"Le 16 avril 1929, sur le Moyen-Fleuve, le Balny est violemment pris à partie par une troupe retranchée derrière la rive gauche. Il répond par le feu de toutes ses armes mais, cette fois, il a trois blessés.
C'est le dernier engagement qui fit courir les dangers les plus sérieux au Balny. Le bateau se trouvait à quelques milles en aval de Shasi, route vers amont, et pour suivre le chenal il devait longer de près la rive gauche, une falaise abrupte en cet endroit. De la falaise partirent d'abord quelques coups de feu isolés, ce qui entraîna un rappel immédiat aux postes de combat. Puis, très vite, une fusillade générale se déclencha, comme si un incendie embrasait soudain la rive. Impossible pour le Balny de s'éloigner, il lui fallait suivre le chenal ou s'échouer. Son canon de 75, son 37 et ses deux mitrailleuses de tribord ripostaient à cadence accélérée mais sur des objectifs peu visibles car les assaillants s'abritaient derrière la crête de la falaise. Presque dès le début du combat, l'enseigne de vaisseau Mariaux, officier canonnnier, fut atteint, à quelques minutes d'intervalle, par deux balles à la cuisse dont l'une, ainsi qu'on le constata peu après frôla l'artère fémorale. Il n'en continua pas moins à diriger le tir de ses pièces. Deux servants de mitrailleuses furent blessés en même temps que lui.
Au bout d'une vingtaine de minutes, le feu des Chinois se calma, puis cessa complétement lorsque le Balny fut amené à effectuer un crossing qui le fit passer le long de la rive opposée. Le médecin, opérant sur la table du carré, soigna les blessés. Qu'il n'y en eût pas davantage pouvait paraître miraculeux ; l'explication tenait dans l'efficace protection apportée par les blindages et les masques des pièces. Quant aux dégâts matériels, malgré 200 impacts de balles, ils n'étaient que légers, chance insigne si l'on songe qu'une avarie grave de barre ou de machine eût immanquablement provoqué l'échouage du bâtiment et par conséquent sa perte.
Une autre balle traversa l'armoire-penderie dans laquelle étaient rangés les uniformes de l'E.V. Mariaux. A son retour en France, celui-ci fit stopper par un tailleur de Paris le trou de passage de balle dans son habit de soirée. On racontait que le taillleur, plein d'admiration, répétait partout "Ces officiers de Marine, tout de même ! Qelle élégance ! Ils vont aux postes de combat en tenue de soirée ! "
Source : Arnaud d'Antin de Vaillac, Les canonnières du Yang-Tsé, France-Empire, 1972, p146-148.