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  BERENGERE Trois-mâts carré

 

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Auteur Sujet :

BERENGERE Trois-mâts carré

n°13929
olivier 12
Posté le 02-03-2009 à 20:02:02  profilanswer
 

Bonjour à tous,

BERENGERE

 
Trois-mâts carré du type D des Chantiers de la Loire, construit en 1902 aux chantiers de Normandie à Rouen pour la Société Vincent et Cie. Il fut racheté sur cale par la Société des Voiliers Dunkerquois.
 
Navire semblable au NANTES et au MADELEINE.
Voilier dit à baignoire, avec long gaillard et dans le cas du BERENGERE, très longue dunette.
 
Longueur 79, 50 m  Largeur  12,25 m  TE  6,20 m
2630 m2 de voilure
 
2851 tx JB   2280 tx JN   3340 tpl
 
Pris au neuvage par le capitaine Beaudouart.
 
Voici une photo du BERENGERE
 
http://img410.imageshack.us/img410/6786/brengre.jpg
 
En Septembre 1905, toujours sous les ordres du capitaine Beaudouart, BERENGERE réussit un sauvetage périlleux dans les parages du HORN, par une mer énorme. Il parvint à récupérer tout l’équipage du trois-mâts franc anglais GARSDALE, démâté depuis cinq jours et dont le chargement de briques, coke et fonte avait ripé. Le GARSDALE était couché sur le côté.
Le BERENGERE mit un canot à la mer et récupéra tout d’abord le second et 19 hommes, puis le capitaine et les 4 derniers marins qui s’étaient jetés à la mer.
 
Il effectua l’essentiel de ses voyages sur le Japon, la Californie et le Puget Sound.

La perte du BERENGERE

 
Le trois-mâts avait appareillé de Buenos Aires le 29 Janvier 1917 à destination du Havre avec un complet chargement de bois de quobracho.
Le capitaine était Thomas GUENO, CLC, inscrit à Vannes.
Le second capitaine, dont le nom n’est pas donné, décéda en mer le 21 Février et fut immergé le 22.
Le lieutenant avait été laissé à l’hôpital de Buenos Aires avec une crise d’appendicite.
 
L’équipage comportait donc en tout 22 hommes, dont un seul officier.
Le maitre d’équipage faisait office de second capitaine et le second maitre Henri EGAULT faisait office de lieutenant.
Les matelots ayant signé le rapport du capitaine sont :
 
Joseph MAHE  de Paimpol
Jacques LEGRAND de Concarneau
Auguste GOURET de Saint Nazaire
Pierre LE BUHIT  d’Auray.
 
Il y avait un matelot finlandais et un matelot suédois.
 
Le 10 Mai vers 11h00 du matin, le navire se trouvant par 50°06 N et 11°30 W, le capitaine était dans la chambre de veille à faire le point lorsqu’il entendit un coup de canon qui donna l’alarme. Un projectile traversa la mâture et tomba à une trentaine de mètres. Il y avait une légère brise et une faible houle. La visibilité était de 3 ou 4 milles.  Il aperçut alors par tribord un sous-marin qui lui coupait la route. Tout l’équipage fut mis aux postes de manœuvre, les voiles contre-brassées et les embarcations débordées. Le sous-marin tira encore quatre coups de canon. Le dernier projectile tomba à vingt mètres sur l’avant.
Après s’être assuré que personne ne restait à bord, le capitaine embarqua dans la 2e embarcation par les palans de bossoirs, sans avoir pu récupérer les papiers du bord.
 
Le sous-marin s’approcha alors à 80 mètre du BERENGERE et tira au moins quinze coups sur la coque ; le voilier coula sans qu’aucun Allemand soit monté à bord.
 
Le sous-marin vint alors à ranger les embarcations et son commandant demanda au capitaine GUENO les papiers du navire. Le capitaine répondit qu’il n’avait pas eu le temps de les prendre et qu’ils avaient coulé avec le voilier. L’Allemand demanda alors nom, provenance, destination et chargement, et le capitaine donna les renseignements.
 
Puis le commandant du sous-marin interrogea : « Avez-vous des vivres ? » Le capitaine répondit « Oui, nous en avons suffisamment ». Il indiqua : « Vous devez faire route à l’ENE pour gagner la terre ». Puis il salua militairement les Français, tandis que son équipage, rangé sur le pont du sous-marin, saluait également en soulevant les bonnets.
Toute la conversation avait eu lieu en anglais.
 
Les marins hissèrent alors les voiles des embarcations et firent route ENE. Ils ne virent pas le sous-marin plonger.
 
Il décrivent le sous-marin comme étant long d’environ 65 m et très large. Il y avait un petit mât sur le kiosque et deux canons à poste fixe.  Trois officiers  dans le kiosque dont un (sans doute le commandant) parlait très bien anglais. Douze à quinze hommes sur le pont du sous-marin.  
Les officiers portaient une grande capote grise et une casquette, les hommes des vareuses grises et des bonnets.
 
Trente heures plus tard les naufragés ont aperçu la terre d’Irlande. Finalement, l’équipage fut recueilli au bout de 42 heures, à 5 milles dans l’ouest de la pointe de Kinsale, par des patrouilleurs anglais. Ceux-ci les ont conduits à Queenstown le 12 à 11h00 du matin, où ils ont reçu le meilleur accueil, ainsi que des vivres et des vêtements.
 
Le sous-marin attaquant
 
C’était l’U 62 du KL Ernst Hashagen. Il avait déjà coulé le trois-mâts français JULES GOMES le 12 Mars précédent.
 
Cdlt


Message édité par olivier 12 le 01-12-2009 à 11:37:55

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olivier
n°13936
Yves D
Mobilis in mobile
Posté le 02-03-2009 à 21:48:48  profilanswer
 

Bonsoir à tous
Voila bien l'attitude chevaleresque d'Ernst Hashagen !  
Ce que par contre le Commandant Gueno ne savait pas, c'est qu'au nombre de ceux qui observaient la fin de son Berengère en ce jour de mai, il y avait un officier de Marine britannique, le Cdr Norman Lewis, ex commandant du sloop HMS Tulip que l'U 62 avait envoyé par le fond quelques jours plus tôt et qui était prisonnier à bord du sous-marin. En fait je ne suis pas certain que Lewis ait assisté à la destruction du Bérengère mais ce que l'on sait, c'est qu'après cet épisode guerrier, Hashagen et Lewis devinrent d'excellents amis et donnèrent ensemble par la suite nombre de conférences pour prêcher la paix dans le début des années 30, tant en GB qu'en Allemagne.
En 1931, Ernst Hashagen a publié ses mémoires en allemand et en anglais. Illustré de plusieurs photos, c'est de ce livre que les photos ci-dessous sont tirées.
 
U-Boote Westwärts! Meine Fahrten um England 1914-1918  
U-Boats Westward!
 
 
Encore un exemple concret de cette fraternité sans frontières qui réunit les gens de mer
 
A bord de U 62 (avr./mai 1917) détente au soleil - Hashagen est au premier plan, Lewis à ses côtés.
 
http://img5.hostingpics.net/pics/29353hash_n_lewis.jpg
 
A l'occasion d'une conférence à Londres vers 1932 (Lewis à g., Hashagen à dr.)
 
http://img5.hostingpics.net/pics/781928hashnlewis.jpg
 
Cdlt
Yves


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www.histomar.net
La guerre sous-marine 14-18, Arnauld de la Perière
n°13938
olivier 12
Posté le 02-03-2009 à 22:05:15  profilanswer
 

Bonsoir Yves, Bonsoir à tous,
 
Belle histoire !
 
Décidément, les archives sur les grands voiliers dans la guerre de 14 sont vraiment passionnantes et contiennent parfois des récits étonnants...
 
Cdlt


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olivier
n°13939
Yves D
Mobilis in mobile
Posté le 02-03-2009 à 22:26:41  profilanswer
 

Bonsoir Olivier
J'avoue que depuis que j'ai "croché dans la toile" de ces grands oiseaux du cap, je deviens accro à mon tour et je pense qu'on n'a pas fini d'être étonnés !
Amts
Yves


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www.histomar.net
La guerre sous-marine 14-18, Arnauld de la Perière
n°13956
olivier 12
Posté le 03-03-2009 à 09:01:12  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Un petit complément concernant l'équipage du BERENGERE.
Henri Egault, Pierre Le Buhit et Jacques Legrand rembarqueront aussitôt sur le BON PREMIER de la SGTM, respectivement comme lieutenant, maître d'équipage et matelot.
Ils seront à nouveau coulés le 29 Septembre suivant.
 
Cdlt


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olivier
n°23986
Terraillon​ Marc
Posté le 03-02-2010 à 21:23:02  profilanswer
 

Bonsoir,
 
Un lien sur le voilier BERENGERE (avec diverses erreurs historique, cf message d'Olivier)
 
http://www.culture.gouv.fr/public/ [...] SPECIFIC=1
 
A bientot  :hello:


Message édité par Terraillon Marc le 04-02-2010 à 07:56:54

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Cordialement
Marc TERRAILLON
n°23988
olivier 12
Posté le 03-02-2010 à 23:20:50  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
La note signalée ci-dessus par Marc est intéressante. Mais les rédacteurs se trompent en écrivant qu'en étant coulé par un sous-marin allemand le voilier BERENGERE a emporté avec lui le capitaine Guéno et son équipage.
Les naufragés ont bien été recueillis par les Anglais et débarqués à Queenstown (Irlande)
 
Cdlt


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olivier
n°27974
olivier 12
Posté le 24-10-2010 à 10:40:57  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Suite à l'identification de ce voilier par Memgam, il s'avère qu'il n'est pas le CHATEAUBRIAND comme rapporté par Lacroix dans son ouvrage "Les derniers grands voiliers".
C'est le BERENGERE recevant le dernier obus à une vingtaine de mètres sur son avant lors de son arraisonnement.
 
http://img259.imageshack.us/img259/1365/brengrecanonnageparu62d.jpg
 
Cdlt


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olivier
n°36145
Memgam
Posté le 26-01-2013 à 15:50:19  profilanswer
 

Bonjour,
 
Bérengère est donc connu, comme le signale Olivier 12 ci-dessus,  par le sauvetage des 25 marins de l'équipage du trois-mâts Garsdale, dans de dures conditions (12 heures de manoeuvres), le 25 septembre 1905, pour lequel l'équipage a reçu des récompenses, dont un des lieutenant du bord, comme le signale Rutilius dans le sujet Sylvie (I).
 
Le 7 septembre 1905, lors d'un voyage de South Shields vers Portland d'Oregon, Garsdale, capitaine King, est totalement démâté au large du Horn, la cargaison de briques et de charbon ripe et le navire engage. L'équipage passe trois jours exténuants à dégager le pont. Le 9 septembre, le trois-mâts italien Asensione est en vue, mais la mer est trop mauvaise pour mettre un canot à l'eau. Le navire promet de rester, mais le lendemain, il a disparu. Le Garsdale fait eau et commence à couler. Le 12, arrive Bérengère. La mer est très forte. Garsdale met sa baleinière à l'eau avec le bosco et 19 hommes, mais elle se défonce contre la coque. Celle de Bérengère réussit à l'accoster et sauve tous les hommes. Le capitaine et les quatre hommes restants se jettent à l'eau l'un après l'autre et sont récupérés par la baleinière française. (cf le sujet Sylvie (I) de Rutilius pour la référence des Annales du sauvetage).
 
C'était toujours le capitaine G. Baudouart qui le commandait depuis le neuvage, avec des conditions pas toujours sereines avec ses état-majors et ses équipages, comme le montrent les larges extraits du journal de bord, de la période 1905-1907, publiés par Jean Randier.
 
Sources : Louis Lacroix, Les derniers Cap-Horniers, Imprimerie S. Pacteau, 1940.
Alan Villiers & Henri Picard, The bounty ships of France, PSL, 1972.
Jean Randier, Grands voiliers français, 1880-1920, Editions des quatre seigneurs, 1974, pages 316 à 324.
Brigitte et Yvonnick Le Coat, Cap Horn, une vie, un mythe, Pascal Galodé éditeur, 2008, page 91 (photo).
Basil Lubbock, The last of the windjammers, Vol 1, Brown, Sons & Ferguson, 1927, page 103.
 
Cordialement.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6368/Numeriser%20170.jpg


Message édité par Memgam le 27-01-2013 à 14:48:34
n°36156
Memgam
Posté le 26-01-2013 à 22:50:36  profilanswer
 

Bonjour,  
 
A bord de Bérengère, le capitaine Cavelan a succédé au capitaine Beaudouart.
Il a laissé un certain nombres de photos, dont quelques-unes ont été utilisées par le Louis Lacroix et reprises aussi ailleurs. Parmi elles, il y a des photos de prises d'albatros et d'autres de manoeuvres.
 
Source : Louis Lacroix, les derniers grands voiliers, Peyronnet, 1937, page 188.
Jean Randier, Phares carrés, Gallimard, 1996, page 58.
 
Cordialement.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6368/Numeriser%20171.jpg

n°36157
Memgam
Posté le 26-01-2013 à 23:36:12  profilanswer
 

Bonjour,  
 
Pour le sauvetage des 25 hommes du Garsdale, le capitaine Beaudouard a reçu la médaille d'or du sauvetage ainsi que le premier lieutenant Laillou, Joseph-Marie qui commandait la baleinière de sauvetage. Ont reçu la médaille de bronze, les deux seconds maîtres et les dix matelots qui ont armé la baleinière, dont l'équipage a été remplacé après le premier voyage d'une partie des rescapés; Faugeras François et Poupon Jacques, second-maîtres et le mécanicien Grasson Arthur, les matelots, Penven Louis-Marie, Le Merdy François-Marie, Le Gal Michel-Marie, Courson Alexis Louis Joseph, Le Cren Désiré, Argoat Victor Philibert, Fuibey Pierre, Depays Leon Emmanuel (celui du diplôme du message précédent), Robin Francis Joseph.
 
Source : Annales du sauvetage maritime, quatrième trimestre 1905.
 
Cordialement.


Message édité par Memgam le 27-01-2013 à 14:47:03
n°36169
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 29-01-2013 à 11:35:58  profilanswer
 


   Bonjour à tous,  
 
 
                     ■ Le sauvetage de l’équipage du voilier britannique Garsdale (12 septembre 1905).
 
   
   Annales du sauvetage maritime, 2e Fasc. 1906, Avr.~Mai~Juin, p. 191 à 195.
 
 
                                   PRIX ÉMILE ROBIN DESTINÉ AUX CAPITAINES AU LONG-COURS
 
                                                         Médaille d’or du Baron de Joëst.
 
                                               Médaille d’or de Mme la marquise d’Estampes.

 
   Le 12 septembre dernier, le trois-mâts Bérengère, commandé par le capitaine Beaubouard, et appartenant à la Société anonyme des Voiliers dunkerquois, se trouvait à 180 milles dans l’Est du cap Horn, faisant route pour l’Europe, lorsque vers 6 heures du matin, la vigie signala un navire démâté, portant son pavillon en berne. La route fut changée immédiatement et la Bérengère mit le cap vers le bâtiment, qui demandait du secours et qui se trouvait être le Garsdale, de nationalité britannique.  
   Au moyen de signaux, le capitaine anglais fit savoir qu’il avait besoin de secours immédiats, déclarant qu’il était obligé d’abandonner son navire. Celui-ci, en effet, n’était plus depuis plusieurs jours qu’une épave destinée à disparaître à bref délai.
   Parti le 26 juin de South Shields pour Portland (Orégon), le Garsdale arriva vers le 6 septembre, dans les parages du cap Horn et y rencontra un assez mauvais temps dans lequel il eut plusieurs voiles emportées ; le lendemain, le vent augmenta de violence, et d’énormes vagues balayaient le navire de l’avant à l’arrière. A un moment donné, une rafale d’une fureur exceptionnelle s’abattit sur le navire ; c’est alors que le grand mât se rompit au ras du pont et tomba par-dessus le bord. L’équipage allait faire le nécessaire pour déblayer les débris, lorsque, dans un coup de roulis effrayant, le mât de misaine tomba à son tour, suivi à quelques minutes d’intervalle par le mât d’artimon.  
   Impuissant dès lors à se conduire, ballotté par une mer en furie, le navire était à chaque instant menacé d’avoir ses parois éventrées par le choc répété des mâts et des vergues pendant le long du bord et battant la muraille comme à coups de béliers. Au dedans, le danger n’était pas moins grand, car sous l’influence des énormes roulis, les tonnes de marchandises étaient projetées dans l’entrepont de bâbord à tribord et auraient fini par passer à travers la coque.
   Le 9 septembre, le cœur des matelots fut réjoui par la vue d’un navire passant à grande distance ; jugeant impossible de mettre une chaloupe à la mer, ils eurent l’espoir que les deux navires se rapprocheraient ; mais dans la nuit ils se séparèrent, et le Garsdale se retrouva seul le lendemain.  
   A bord le désappointement fut amer, car, de jour en jour, le navire était entraîné loin des routes fréquentées ; si l’équipage échappait à la noyade, il entrevoyait avec effroi une mort plus terrible encore, celle par la faim et la soif. Aussi l’on peut se figurer l’émotion et la joie de ces pauvres gens quand ils virent la Bèrengère et qu’ils furent certains qu’ils allaient être assistés. Le capitaine King fit savoir aux sauveteurs qu’il ne lui restait plus qu’une seule embarcation, avariée par la mer.  
   Laissons parler ici le capitaine Beaudouard :  
 
   « Animé du désir de secourir ces malheureux, je m’empressai de virer de bord pour me mettre le plus près possible sous le vent de l’épave, et, en même temps que j’assurais au capitaine et à son équipage qu’ils pouvaient compter sur moi, je faisais disposer la baleinière de sauvetage.  
   « Pendant cette opération, j’eus à lutter contre mille difficultés par suite de la grosse mer et du violent roulis du navire ; à chaque instant je m’attendais à voir cette embarcation écrasée le long du bord ; mais non, le succès couronna nos efforts, et, après une heure de pénible travail, la baleinière armée par sept hommes courageux, munis de ceintures de sauvetage, se dirigeait vers l’épave sous le commandement du lieutenant, M. Laillou.
(*)
   « Il n’est que juste de donner les noms de ces braves : Faugeras, second maître, et Le Cren, Argoat, Depays, Guibey, Robin, matelots.  
   « Dans le but de me tenir le plus près possible de l’épave, et pour assister la baleinière dans son parcours et ranimer, de ce fait, le courage de mes hommes luttant avec énergie contre les vagues, j’ai évolué continuellement avec mon navire autour de l’embarcation afin de parer à toute éventualité. Nos regards, fixés sur les sauveteurs, suivaient avec anxiété les plus légers mouvements de la baleinière qui s’était approchée du Garsdale, sans pouvoir l’accoster. Ce dernier, livré au gré des flots, et continuellement couvert par les lames, donnait des coups de roulis tellement effrayants qu’à chaque instant notre embarcation était menacée d’être submergée dans son remous.  
   « Tous les moyens employés par l’officier, tant à l’avant qu'à l’arrière, pour recueillir l’équipage, restèrent sans résultat ; ce n'est qu’après deux longues heures de tentatives inutiles, que le capitaine anglais réussit enfin, dans un coup de roulis à lancer à la mer son embarcation, dans laquelle vingt hommes avaient pris place ; mais ils ne purent s’y maintenir, car elle coulait bas d’eau ; douze d’entre eux embarquèrent dans la baleinière, qui les assistait dans cette manœuvre hasardeuse et escorta les autres jusqu’au bâtiment français.  
   « Vers 2 heures de l’après-midi
(c’est toujours le capitaine Beaudouard qui parle), la baleinière étant de retour, le transbordement des passagers s’effectua à notre bord avec d’énormes difficultés ; j’ai dû prendre de très grandes précautions pour éviter des accidents toujours à craindre, étant données les fortes secousses imprimées à la baleinière par les roulis violents du navire : de ce fait, l’opération fut longue.
   « Informé entre temps, par mon lieutenant, que le capitaine anglais était resté sur l’épave avec quatre hommes, je ne pouvais songer à les abandonner. Mon navire avait dérivé et s’était écarté considérablement ; la journée était déjà avancée, et il fallait éviter avant tout d’être surpris par la nuit dans une opération aussi périlleuse pour l'armement de la baleinière, d’autant plus que le baromètre, alors à 730 millimètres, baissait encore, tandis que le vent paraissait avoir des tendances à fraîchir. Je tirai donc une bordée pour me rapprocher de l’épave, et, après avoir pris la baleinière à la remorque et y avoir remplacé les hommes fatigués, je fis donner aux hommes, sans nourriture depuis la veille, un fortifiant bien mérité.  
   « Le deuxième armement de la baleinière comprenait : M. Laillou, premier lieutenant, le second maître Poupon, les matelots Grusson, Le Merdy, Le Gal, Penven, Courson.  
   « Vers 4 heures du soir, me trouvant en bonne position, je mis en panne ; l’embarcation se dirigea aussitôt vers le Garsdale, dont les cinq hommes restant à bord durent se jeter à l’eau et furent recueillis par nos sauveteurs.  
   « A 8 heures du soir, après douze heures de manœuvres pénibles, de fatigues et d’émotions de toutes sortes, l’équipage anglais en entier était réuni à bord sain et sauf, et y recevait tous les soins que nécessitait son état.  
   « J’ai rencontré dans l’embarquement de la baleinière les mêmes difficultés que dans la mise à l'eau ; mais, fort heureusement, cette manœuvre s'est accomplie sans accident de personnes. Nous avons repris ensuite notre, route vers le N.-E., laissant l’épave s’enfoncer dans les flots.
    L'équipage naufragé a été débarqué à Greenock le 19 novembre, après avoir partagé pendant soixante-huit jours nos ressources de bord en vêtements et en vivres.  
   « Je suis d’autant plus heureux,
nous écrivait le capitaine Beaudouard, d’avoir réussi à mener à bien cette opération, que j’ai été guidé et soutenu par le souvenir des actes de mon grand-père maternel, dont l’exemple m’est toujours cher, et qui a accompli 27 sauvetages au péril de sa vie, dans des circonstances qui lui ont valu le renom de brave et la croix de la Légion d’honneur. »
 
   Au risque de blesser ici la modestie de M. Beaudouard, nous pouvons dire que ce vaillant capitaine a noblement marché sur les traces de son aïeul ; aussi aurions-nous été fiers de lui décerner aujourd’hui le prix Émile Robin, ainsi que la médaille d’or de M. le baron de Joëst s’il avait pu venir à Paris.  
   M. Laillou, premier lieutenant, recevra également pour sa belle conduite, la médaille d’or de Mme la marquise d’Estampes.  
 
   ___________________________________________________________________________________________
 
   (*) LAILLOU Joseph Simon, né le 29 juin 1881 à Podenac (Gironde) et décédé le 28 septembre 1959 à ... (...). Capitaine au long-cours, Bordeaux, n° 705.  
 
   Commandait le cargo Sylvie [I], bâtiment de 2.591 tjb de la flotte de la Société « Les Affréteurs réunis » (Jean Stern), qui fut torpillé le 25 janvier 1917 par le sous-marin allemand U-38 (Kapitänleutnant Max Valentiner) à 190 milles dans le S.-O. du Cap Matapan. Après guerre, inspecteur de la navigation maritime en fonction à Bordeaux. En 1927, domicilié dans cette ville, au 19, rue Collignon.
 
    Chevalier de la Légion d’honneur au titre du Ministère de la Marine (Arr. 19 juill. 1921).
 
   (Base Léonore, Dossier 19800035/0286/38375 —>  http://www.culture.gouv.fr/LH/LH14 [...] 561077.htm )
 
   ____________________________________________________________________________________________
 
 
   Annales du sauvetage maritime, 4e Fasc. 1905, Oct.~Nov.~Déc., p. 489.                        
 
 
             http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/3512/BERENGERE%20-%20Recompenses..png
 
   _____________________________
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.


Message édité par Rutilius le 30-01-2013 à 00:41:18
n°36172
Memgam
Posté le 29-01-2013 à 20:50:23  profilanswer
 

Bonjour,  
 
<<Three days later, when the Garsdale was at the point of sinking, the french ship, Bérangère (sic), captain Bondonard (resic), came along and effected a most gallant rescue. Though the sea was running mountains high, the frenchman launched his life-boat, and manoeuvred her as close to the sinking ship as possible, he dared not lay alongside.
The Garsdale's life-boat was also lowered, but stove before she could get clear. However, by magnificent watermanship the french boat managed to save the mate and 19 men from the waterlogged english boat.
The next difficulty was the rescue of the captain and four men who still remained aboard the Garsdale.
One by one the gallant five had to jump into the sea, where they were skilfully picked up.>>
 
Source : Basil Lubbock, The last of the windjammers, Volume 1, Brown, Son & Ferguson, 1927.

n°36176
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 30-01-2013 à 09:29:50  profilanswer
 


   Bonjour à tous,
 
 
                                                  L’équipage du Garsdale vers 1904
 
                                          Photographie de Wilhelm Hester (1872~1947)

 
 
    http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/3512/GARSDALE%20-%20Equipage%20-%201904..jpg
 
                                 University of Washington (State) ~ Libraries Special Division
                                        Wilhelm Hester Collection ~ PH Coll. 318 / HES 177

 
 
 
                                                          Le capitaine W. J. KING
 
 
                                                           http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/3512/getimage.jpg
 
   ___________________________
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.

n°36221
Memgam
Posté le 03-02-2013 à 14:17:06  profilanswer
 

Bonjour,
 
Si on peut retrouver des photos d'équipages de voiliers dans la collection Wilhelm Hester maintenant détenue par le San Francisco Maritime Museum, on ne trouve pas de renseignements sûrs de la date de prise de vue. Sachant par ailleurs que les équipages de cet époque étaient recrutés au voyage, il n'est pratiquement pas possible de faire le rapprochement entre un équipage et un voyage, sauf information précise d'un membre ou d'une corrélation précise avec les journaux de bord (cas de la photographie de l'équipage du Turgot, capitaine Cézard).
Dans le cas de Garsdale, il y a peu de chance pour que l'un des hommes représenté sur le cliché, en dehors du capitaine, ait pu être un des rescapés sauvés par Bérengère. Le cliché en question demeure néanmoins comme un beau témoignage.  
Le cliché de Wilhelm Hester d'un équipage de l'Ernest Reyer n'est pas plus précis.
La période de prise de vue de ces photographies est de 1893 à 1905.  
 
Source : Jean-Jacques Chapalain Robert W. Weinstein, Wilhelm Hester 1872-1947, le photographe du port de Tacoma, chasse-marée n° 14, décembre 1984.
 
Cordialement.


Message édité par Memgam le 03-02-2013 à 14:34:53
n°36270
Memgam
Posté le 09-02-2013 à 16:10:33  profilanswer
 

Bonjour,  
 
Le capitaine W.J. King avait un brevet de capitaine canadien. Garsdale, 1755 tjb, immatriculé à Liverpool, avait déjà perdu un homme lors du voyage, matelot de 18 ans, tombé du beaupré, et que le mauvais temps n'a pas permis de sauver. Le trois-mâts italien Ascensione était resté au près de Garsdale dans la journée en promettant de rester, mais il n'a pas dû réussir à retrouver l'épave perdue de vue pendant la nuit. La visiblité n'était que de deux nautiques. Le rapport de mer a été signé par le capitaine W.J. King et le maître d'équipage S. Forrest et déposé au bureau de la Marine marchande de Greenock, le 20 novembre 1905 et il est conservé à Hayes. Le capitaine King n'a pas fait l'objet d'enquête.
 
Source : Alan Villiers, The war with Cape Horn, Hodder and Stoughton, 1971, pages 50-51.
 
Cordialement.


Message édité par Memgam le 09-02-2013 à 16:37:13
n°38599
AugusteG
Prénom de mon grand-père
Posté le 23-11-2013 à 09:27:57  profilanswer
 


Je confirme que l'équipage du BERENGÈRE avait été sauvé car je détiens l'information de mon oncle, fils d'Auguste Gouret (mon grand-père maternel). Si l'équipage avait sombré, je ne serais jamais venue au monde !
Je suis émue de découvrir que mon grand-père avait foulé le sol du Japon (pays où je vis maintenant) il y a près d'un siècle. S'il y a des photos de l'équipage sauvé par les Anglais en 1917, je suis preneuse !
Merci pour ce site !

n°39175
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 10-02-2014 à 17:38:27  profilanswer
 


   Bonsoir à tous,
 
 
   Le trois-mâts carré Bérengère fut lancé en Août 1902 par l’établissement de Rouen de la Société des chantiers et ateliers de Saint-Nazaire – ex-Chantier Laporte – pour le compte de la Compagnie de navigation du Sud-Ouest, dont le siège social était établi à Bordeaux, au 8, cours du Chapeau-Rouge.
 
  Premier navire construit pour cette compagnie, constituée le 15 janvier 1902 à Paris, il fut pris au neuvage par le capitaine au long-cours Jean Marie BEAUDOUARD, inscrit à Dinan, n° ...  
 
 
                             L’Ouest–Éclair – éd. de Rennes –, n° 1.099, Lundi 18 août 1902, p. 2,
                                      en rubrique « Marine et colonies ~ Marine de commerce ».

 
 
                http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/3512/BERENGERE%20-%20Lancement%20-%20L.O.E.%2019-VIII-1902%20-%20I..jpg       http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/3512/BERENGERE%20-%20Lancement%20-%20L.O.E.%2019-VIII-1902%20-%20II..jpg
 
 
                           L’Ouest–Éclair – éd. de Rennes –, n° 1.236, Samedi 3 janvier 1903, p. 2,
                                      en rubrique « Marine et colonies ~ Marine de commerce ».

 
 
                                                 http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/3512/BERENGERE%20-%201er%20voyage%20-%20L.O.E.%203-I-1903..jpg


Message édité par Rutilius le 10-02-2014 à 23:11:17

---------------
Bien amicalement à vous,
Daniel.
n°47087
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 05-08-2017 à 23:11:44  profilanswer
 

.
   Bonsoir à tous,  

Yves D a écrit :

  « En 1931, Ernst Hashagen a publié ses mémoires en allemand et en anglais. Illustré de plusieurs photos, c'est de ce livre que les photos ci-dessous sont tirées.
 
   U-Boote Westwärts ! Meine Fahrten um England 1914-1918. U-Boats Westward ! »

  L’ouvrage précité du kapitänleutnant Ernst HASHAGEN intitulé : « U. Boote Westwärts ! Meine Fahrten um England 1914~1918. » fut traduit de l’allemand en 1933 par les soins du capitaine de frégate Henri Léon André PELLÉ-DESFORGES, ancien officier d’ordonnance du contre-amiral Pierre Alexis RONARC’H, commandant en chef la Brigade des fusiliers marins. Il parut alors en langue française sous le titre :
 
   — « Route à l’Ouest. Souvenirs d’un commandant de sous-marins » (Librairie Plon, Paris, 1933, 265 p. + 14 gravures hors texte et 2 croquis dans le texte).
 
   Ironie du sort, Henri PELLÉ-DESFORGES, alors en retraite, fut arrêté par l’occupant le 11 septembre 1943 à Vichy (Allier), ville où il s’était retiré et depuis laquelle il collaborait au magazine mensuel La science et la vie. Déporté le 17 janvier 1944 au camp à Buchenwald (Freistaat Thüringen, Allemagne) depuis Compiègne, il y décéda le 2 mars suivant – ayant été fusillé, selon certaines sources.
 
   Par arrêté du Ministre délégué aux Anciens combattants et Victimes de guerre en date du 8 juillet 1996 (J.O. 27 août 1996, p. 12.849 et 12.851), fut apposée sur son acte de décès – établi à Angers (Maine-et-Loire) – la mention « Mort en déportation ».


Message édité par Rutilius le 06-08-2017 à 09:22:52

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Bien amicalement à vous,
Daniel.
n°47088
Memgam
Posté le 06-08-2017 à 08:03:52  profilanswer
 

Bonjour,  
 
Le capitaine de frégate Henri L. A. Pellé Desforges, né le 6 avril 1885, à Angers, entré au service en 1903, EV1 au 5 octobre 1908, a été aussi le traducteur de l'ouvrage :
 
Lieutenant Serge Terestchenko (Dmitri Novik), La guerre navale russo-japonaise, 512 pages, 34 croquis, 39 illustrations, Payot, 1931.
 
Source : Liste navale 1911.
Généamar, Officiers parmi tant d'autres, page 20.
 
Cordialement.


Message édité par Memgam le 06-08-2017 à 11:49:44
n°47089
olivier 12
Posté le 06-08-2017 à 09:06:54  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Une autre vue de BERENGERE
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/923/vUAkSi.jpg
 
Cdlt


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olivier
n°47092
Memgam
Posté le 07-08-2017 à 14:49:39  profilanswer
 

Bonjour,
 
Bérengère, trois-mâts carré construit en 1902 par les chantiers de Saint-Nazaire Penhoët à Rouen.
2851 tjb, 1875 tjn, 3300 tpl, 86,20 x 13,44 x 6,91 m.
 
En 1912, indicatif HLTR, immatriculé à Dunkerque, Société des voiliers dunkerquois, capitaine Cloatre.
 
Source : Registre n° 74, Bureau Veritas 1930.
 
Cordialement.

n°47095
olivier 12
Posté le 08-08-2017 à 10:26:18  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Un dessin de BERENGERE.
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/924/gS7Beg.jpg
 
Cdlt


Message édité par olivier 12 le 08-08-2017 à 12:00:28

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olivier
n°47097
Memgam
Posté le 08-08-2017 à 11:36:02  profilanswer
 

Bonjour,  
 
Le cliché présenté ci-dessus par Olivier 12 est un tableau du peintre Wilton, visible dans la collection du Musée de Fécamp;
 
Il s'agit bien de Bérengère, dans sa livrée de la Société des voiliers dunkerquois qui comprend bien des faux sabords.
 
Ce qui le distingue des Bordes est l'absence d'une seconde ligne noire sous les faux sabords.
 
Pour mémoire, la société Prentout Leblond a également utilisé de faux sabords, sans la deuxième ligne noire, (France II...) ainsi que d'autres sociétés françaises de voiliers : Société des voiliers long-courriers, (Asnières…)Société des voiliers bayonnais..
 
Cordialement

n°47099
Memgam
Posté le 08-08-2017 à 15:15:00  profilanswer
 

Bonjour,  
 
D'autres portraits de grands voiliers par le peintre Wilton de San Francisco aux sujets : Charles Gounod, Michelet, Général de Boisdeffre.
 
Cordialement


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