement traversé le navire de part en part. Chaque fois qu’il retombait, la coque était violemment ébranlée. Nous n’espérions plus vivre que quelques heures ; cependant, après que nous fûmes débarrassés des mâts, la lisse redevint visible à nouveau ; mais nous ne pûmes atteindre le gréement sous le vent pour le couper, car la mer arrivait à la moitié du pont, jusqu’au bord du panneau. Dans la chambre, les cabines sous le vent étaient remplies d’eau qui brisait tout à l'intérieur où il était tout à fait impossible de pénétrer, d’autant que nous nous attendions à chaque instant à ce que les mâts fissent des trous dans la coque ou à ce que le navire chavirât complètement.
   J’encourageai les hommes de mon mieux en leur disant d’avoir confiance en Dieu et qu’il nous aiderait tous. Il était à peu près 8 heures du soir, la tempête continuait avec de violents grains de pluie et une mer démontée ; nous étions tous rassemblés en dehors de la lisse sur l’arrière de la dunette.  
   M. Oxnard et M. May, avec quelques hommes, descendirent à l’aide de cordes dans le salon par la claire-voie et par la chambre de veille ; ils fixèrent une chaise dans le salon et me firent descendre en bas à l’abri. Nous étions tous mouillés et avions froid ; nous pûmes cependant nous arranger pour trouver quelques vêtements secs qui étaient dans l’armoire de réserve, et du biscuit. Après cela, nous nous remîmes entre les mains du Dieu tout-puissant car nous n’avions plus l’espoir de voir se lever le jour, nous trouvant trop loin dans le Sud et pas assez loin dans l’Ouest pour avoir la chance de rencontrer aucun navire retournant en Europe. Cependant, je mis un officier et 2 hommes à veiller, car rien n’est impossible à Dieu.  
   Le reste des hommes se mit à l’abri dans la chambre de veille et le salon à côté de moi, mais chacun d’eux était amarré à une corde pour lui permettre de remonter sur le pont au besoin.    
   Je demeurai assis sur ma chaise toute la nuit, priant Dieu de tout mon cœur et de toute mon âme, et je n'ai aucun doute que tout le monde faisait comme moi. A minuit la tempête faisait rage, toujours avec grosse mer et grains de pluie. Le navire roulait fortement ; parfois son pont se trouvait perpendiculaire à la mer et nous nous attendions à chaque instant à ce qu’il chavirât complètement.  
   Le 10 octobre, M. May et ses 2 hommes de veille virent un feu vert à bâbord AV. Nous saisîmes vivement quelques fusées volantes et deux feux bleus pris dans la chambre de veille, et nous allumâmes fusée après fusée et feu bleu après feu bleu ; mais nous n’en avions pas allumé plus de deux ou trois qu’on nous répondit par un feu bleu. Oh ! comme nous acclamâmes et remerciâmes Dieu ! Pas une langue ne saurait le dire. Dieu avait entendu notre prière et envoyé un navire à notre secours. Au lever du jour, nous le vîmes venir dans notre direction avec ses voiles brassées carré par notre tribord. Il vint tout près de notre arrière, sous le vent, et tous ceux qui en étaient capables témoignèrent de leur joie par trois acclamations. Le nom du navire était Loire, de Dunkerque ; il hissa le pavillon français avec le signal
: " Voulez-vous abandonner ", auquel nous répondîmes par l’affirmative.  
   Le navire vira 4 fois autour de nous ce jour-là, mais ne put nous aider à cause de la terrible tempête et de la mer en furie qui régnaient à ce moment là. Plusieurs des hommes qui savaient nager voulaient sauter par-dessus bord, tandis que le navire était tout près nous, mais je m’arrangeai pour les en empêcher, car j’étais persuadé qu’ils n’auraient jamais pu arriver jusqu’au navire, et ils m’écoutèrent. Quand il fit jour, nous remarquâmes que nos trois mâts étaient partis et cassés juste en dehors de la lisse et qu’avec eux était parti le beaupré, brisé en dehors du cercle de petit foc ; les tiges de ridoirs avaient été cassées au ras de leur manchon et cela fit que nous nous sentîmes le cœur un peu plus léger. Une chose que je désire indiquer à propos de mes bons officiers et hommes, c’est que je suis très fier de dire que M. Oxnard, deuxième officier, et M. May, troisième officier, ont fait leur devoir comme de vrais marins anglais et exécuté mes ordres à la lettre, conservant constamment tout leur calme et travaillant ensemble pour le bien commun. De grands éloges leur sont dus. Notre charpentier, M. Dunker, s’est conduit comme un héros plein de calme et pensant aux autres comme à lui-même ; il s’est attaché à sa grande tâche comme un homme qui veut réconforter les hommes qui travaillaient avec lui, en coupant les mâts, et je dois dire qu’il mérite aussi de grands éloges. Des compliments sont également dus à tout l’équipage : tous sont restés pleins de sang-froid et solidaires et ont exécuté mes ordres comme de nobles marins britanniques. Puisse Dieu les bénir tous et les protéger !  
   A 3 heures de l’après-midi, quand nous nous aperçûmes qu’il était impossible qu’on nous secoure ce jour-là, nous essayâmes de nous procurer quelques biscuits et de l’eau, et revêtîmes quelques vêtements secs et nous réussîmes à nous procurer tout cela. A l’aide de cordes nous pûmes arriver à la pompe qui, fonctionnant très bien, nous permit d’avoir de l’eau douce, ce dont nous  fûmes très heureux car à ce moment-là nous  commencions à avoir grand soif.  
   A 4 heures de l’après-midi, notre compagnon le quatre-mâts barque Loire tourna autour de nous pour la quatrième fois, qui fut la dernière de ce jour-là, et vint tout près sous notre arrière. Le capitaine nous fit signe de la main ; il nous pria d’être calmes et patients, et il hissa le signal de façon à nous faire comprendre qu’il avait l’intention de rester près de nous, ce que nous accueillîmes par trois acclamations ; il nous répondit de même et cela soulagea nos cœurs considérablement. Nous nous préparâmes alors à passer la nuit comme devant, consumant des feux pour la nécessité d’établir notre position et nous nous remîmes alors entre les mains de Dieu pour qu’il nous protège contre les périls de la mer.  
   Le 11 octobre, dès qu’il fit jour, nous étions un peu découragés en ne voyant plus le navire français. Notre héroïque charpentier et 3 ou 4 hommes s’offrirent volontairement pour nous débarrasser de l’ancre de bâbord qui était amarrée sur le gaillard et dont ils furent assez heureux pour réussir à couper les saisines, ce qui soulagea un peu le navire. Alors ils descendirent volontairement dans la cale du panneau AV pour se rendre compte si rien  
ne pouvait être fait au lest ; mais quand ils y furent, ils trouvèrent le lest sur bâbord, remontant jusqu’aux barrots du faux pont et reconnurent l’impossibilité de faire quoique ce soit à un tel lest qui roulait de-ci de-là comme des billes avec le roulis du navire. Ils trouvèrent aussi de l’eau, de l’avant à l’arrière, dans l’entrepont ; mais ils gardèrent cela pour eux et n’en parlèrent pas aux autres hommes pour qui c’eût pu être une cause de panique.  
   A 10 heures du matin, le navire français était de nouveau en vue à tribord, et en quelques minutes nous pouvions le voir venir à nous avec ses voiles carrées dessus. Personne, excepté ceux qui ont éprouvé une si terrible situation, ne peut penser combien sa vue soulagea nos cœurs, et une fois de plus nous sûmes que nos prières avaient été entendues par notre grand Créateur. La tempête continuait toujours à souffler avec violence, grosse mer. Nous avions tous notre ceinture de sauvetage autour du corps et nous étions préparés pour le pire. Notre miséricordieux ami navigua deux fois autour de nous ce jour-là et, à la seconde, il hissa un signal expliquant
: « Attendez que le temps se modère ». Oh ! comme nous l’acclamâmes et le remerciâmes. Nous étions dès lors sûrs qu’il ne nous abandonnerait pas, mais qu’il nous verrait mourir jusqu’au dernier ou nous sauverait. Alors nous nous remîmes entre les mains de Dieu pour une autre nuit, et continuâmes à veiller attentivement. A minuit, le vent soufflait toujours très fort, soulevant des montagnes de mer auxquelles rien ne pouvait résister et à tous moments nous entendions quelque chose qui se brisait dans la cale, sous nous ; cela partait comme un canon, le navire était secoué et tremblait d’une façon terrible.  
   Le 12 octobre, la tempête se poursuivait, grosse mer et, autant que j’en pouvais juger, le navire dérivait dans la direction Nord-Nord-Ouest à une vitesse d’à peu près 2 milles ½ à l’heure, ce qui fut reconnu à peu de chose près correct quand nous fûmes sains et saufs à bord de notre bon navire Loire. Au lever du jour, notre bon navire n'était pas en vue, mais nous ne pouvions pas voir très loin, car le temps était bouché, avec de fortes bourrasques de pluie.  
   A 9 heures du matin, nous prîmes une Bible, qui était en même temps un livre de prières, qu’un des hommes avait en sa possession dans sa poche, et nous récitâmes un service funèbre pour notre pauvre capitaine Isberter, H. Unger (cuisinier et maître d’hôtel), H. J. Cousin (matelot voilier) et Arthur Confrère (A. B.) qui avaient perdu la vie. Le service funèbre fut récité par M. A.-L. May, troisième officier qui, étant le fils d’un clergyman (pasteur), était le plus désigné pour la circonstance, chantant les hymnes et remerciant Dieu pour sa merveilleuse miséricorde, en envoyant ce voilier à notre secours, alors que nous n'avions pas vu le moindre navire depuis notre départ de Callao. Après que le service fut fini, la Loire fut en vue encore une fois, et vint près de notre arrière et sous le vent, mais il était toujours impossible de mettre un bateau de sauvetage à la mer, celle-ci étant furieuse, avec de violents grains de pluie en rafale.  
  Nous tremblions tous comme des feuilles, étant mouillés tout le temps par la mer, les embruns et la pluie. Ce jour-là, notre ami resta en vue continuellement et quand la nuit vint, nous gardâmes un feu, la lumière étant visible par intervalles, auquel il répondit.  
   A minuit, la tempête diminua un peu et la mer se calma considérablement.
   Le 13 octobre, au lever du jour, le vent recommença et fraîchit encore, mais la mer s’était calmée beaucoup. Notre ami le quatre-mâts barque était en panne, par le travers au vent sous ses huniers et sa misaine. Il avait deux pavillons de signaux qui flottaient signifiant
: " Je viens à votre secours ". Au bout de quelques minutes, nous vîmes l’équipage mettre le canot de sauvetage à la mer et venir dans notre direction sous le commandement du second capitaine, M. Yves Cadic, en risquant leur vie car le vent croissait encore considérablement et il y avait une très grosse mer. Nous fixâmes une corde de deux pouces à une bouée de sauvetage et nous la leur jetâmes, car ils ne pouvaient pas s’approcher à moins de soixante brasses, à cause de la forte mer ; ils l’attrapèrent et nous y fixâmes une corde de trois pouces et demi, qu’ils amenèrent à eux et attachèrent à l’arrière du canot. Ils avaient aussi à l’avant une ancre flottant avec quinze brasses d’aussière pour empêcher le canot de venir en travers à la mer. Alors nous prîmes notre ligne de grande sonde neuve, que nous avions sur la dunette, et l’amarrâmes sur une autre bouée et la leur fîmes parvenir ; nous fîmes une boucle au milieu de la ligne de sonde et le charpentier prit un retour de cette ligne à la lisse de dunette et, à tour de rôle, les hommes se placèrent dans la boucle ; le charpentier les faisait alors descendre à l’eau et le second et un de ses hommes assis à l’arrière du canot en halant sur la ligne recueillaient les hommes sains et saufs dans le canot de sauvetage. Ainsi fut fait pour chacun d’eux, les vieux et les infirmes ayant été sauvés les premiers, jusqu’à ce qu’ils aient eu treize d’entre nous dans leur canot. J’étais dans le canot de sauvetage et j’avais avec moi tous les papiers du navire, excepté mon journal de mer (log book) qui est perdu ; j’avais essayé de le retirer de ma chambre après notre première nuit en me penchant au dehors, mais elle était pleine d'eau et tout y était brisé et mélangé. Alors le canot partit dans la direction du navire. M. Oxnard hissa sur une petite perche la lettre R., se conformant en cela aux instructions que le capitaine de la Loire avait données à ses officiers pour le prévenir que le canot retournait à bord. Nous arrivâmes le long du bord, sains et saufs, et nous nous préparâmes à sauter quand le canot serait au niveau de la lisse du navire où son équipage était prêt à nous saisir. Treize d’entre nous furent déposés sains et saufs à bord. Le second capitaine, M. Cadic, ne s’attarda même pas une minute avec son brave équipage, mais courageusement recommença encore, au risque de leur vie, pour sauver le reste de nos compagnons, ce à quoi ils arrivèrent heureusement. Le charpentier fut le dernier homme à quitter l’épave ; la lettre R. flottait ; il descendit de lui-même et quand il fut dans la mer, il laissa aller la corde (the line) et fut hissé sain et sauf dans le canot qui arriva très bien le long du navire, transbordant tout le monde avec les mêmes dispositions que précédemment.  
   Les canotiers crochèrent alors les palans du bateau de sauvetage que nous aidâmes tous à remonter à bord, aussi vite que possible, de façon à l’empêcher d'être brisé et il fut déposé sur le pont. Nous allâmes tous sur la dunette et remerciâmes Dieu, le capitaine, ses officiers et ses matelots, et leur donnâmes trois acclamations qui partaient du cœur pour avoir sauvé notre vie, au risque de perdre la leur. Ils avaient leur deuxième canot de sauvetage paré pour le cas où quelque chose nous serait arrivé. Ils avaient aussi de très grands sacs, pleins d’huile, traînant à l’avant et à l'arrière, ce qui empêchait les gros paquets de mer de briser et d’inonder (swamping) le canot. Quand le chargement du premier canot fut sain et sauf à bord, je vis le capitaine qui se tenait sur la passerelle et qui pleurait comme un enfant. Je courus à lui et le remerciai ; il me dit alors qu’il ne nous aurait jamais abandonnés, même s’il avait eu à rester près de nous pendant trente jours, il aurait vu mourir le dernier d’entre nous ou nous aurait tous sauvés. Nous étions tous sauvés à midi, latitude 28° Sud, longitude 87° 4’ Ouest, vent du Sud et tournant rapidement encore en forte tempête. La voilure fut établie et on reprit le plus près du vent bâbord amure. Le capitaine, les officiers et l'équipage nous donnèrent des vêtements secs, et quelque chose à manger et à boire et nous traitèrent de la façon la plus humaine. Les hommes avaient tous une couchette dans l’entrepont avant. Le charpentier et quelques hommes firent des copeaux destinés à nous servir de matelas, et le capitaine sacrifia deux bonnes toiles à voiles, les découpa, et fit ainsi des couvertures pour chacun de nous ; c’était très propre, bon et chaud. En bas dans le poste avant, tous les hommes étaient installés très confortablement. Le capitaine et moi nous occupâmes de tous ceux qui avaient été blessés ; ils furent installés dans un endroit à part. R. Jones fut le premier soigné ; son bras était enflé démesurément, depuis l'épaule jusqu’au bout des doigts, mais l’os n’était pas fracturé. Le capitaine le lui enveloppa et lui donna une chambre dans le roof de la dunette. Notre charpentier était contusionné à la hanche et au genou et son pied aussi avait été coupé et blessé ; le capitaine l’enveloppa également et l’envoya avec le charpentier du navire. E. Maganske, Ellison (Charles), Kavanagh (James), Eniger (Mitchel), A. B. et B. Mullaney, tous ayant été plus ou moins blessés aux bras et aux jambes, le capitaine les soigna régulièrement chaque jour. Moi-même et M. Oxnard eûmes une chambre dans le salon et M. May trouva de la place avec le deuxième lieutenant de la Loire. Et ainsi chacun était emménagé très confortablement. II y avait 26 d’entre nous de sauvés et le total de l’équipage étant de 33, nous étions 59 hommes à bord, ce qui imposa la nécessité absolue de se mettre à la demi-ration. L’équipage du navire a bien voulu y consentir pour notre bien et j’espère que tous seront hautement récompensés à l’arrivée et que Dieu bénira et protégera nos sauveteurs, partout où ils iront.  
   De grandes louanges reviennent au capitaine Jaffré (Michel), capitaine du bon navire Loire, pour son action héroïque en restant près de nous pendant 4 jours, faisant manœuvrer son navire tout le temps et dont le pied ne quitta pas le pont depuis le moment où il vit nos fusées jusqu’à celui où il nous sauva.  
   Et aussi au second capitaine, M. Cadic (Yves), qui commandait le canot, et son équipage pour l’adresse avec laquelle ils manœuvrèrent le bateau de sauvetage au risque de leur vie pour nous sauver ; et aussi au deuxième officier (1er lieutenant), M. Boulet (Paul), et à l’équipage pour la façon splendide dont le navire fut manœuvré pour nous sauver. J’espère que Dieu, notre Père, qui est au ciel, les bénira et les protégera tous, et les récompensera hautement tous pour leur action héroïque.  
   Le troisième jour après que nous fûmes sauvés, ma tête enfla terriblement et je fus très malade pendant une semaine. Le second capitaine, M. Cadic, était également très souffrant, par suite de ses efforts à bord du bateau du sauvetage où il contracta un très gros rhume. Il dût suspendre son service une semaine et n’est pas encore guéri. Il a été soigné tout le temps par le capitaine.
 
   Quant à nous, nous sommes maintenant tous très bien, Dieu merci.  
 
   Signé : W. A. H. Mull, second du Dalgonar.
»
 
 
                                                                                              – – — < ● > — – –
 
 
                                                                 « Récompenses honorifiques accordées par la Société
 
                                                                                                      EN MER
 
                                                                                                Médailles d’or.
 
 
   MM. JAFFRÉ (Michel-Victor), capitaine du 4-mâts Loire.
          CADIC (Yves-Marie), lieutenant du 4-mâts Loire.  
 
   Sauvetage en plein-Océan, par tempête, après 4 jours de manœuvres et d’efforts, des vingt-six hommes du voilier anglais Dalgonar rasé de sa mâture et engagé. – 10 au 13 octobre 1913.
»
 
   ________________________
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.


Message édité par Rutilius le 05-06-2012 à 03:01:17
n°34595
Memgam
Posté le 05-06-2012 à 16:49:12  profilanswer
 

Bonjour,
 
Voici le schéma des manoeuvres de "Loire" pour rester en vue de "Dalgonar" pendant quatre jours et trois nuits.
Source : Léon Haffner, Peintre officiel de la Marine, A l'assaut des Océans, 1936.
 
Cordialement.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6368/Numeriser%2027.jpg

n°34596
Memgam
Posté le 05-06-2012 à 17:00:07  profilanswer
 

Bonjour,
 
Pour en savoir un peu plus sur "LOIRE",
 
Source : chasse-marée n° 160, mai 2003.
 
Cordialement.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6368/Numeriser%2028.jpg

n°34597
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 05-06-2012 à 19:10:17  profilanswer
 


   Bonsoir à tous,
 
 
                                                                Navigazette, n° 1.307, Jeudi 14 mai 1914, p. 1 et 2.
 
 
                                                Le  sauvetage de l’équipage du Dalgonar par le quatre-mâts français Loire
 
   La Société centrale de Sauvetage des Naufragés, à son assemblée générale annuelle qui a eu lieu la semaine dernière à la Sorbonne, a décerné le prix Émile Robin et une médaille d’or, offerte par Mme Pauline Camps, au capitaine au long-cours Jaffré, commandant le quatre-mâts Loire, de la maison Bordes : une médaille d’or, offerte par Aimé Bianchi, au second capitaine Cadic, et elle a partagé le prix du baron et de la baronne Léopold Davillier entre le second capitaine Cadic, le maître d’équipage Hamet et les matelots Cochard, Plouhaert, Pesnel, Brochen, Kerné et Le Vay, qui armaient la baleinière de sauvetage qui a recueilli l’équipage du navire anglais Dalgonar, et l’a transbordé sur le voilier Loire.  
   Le voilier Dalgonar, de Liverpool, ayant trente hommes d’équipage, avait quitté le Callao le 20 septembre 1913, à destination de Taltal. Le navire était sur lest. Le 9 octobre, il fut assailli par un fort coup de vent d’Est. Pendant un grain, un énorme coup de mer frappa le navire par tribord. Les épontilles et les accores du lest furent arrachées et le lest jeté en grand sur bâbord. Le navire ne put se redresser, resta engagé et dès ce moment fut en perdition. Le capitaine Isbester donna l’ordre de mettre un canot de bâbord à la mer ; mais ce canot fut brisé et un matelot et le cuisinier furent écrasés le long du bord. Le capitaine Isbester, projeté contre un bossoir, se fractura le crâne et fut enlevé par une lame qui balaya tout l’arrière du navire.  
   Le second capitaine, W. A. H. Mull, prit alors le commandement du Dalgonar et donna l’ordre de couper la mâture pour tenter de relever le navire. Les mâts tombèrent l’un après l’autre par-dessus bord et le navire se souleva un peu, mais si peu que l’équipage s’attendait à chaque instant à le voir couler. Enfin, le 10 octobre, à 4 heures du matin, le lieutenant May aperçut un feu vert sur l’avant : c’était le feu de tribord du quatre-mâts Loire.  
 
   « Le 10 octobre, à 3 h. 30 du matin, écrit le capitaine Jaffré, du quatre-mâts Loire, dans son rapport de mer, le premier lieutenant, M. Boulet, qui était de quart, vient me prévenir dans ma chambre de veille que l’on apercevait par tribord, devant et sous le vent, une masse noire, un navire probablement, sans feux de position et qui venait de brûler un feu coston. Je sors aussitôt de ma chambre de veille et fais serrer le vent. Le supposé navire était déjà par notre travers à une distance de moins de 100 mètres. Il brûlait de nouveau deux feux coston, puis aussitôt lançait une fusée de détresse. Immédiatement, supposant que c’était, un navire qui demandait du secours, je fais serrer les cacatois, les six perroquets, les deux basses voiles et la misaine, en faisant gouverner au plus près, et je reste ainsi jusqu’à 5 heures du matin en brûlant des torches de temps en temps pour répondre à ses fusées qu’il lance toutes les vingt minutes. Le vent est Sud-Sud-Est et fraîchit, en se mettant à la pluie.  
   « A 5 h. 15 du matin, je prends tribord amures sous les huniers ; le temps est complètement bouché ; à 6 heures, j’aperçois par bâbord un navire à batterie, démonté de ses trois mâts au ras du pont, et couché complètement sur bâbord ; je gouverne dessus et je viens passer à son arrière sous le vent pour prendre le tribord amures à 6 h. 30. En passant à son arrière, je reconnais le Dalgonar, de Liverpool, allant de Callao à Taltal. Par moment, sa quille sort de l’eau dans les coups de roulis ; je lui demande s’il a besoin de secours. Il répond
: " Oui. "  Je lui demande aussi s’il allait abandonner son navire, il répond : " Oui. "
   « Il vente gros temps de Sud-Sud-Est avec très vilaine apparence ; la mer est très grosse et je ne puis, sans risquer la vie de mes hommes, mettre une embarcation de sauvetage à la mer. Je dispose cependant mes deux baleinières de sauvetage avec l’armement nécessaire, toutes prêtes à être mises à l’eau à la première embellie.  
   « Je cours au plus près tribord amures jusqu’à 8 h. 30 du matin et je prends bâbord amures jusqu’à 10 heures ; me trouvant au vent, je laisse porter et, à 10 h. 45, je passe sous le vent tribord amures au plus près. Il nous signale
: " Ai besoin de secours, restez près de moi, je vous prie. " Je réponds : " Oui." Je cours alors, de 10 h. 45 à midi, la bordée tribord amures, temps bouché pluvieux, gros temps de Sud-Sud-Est. Le vendredi à midi, je reprends bâbord amures et, à 2 heures, je cours vent arrière sur l'épave que je contourne pour reprendre tribord amures jusqu’à 3 h. 45 et reprends à 4 heures bâbord amures ; à 5 h. 15 du soir, je refais route sur l’épave et la contourne à 5 h. 45 en reprenant tribord amures à 6 heures. En passant sous le vent, je remarque que l’épave donne de très violents coups de roulis, la quille sort de l’eau, et les pavois plongent entièrement dans l’eau. Couru tribord amures jusqu’à minuit, heure à laquelle je laisse porter en fuite pendant cinquante minutes. La mer est très grosse, toujours coup de vent. A 6 heures, j’aperçois droit devant l’épave ; à 6 h. 30, je reprends la cape bâbord amures jusqu’à 9 h. 15 du matin. Le vent rehâle le Sud-Sud-Est, sans mollir, temps bouché. A 9 h. 15, je laisse porter et, à 11 h. 45, je contourne l’épave ; on voit 13 hommes amarrés sur la dunette.
   « Le midi, 11 octobre, je prends la cape, tribord amures jusqu’à 2 h. 30 du soir, et à partir de 3 heures, je recours bâbord amures ; toujours même temps, le coup de vent ne mollit pas, pas de vue (on aperçoit sur l’eau un caisson à air d’embarcation de sauvetage). A 5 h. 30 du soir, je suis près de l’épave ; je lui signale
: " G. K. " (Attendre que le temps se soit amélioré). Il répond : " Oui " et " X. O. R. " (Je vous remercie.).  
   « Le 12 octobre à midi, je me trouve par latitude 29° 44’ Sud, longitude 88° 48' Ouest ; l’épave aurait dérivé en vingt-quatre heures de 48 milles dans le Nord 20 Ouest. A 1 h. 10 du soir, je prends la panne tribord amures sous le grand volant au vent de l’épave, à environ 5 milles, et je reste ainsi jusqu’à 4 heures du soir. Il vente toujours, coup de vent du Sud-Sud-Est. Il est encore impossible de songer à leur porter secours, il passe par moment de forts grains de pluie avec rafales.              
   « Je prends la panne tribord amures jusqu’à 5 h. 20 du matin où, au petit jour, je fais le plus près tribord amures. Il passe de forts grains de Sud-Sud-Est avec pluie. 8 heures du matin, je prends la panne tribord amures à 4 milles au vent de l’épave.  
   « Je mets la baleinière de sauvetage tribord avant à la mer, montée par sept hommes, les nommés Hamet, Cochard, Pouhaert, Pesnel, Brochen, Kerné, Le Vay, avec le second M. Cadic comme patron, et l’envoie porter secours aux naufragés. Dès que, après avoir embarqué une partie des naufragés, je vois la baleinière se diriger vers le bord, je fais disposer des bouées de sauvetage, filer de l’huile, et répartir du monde sur le bord pour aider à l’embarquement. A 10 heures du matin, nous embarquons treize hommes sans accident ; ce sont les plus vieux et six blessés. Je renvoie aussitôt, avec le même armement, la baleinière chercher le restant de l’équipage, car il reste encore treize autres hommes, et je prends aussitôt la panne tribord amures, toujours au vent de l’épave. J’attends sous cette panne jusqu’à ce que le dernier naufragé soit dans la baleinière. On les voit du bord se jeter à la mer et se laisser haler avec l’aide du va-et-vient. Dès que le dernier naufragé a hissé le pavillon R., comme il a été convenu, je cours vent arrière sur l’épave. A 11 h. 30, je passe sur l’avant et viens prendre la panne bâbord amures sous le vent. On embarque aussitôt l’arrivée de la baleinière les treize derniers naufragés avec un peu plus de facilité ; les grains sont moins violents, quoique la mer grosse. Je fais hisser aussitôt l’embarcation de sauvetage avec son armement sur les bossoirs de tribord derrière et fais mettre sur le pont.  
   « A midi, le 13 octobre, tout le sauvetage était terminé ; je me trouvais à un demi mille de l’épave, latitude 28° 58' Sud, longitude 89° 54' Ouest.
   « Je suis resté du vendredi 10 octobre, 3 h. 30 du matin, jusqu'au 13 octobre midi pour les sauver. Durant ce temps, je n’ai eu qu’à me louer tant de la conduite et du dévouement de mon équipage que de mes deux officiers, M. Cadic, second capitaine, et M. Boulet, premier lieutenant, qui m’ont particulièrement aidé pour mener à bien, malgré le mauvais temps, ce périlleux sauvetage. Aussitôt l’embarquement terminé, je réunis mon équipage et avec leur assentiment, je décide, en mettant tout le monde à la demi-ration, de continuer ma route. Donné immédiatement des soins aux blessés et disposé les magasins pour les loger.  
   « A partir du 13 octobre, descendu dans le Sud, etc.  
   « Le 18 novembre, par 21° Sud, rencontré le trois-mâts La Fontaine. Je lui demande s’il peut me donner quelques vivres, car la traversée s’allonge et mes vivres diminuent rapidement (Nous sommes cinquante-neuf à bord). Il me répond
: " Avec plaisir. " Envoyé une baleinière de sauvetage avec trois hommes ; il me donne ce qu’il peut et il me demande si l’on veut lui donner quelques naufragés. Aussitôt renvoyé la baleinière avec six Anglais naufragés.  
   « Pris les alisés
(sic) du Sud-Est par 19° Sud et 28° Ouest, etc.  
   « Dans les journées des 1er et 4 décembre, rencontré deux vapeurs ; signalé en les prévenant que des naufragés sont à bord et en les priant de donner de nos nouvelles...  
   « Entré à Dunkerque le 5 janvier, à la marée du soir. —
 
   Le capitaine
, signé : JAFFRÉ. »  
 
   Ce rapport n’a pas besoin d’être commenté. Il est admirable. Ce sauvetage est un des plus beaux que l’on connaisse et la marine française peut en concevoir un légitime orgueil.  
 
   RAYMOND LESTONNAT.

 
                                                                                              – – — < ● > — – –  
 
 
                                                       L’Ouest-Éclair – éd. de Rennes –, n° 5.524, Lundi 2 février 1914, p. 2.
 
 
                                                                                        IL ÉTAIT GRAND TEMPS
 
                                                           Le voilier Loire ayant recueilli 26 naufragés manqua de vivres.

 
   L’Ouest-Éclair a relaté dernièrement le naufrage du vapeur (sic) anglais Dalgonar, dont l'équipage de 26 marins fut recueilli par le quatre-mâts Loire, de la maison Bordes. Mais ce navire ayant déjà une assez longue traversée, n’eut bientôt plus de vivres en assez grande quantité. Il fut donc très heureux de faire la rencontre du grand voilier français La Fontaine.
   Le capitaine de La Fontaine nous envoie de Delfzye (Hollande), l’extrait suivant de son journal de mer :  
 
   « Le 18 novembre 1913, à 6 heures du matin, l’officier de quart signalait un quatre-mâts par tribord arrière : " Je crois capitaine qu’il a hissé un signal d’appel." Je me rends compte du fait et constatai que ce navire portait le signal urgent : deux pavillons au mât d’artimon et un signal de grande distance au mât de misaine. Je changeai immédiatement ma route et mis le cap sur le quatre-mâts. Quelques heures après (Il faisait petite brise), nous étions bord à bord. Ce navire était la Loire de la Maison Bordes, capitaine Jaffré. Il me signala successivement :
   " — Pouvez-vous me donner des vivres ? "
   " — J’ai 26 naufragés à bord."
   Après avoir vérifié mes provisions, je réponds : " Avec beaucoup de plaisir."  
   Il envoya sa baleinière montée par six hommes et commandée par le 1er lieutenant. Celui-ci était porteur d’un pli à mon adresse. Le capitaine Jaffré m’expliquait sa situation. Il avait un grand besoin de vivres et ne croyait pas pouvoir arriver en Europe sans manquer de nourriture. Depuis le 13 octobre, son équipage était à la demie ration ainsi que les naufragés. Je lui fis donner tout ce qui me fut possible en fait de provisions de bouche, ne gardant à mon bord que le nécessaire puis, pour l’aider encore plus efficacement, je lui demandai de me céder six naufragés. Il accepta avec plaisir, cela diminuant beaucoup sa consommation journalière.  
   « Voilà comment j’ai participé au sauvetage des marins du Dalgonar.  
   « Je termine en disant que le sauvetage des naufragés du Dalgonar fut fait par M. Cadic, second de la Loire, qui agonise aujourd’hui victime de son dévouement, de son grand courage et de son sang-froid. Pendant quatre jours, le 2e capitaine Cadic dut déployer, pour  
sauver les naufragés, une énergie très grande. Il dut leur crier la façon de s’y prendre pour gagner sains et saufs la baleinière de secours. A force de crier, sa voix se perdait dans la tempête – il gagna un terrible mal de gorge dont il souffre beaucoup aujourd’hui.
»  
 
   ________________________
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.


Message édité par Rutilius le 06-06-2012 à 09:43:40
n°34599
Memgam
Posté le 05-06-2012 à 20:57:33  profilanswer
 

Bonjour,
 
Après le sauvetage des survivants (quatre morts, dont le capitaine Isbester) du "Dalgonar", l'épave a connue une longue dérive dans le Pacifique. Rencontrée par la goëlette "Inca" le 4 février, elle finit par s'échouer en mai sur l'île de Mopihaa, dans les îles de la Société.  
 
"Dalgonar", trois-mâts barque de 2665 t, construit en 1892 à Southampton pour Gracie, Beazley.
 
Source : Basil Lubbock, The last of the Windjammers, Volume II, Brown, Son & Ferguson, 1929.
 
Cordialement.


Message édité par Memgam le 05-06-2012 à 20:57:53
n°34600
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 06-06-2012 à 09:41:46  profilanswer
 


   Bonjour à tous,
 
 
                          L’Ouest-Éclair – éd. de Caen –, n° 5.540, Mercredi 25 février 1914, p. 10, en rubrique « Nouvelles maritimes ».
 
 
                                                                                              « Nos sauveteurs
 
   PARIS, 24 février. — M. Aajam a accordé les récompenses suivantes aux personnes désignées ci-après :
 
   M. Jaffré, capitaine au long-cours, commandant le quatre-mâts Loire, inscrit à Brest,  médaille d’or de première classe pour avoir sauvé l’équipage du trois-mâts anglais Dalgonar, démâté et chaviré. A manœuvré pendant trois jours et demi autour de l'épave, déployant une habileté professionnelle consommée, des qualités remarquables de décision et de sang-froid, une ténacité dans le dévouement qu’aucune difficulté n’a rebutée, un courage et une énergie que rehausse la modestie avec laquelle il a relaté les faits dans son rapport de mer.  
   MM. Cadic, capitaine au long-cours, second de la Loire, inscrit à Paimpol, médaille d’or de première classe. A commandé la baleinière qui a effectué le sauvetage, particulièrement difficile des 26 hommes accrochés sur la coque du trois-mâts Dalgonar ; Hamet, maître d'équipage, inscrit à Saint-Brieuc ; Kerne, matelot, inscrit à Morlaix ; Pesnel, matelot, inscrit à Granville ; Brochen, matelot, inscrit à Paimpol ; Le Vay, matelot, inscrit à Paimpol, médaille d’argent de première classe. (Composaient l’équipage de la baleinière de sauvetage).  
   Boulet, lieutenant au long-cours, premier lieutenant, inscrit à Nantes, médaille d’argent de deuxième classe. A secondé avec vaillance le commandant de la Loire dans les manœuvres délicates autour de l’épave du Dalgonar.
   Pochard, inscrit à Lannion, gratification de 50 francs. Faisait partie de l’équipage de la baleinière de sauvetage.  
   Le sous-secrétaire d’État a adressé en outre un témoignage officiel collectif de satisfaction aux cinq autres matelots composant l’équipage du quatre-mâts Loire pour la bonne volonté qu'ils ont montrée dans les manœuvres difficiles exigées pour le sauvetage et en acceptant d'effectuer la traversée de retour en France à demie ration.
»  
 
 
                                                     L’Ouest-Éclair – éd. de Rennes –, n° 5.572, Dimanche 29 mars 1914, p. 10,  
                                                     en rubrique « Nouvelles maritimes ~ Marine marchande ~ Petites nouvelles ».

 
 
   « RÉCOMPENSES. — Le roi Georges d’Angleterre a accordé des médailles d’argent de sauvetage au capitaine Jaffré, commandant du voilier Loire, ainsi qu’a plusieurs marins de ce navire qui se sont distingués au cours du naufrage du voilier anglais Dalgonar, dans le Pacifique sud, en octobre dernier. On sait que le ministre du commerce français a déjà décerné des récompenses à ces mêmes marins pour le même sauvetage. »
 
 
                            L’Ouest-Éclair – éd. de Rennes –, n° 2.626, Vendredi 22 mai 1914, p. 8, en rubrique « Nouvelles maritimes ».
 
 
                                                                                       « Prix Henri Durand de Blois
 
   PARIS, 21 mai. — Le ministre de la Marine a accordé des prix Henri Durand de Blois aux sauveteurs ci-après désignés
: [...]
 
   MM. Cadic, second du voilier La Loire, 1.000 fr. ; Hamet, maître d’équipage, 160 fr. ; Kerne, Cochard, Pesnel, Brochen, Poulhaër, Vay, matelots de La Loire, chacun 140 fr. Sauvetage de 26 hommes du trois-mâts anglais Dalgonar. [...] »
 
   ________________________
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.


Message édité par Rutilius le 30-08-2013 à 20:27:41
n°34603
Memgam
Posté le 06-06-2012 à 16:43:30  profilanswer
 

Bonjour,
 
Au cours du sauvetage, Yves Cadic, le second de Loire, a contracté une laryngite grave doublée d'une affection rénale suraïgue entraînant des complications pulmonaires. Il a quitté  son service à bord le 18 novembre 1913. Débarqué à l'arrivée de Loire à Dunkerque, le 5 janvier 1914, il décédera à Lézardrieux le 14 mars, laissant derrière lui une épouse et un fils de quatorze mois. Né à Bréhat le juillet 1884, inscrit à Paimpol, n° 14235, il était capitaine au long cours.
 
Source : chasse-marée n° 160, mai 2003.
Brigitte et Yvonnick Le Coat, Cap-Horniers français, mémoire des marins des voiliers de l'armement Bordes, chasse-marée, 2002.
 
Cordialement.


Message édité par Memgam le 07-06-2012 à 19:43:36
n°34611
Memgam
Posté le 08-06-2012 à 17:12:35  profilanswer
 

Bonjour,  
 
Les deux protagonistes sous voiles.
 
Source : Robert de la Croix, Mystères de la mer, Plon, 1957.
 
Cordialement.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6368/Numeriser%2029.jpg

n°35851
Memgam
Posté le 30-12-2012 à 17:10:58  profilanswer
 

Bonjour,  
 
Le capitaine Jaffré, après le sauvetage de l'équipage du Dalgonar au retour du 23 ème voyage de Loire (et le premier pour lui en tant que capitaine) effectue deux autres voyages.  
Ayant livré à La Pallice son nitrate, il repart pour Taltal et Iquique, revenant à Nantes en mars 1916. Les deux voyages suivants, en 1916 et 1917 sont commandés par le capitaine Joseph Marie Texier. Puis, le capitaine Benjamin Riou part pour le Chili, mais passe par Panama pour livrer à Norfolk où les canons sont supprimés en mai 1918. De là, il refait un aller et retour sur le Chili, via Panama, étant réquisitionné à Caleta Coloso le 27 août 1918. De retour à Iquique, il est déréquisitionné le 26 avril 1919 et rentre à Dunkerque le 21 août 1919.
 
Source : Claude et Jacqueline Briot, Cap-horniers du nitrate, armement français Bordes, BOD, 2012.
 
Cordialement.
 
Vue de détail d'une maquette de compagnie de Loire, la dunette avec la double barre à roue, la claire-voie du salon, les chaînes de sauvegarde du safran, page 191 de Jean Randier, Grands voiliers français, 1880-1930, Editions des quatre seigneurs, 1974.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6368/Numeriser%20132.jpg


Message édité par Memgam le 22-02-2013 à 09:52:23
n°36267
Dennou
Posté le 08-02-2013 à 22:41:31  profilanswer
 

Bonjour à tous,
Sincèrement,merci pour toutes ces contributions dont j'ai pris connaissance avec émotion.Je suis l'aînée des quatre petits-enfants d'Yves Cadic décédé à son retour en France.Mon père ne parlait jamais de ce sauvetage des marins du Dalgonar.Il avait beaucoup souffert de la mort prématurée de son père qui laisssait une veuve de 27 ans et un garçon de quelques mois.Et il fallut vivre avec peu de ressources car au pays de Ploubazlanec une veuve de marin ne se remariait pas.Et je mesure aujourd'hui combien ce silence nous prive d'une partie de l'histoire de ma famille paternelle.J'ai peu de souvenirs de mon grand-père.Quelques cartes postales du "Loire" et d'autres navires de la Compagnie Bordes sur lesquels il a navigué,une photo et ce que j'ai pu découvrir dans les archives de la marine.Aussi,si vous possédiez des photos des équipages du "Loire" ou de quelconques documents ou objets en rapport avec mon grand-père, je serais très heureuse de le savoir.Et puis,surtout,j'essaie d'imaginer le voyage de retour Chili-Dunkerque et les conditions de vie à bord,avec un second malade et des marins anglais venant s'ajouter à l'équipage du quatre-mâts.   Il existe peut-être encore quelques lettres qui relatent cela.
Par avance,un grand merci.


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Dennou
n°36268
Memgam
Posté le 09-02-2013 à 07:28:55  profilanswer
 

Bonjour,  
 
 
L'un des coauteurs de l'article du chasse-marée n° 160 : Le Dalgonar sauvé par le Loire en 1913 (sic) est jacques Le Coadou, petit-fils de Charles Riou, beau-frère du second Yves Cadic et présent à bord lors du sauvetage.  
Yves Cadic, capitaine au long cours, avait douze mois de service à l'Etat, 124 mois et treize jours au commerce, un mois et un jour à la petite pêche.
 
Cordialement.
 
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6368/Numeriser%20182.jpg

n°36273
Dennou
Posté le 09-02-2013 à 22:22:44  profilanswer
 

Bonsoir Memgam,
Merci pour cette photo que mon père avait précieusement conservée car c'était la seule qu'il possédait.Ma mère me l'a montrée il y a  quelques années et,malgré mes recherches je ne suis pas parvenue à la retrouver.Qu'en a-t-elle fait,je l'ignore.Merci également pour les informations soncernant ses services.J'ai également trouvé qu'il effectué un service militaire de11mois et 10 jours sur le cuirassé  "Brennus",après avoir passé 20 jours au "dépôt" (Brest? Cherbourg? ou ailleurs?).

n°36274
Memgam
Posté le 09-02-2013 à 22:57:03  profilanswer
 

Bonjour,  
 
Les élèves officiers de la Marine marchande, à l'époque, faisaient leur service militaire à bord du cuirassé Brennus, basé en Méditerranée. Avant d'y être affectés, ils passaient d'abord par le dépôt des équipages de leur port d'inscription. Dans le cas d'Yves Cadic, s'il s'agit du 2 ème dépôt, c'est à Brest, Cherbourg étant le 1 er dépôt.
 
Pour Loire, le retour à Dunkerque avec un quasi doublement de la population du bord, a obligé le capitaine Jaffré, après consultation de l'équipage selon la règle et avec son assentiment, à imposer la demi-ration. Il a été aidé par la rencontre avec le trois-mâts La Fontaine le 18 novembre, qui lui a fourni des vivres et a pris 6 anglais à bord. Pour autant, quelques marins du Loire ont obtenu de l'armateur, un dédommagement pour avoir été mis à la demi-ration.
 
Source : article du chasse-marée n° 160, opus cité ci-dessus.
Photo du cuirassé Brennus (1893-1919).
 
Cordialement.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6368/sc000a505d.jpg1..jpg

n°36275
Memgam
Posté le 09-02-2013 à 23:29:38  profilanswer
 

Bonjour,  
 
<< Le 6 avril suivant, le Conseil supérieur de la santé de la Marine ayant à statuer sur le risque professionnel ayant entraîné le décès du capitaine au long cours Yves Cadic le 14 mars 1914 et afin de préserver les droits de sa veuve, adresse une note à l'Etablissement des Invalides établissant nettement les causes de sa mort : laryngite grave doublée d'une affectation rénale suraigüe entraînant des complications cardio-pulmonaires. Le risque professionnel ne paraissant pas discutable, le Conseil supérieur de la santé de la Marine émet l'avis que les droits de madame Yves Cadic à un secours d'urgence et à une pension peuvent être établis. Yves Marie Cadic avait navigué comme premier lieutenant au 28 ème voyage du quatre-mâts Tarapaca, puis comme deuxième lieutenant sur le vapeur Magellan de chez Bordes avant de devenir second capitaine au 22 ème voyage du quatre-mâts Antoinette pour enfin embarquer sur Loire (voyages 23 à 25) en juin 1912. Ses notes sont élogieuses : Conduite exemplaire, bonnes qualités de marin et manoeuvrier, plein d'entrain>>
 
Source : Claude et Jacqueline Briot, Cap-Horniers du nitrate, Armement français Bordes, BOD, 2012, page 144.
 
Photo à bord de Loire, chasse-marée, opus cité.
 
Cordialement.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6368/Numeriser%20184.jpg

n°36292
Dennou
Posté le 12-02-2013 à 11:43:17  profilanswer
 

Bonjour Memgam,
Merci pour votre dernier message qui me donne des précisions quant aux circonstances et aux causes du décès de mon grand- père. Merci aussi pour la photo du Brennus.Je vais également orienter mes recherches vers l' historique
de ce cuirassé dont je n' avais jamais entendu parler jusqu' à il y a quelques semaines en consultant les registres matricules conservés à Brest.J'y ai par ailleurs découvert les feuillets concernant mon grand-père maternel Pierre-Yves Bernard et son frère Yves Marie....et je crois bien qu'il reste encore d'autres membres de la famille à découvrir puisque mon grand-père Yves Cadic avait trois frères également lieutenants ou capitaines.  
Bien cordialement à vous.

n°36293
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 12-02-2013 à 11:53:28  profilanswer
 


   Bonjour Dennou,
 
 
   • A propos du cuirassé Brennus (1893 ~ 1919), V. ici le sujet qui s'y rapporte —>  http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] _488_1.htm
 
   _____________________________
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.

n°36308
Memgam
Posté le 12-02-2013 à 18:58:08  profilanswer
 

Bonjour,
 
<<Yves Cadic était né dans une famille de marins : son père avait commandé le baliseur Fresnel des Ponts et Chaussées pendant de longues années. Ses quatre frères étaient également marins, deux naviguaient au commerce, un autre était capitaine au long cours et le dernier quartier-maître dans les équipages de la Flotte.>> (chasse-marée n° 160, opus cité).
 
Le CLC Pierre Cadic, frère d'Yves, était son aîné, né à Ploubalzanec (22) le 5 octobre 1882, inscrit à Paimpol avec le n° 209.
On le trouvera ci-dessous sur la photo de l'état-major de Jacqueline lors de son 7 ème voyage, de mars à octobre 1902. Assis à côté du capitaine Emile André, qui voyage avec son chien, le second François Bequet. Derrière eux, en uniforme de la compagnie Bordes, de gauche à droite, le premier lieutenant Louis Bailleux, le deuxième lieutenant Pierre Cadic et le troisième lieutenant Irénée Le Coat.
 
Quant  à Yves Bernard, qui commandait Chanaral lors de sa destruction par les Allemands en 1916 (sujet dans le forum), on trouvera ci-dessous une courte biographie.
Yves Bernard, né le 4 mai 1872 à Ploubalzanec (22), inscrit à Paimpol, n° 12853.
Pierre Bernard, né le 22 août 1873 à Ploubalzanec (22), inscrit à Paimpol, n° 138.
 
Les deux clichés sont issus de l'ouvrage de Brigitte et Yvonnick Le Coat, Cap-horniers français, 1. Mémoire de marins des voiliers de l'armement Bordes, chasse-marée-Ouest france, pages 292 et 315.  
 
Yvonnick Le Coat, co-auteur du livre, est le petit-fils d'Irénée Le Coat et on notera la similitude de destins. Madame Yves Cadic et madame Irénée Le Coat sont deux veuves de marins avec un fils en bas âge et dont le décès de leurs maris les a laissés dans une situation matérielle et affective difficile, au point que dans les deux cas, la vie du grand-père a été quasiment occultée aux petits-enfants.
 
Cordialement.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6368/Numeriser%20186.jpghttp://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6368/Numeriser%20187.jpg


Message édité par Memgam le 13-02-2013 à 18:12:43
n°36323
Memgam
Posté le 13-02-2013 à 21:11:14  profilanswer
 

Bonjour,  
 
Le CLC Pierre Cadic est signalé comme premier lieutenant devenu second à bord de Persévérance en avril 1907. Il a fait un remplacement comme capitaine de Rancagua d'iquique à Callao et retour où il a débarqué malade le 28 décembre 1912. En octobre 1914, il est commandant de Victorine et rencontre des glaces au sud du Cap Horn.
 
Source : Claude et jacqueline Briot, Cap-horniers du nitrate, Armement français Bordes, BOD, 2012, pages 76, 154, 179.
 
Cordialement.

n°36331
Dennou
Posté le 15-02-2013 à 17:43:27  profilanswer
 

Rutilius a écrit :


   Bonjour Dennou,
 
 
   • A propos du cuirassé Brennus (1893 ~ 1919), V. ici le sujet qui s'y rapporte —>  http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] _488_1.htm
 
   _____________________________
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.


 
Merci pour ces informations qui viennent s' ajouter à toutes celles qui m' ont déjà été transmises.Chaque jour apporte un petit bonheur!
Bien cordialement.
Dennou


---------------
Dennou
n°36332
Dennou
Posté le 15-02-2013 à 17:51:05  profilanswer
 

Memgam a écrit :

Bonjour,  
 
Le CLC Pierre Cadic est signalé comme premier lieutenant devenu second à bord de Persévérance en avril 1907. Il a fait un remplacement comme capitaine de Rancagua d'iquique à Callao et retour où il a débarqué malade le 28 décembre 1912. En octobre 1914, il est commandant de Victorine et rencontre des glaces au sud du Cap Horn.
 
Source : Claude et jacqueline Briot, Cap-horniers du nitrate, Armement français Bordes, BOD, 2012, pages 76, 154, 179.
 
Cordialement.


Bonjour Mengam,
Merci pour la considération que vous accordez à mes recherches et pour ces compléments d' informations dont je n' avais pas connaissance.
Bien cordialement.
Dennou


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Dennou
n°36419
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 21-02-2013 à 22:25:45  profilanswer
 


   Bonsoir Dennou,
   Bonsoir à tous,
 
 
                                                  Journal officiel, 21 mai 1914, p. 4.585.
 
 
                                            http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/3512/LOIRE%20-%20J.O.%2021-V-1914%20-%202..jpg                    
 
                                                http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/3512/LOIRE%20-%20J.O.%2021-V-1914..jpg
 
   _____________________________
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.


Message édité par Rutilius le 21-02-2013 à 22:28:59
n°36430
Dennou
Posté le 23-02-2013 à 11:30:23  profilanswer
 

Bonjour Rutilius,
merci pour l' envoi de ce précieux document émanant du J.Odu 21 Mai 1914. Il m' en apprend davantage sur la remise du Prix Henri  Durand de Blois à Yves Cadic. J' y découvre égalememt l' identité des hommes d' équipage qui, avec lui, ont contribué au sauvetage du Dalgonar. Plusieurs étaient originaires de Paimpol, ce que j' ignorais.
Bon week- end.
Bien amicalement.
Dennou


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Dennou
n°37921
Jean31
Posté le 28-08-2013 à 19:21:51  profilanswer
 

Bonjour à vous tous,
Je suis très touché par la précision et l'émotion qui se dégage de vos récits et de vos rencontres.
Je suis nouveau sur ce forum que je viens de découvrir.
Mes centres d’intérêts vont plutôt vers la marine et l'Aventure du "Loire" et du "Dalgonar", bien que très connue reste un moment impressionnant de l'histoire maritime.
Il y a un détail qui reste pour moi mystérieux!
Lorsque le "Loire" envoie par signaux le message "je me porte à votre secours", quels étaient les pavillons utilisés?
La signalisation de l'époque n'était peut-être pas très différente de celle utilisée de nos jours, mais ce genre de message reste quand même (heureusement) inhabituel?!
Si l'un d'entre vous peux me renseigner . . .
Amicalement,
Jean

n°38540
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 15-11-2013 à 10:28:30  profilanswer
 


   Bonjour à tous,
 
 
                                               Navigazette, n° 1.307, Jeudi 14 mai 1914, p. 1.
 
 
          http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/3512/DALGONAR%20-%20VI..jpg


Message édité par Rutilius le 15-11-2013 à 13:33:15

---------------
Bien amicalement à vous,
Daniel.
n°38542
Memgam
Posté le 15-11-2013 à 21:39:22  profilanswer
 

Bonjour,  
 
 
Léon Haffner,Peintre officiel de la Marine, A l'assaut des Océans, illustré de 235 dessins de l'auteur, La Découvrance, 1996, fac-similé de l'édition de 1936.
 
L'un des huit dessins illustrant les différents états de Dalgonar.
 
Cordialement
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6368/Numeriser%20365.jpg

n°38549
Memgam
Posté le 16-11-2013 à 14:01:07  profilanswer
 

Bonjour,  
 
Sur le site "Trove Australia", on trouve plusieurs clichés de Dalgonar, en bon état de navigation, sous voiles, et à sec de toile, ainsi qu'un portrait peint par Alfred William Study.
 
L'histoire de Dalgonar a fait l'objet d'un essai de Joseph Conrad dans son dernier livre.
 
Rappelons par ailleurs que Dalgonar avait proposé d'évacuer l'équipage du trois-mâts Jules Simon, désemparé, en 1907 (voir le sujet Gafsa, navire auxiliaire dans ce forum).
 
Cordialement

n°39127
Dennou
Posté le 31-01-2014 à 21:35:52  profilanswer
 

Bonjour Memgam
J'ai consulté le site "Trove Australia".Ce site fait référence à celui de la "State Librairy of Victoria" qui met en ligne un nombre considérable de clichés de navires divers dont beaucoup de voiliers de la Compagnie Bordes.Une mine car il est possible d'obtenir des images d'une très qualité.
Cordialement


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Dennou
n°39130
Memgam
Posté le 01-02-2014 à 09:33:43  profilanswer
 

Bonjour,  
 
Merci Dennou de ces informations.
Les sites australiens sont riches en documentation sur les grands voiliers, photos, certes (autrefois disponibles au travers du site Picture Australia) mais aussi par les extraits de journaux d'époque.
C'est cette source qui a permis à l'australien Patrick Ahern, de publier, à compte d'auteur, deux livres bien documentés sur la fréquentation des voiliers français de charge en Australie :
- French sailing ships at Australian ports, arrivals and departures 1898-1925, Patrick Ahern, 2010.
- Full sail beyond the three capes, the french bounty ships in Australia, 1898-1925, Patrick Ahern, 2008.
 
Cordialement

n°40812
Dennou
Posté le 30-10-2014 à 12:01:53  profilanswer
 

Bonjour à tous,
Par hasard,j'ai trouvé un album contenant 156 cartes postales dont une carte représentant "La Loire" en cale sèche à Dunkerque.Et ce commentaire,après relation du sauvetage des marins du Dalgonar:"Après 4 jours et 4 nuits d'efforts,25 hommes d'équipage étaient sauvés ce qui valut à la ville de Dunkerque de se voir attribuer pour la seconde fois le monument offert par le journal "Le Matin".Effectivement,"Le Matin" fait état de la remise de ce monument,un bronze de 200kgs environ,à Calais en 1884 et 1929,à Boulogne en 1936,à Honfleur en 1926 et 1932,à Dieppe en 1922,à l'Ile de Sein en 1931.Et j'en oublie! Et comme ce "mémorial" ne put être transporté à l'Ile de Sein,il fut exposé à Brest en 1932.Sa remise était accompagnée d'une imposante cérémonie à laquelle participaient de nombreuses personnalités.Cérémonies relatées par "Le Matin" et "Ouest-Eclair" en particulier.Bref,je suis sur la piste de ce mémorial.Si quelqu'un sait où il se trouve,ou ce qu'il est devenu,j'en serai ravie.

n°43339
Dennou
Posté le 19-11-2015 à 23:10:59  profilanswer
 

Bonsoir,
 Depuis mon dernier message,je suis toujours sur la piste du Monument du journal Le Matin.Mais,j'ai découvert que cette pièce de bronze oeuvre de l'orfèvre parisien Falizé,était accompagnée d'un Livre d'Or réunissant les signatures des plus grands noms de la Marine Nationale,des Armées de Terre et de l'Air ainsi que du monde politique.Trois-quarts de siècle se sont écoulés depuis la dernière "utilisation" de ce Livre d'Or,en 1939,à la Base de Fréjus-Saint-Raphaël.Quelqu'un en aurait-il conservé le souvenir?


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Dennou
n°43365
Memgam
Posté le 24-11-2015 à 15:38:05  profilanswer
 

Bonjour,
 
Voici le bronze faisant l'objet des recherches de Dennou :
 
Source : Marie-Paule Chauou-Cadic, petite-fille d'Yves Cadic, Témoignage : Sauvetage des marins du 3-mâts Dalgonar en 1913, In memoriam Yves Cadic, CLC,  
paru, pages 2 à 4, dans Communication n° 29 de mars 2015, bulletin de l'association Cap Horn au long cours.
 
Cordialement.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6368/Numeriser85.jpg

n°43385
vgjddf4
Posté le 27-11-2015 à 09:24:03  profilanswer
 

Vraiment vraiment impressionnant !

n°44830
Memgam
Posté le 13-05-2016 à 12:09:57  profilanswer
 

Bonjour,  
 
Loire à Dunkerque
 
Source : Guillermo Burgos Guthbert, Veleros Franceses y Alemanes en la ruta del salitre, los cap-horniers del salitre (1880-1930), ricaaventura, 2015, photo 97 page DR.
 
Cordialement.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6368/Numeriser551.jpg

n°46879
Dennou
Posté le 22-06-2017 à 22:25:05  profilanswer
 

Des nouvelles du Mémorial du Matin attribué à la ville de Dunkerque après le sauvetage des marins du Dalgonar par le Capitaine Jaffré,le second,mon grand-père Yves Cadic et l'équipage du quatre-mâts "Loire".Le site Google images,à la page "Penmarch' bronze du journal Le Matin" présente plusieurs photos de ce Mémorial.En particulier une très belle photo en noir et blanc qui semble provenir de l'association Papa Poydenot.Quant au Mémorial,il est toujours introuvable...


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Dennou
n°47119
ranoglad
Posté le 15-08-2017 à 10:38:55  profilanswer
 

Memgam a écrit :

L'histoire de Dalgonar a fait l'objet d'un essai de Joseph Conrad dans son dernier livre


 
 
Bonjour,
 
Pas tout à fait un essai, mais une courte lettre adressée au journal "London Mercury" en décembre 1921, et cette lettre est reproduite dans un recueil intitulé "Derniers essais de Joseph Conrad". Dans son numéro de septembre, le London Mercury parle du naufrage du Dalgonar et du sauvetage de l'équipage par le Loire. Dans sa lettre, Conrad relève quelques erreurs dans l'article du London Mercury. La fin de la lettre est un hommage appuyé de Joseph Conrad au courageux équipage du Loire et à leur détermination sans faille. "Nul ne peut comprendre les risques qu'ils ont encouru s'il n'est pas marin, ni la difficulté de la tâche, ni ce qu'ils ont enduré. Les efforts physiques, la vigilance et les qualités de marin qu'il a fallu déployer pour rester près du Dalgonar et sauver son équipage."
 
Le sauvetage du Dalgonar par le Loire reste un des plus fameux sauvetages en plein océan jamais réalisés à l'époque de la marine à voile. Et on devrait ajouter "à l'époque de la marine sans radio". En effet, on communiquait alors à l'aide de pavillons.
 

Jean31 a écrit :

Lorsque le "Loire" envoie par signaux le message "je me porte à votre secours", quels étaient les pavillons utilisés?


 
Le journal de bord du Second du Dalgonar (Log book de Mull) est très clair puisqu'il parle du code à deux pavillons, en transcrivant excatement les messages. Les pavillons utilisés étaient le code maritime international à deux lettres, soit deux pavillons l'un au-dessus de l'autre, et les messages sont exactement ceux du code. Nous pouvons retranscrire toute la "conversation".
 
Le 10 octobre, Dalgonar hisse Novembre sur Charlie:
"Navire en détresse, demandons assistance"
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/22254/NCdistress.png
 
Loire hisse Alpha sur Foxtrot sur Unité:
"Voulez-vous abandonner votre navire?"
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/22254/AF1douwishtoabandonship.png
 
Dalgonar hisse Charlie:
"Oui"
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/22254/CYes.png
 
puis Dalgonar coupe mâture et haubans à coups de hache
 
Le 11 octobre, après plusieurs tentatives, Loire hisse X-ray sur Uniforme:
"Attendez que le temps se modère"
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/22254/XUwaittillweathermoderates.png
 
Le 13 octobre Loire hisse Delta sur Charlie:  
"Je me porte à votre secours"
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/22254/DCIamcomingtohelpyou.png
 
 
...Enfin surtout, pendant toute la durée du sauvetage, du 10 au 13:
Loire hisse Alpha sur India:  
 
"Nous ne vous abandonnerons pas"
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/22254/AiIwillnotabandonyou.png
 
Ce message a inspiré plusieurs peintres, dont Malcolm Armstrong, qui a représenté le Loire au secours du Dalgonar avec ses pavillons:
 
https://gallery.mailchimp.com/383d89cd7132ba36405d3909f/images/acaffb80-7705-40e7-a220-275f7ab79754.jpg
https://www.malcolmarmstrong.ca/bio
Ici le Dalgonar est couché, pratiquement coulé, et a gardé ses mâts. On sait que la mâture a été coupée le 10, et le Dalgonar n'a pas coulé mais a dérivé en vaisseau fantôme à travers le Pacifique pendant sept mois.
 
https://www.malcolmarmstrong.ca/works/marineartistmalcolmarmstrong/resized/i_will_not_abandon_you.w1800h900.jpg?cache=1399997560
 
et Wynston Bland (1984)
 
http://www.thesoundasylum.net/uploads/3/4/7/8/34788638/7591857.jpg?451
 
Certains se souviennent peut-être avoir lu l'histoire dans les "belles histoires de l'Oncle Paul" dans le journal Spirou (ou dans celui de leurs parents!). Extraits :
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/22254/onclepaul1.png
 
http://images.mesdiscussions.net/p [...] epaul2.png  
 
http://images.mesdiscussions.net/p [...] epaul3.png  
 
http://images.mesdiscussions.net/p [...] epaul4.png  
"Les Belles Histoires de l'Oncle Paul", Spirou n. 1409 du 15/04/1965, par Laurent et O. Joly

Message cité 1 fois
Message édité par ranoglad le 15-08-2017 à 12:49:04
n°47540
Jean31
Posté le 04-11-2017 à 18:10:36  profilanswer
 

WHOOO, Merci "Ranoglad", ton message réponds totalement à ce que je cherchais, cet extraordinaire événement maritime pourra enfin trouver une illustration convenable !
J'ai rencontré l'an dernier le Maire du village natal d'Antoine Dominique Bordes, à savoir "Gimbrède", minuscule village du Gers où la maison de la famille Bordes existe toujours.
Un pèlerinage un peu curieux mais plein de charme, en pleine nature!
Merci à vous tous pour ce suivi du sujet, un site vraiment exceptionnel!
Amicalement,
Jean

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