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  U 30 - SVANFOS - BORGILA vapeurs norvégiens

 

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U 30 - SVANFOS - BORGILA vapeurs norvégiens

n°46527
olivier 12
Posté le 07-05-2017 à 08:16:02  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
U 30 – SVANFOS – BORGILA
 
Voici une aventure peu banale et assez extraordinaire, survenue au sous-marin U 30, le 15 Avril 1917 au large de la Norvège.
 
Note de l’Amirauté anglaise. 20 Avril 1917
 
SS EK arrivé à Lerwick le 19 Avril rapporte avoir rencontré 3 sous-marins allemands à 5 milles au NW de Slotterö. Plusieurs navires neutres arrivés à Lerwick venant de Scandinavie via Haugesund ont vu des sous-marins ennemis entre le 18 et le 20 Avril, patrouillant très soigneusement au large de Haugesund.
 
Rapport en provenance de Haugesund le 16 Avril 1917
 
A 18h00 le 15 Avril, à 20 minutes d’Haugesund, les SS SVANFOS et BORGILA ont été stoppés par un sous-marin allemand. Le capitaine de SVANFOS est allé à bord du sous-marin avec les papiers du bord et 3 officiers et marins allemands sont venus sur le SVANFOS pour contrôler la cargaison.
Pendant que l’opération se déroulait, un autre sous-marin a fait surface et a ouvert le feu sur l’Allemand qui, selon l’équipage du SVANFOS, a été touché et coulé. Ils sont certains que le sous-marin attaquant était anglais. Le capitaine de SVANFOS était à bord du sous-marin quand il a coulé. SVANFOS a aussitôt rallié Haugesund et les trois marins allemands seront internés par les autorités norvégiennes.
 
Note du Commodore Gade, commandant en chef du Vestland Squadron à  Bergen.
 
SVANFOS est arrivé à Haugesund le 17 Avril avec à son bord un lieutenant et deux marins de l’équipage d’un sous-marin allemand. Une enquête sera immédiatement ouverte par le sheriff Backe, sur les conditions dans lesquelles cet évènement s’est produit. Les trois Allemands sont entre les mains de la police de Haugesund. Un rapport me sera aussitôt envoyé à Bergen.
 
Enquête sur cet évènement.
 
Enquête faite à huis-clos le 18 Avril 1917 et menée par le Captain Smith Johannesen, en présence de  
 
- C. WEGNER, représentant de Thore Thoresen Hartmark Company, propriétaire du SVANFOS
- Sigve GERHARDT, interprète d’allemand
- Leif Vilhelm STENE, 24 ans, commandant temporaire du SVANFOS, résident à Christiania, 1er lieutenant qui fournira le journal de bord rapportant les faits
 
Extrait du journal de bord
 
A 17h00 le Dimanche 15 Avril 1917, par 59°58 N et 04°18 E SVANFOS entendit deux coups de canon tirés sur lui par un sous-marin allemand. Le 2e lieutenant, officier de quart, fit stopper la machine et l’équipage reçut l’ordre d’embarquer dans les embarcations. Le capitaine donna l’ordre d’attendre que le sous-marin réapparaisse. Quand le sous-marin fit surface, le capitaine reçut l’ordre de se rendre à bord avec les papiers, qui entre temps n’avaient pas été mis en sécurité.
Le 1er lieutenant reçut alors ordre du commandant du sous-marin de retourner à bord du SVANFOS pour récupérer la totalité des papiers, tandis que l’autre embarcation, commandée par le 2e lieutenant, était prise en remorque du sous-marin.  
Vers 20h30, le 1er lieutenant revint avec les papiers. Un officier et deux marins du sous-marin furent alors envoyés dans l’un des canots à bord du SS BORGILA, lui aussi arraisonné, et dont tout l’équipage avait pris place dans des embarcations en même temps que celui du SVANFOS. Avec la nuit, on ne voyait plus où étaient les canots du BORGILA.
Au moment où l’officier et les deux marins trouvèrent les papiers du BORGILA, un autre sous-marin fit soudain surface et ouvrit le feu sur le sous-marin allemand. Après avoir échangé quelques coups de canon, les deux sous-marins disparurent et le capitaine Lars OLSEN, du SVANFOS, disparut avec le sous-marin allemand, emportant avec lui les papiers et le journal de bord. A cause de la nuit, il a été impossible de voir si l’un ou l’autre des sous-marins avait été endommagé.
 
Dans notre canot, nous discutâmes de la meilleure solution à adopter. Nous décidâmes de tout tenter pour ramener le SVANFOS en Norvège, et regagnâmes le bord à 21h30. Le canot bâbord fut hissé au niveau du pont, mais le palan était si endommagé qu’il fallut le sécuriser aussi vite que possible. Le canot tribord ne put être hissé, son palan ayant été rompu lors de la mise à l’eau. On tenta de le prendre en remorque, mais la remorque cassa et nous l’abandonnâmes en dérive, afin de quitter au plus vite cette zone. Une partie de l’équipage se trouvant dans ce canot fut perdue lorsque la remorque se rompit.
 
Les mécaniciens ont travaillé dur pour remettre machine et appareils divers en état car ils avaient été mis temporairement hors service. Après 20 minutes, la pression de vapeur revint et nous fîmes route sur le phare de Slotterö, pour atteindre le plus rapidement possible les eaux neutres. En l’absence du capitaine, c’est le 1er officier qui prit le commandement et les principaux de l’équipage réunis décidèrent de faire route sur Utsire, puisque nous étions à 34 milles du feu de Slotterö.
Le lieutenant allemand et ses deux hommes furent d’accord avec cette solution, espérant au matin retrouver leur sous-marin juste au large du phare d’Utsire.
 
Le 16 Avril à 13h00 nous longeâmes la côte et à 16h00 nous vîmes Utsire. Selon les ordres qu’avait reçus le lieutenant allemand, et qui coïncidaient avec notre propre intérêt puisque notre capitaine était de son côté à bord du sous-marin, nous fîmes route au Nord jusqu’à 19h00 en espérant revoir le sous-marin et lui remettre ses hommes. Ne voyant rien, nous revînmes vers Utsire et appelâmes un pilote qui vint à bord à 19h30.
Dans le mauvais temps, le palan du canot bâbord se rompit. Il tomba à la mer et se trouva pris dans la bosse. Tout l’appareillage fut perdu.
 
Nous avons mouillé à 21h30 à Haugesund.    
 
Journal  signé par :
Leif STENE  1er lieutenant
Peter STABO  2e lieutenant
 
Déposition du 1er Lieutenant Leif Wilhelm STENE
 
Le 1er lieutenant fait remarquer que le journal de bord donné aux Allemands était un vieux journal de bord et non celui en cours. Les enquêteurs constatent que cette affirmation est correcte après avoir analysé le journal de bord.
 
Le 1er lieutenant signale aussi que sur le BORGILA, les Allemands ont photographié tous les papiers. Ils s’apprêtaient à retourner sur leur sous-marin et n’avaient pas apporté d’explosifs pour couler le vapeur. Toutefois, selon lui, ils avaient probablement l’intention de couler les deux vapeurs. En effet, des munitions avaient été montées sur le pont du sous-marin pendant que l’embarcation du SVANFOS emmenait les trois Allemands sur le BORGILA.
 
Une fois à bord du SVANFOS, le lieutenant allemand exprima son intention de considérer le vapeur comme une prise. Mais le 1er lieutenant lui déclara que dans ce cas, il devrait manœuvrer le navire avec la seule assistance de ses deux hommes, l’équipage du SVANFOS refusant absolument de travailler dans de telles conditions. L’officier allemand changea alors d’avis. Le 1er lieutenant resta donc au commandement. Une fois revenus à bord du SVANFOS, le journal de bord mentionne que selon les ordres de l’officier du sous-marin, le navire fit route au NW vers Utsire. Mais en fait, ceci ne fut possible qu’avec l’accord du 1er lieutenant et de l’équipage du SVANFOS qui souhaitaient retrouver le capitaine Olsen.
A l’origine, le 1er lieutenant et l’équipage avaient l’intention d’aller à Bergen, mais l’officier allemand leur suggéra qu’il ne fallait pas faire cela, mais plutôt se diriger vers Utsire, ajoutant que dans ce cas ils pourraient peut-être rencontrer le sous-marin. S’ils allaient à Bergen, il alerterait alors le sous-marin.
Le lieutenant et l’équipage décidèrent de suivre cet avis, non en raison de la menace de l’officier d’alerter son sous-marin, mais dans l’espoir de retrouver le capitaine Olsen.  
Le lieutenant ajoute que l’officier allemand n’est pas intervenu dans la conduite du navire et n’a pas protesté contre la décision d’aller ensuite à Haugesund.
 
Déposition du 2e lieutenant Peter Alexander Rojahn STABO
 
33 ans. Habitant à Christiana
 
Il affirme son agrément total avec l’extrait du journal de bord et la déposition du 1er lieutenant Stene qui lui a été communiquée.
Il ajoute que c’est lui qui a emmené les Allemands sur le BORGILA pour trouver les papiers du navire. Ils n’ont apporté aucun explosif avec eux. Il pense toutefois que leur intention était bien de couler BORGILA et SVANFOS. Cet avis résulte de la conversation qu’il a eue avec l’officier allemand une fois revenu sur le SVANFOS. Il déclara au lieutenant du sous-marin que SVANFOS aurait été le premier navire de la compagnie Thore Thoresen à être coulé. Le lieutenant lui répondit que peu importait à qui appartenait le navire et que tous devaient être coulés. Le 2e lieutenant ajoute que le lieutenant allemand jeta à la mer les papiers du BORGILA juste avant de monter sur le SVANFOS déclarant qu’ils n’avaient maintenant plus aucune utilité.
 
Déposition du chef mécanicien Johan JOHNSEN  
 
45 ans. Habitant à Graesvik
 
Celui-ci confirme son accord complet avec l’extrait du journal de bord et avec la déposition du 1er lieutenant Stene qui lui a été communiquée.
 
Déposition du matelot Frils Emil INGEBRIGHTSEN
 
34 ans. Habitant à Christiania
 
Confirme son accord avec l’extrait du journal de bord en ajoutant les points suivants :
 
- Il n’a pas vu des munitions être montées sur le pont du sous-marin mais pense que l’intention des Allemands étaient de couler les deux navires, sans toutefois pouvoir préciser une raison spéciale justifiant cette assertion.
- Il précise qu’il n’y a eu aucune consultation de l’équipage sur la décision de ne pas travailler au cas où l’officier allemand prendrait le contrôle du navire.
- Il n’a eu aucune connaissance d’une négociation entre le 1er lieutenant et le lieutenant allemand sur la décision d’aller à Bergen ou à Utsire.
 
Déposition de Max PLOEN, Oberleutnant zur See de la 4e flottille de sous-marins
 
24 ans
Ne souhaite pas donner le n° du sous-marin sur lequel il était embarqué.
Réitère son accord complet avec le rapport écrit, non daté,  qu’il a produit devant la cour. Voici la traduction de ce rapport :
 
« Les navires norvégiens BORGILA et SVANFOS ont été arrêtés par un sous-marin allemand hors de la zone de blocus par un signal par pavillon et par un coup de canon. On leur a demandé d’apporter leurs papiers à bord du sous-marin. Le sous-marin a plongé et navigué autour d’eux pour les observer de près et s’est aperçu que les deux navires avaient mis leurs embarcations à la mer et que leurs équipages les avaient quittés. Nous avons approché les deux canots où se trouvait l’équipage du SVANFOS et le capitaine a été pris à bord du sous-marin. Il n’avait pas apporté les papiers du navire et un canot a été envoyé pour aller les chercher. Pendant que ce canot retournait vers son navire, le sous-marin, avec le 2e canot en remorque, croisait en larges cercles autour des deux navires pour trouver les canots du BORGILA. Ce fut en vain car il faisait nuit. On présuma que l’équipage avait quitté le navire au premier coup de canon et s’était dirigé vers la terre. Il n’y avait aucun danger pour eux, la mer étant parfaitement calme. Le canot du SVANFOS étant revenu avec les papiers, le commandant du sous-marin et le capitaine commencèrent à les examiner. J’ai été envoyé avec un officier marinier et un marin sur le BORGILA pour y chercher les papiers. Comme l’équipage l’avait abandonné hors de la zone de danger, nous présumions qu’il devait transporter de la marchandise de contrebande. J’ai trouvé les papiers dans une cabine.
Alors que je revenais vers le U-boat, j’ai soudain découvert un second U-boat sur les lieux. Les deux sous-marins ont ouvert le feu simultanément et après 2 ou 3 coups, ont tous deux plongé. La nuit était survenue. J’ai assuré à l’équipage du SVANFOS que leur navire ne serait pas coulé tant qu’il resterait hors de la zone de danger, car alors il n’y avait pas contrebande à bord. L’équipage est retourné à bord et je l’ai suivi avec mes hommes dans l’espoir de retrouver mon sous-marin. Pendant la traversée jusqu’à Utsire, nous n’avons pas rencontré le sous-marin allemand. »
 
Le lieutenant Ploën certifie que ni BORGILA, ni SVANFOS, n’auraient été coulés. Ils étaient tous deux hors de la zone de danger et chargé de pulpe qui n’est pas de la contrebande. Il est donc parfaitement clair qu’ils n’auraient pas été coulés. Les deux équipages les ayant quittés avec précipitation, on pouvait penser qu’ils transportaient de la contrebande. C’est pourquoi les canots ont été envoyés sur BORGILA et SVANFOS pour chercher les papiers.  
Le lieutenant Ploën dément formellement avoir donné un ordre quelconque au 1er lieutenant quant à la navigation, notamment d’aller à Utsire plutôt qu’à Bergen. C’est le 1er lieutenant qui a décidé. Lui a seulement suggéré qu’il fallait plutôt aller vers Utsire car il y avait plus de probabilités d’y rencontrer à nouveau le sous-marin. Ainsi, lui et ses hommes retrouveraient leur sous-marin et le capitaine du SVANFOS son propre navire.
Il assure ne pas avoir menacé le 1er lieutenant d’alerter le sous-marin s’il faisait route sur Bergen. De plus, il lui était impossible de signaler quoi que ce soit car il n’avait sur lui qu’une petite lampe de poche seulement utilisable à très courte distance.
Enfin, il assure n’avoir pas donné l’ordre au 1er lieutenant de montrer ses feux. Il lui a seulement recommandé d’agir ainsi, attirant son attention sur le danger de naviguer sans feux dans le cas où il rencontrerait un sous-marin. Il serait alors immédiatement coulé.
En résumé, il n’a jamais donné aucun ordre à bord du SVANFOS et n’a jamais considéré le navire comme une prise, et n’a jamais déclaré une telle chose au 1er lieutenant. Il  considère que lui et ses hommes sont des « ship-wrecked ». Il n’a jamais dit au 2e lieutenant que tous les navires devaient maintenant être coulés. Ce doit être une incompréhension de sa part, car seulement les navires se trouvant dans la zone de blocus peuvent être coulés.
 
Déposition de Ernst August MUNSTER. Petty Officer
 
21 ans. Habitant à Hanovre
 
Ernst Munster est le plus jeune officier marinier de l’U 30.
 
Il confirme tout ce qu’ont dit les témoins précédents. Il ajoute qu’il ne peut ni confirmer ni infirmer les déclarations de l’Oberleutnant sur la navigation du SVANFOS et sur les discussions entre lui et le 1er lieutenant. Il a entendu très peu de choses sur ces négociations entre eux. Il confirme les déclarations de l’Oberleutnant comme quoi ils n’avaient aucun moyen de signalisation sur eux à l’exception d’une petite lampe de poche inefficace pour faire des signaux.
Il a l’impression d’être un ship-wrecked (naufragé) depuis la disparition du sous-marin. Il n’avait par conséquent d’autre solution que de suivre l’équipage sur le SVANFOS. Il ajoute que vu la rapidité avec laquelle les équipages se sont sauvés dans les embarcations, il pensait que les deux navires transportaient de la contrebande et, en conséquence, seraient torpillés. Mais l’examen des papiers a montré qu’ils ne transportaient pas de contrebande. Il garantit qu’ils n’auraient pas été coulés, étant de plus hors de la zone de blocus. Il confirme qu’ils n’avaient pas pris d’explosifs quand ils sont allés chercher les papiers du BORGILA.
 
Déposition de Ferdinand MIGGS   Ordinary seaman
 
22 ans. Habitant à Hambourg
Matelot de l’U 30
 
Déclare être en accord complet avec les dépositions de tous les autres témoins.
 
L’aventure du Capitaine OLSEN à bord du sous-marin. Extrait du journal TIDENS TEGN.
 
Le capitaine OLSEN, du SVANFOS, a été bien traité, mais a été suspecté d’avoir communiqué avec le sous-marin anglais.
 
Le 15 Avril 1917, le capitaine Olsen du SS SVANFOS a été retenu à bord d’un sous-marin allemand et emmené en Allemagne. Il est revenu aujourd’hui, 30 Avril 1917. Notre correspondant a pu le rencontrer et il a donné les informations suivantes.
 
Nous avions quitté Haugesund le 15 Avril 1917 à 10h00. Le soir, à 18h45, à 34 milles de Slotterö, mer agitée et faible visibilité. Je m’apprêtais à dîner lorsque j’entendis un coup de canon et un projectile passa au dessus du pont. Les lieutenants me dirent : « Il est ici maintenant ». Nous mîmes tranquillement les embarcations à la mer et tout se passa en bon ordre. Alors que nous étions dans les canots, un second coup fut tiré contre le BORGILA qui naviguait en notre compagnie et qui avait mis ses canots à la mer en même temps que nous. Nous recherchâmes le sous-marin qui avait disparu. Nous le trouvâmes, approchâmes et demandâmes ce qui allait advenir de nous et de notre navire. Le commandant du sous-marin nous dit que si nous avions de la marchandise de contrebande, nous serions coulés et que le capitaine serait emmené en Allemagne. Cependant, il promit de remorquer les canots jusqu’à la côte. Le commandant envoya un de mes canots avec 3 hommes du sous-marin à bord du BORGILA. Aucun Allemand n’était à bord du SVANFOS lorsque soudain un autre sous-marin apparut à moins de 30 brasses du premier. Il était alors 21h00 et les Allemands donnèrent immédiatement l’ordre d’ouvrir le feu. L’autre U-boat ouvrit simultanément le feu et les projectiles passèrent juste au dessus de la passerelle. Au 2e coup, on me fit rentrer à l’intérieur. Selon les Allemands, 5 coups furent échangés, mais je n’en ai entendu que 3. Le sous-marin mit en avant toute vers le Sud, s’échappa dans la nuit et resta en surface toute la nuit. Il ne plongea qu’à quatre reprises sur le chemin du retour vers Emden.
 
Quand j’étais sur le pont, je pouvais voir comment il procédait, naviguant toujours en zigzags. Il était assez long, environ 350 pieds selon l’équipage. Ils disaient que c’était un ancien modèle. Ils ne voulaient pas donner son numéro, mais à plusieurs indices à bord j’ai vu qu’il s’agissait de l’U 30.
Sur toute la longueur du sous-marin, seulement 40 pieds n’étaient pas habités, surtout occupés par les moteurs. Je pouvais me déplacer librement, mais il était impossible pour un non-expert de comprendre le fonctionnement des machines. De toute façon, elles faisaient un bruit terrible. Le sous-marin pouvait plonger très rapidement, en quelques secondes assurait l’équipage. Quand il plongeait, afin de modifier l’assiette, l’équipage se déplaçait d’une partie du sous-marin à l’autre.
J’ai eu du bon temps à bord, mais il faisait très froid et tout l’équipage portait des fourrures. Il y avait beaucoup à manger et à boire et chacun s’est montré aimable avec moi. J’ai toutefois dû rester en bas la plupart du temps. Le sous-marin est arrivé le Vendredi à 19h00 à Emden. J’ai été emmené à l’hôpital de la Marine où je suis resté une journée. Puis j’ai été emmené dans un baraquement à Wilhelmshafen où j’ai été gardé comme un interné et non autorisé à franchir les portes du camp. Tous les papiers ont été confisqués et ne m’ont pas été rendus. Les lettres que j’ai écrites à ma famille ne lui sont pas parvenues. En revanche, le télégramme que j’avais envoyé est bien arrivé.
La nourriture était frugale : pain militaire sans beurre, café et thé sans lait ni sucre. Dîner : bouillie faite de soupe et de légumes avec occasionnellement, mais rarement, un petit morceau de viande.
 
Chacun a été poli avec moi, mais j’ai dû comparaître devant un tribunal. Le point sur lequel ils voulaient des renseignements était si j’avais envoyé des signaux ou eu une communication avec le sous-marin anglais. C’est sans doute la raison pour laquelle ils ne m’ont pas renvoyé tout de suite à la maison. Après ma dernière comparution, le commandant de Wilhelmshafen m’a dit : « Vous êtes libre ». Mais je suis encore resté deux jours au camp, puis le Vendredi j’ai quitté ce port sous escorte. A Hambourg j’ai reçu des papiers, mais il fallait que ce pass soit envoyé auparavant à la frontière. J’ai encore attendu 24 heures avant de quitter Hambourg.
 
Document secret de Naval Intelligence de Christiania.  3 Mai 1917.
 
Le capitaine Norvégien du vapeur SVANFOS emmené à Emden le 15 Avril 1917 est rentré aujourd’hui et a déclaré que le sous-marin était l’U 30.
 
La fin de l’histoire
 
Signalons que l’Oberleutnant z/s Max Ploen, né le 3 Avril 1891, n’est pas un inconnu sur le forum. Nous l’avons déjà rencontré à propos de voilier EMMA LAURANS. Il était alors embarqué comme officier de quart sur l’U 52 du Kptlt Hans Walther, qui avait recueilli tout l’équipage du voilier. Il en avait débarqué en Janvier 1917. L’équipage d’EMMA LAURANS avait décrit ainsi les deux officiers de quart d’U 52 :
- 1er officier. Environ 30 ans. Manque d’initiative.
- 2e officier. Semble extrêmement jeune, peut-être 17 ans. Caractère encore enfantin.
On peut penser que Max Ploen était alors le 1er officier.  
 
(Voir ce lien : http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] 1.htm#bas)
 
Il avait rejoint ensuite l’U 30 et se retrouvera donc interné à Haugesund en Avril 17. Il sera libéré assez rapidement par les Norvégiens puisqu’on le retrouve commandant de l’UB 41 le 14 Septembre 1917. C’était son premier commandement, très court, car il disparaîtra avec tout son équipage de 24 hommes le 5 Octobre 1917 ayant heurté une mine au Nord de Scarborough. L’épave de l’UB 41 a été découverte en Août 2003.
 
Les sous-marins impliqués
 
Côté allemand c’était donc l’U 30 du Kptlt Franz GRÜNERT. Entre le 11 et le 15 Avril, il avait d’ailleurs déjà coulé 8 Norvégiens, 2 Danois, 1 Finlandais et 1 Anglais, ce qui laisse à penser qu’il aurait sans doute ajouté SVANFOS et BORGILA à son palmarès…
Mais il a dû rentrer à Emden avec trois hommes en moins et un capitaine norvégien en plus. Il ne repartira en patrouille que début Mai. Sa dernière victime sera le Français ATLAS le 28 Juillet 1917.
Voici l'U 30  Correction : voir post ci-dessous
 
Côté anglais, le numéro du sous-marin n’est pas mentionné dans ces extraits des archives britanniques. Pourtant, s’il était réellement anglais, il doit être connu.
Mais peut-être s’agit-il en fait d’une méprise entre deux sous-marins allemands… Mystère à éclaircir par des spécialistes  ;)  
 
SVANFOS
 
Navire de 975 tonnes lancé le 4 janvier 1905 au chantier Ackers d’Oslo sous le nom de SPES.
Longueur 66 m Largeur 9,8 m 1 hélice
Rebaptisé SVANFOS en 1912
Coulé par UB 72 le 3 février 1918 dans l’Ouest des Orcades lors d’une traversée Liverpool – Skien  
 
BORGILA
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/924/Qtrvoj.jpg
 
Navire de 1434 tonnes lancé le 14 Octobre 1910 au chantier de Fredrickstad
Longueur 74 m  Largeur 11,7 m  1 hélice
Rebaptisé OINAS en 1913
Fera naufrage  dans l’archipel de Stockholm le 27 Décembre 1958
Démoli à Masnedo en Février 1959
 
Cdlt

Message cité 1 fois
Message édité par olivier 12 le 11-05-2017 à 07:52:25

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olivier
n°46528
NIALA
Posté le 07-05-2017 à 12:14:26  profilanswer
 

http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/8678/U3093eaaf17202b23c77f38a9c355ea7a55.jpg
Cette photo ne représente pas U30 qui était un sous-marin océanique, mais UB30 qui était un sous-marin côtier.
 
Cordialement
 
Alain


---------------
Cordialement
 
n°46529
olivier 12
Posté le 07-05-2017 à 13:13:04  profilanswer
 

Bonjour à tous, bonjour Niala,
 
Effectivement, j'ai encore fait une confusion dans les centaines de photos de sous-marins que je possède... U 30 était un sous-marin océanique du type U 27. Je corrige donc.
Voici l'un d'eux, en l'occurrence l'U 29, d'Otto Weddigen,  pris du HEADLANDS qu'il allait couler.
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/924/xbUpYF.jpg
 
Cdlt


Message édité par olivier 12 le 07-05-2017 à 15:28:08

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olivier
n°46552
Gastolli
Posté le 11-05-2017 à 00:15:01  profilanswer
 

olivier 12 a écrit :

Mais peut-être s’agit-il en fait d’une méprise entre deux sous-marins allemands… Mystère à éclaircir par des spécialistes  ;)  


 
Bonsoir Olivier,
 
well, indeed it was an British submarine, the G 7 under command of LCdr. Geoffrey Warburton!
 
Oliver


Message édité par Gastolli le 11-05-2017 à 00:15:22
n°46655
olivier 12
Posté le 23-05-2017 à 08:30:01  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Voici la photo de l'Oblt z/s Max Friedrich PLOEN
 
Source : Yves D. qui a mis cette photo à la fiche ESTEREL
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/923/2p2XSm.jpg
 
Cdlt


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olivier

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