Bonjour à tous,
Grâce à Edith Ybert, voici une transcription du rapport de mer de son aïeul relatant la capture de l'ASNIERES. On peut rapprocher ce rapport de celui du capitaine Carmené, du NANTES.
RAPPORT DE MER
du Capitaine au Long-Cours E. YBERT, Commandant le Quatre Mâts "ASNIERES".
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Je soussigné E. YBERT, Capitaine au Long-Cours, Commandant le quatre-mâts "ASNIERES du port de Nantes, jaugeant 2715 tonnes, appartenant à la Société Générale d'Armement monté par 29 hommes d'équipage tout compris, déclare avoir quitté le port de BAHIA-BLANCA, le 29 Novembre 1916, avec un chargement de 4033 tonnes de blé, pour le Ministre du commerce de France, à destination de Pauillac. Le navire étant en parfait état de navigabilité.
Quitté le mouillage de la rade de BAHIA-BLANCA à 11 heures en remorque, pilote à bord. Débarqué le pilote à 11 heures du soir dans le travers du bateau feu et mouillé, les vents étant contraires dans l'Est du bateau-feu. Le 30 à 5 heures du matin appareillé avec jolie brise du Sud, fait route à l'Est ¼ Sud Est. Les jours suivants, fait route à l'Est avec des vents variables du Nord, temps bouché et pluie.
Le 12 Décembre par 40° Sud et 40° Ouest, les vents ayant halé l'Ouest, fait route au N.N.E. Coupé 30° Sud par 32° Ouest pris les alizés de Sud Est par environ 27° Sud. Ces vents d'abord E.N.E. halent l'Est à mesure que l'on remonte au Nord. Coupé l'Equateur le 31 Décembre par 28°Ouest ; petites brises du Sud-Est. Passé à 25 milles dans l'Est de l'île Saint Paul. Le 2 Janvier 1917 à 9 heures du matin, temps clair, aperçu à l'horizon, un vapeur nous coupant la route. Je n'ai porté à ce vapeur que l'attention ordinaire. Comme nos deux routes se coupaient le vapeur se rapprochait rapidement. Je ne mis aucun signal, ne me souciant pas de faire connaître ma position. Le vapeur vient à toucher l'arrière du navire de façon à lire le nom, puis aussitôt, hissa le pavillon de guerre allemand et le signal M.N. qui veut dire : "Stoppez immédiatement". Je dus obéir et mettre en panne. Le corsaire allemand, qui ne portait d'ailleurs aucun nom, débarqua une embarcation qui m'accosta avec un officier et 12 hommes armés. L'officier en arrivant me demanda d'où je venais, de quoi j'étais chargé et ma destination. Je lui dis que je venais de BAHIA-BLANCA avec un chargement de blé et à destination de PAUILLAC. "Votre navire est de bonne prise, me dit-il, nous allons le couler ; dites à vos hommes d'emporter tout ce qui leur appartient, nous allons les transborder à notre bord". L'officier vint avec moi dans le salon où je dus lui remettre les papiers du navire. Pendant ce temps, une deuxième embarcation arriva avec une seconde équipe de matelots allemands. Aussitôt tous commencèrent d'enlever la farine, les conserves, l'argenterie, instruments, cartes, enfin, enfin, tout ce qui appartenait au navire et pouvait s'enlever.
Aussitôt prêts, les hommes de l'équipage furent transbordés à bord de l'allemand avec leurs effets. Les officiers partirent par l'avant dernière embarcation et ayant manifesté le désir de rester à bord jusqu'au dernier moment, je vis placer une bombe le long du galhauban de cacatois de tribord de misaine et l’autre le long du galhauban du grand mât avant, à tribord également. A ce moment, j'embarquai en dernier avec l'officier qui venait d'allumer les bombes. L'embarcation poussa aussitôt, s'éloigna dans la direction du corsaire, 5 minutes après on entendit deux explosions, je vis le blé remonter à la surface. Le navire commença à piquer un peu de l'avant, l'embarcation accosta le long du corsaire. Je montai à bord, l'on me conduisit aussitôt au commandant. Ce dernier me dit : "Je regrette d'être obligé de couler un si beau navire, c'est la guerre. Je vais vous garder quelques jours prisonniers et vous enverrai par un neutre, aussitôt que l'occasion se présentera.
Il fait un peu chaud dans le logement où l'on va vous mettre, mais je fais monter les prisonniers le plus souvent possible sur le pont." Je fus reconduit par un officier sur le pont, là, je vis l'ASNIERES s'enfoncer peu à eu par l'avant, l'arrière sortir hors de l'eau, on entendit une explosion, les mâts de perroquets tombèrent les uns après les autres et tout disparut. Position à ce moment : Latitude : 3°16 Nord, Longitude 29°10 Ouest.
Je fus ensuite enfermé avec les autres prisonniers et nous sommes restés sur le corsaire allemand jusqu'au 12 Janvier, jour où les prisonniers ont été transbordés sur un vapeur japonais pour être débarqué à Pernambouc le 16.
Avant le transbordement, l'on a fait signer à tous les membres de l'équipage de l'ASNIERES, l'engagement de ne pas porter les armes contre l'Allemagne ou ses Alliés pendant la durée de la présente guerre.
Bordeaux le 13 Février 1917.
Signé :
E. YBERT
Message édité par olivier 12 le 28-09-2009 à 10:59:11
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