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  YMER - Cargo norvégien et les Sauveteurs de l'ile d'Yeu

 

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Auteur Sujet :

YMER - Cargo norvégien et les Sauveteurs de l'ile d'Yeu

n°22659
Ar Brav
Posté le 09-12-2009 à 07:53:24  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Je copie ici un message de Mireille au sujet du sauvetage par les marins de l'ile d'Yeu du cargo norvégien YMER. Il m'a semblé intéressant d'en faire un sujet à part, à la mémoire de ces sauveteurs bien souvent restés dans l'ombre, et en hommage à leurs successeurs qui ne le sont pas moins :
 
Voir ici :
 
http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] _126_1.htm
 
Bien cordialement,
Franck
 
Posté le 06-12-2007 à 14:23:16 par Mireille Salvini  :hello:  
 
bonjour à tous,
bonjour Franck,
 
en janvier 1917,un cargo norvégien fut torpillé par un sous-marin allemand,au large de l'île d'Yeu.
des marins de l'île d'Yeu se sont portés au secours des naufragés,mais certains de ces sauveteurs n'en sont jamais revenus.
la Norvège érigea un monument en l'honneur de ces marins à Port-Joinville.
mais avec le temps et l'air marin,les noms commencent à s'effacer.
 
http://img444.imageshack.us/img444/3497/yeulx1.jpg
 
http://img460.imageshack.us/img460/5764/extraitmonumentyeuuw5.jpg
 
http://img458.imageshack.us/img458/6451/yeu1xe7.jpg
http://img444.imageshack.us/img444/7471/yeu2ex8.jpg
http://img458.imageshack.us/img458/7736/yeu3ek1.jpg
 
 
amicalement,
Mireille


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Le cœur des vivants doit être le tombeau des morts. André Malraux.
n°22660
Ar Brav
Posté le 09-12-2009 à 07:54:19  profilanswer
 

Bonjour Mireille,
 
Merci pour ce sujet que je ne connaissais pas, c'est plutôt émouvant. Dommage qu'on laisse disparaître peu à peu les noms des sauveteurs pourtant gravés dans la pierre comme pour l'éternité...
 
Amitiés,  :hello:  
Franck


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n°22661
Ar Brav
Posté le 09-12-2009 à 07:54:59  profilanswer
 

Yves D a écrit :

Bonsoir à tous,
Pour les curieux de la petite histoire :
 
YMER         NO  1T
 1,123 J. Lund & Co., Bergen        228.5 x 35.2
    C Laxevaags Maskin & Jernskibsbyg., Bergen (10) #99
15 - A/S D/S Ymer  (J. Lund & Co., mgrs.)
Captured and scuttled with explosives by UC 16, 23 Jan 1917, 60 miles west of Rochefort, voy. Santander - Middlesbrough, iron ore
 
Starke Register 1910
 
L'UC 16 était à l'époque commandé par l'Oblt z.S. Egon von Werner qui venait de fêter son 28e anniversaire. Il allait ensuite commander les s/m UB 54  puis UB 111 et survivre à la guerre.
Yves



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n°22662
Terraillon​ Marc
Posté le 09-12-2009 à 08:00:14  profilanswer
 

Bonjour
 
Ce naufrage a fait l'objet d'articles.
 
Voici les références :
 
BIB PC 16 -  1917, naufrage de l'Ymer, bâtiment norvégien : la tragique odyssée des sauveteurs de l'Ile-d'Yeu / Jean-François Henry.  
 
In : Recherches vendéennes. - (1999) n° 6, p. 115-118
 
 
 
Titre(s) : Recherches vendéennes / 1917, naufrage de l'Ymer, bâtiment norvégien
Auteur(s) :  Henry, Jean-François  
 
Contexte historique : 1917
Lieu(x) : Ile-d'Yeu, L'
Matière(s) : Sauvetage en mer / Naufrage / Ymer (cargo)

 
tiré du site http://recherche-archives.vendee.f [...] ?NOCLEAN=0
 
A bientot  :hello:


Message édité par Terraillon Marc le 09-12-2009 à 08:00:44

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Cordialement
Marc TERRAILLON
n°22663
Ar Brav
Posté le 09-12-2009 à 08:05:58  profilanswer
 

Rutilius a écrit :

Citation :

" En janvier 1917, un cargo norvégien fut torpillé par un sous-marin allemand, au large de l'île d'Yeu. Des marins de l'île d'Yeu se sont portés au secours des naufragés, mais certains de ces sauveteurs n'en sont jamais revenus. La Norvège érigea un monument en l'honneur de ces marins à  Port-Joinville "


 
   Bonsoir à tous,
 
   Pour exprimer sa reconnaissance pour le dévouement dont avaient fait preuve les hommes du canot de sauvetage de l'île d'Yeu, qui s'étaient portés au secours de l'équipage de l' Ymer, le gouvernement norvégien décerna la médaille d'or du sauvetage à M. Devaud, patron, et la médaille d'argent du sauvetage à MM. Plessis, Girard, Tonnel, Gouiller et Tarbé, ses équipiers ; se vit également attribuer la médaille d'argent du sauvetage  M. Marrec, inscrit de Concarneau, qui avait aidé au débarquement des naufragés et les avait sauvé par les soins qu'il leur avait prodigués (La Croix, n° 10.425, 2 mai 1917, p. 7).
 
   Bien à vous,
 
   Daniel.



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n°22664
Ar Brav
Posté le 09-12-2009 à 08:06:49  profilanswer
 

doumes a écrit :

Pour ceux qui sont curieux de cette histoire voici le texte tiré de l'Illustration du 10 Mars 1917, qui relate le periple du canot et les noms des marins.
 
La Tragique Odyssée des Sauveteurs de l’Ile d’Yeu
 
 
Nos marins des côtes de l’ouest.
 
La destructive hostilité des éléments rivalisant, par exception, avec la meurtrière furie  allemande, vient d’ajouter aux annales de notre marine, un épisode qui vaut plus que la rapide mention qui en fut faite sur les feuilles volantes des quotidiens.
Il est tout à l’honneur de nos populations des côtes de l’Ouest, les marins de cette vaste zone qui s’étend du littoral  breton  à la province basque n’ont peut être pas une réputation aussi généralement  établie d’endurance, d’expérience nautique et d’entreprenantes audace que leurs émules des régions voisines plus au nord et plus au midi  
 A tort sans doute, au centre de cette zone l’Ile d’Yeu par exemple sentinelle placée par la nature en avant de nos rivages de l’Atlantique comme pour les gardez, de la Loire à la Gironde, tant d’hydravion y devraient nicher !
L’île d’Yeu est une véritable pépinière de matelots et de capitaines au long cours, pas un bâtiment de la marine de l’Etat qui se  signale par quelques exploit ou qui périssent glorieusement sur lequel ne figurent pas un marin originaire de l’île d’Yeu
 C’est de la  que, pour tenter de sauver sept Norvégiens naufragés par une torpille boche, douze de nos Islais se sont récemment élancés dans une expédition où six d’entre eux ont péri.
Cette odyssée des sauveteurs de l’île d’Yeu avec les naufragés norvégiens qu’ils voulurent au prix de leur vie, arracher à la mort, restera parmi les plus tragique aventures de la mer.
 
L’équipage et les Volontaires.
 
Le 26 janvier dernier, en pleine période des froids exceptionnels de cette saison, à 11 heures du matin le sémaphore de la Pointe du But ( nord ouest de l’île ) signalait à Port Joinville qu’une embarcation paraissant contenir sept hommes était en détresse à 3 milles dans l’ouest.
Le patron du canot de sauvetage Noè Devaud ( 53 ans, mais gaillard solide et trapu très alerte encore )  faisait aussitôt battre le rappel de ses hommes, l’équipage d’un canot de sauvetage de ce modèle comporte outre le patron qui est à la barre et le sous-patron ou brigadier qui se tient à l’avant prêt à toute manœuvre et notamment à jeter les amarres, dix rameurs, naturellement marin de choix dans la force de l’age et valides.
Mais les marins dans la force de l’age et valides sont en ce moment dispersés sur tout les fronts de mer, ils sont sur les torpilleurs, sur les croiseurs, sur les cuirassés, il reste néanmoins des marins de choix dans l’île, mais de ceux constituant les deux équipes régulières du bateau de la société centrale de sauvetage il n’y avait de présents que deux des doyens, Pierre Girard 54 ans et Pierre Pelletier 46 ans, inscrit le premier depuis 27 ans, le second de puis 21 ans aux rôles de ces équipages d’élite ; il y en avait avec Devaud un quatrième, leur cadet Emmanuel Trubé 30 ans, père de cinq enfants revenu du front de l’Yser après réforme définitive, pour blessure de guerre reçue en combattant parmi les fusiliers marins, quoique marchant avec difficulté, il se présenta promptement.
Autour d’eux  se groupèrent alors des volontaires. Au premier signal il en était sorti de toutes les petites maisons blanches aux volets gris qui s’étagent autour du port, il en vint même des villages les plus proches, les uns se levant de table et quittant leur déjeuner, les autres qui n’avaient pas commencé, renonçant à leur repas.
L’un deux, Adolphe Izacard 46 ans se remettait d’un bronchite qui le tenait cloué au lit depuis plusieurs semaines. Mis en éveil par quelque agitation autour de sa demeure et apprenant de quoi il s’agissait il se leva «  femme je me sens mieux, veut tu que j’aille jusqu’au port ? un petit tour le fera du bien » et rassurant ses enfants, il en à sept, il se hâta. C’était sa première sortie.
 Déjà le patron constituait son équipage de fortune, il avait pris d’abord par droit d’estime et d’affection un fin marin, son beau frère Edmourd Pillet, quinquagénaire père de six enfants en attente d’un septième , et puis tout naturellement le frère de celui ci Emile Pillet, 49 ans et sept enfants aussi, puis un réformé de vingt huit ans  Joseph Renaud gravement contrefait des deux pieds mais doté d’un torse d’hercule, puis un tout jeune pas encore sous les drapeaux, classe 1918, Alexandre Gouillet, puis encore un réformé, père de famille Olivier Pessis, un autre père de famille  48 ans et cinq enfants Batiste Tonnel, enfin  Arnaud Taraud 46 ans, un vrai routier de la mer au repos dans l’île entre deux navigations et qui accourut, essoufflé du bout du port, afin de ne pas manquer ce départ.  
Les voilà donc tous, se passant aux épaules le gilet de sauvetage se le ceignant aux reins et parés, leur canot armé avancé sur son chariot, jusqu’au seuil grand ouvert de l’abri, prêt a descendre sur ses rails jusqu’à la mer, les voilà tous, non sans quelques impatience à «  espérer »  que le flot monte, le canot n’aurait en ce moment pas assez d’eau. Enfin sur les 13 h 30 tous les sauveteurs à leur poste a bord, le signal est donné, l’embarcation chargée dévale avec rapidité, atteint l’eau, talonne légèrement glisse et s’élance hors du port.
 
Le Sauvetage et les Premieres Péripéties du retour.
 
Le vent soufflait  du sud est , Devaud fait mettre à la voile, double la point nord et fait route franchement vers l’ouest, ils trouvent enfin deux heures après à plus de trois milles la baleinière en détresse, ils l’accostent, y découvrent sept norvégiens, la moitié de l’équipage du vapeur  « Ymer » de Bergen, torpillé trois jours auparavant à environ 150 milles de la dans les eaux d’Espagne, dérivant sous l’action des courants et des vents ces malheureux ont été apportés jusqu’ici, tandis que l’autre moitié de leur équipage, plus malheureuse encore à disparue vers le large où elle sait perdu a jamais, ceux ci sont eux même à bout de forces confortablement vêtus, mais rongés par la faim, ils gisent presque inanimés. Ce bateau qui les accoste avec ses douze vaillants sauveteurs, c’est le salut inespéré, c’es t la vie, ils se redressent, s’accrochent on les transborde et , vite on leur passe des biscuits le rhum qui sont réglementairement a bord, et sur lesquels ils se jettent, cela les ragaillardit provisoirement
 Il n’y a donc plus qu’à rentrer, a ce moment passe une petite voile, un islais a vide, qui prendrait bien volontiers quelques uns des naufragés ,mais pourquoi nos sauveteurs se déchargeraient t’ils du devoir de ramener eux mêmes leur précieux fardeau humain, puisque tout va bien a bord ?
L’islais disparaît, le canot plus chargé remonte un peu, à l’abri de l’île, pour doubler la ponte nord hérissée de récifs, après quoi il faut faire route plein est, contre le vent, aux avirons et souque.
 Une heure plus tard nos rameurs sont à un mille au nord de l’île, ils avancent plus lentement car le vent fraîchi et surtout le courant formé par la marée descendante croit en force de minute en minute, les hommes tirent sur les avirons, ils tirent, tirent se fatiguent visiblement n’avancent plus !
Inutile  de s ‘obstiner, il est 17 heures, dans cinq heures par l’effet de la marée remontante le courant aura viré et servira la rentré à laquelle il s’oppose maintenant.
 Devaud décide de mouiller l’ancre tombe, va se crocher dans le fonds et le canot brusquement mais solidement retenu au bout de son câble fait tête au courant, le vent fraîchit toujours et les hommes mouillés par les embruns  immobiles sur leurs bancs commence a souffrir du froid, le sémaphore les observe de loin et signale au port qu’ils ne bouge plus, la manœuvre judicieuse de Devaud y est d’ailleurs comprise de tous on en s’alarme pas  
Si l’on avait soupçonné qu’en dépit de l’expérience , de l’habileté de la résistance  de cette équipage pourtant improvisé, la situation pour lui s’aggravait  constamment le vapeur de Fromentine à Port Jonville qui venait précisément de rentrer et qui était encore sous pression fût on veut le croire  reparti à leur secours, il les eût indubitablement rejoints et ramenés.
Mais nul à terre n’imaginait et ne prévoyait les périls qui s’accumulaient là bas.
Carle courant augmente toujours accéléré par le vent qui souffle maintenant avec violence, il atteint une vitesse d’environs six nœuds, et la nuit tombe le grand phare, la haut de cinq secondes en cinq secondes ,brasse maintenant des ses brusques éclairs tournants jusqu’à perte d’horizon ; l’immensité pleine d’ombre mouvantes. Tout en bas l’eau qui s’enfle en houle torrentueuse enveloppe la frêle embarcation, il semble que d’innombrables mains humides et bruissantes glissent sous la coque, palpent ses flancs, l’étreignent, l’attirent vers le large, le brave canot résiste, il se démène  il se débat.
 Montant descendant, rejeté sur tribord, bousculé sur bâbord, mais retenu pas son câble, un beau câble presque neuf, il tient toujours tête a l’eau monstrueuse.
 L’équipage est du reste sans inquiétude m ais tous ils frissonnent, ils tremble de froid, un vent glacial les fouette et les cingle de grésil
 Deux heures durant il agira cruellement sur eux, tandis que la mer irritée par le minuscule obstacle qu’elle ne peut vaincre poursuit d’autre part son œuvre sournoise….
Ainsi jusqu’au moment où le canot dans une sorte de bond se trouve irrésistiblement enlevé, emporté comme par un tourbillon.  
L’ancre avait dû se fixer dans les bas fonds entre deux rochers, les secousses, que la houle grossissante et le courant imprimaient au canot, descendait en saccades le long du câble et le sciaient peu à peu sur une arrête, il finit par ce rompre !
 
 A la dérive dans la Tempête
 
Alors les canotiers se remettent à l’ouvrage, c’est  à dire aux avirons pour maintenir la dérive, par cette forte marée, la plus forte marée de la saison à cette heure où le courant atteint son maximum de violence et alors que le vent dans le même sens redouble ils filent vers le large avec rapidité, les hommes luttent, mais on se souvient que pour répondre plus vite a l’appel les uns s’étaient a peine vêtus et les autres n’avaient pas mangé, voilà maintenant près de dix heures qu’ils sont en mer, ils s’épuisent les embruns déposent sur leurs visage, sur les mains une bruine qui se congèle en verglas, ils se sentent lentement paralyser, ils multiplient pourtant leurs  efforts et le phare s’éloigne toujours sa quadruple fulguration devient une étoile intermittente qui diminue.
Les voilà donc en proie au plus redoutables ennemis de l’homme le froid, la faim, et l’eau, l’eau noire aux blanchissantes écumes, quelques formidable et menaçante qu’elle apparaisse c’est l’eau qu’il redoute le moins, ils la connaissent ils l’ont si souvent domptée ils savent manœuvrer pour éviter ses coups les plus terrible, mais la faim qui les ronge intérieurement et le froid qui les pétrifie et les immobilise !
Il devient évident qu’ils ne rejoindront plus le port, ils sont toujours chassé vers l’ouest, a la voile en poussant au nord ils peuvent atteindre Belle Isle
 La grand voile et la misaine sont hissé et le bateau par vertigineusement, la mer à grossi encore le vent souffle en tempête, un paquet de mer qui leur arrive par le travers éteint le fanal fausse le compas les submerge, ces canots de sauvetage ont sous leur pont, des compartiments étanches qui en assurent l’insubmersibilité, et des tubes a soupapes qui doivent assurer l’évacuation automatique de l’eau, mais le canot est très chargé les paquets de mer se succèdent les  soupapes fonctionnent mal, le canot ne se vident plus, dans l’eau jusqu’au cuisses  les hommes se hâtent d’amener la grand voile, on fera route sur la misaine, c’est encore trop ,on  l’amène et on met l’ancre flottante sorte de poche en toile qui posée sur l’eau, se gonfle sous l’action du vent et maintient  en pareil circonstance le canot debout a la mer  
 On a double le cap de nuit du 26 au 27 janvier là bas a terre le thermomètre a marque cette nuit là moins  15 °  
Eux sont ici, les pieds et les jambes dans l’eau, le haut du corps battu par les lames ruisselants de gouttes qui se congèlent au fur et a mesure  et recouvrent d’un verglas toujours plus épais les bancs, les mâts les avirons  et leur chair même.
Ah ! l’homme dans sa lutte contre l’homme peut toujours prétendre à la victoire, il a dans sa propre résistance la mesure de son ennemi, et sa volonté peut toujours aspirer à surpasser la volonté adverse amis qu’elle que soit l’énergie qu’il déploie dans sa lutte contre les éléments, une heure advient parfois où les puissances coalisées de la nature abusent et surpassent non le courage mais la force même de l’individu.
Cette heure approche pour quelques un de nos pauvres naufragés, la plupart, ils sont encore prêts a déjouer et à contre battre tous les maléfices de la mer. Comment annihiler le froid mortel qui les pénètre et qui les envahit ?
Pourtant ils ne geignent guère et il suffit des avoirs connus pour se douter qu’ils n’exhalent pas de vaines récriminations.
 
La barque funèbre.
 
Un sourd gémissement des plus affaiblis, deux des norvégiens, dont c’est la troisième nuit en mer, et Izacard, qui avait quitté sont lit de convalescent pour s’embarquer, une brève plainte de tant de misère, de tant de misère physique venant de couronner l’autre, et puis une série de transe et d’évanouissement progressif, tous les trois presque ensemble ils glissent du froid douloureux et passagers de la vie dans le froid insensible et définitif de la mort.
Les autres s’aperçoivent à ce moment que l’ancre flottante vient d’être arrachée par la mer, à présent tout a fait démontée, la situation est devenue extrêmement périlleuse, vite une drôme sorte de cadre qu’ils improvisent avec deux mâts  et un grand aviron fortement lié, et qu’ils mouillent à l’avant ce qui est de même que l’ancre flottante maintient le canot debout à la mer et présente en outre l’avantage de briser les lames avant leurs arrivée sur l’étrave.
Devaud s’est établi  ainsi comme a la cape, et toute la journée, il y reste dérivant légèrement en pleine tempête sous les des rafales de neige. Ses hommes arrivent à vider un peu le bateau, le soir revient et puis la nuit retombe, le froid sévit atroce, ils sont transpercés , le feu de Belle isle leur apparaît  dans le nord est, et cela leur permet d’évaluer leur position : 15 milles dans le sud Ouest
Il est près de minuit, deux autres norvégiens à bout de résistance expirent.
Le froid est de plus en plus intolérable, Devaud voit son brigadier, Pelletier agoniser, a tous risque il faut aller atterrir, au prix de d’efforts qui sont autant de tortures , les moins exténués démontent la drôme, replantent les mâts, hissent les voiles puis aussitôt, a cause de la houle énorme, abattent la grand voile, cependant le canot s’incline, embarque des paquets de mer, un ris a la misaine, il reprend de l’allure et fuit ainsi vers le nord ;de l’eau sur bâbord jusqu’à la lisse
 Pelletier , puis Taraud, meurent et Renaud puis un cinquième norvégien commence a râler ; l’un des deux Pillet articule péniblement qu’il sent ses yeux ce voiler.
Belle Isle est loin dans l’est, Groix est encore trop au nord est , le canot de sauvetage  de l’île d’Yeu n’est plus q’une barque funèbre à demi noyée chassée par le vent  et par les flots  où quelques survivants luttent encore désespérément tandis que sont pilote, la main figée à la barre par le verglas scrute avidement devant lui la ligne médiane de la mer et des nuées pour y découvrir la côte du Finistère qui finira bien par lui  fermer l’horizon.
 Devaud a déjà devant lui sept morts, dont trois norvégiens en groupe a ses pieds, en passant tout ces cadavres   par dessus bord ses matelots allégeraient sans doutes l’embarcation qui peut être remonterais à la lame, ni lui ni les autres n’y songent où s’ils y songent ils ne si arrête point .
Ils se sont jetés dans cette aventure  pour enlever à la mer des victimes de la piraterie allemande, s’ils ne peuvent les ramenez vivants du moins  ils ne les abandonneront pas mortes et les norvégiens qu’ils ont voulus sauver seront inhumer sur le rivage à coté de leur camarades français.
 
 Le Troisième jour.
 
Quoique ainsi surchargé du reste, le canot file toujours bonne allure le jour se lève, le troisième qui les éclaire dans leur barque, Groix glisse a l’est, disparaît dans le sud est, les Glénans se devinent à gauche, Devaud suppute que sa direction étant fermement maintenu au nord  , il va aborder sur la gauche de l’embouchure de l’Aven
Mais il faut  se hâter, Joseph Renaud qui s’est abandonné a l’avant la tête sur la lisse, meurt, il faut ce hâter pour qu’il ne périssent pas tous, les un après les autres  jusqu’au dernier. On essaie encore la grand voile  il faut y renoncer, le vent a tendance a faiblir mais la houle est encore trop forte, une heure se passe puis deux, le grand jour est venu depuis longtemps, le soleil par moment fait des trouées dans les nuages et la côte se précise , un cinquième norvégien meurt, Devaud voit un îlot, qu’il sait être désert, l’île Verte, et pousse plus loin.
Il élonge la côte de l’îlot Raguenès qu’habite avec sa famille, un seul pêcheur sorte de Robinson, Jean Marrec, vaguant sur la falaise sud Marrec a aperçu le canot en détresse et lui fait signe de venir aborder par le nord ouest. Enfin  il vont toucher terre, le premier a descendre est un des deux norvégiens, lieutenant de l’Ymer ses vêtements imperméable l’ont relativement protéger durant ces nuits mortelles. Surmontant son épuisement il va sur la terre ferme chercher du secours à l’hôtel qu’on aperçoit à 600 mètres, tandis que Marrec hale le canot sur sa grève. Devaud débarque le second avec Marrec il aide ses camarades à se tirer de l’embarcation les frères Pillet sont incapable d’un mouvement déjà presque inanimé, sur un plateau  qui sert au transport du varech le pêcheur de Raguenès les traîne, les hisse, les porte jusqu'à son logis, Emile Succombe sur le seuil, Edmond en dépit des soins dévoué et rudimentaire qu’on leur prodigue, succombe douze heure plus tard.
 Ce sont les deux dernières victimes de cette odyssée ,avec la première des victimes française, Izacard, ils laissent à eux trois, vingt et un orphelins.
 
Le lendemain on dégageait les neufs autres  morts de la carapace glacé dans la quelle ils étaient engainés au fond du canot, lequel de lui même peut après avoir été délesté des survivants s’était en grande partie vidé.
 Et on enterrait les cinq norvégiens et les six français dans le cimetière du bourg voisin de Nevez, où ils reposent cote a cote fraternellement.
 
Pour les victimes
 
C’est comme on a pu en juger, un extraordinaire enchaînement de coïncidences  fâcheuses et presque imprévisibles qui a transformé ce drame de la mer en tragédie.
D’abord la plus forte marée de la saison ayant à la basse mer asséché le port de départ , à retardé le lancement, puis le courant descendant accentué par le vent du sud est, à l’heure même où les sauveteurs revenaient rompit le câble de mouillage, La Société Centrale De Sauvetage des Naufragés qui est avec le concours mais indépendamment le l’administration maritime comme un véritable ministère du sauvetage tout en restant une institution privée ouverte à toute les initiatives favorables a toutes les améliorations, ne saurait que trop se préoccuper de placer devant des eaux toujours suffisante les cales de lancement des ses canots, jusque dans les ports ou au moins à proximités des ports mêmes qui assèchent à marée basse. Ce problème difficile à résoudre, n’est sans doute pas insoluble.
Si les canotiers de l’île d’Yeu étaient partis une heure plus tôt, ils auraient pu, au retour  franchir en temps opportun la passe critique. Un plus long tronçon de chaîne reliant l’ancre au câble de chanvre eût probablement évité le sciage de l’attache.
 La Société Centrale de Sauvetage a croyons nous l’intention de doter d’un canot a moteur les poste important de la côte dès que les événements le permettrons. l’île d’Yeu bénéficiera de cette mesure, avec un canot a moteur, nos hommes  même partis seulement à l’heure où ils ont effectivement pris la mer auraient encore au retour, aisément rebroussé le courant redoutable.  
 La Société Centrale, outre des médailles d’or et des prix en argent aux survivants va d’ailleurs selon sa coutume assurer une pension aux veuves
 Un souscription ouverte à leur bénéfice en Norvège aurait atteint déjà un chiffre fort appréciable .
 Quoi que l’ont fasse on ne peut craindre de dépasser la mesure envers des familles qui portent leur deuil avec une si noble simplicité, qui l’entourent pudiquement d’un voile de silence.
A quoi leur serviraient il de se répandre en lamentations bruyantes ? Si des circonstances toutes semblables s’offraient a nouveau, d’un sauvetage de vie humaines avec les risques qui lui sont toujours inhérents est ce que  des marins tels que les leurs pourraient loyalement ne pas répondre encore a l’appel ? …alors ?
Tout ce que permettent ces parents en vêtements noir, ces veuves accablés par la fatalité, c’est une protestation farouche contre une si incompréhensible  hostilité de la nature contre l’unanimité de éléments qui trahissent avec une  persistance, une perfidie rares, ce petit groupe de vaillants  
 
 



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Le cœur des vivants doit être le tombeau des morts. André Malraux.
n°22665
Terraillon​ Marc
Posté le 09-12-2009 à 08:08:22  profilanswer
 

Bonjour
 
Voici un lien vers un des sauveteurs disparus durant le sauvetage de l'YMER  
 
http://www.famille-bretet.net/Fich [...] xandre.htm
 
Le navire de sauvetage était le "Paul Tourreil"
 
Il est référencé dans la base de données
 
A bientot


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Cordialement
Marc TERRAILLON
n°22666
Ar Brav
Posté le 09-12-2009 à 08:08:23  profilanswer
 

Bonsoir Dominique,
Bonsoir à tous,
 
Merci pour la relation de cet évènement dramatique.
Une vue très simplifiée de la tragique odyssée des rescapés du cargo norvégien Ymer, des Sauveteurs de l’Ile d’Yeu et du trajet parcouru dans des conditions extrêmes :
 
http://images1.hiboox.com/images/5008/c58334161494edb728d2cd0fc6a7ed5e.jpg
 
Cordialement,
Franck


Message édité par Ar Brav le 09-12-2009 à 08:09:22

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n°22667
Terraillon​ Marc
Posté le 09-12-2009 à 08:10:15  profilanswer
 

Bonjour
 
Et voici un autre exemplaire de l'article de l'Illustration avec des photos
 
http://www.famille-bretet.net/documents5.htm
 
A bientot


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Cordialement
Marc TERRAILLON
n°22671
Ar Brav
Posté le 09-12-2009 à 09:04:24  profilanswer
 

Bonjour à tous,  
 
Voici la relation du drame telle que parue dans l'hebdomadaire Le Marin du vendredi 04 décembre 2009, rubrique "Mémoire de l'histoire", page 30. L'auteur n'est pas cité.
 
Bien cordialement,
Franck
 
Les rescapés de l'Ymer.
 
Le courage des marins de l'île d'Yeu a été mis en évidence lors de l'affaire « Paul Tourreil ». C'est le nom de l'ancien canot de sauvetage de l'île, qui vécut une véritable odyssée en 1917.
 
 
   Le monument dont nous présentons une photographie dans cette page a été érigé à Port-Joinville sur l'île d'Yeu. Dû au sculpteur Isabelle Véry, il a été inauguré le 26 mai 1991 en présence d'un représentant du gouvernement norvégien. Il remplace une ancienne stèle, dont il est une copie conforme, qui avait subi les outrages des embruns. Les Islais sont très attachés à ce monument, symbole de la bravoure de sauveteurs locaux qui laissèrent malheureusement dans l'île cinq veuves et 21 orphelins, en janvier 1917, en se portant au secours de marins norvégiens perdus en mer.
 
http://img710.imageshack.us/img710/1782/yeustele.jpg
 
A l'extrémité nord du port de Port-Joinville (île d'Yeu), voici l'actuel monument érigé à la mémoire des marins du Paul Tourreil, sur la place de Norvège (place Dingler avant 1922).
 
Sources :
Le Marin du vendredi 04 décembre 2009, rubrique "Mémoire de l'histoire", page 30.  
Photo M. Maurice Esseul.
 
 
Depuis l'érection de la stèle, ce monument sert de point de ralliement pour la célébration de toutes les cérémonies officielles dans l'île. La tragédie qu'il évoque marqua si profondément les esprits que, de nos jours, par tradition, les cortèges nuptiaux de l'île viennent, à la sortie de l'église, faire trois fois
le tour de la statue en chantant des chansons anciennes, en hommage à de glorieux aînés. Mais de quelle héroïque tragédie s'agit-il ? En voici l'histoire.
 
   Emmanuel Turbé marche avec difficulté. Une blessure reçue au combat alors qu'il était fusilier marin durant la guerre - nous parlons de la Première Guerre mondiale - l'a obligé à revenir chez lui, à l'île d'Yeu, après avoir été réformé. Pourtant, ce midi du 26 janvier 1917, il répond à l'appel du patron du canot de sauvetage de de Port-Joinville à l'île d'Yeu.
En effet, une embarcation en difficulté a été aperçue au large par le sémaphore de la pointe du But, au nord-ouest de l'île. La Société centrale de sauvetage des naufragés doit porter assistance, malgré le grand froid.
La plupart des membres habituels de l'équipage du canot Paul Tourreil sont absents, dispersés sur différents bâtiments de la Marine nationale à cause du conflit qui perdure. Aussi les autres sauveteurs disponibles, abandonnant leur repas qu'ils n'ont parfois pas eu le temps de commencer, ne sont-ils pas tous en état.
Adolphe Izacard, père de sept enfants, se remet d'une bronchite. Il se lève quand même et se rend à la station. Le patron, Noé Devaud, 53 ans, embauche des pères de famille nombreuse ou des réformés : son beau-frère Edmour Pillet (père de 7 enfants lui aussi) et le frère de celui-ci, Émile (autant d'enfants), ainsi que le jeune Joseph Renaud, handicapé des pieds mais doté d'un torse d'Hercule.
Hélas, la marée est au plus bas. Les canotiers montent à bord du canot sur son ber et attendent que la mer monte un peu pour qu'il y ait suffisamment d'eau au pied de la cale de lancement. Ce n'est qu'à 13 h 30 que le signal de départ est donné.
Ensuite, une fois à flot, le patron fait établir la voile. Le vent souffle de sud-est. Le canot de la SCNS, armé de ses douze hommes, met 2 heures à parvenir à la baleinière en détresse. Il s'avère qu'elle dérive et qu'elle contient la moitié de l'équipage du cargo norvégien Ymer, torpillé le 23 janvier par un sous-marin allemand dans le golfe de Gascogne (1).
 
(1) L'Ymer est un caboteur lancé en 1910 à Bergen (Norvège), d'une longueur de 69 mètres et de 1 123 tonneaux. Lors d'un voyage entre Santander et Middlesbrough (minerai de fer), il est intercepté, le 23 janvier 1917, par le sous-marin allemand UC-16, (commandant Egon von Werner) ; une source dit qu'il a été sabordé par des explosifs, une autre qu'il a été torpillé.
 
L'autre partie de l'équipage norvégien, avec son capitaine, a disparu en mer. Les marins récupérés, à bout de force, n'ont rien mangé depuis le naufrage. Une fois dans le canot, ils se jettent littéralement sur les biscuits et le rhum qui équipent le coffre du bord. Une partie de la nourriture du bord est engloutie...
La vingtaine de marins revient à Port-Joinville. Sur le chemin du retour, tout se passe bien, même si le canot est bien chargé. On croise un petit bateau à voiles de l'île d'Yeu qui propose de prendre quelques Norvégiens. Mais les sauveteurs mettent un point d'honneur à ramener à terre eux-mêmes "leurs"  naufragés.
On double la pointe nord de l'île, ensuite, cap à l'est. C'est-à-dire contre le vent. Tout le monde se met aux avirons et souque ferme. Mais le lourd canot est lent. Plus lent que prévu.
A cause du vent, bien sûr. Mais surtout, à cause de la renverse de courant. Un courant de plus en plus fort lié à la marée descendante. Manifestement, au fil des quarts d'heure, l'équipage a beau nager, il s'aperçoit qu'il n'avance plus. Les épreuves ne font que commencer...
 
(à suivre, vendredi prochain pour la suite de l'article...)


Message édité par Ar Brav le 09-12-2009 à 17:39:15

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Le cœur des vivants doit être le tombeau des morts. André Malraux.
n°22672
Ar Brav
Posté le 09-12-2009 à 09:07:27  profilanswer
 

Bonjour à tous,  
Bonjour Marc,
 
Merci pour ces nombreux liens et références  :)  
 
Amicalement,
Franck


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n°22686
Ar Brav
Posté le 09-12-2009 à 17:37:37  profilanswer
 

Bonjour à tous,    
 
En pleine tempête, un canot de sauvetage de la SCNS (ancêtre de la Société Nationale de Sauvetage en Mer) se dirige vers la haute mer, à la force des avirons :
 
http://img704.imageshack.us/img704/2059/yeucanotscns.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 04 décembre 2009, rubrique "Mémoire de l'histoire", page 30.  
Photo : Collection Jean-Yves Brouard.

 
Le canot de l'île d'Yeu Paul Tourreil sort de son abri à Port-Joinville :
 
http://img23.imageshack.us/img23/6590/yeucanotpaultourreilscn.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 04 décembre 2009, rubrique "Mémoire de l'histoire", page 30.  
Photo : Collection Delpeyroux.

 
Le canot descend le long de la cale. Il s'agit d'un canot classique construit chez Augustin Normand, insubmersible :
 
http://img707.imageshack.us/img707/6590/yeucanotpaultourreilscn.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 04 décembre 2009, rubrique "Mémoire de l'histoire", page 30.  
Photo : Collection Dr. Courtois.

 
Bien cordialement,
Franck  


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n°22715
Memgam
Posté le 10-12-2009 à 21:13:08  profilanswer
 

Le canot Paul Tourreil est le quatrième canot de la station de l'île d'Yeu, ouverte depuis 1868 par la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés. Il mesure 9,80 m de long pour une largeur de 2,60 m et il possède une dérive centrale pour améliorer la marche à la voile. C'est le numéro 125 des chantiers Augustin-Normand.
"On a beaucoup écrit sur ce drame, en particulier au sujet des raisons qui ont retardé le départ du canot et sur le fait que le vapeur de service, sous-pression à Port-Joinville, n'a pas été envoyé prendre en remorque le canot...Mais il faut en chercher les vrais raisons dans le froid affreux, la tempête, la grande marée et ses courants violents, et aussi le médiocre état physique de l'équipage. Il faut en tout cas rendre justice au canot qui démontre tout au long de ce drame des qualités étonnantes de tenue à la mer, en particulier sous voile".
Ces lignes sont du docteur Jean Pillet, dans son ouvrage de référence : Le sauvetage au temps des avirons et de la voile, éditions le chasse-marée, 1986, ancien des Hospitaliers Sauveteurs Bretons et à l'origine de la remise en état du canot à avirons Philippes de Kerhallet (1897).

n°22841
Ar Brav
Posté le 14-12-2009 à 05:25:47  profilanswer
 

Bonjour à tous,  
 
Merci Memgam pour ces précisions.
 
Voici la suite du récit, parue dans l'hebdomadaire Le Marin du vendredi 11 décembre 2009, en rubrique "Mémoire", page 38. L'auteur n'est pas cité.
 
Bien cordialement,
Franck  
 
Le canot de sauvetage Paul Tourreil, de l'île d'Yeu, revient au port avec les naufragés d'un cargo norvégien. Mais nous sommes en plein hiver 1917 et il faut avancer contre un puissant courant...
 
Pour illustrer le propos, un cliché de l'équipage du canot de sauvetage de la station SCNS (ancêtre de la SNSM) d'Audierne.
Les marins portent l'équipement classique des sauveteurs : ciré, pantalon large, suroît protégeant la nuque, une ceinture de sauvetage.
 
http://img696.imageshack.us/img696/4593/canotscnsaudierne.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 11 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 38.  
Photo : Collection SNSM.
 
 
   En ce 26 janvier 1917, c'est jour de grande marée. Or, dans la nuit, le canot de sauvetage Paul Tourreil, de l'île d'Yeu, sorti chercher l'équipage du cargo norvégien Ymer, ne peut plus revenir au port avec une partie des naufragés car il doit faire face à un puissant courant et du vent contraire. Le patron décide de stopper et d'attendre la fin du jusant. Mais la marée ne remontera que dans 5 heures.
On mouille l'ancre, qui croche dans le fond et retient le canot par une seule amarre. Pour le moment, personne ne s'inquiète. Personne n'a d'ailleurs de raison de s'inquiéter : ni les marins, ni les veilleurs du sémaphore qui observent la scène aux jumelles et comprennent l'action en cours, ni le bateau à vapeur qui transporte des passagers entre Fromentine et Port-Joinville. Comme ce dernier vient d'arriver et n'a pas encore mis bas les feux, il pourrait d'ailleurs venir
à la rescousse.
 
   Mais, à bord du Paul Tourreil, ça se gâte. Le canot, toujours retenu par l'ancre, remue beaucoup sur la mer en furie. Les hommes fatiguent. Trempés jusqu'aux os, harassés, ils ressentent de plus en plus la faim. Le froid mordant commence à les saisir. Le second capitaine norvégien est relativement protégé par ses vêtements imperméables mais ses hommes n'ont pas cette chance. Le grésil tombe, emprisonnant tout sous une gangue de glace.
Et à un moment, catastrophe, l'amarre de l'ancre casse net. Son câble de chanvre a été scié par l'usure. Voilà le canot qui part à la dérive, s'éloignant de l'île. Il est certain que, dans ces conditions, l'équipage n'est pas près de pouvoir revenir...
Les intrépides marins recommencent à s'arc-bouter sur les avirons. Or, plusieurs d'entre-eux, n'ayant pas imaginé passer autant de temps en mer, ne sont pas vêtus convenablement pour une telle épreuve par temps glacial, sans compter qu'ils ont déjeuné léger, ou que leur repas a été interrompu par l'alarme. Rien n'y fait, le canot est poussé vers le large, vers l'ouest-nord-ouest. Sur quelle distance et pendant combien de temps cela pourra-t-il durer ? On pense rallier... Belle-Ile. On hisse la grand-voile et la misaine. Le canot se dirige vaillamment vers sa nouvelle destination. Mais la tempête enfle. Un paquet de mer éteint le fanal et fausse le compas. L'évacuation de l'eau ne se fait plus en raison de l'arrêt des soupapes des tubes ; l'intérieur du canot se remplit à chaque paquet de mer.
 
   Heureusement, il ne coule pas grâce à ses caissons d'insubmersibilité. La grand-voile, finalement inutile, est amenée. Puis c'est le tour de la misaine. On met à l'eau l'ancre flottante, sorte de poche parachute qui s'ouvre dans l'eau et retient le canot, bout au vent. Du givre recouvre tout le canot, ses mâts, les avirons, les bancs, les hommes. On apprendra que cette nuit du 26 au 27 janvier, à terre, il fait -15° C...
 
Croquis d'une ancre flottante retenant un canot de sauvetage de la SCNS. Image extraite du "Manuel du canotier". DR.
 
http://img707.imageshack.us/img707/3236/canotsnsmancreflottante.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 11 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 38.
 
 
Bientôt, trois hommes décèdent de froid : deux des marins étrangers rescapés de l'Ymer, qui sont en mer depuis trois jours, et Adolphe lzacard, un des sauveteurs français, père de 7 enfants, qui s'était porté volontaire alors qu'une bronchite carabinée le tenait cloué au lit depuis des semaines.
 
Soudain, l'ancre flottante est arrachée. Le canot va se perdre. Vite, on en fabrique une autre, sous la forme d'un cadre fait avec les deux mâts et un grand aviron, liés ensemble. Mouillée à l'avant, elle maintient elle aussi le canot face au vent et atténue les effets des vagues, La journée passe ainsi, sous les rafales de neige.
La nuit arrive et le froid augmente. Le feu de Belle-Ile apparait dans le nord-est, à environ 15 milles selon l'estimation des hommes. À minuit, deux marins norvégiens décèdent. Le froid devenant intolérable, le patron décide d'atterrir. Mais il faut replanter les mâts, et pour cela démonter l' "ancre" artificielle, puis hisser les voiles. Ceci ne peut se faire qu'au prix d'efforts surhumains. Or, à peine établie, la grand-voile doit être abattue à cause de la houle et des paquets de mer. On reprend un ris à la voile de misaine. Le canot se dirige vers le nord, très bas sur l'eau.
Les hommes continuent d'agoniser puis de mourir les uns après les autres. Le patron, Noé Devaud, toujours cramponné à la barre, scrute l'horizon. Il attend que la côte du sud Bretagne apparaisse. Mais à ses pieds reposent les corps de trois Norvégiens et de quatre de ses hommes, morts de froid et d'épuisement. Ne faudrait-il pas les jeter à la mer, pour sauver le canot surchargé et les survivants ?
Groix apparaît dans le nord-est mais trop loin. L'île défile petit à petit, à l'est. Puis disparait dans le sud-est...
 
(à suivre)
 
 
 
 
 
 


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n°22846
Ar Brav
Posté le 14-12-2009 à 08:04:41  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Un lien vers un sujet sur le drame du Paul Tourreil, dans l'Encrier du Poilu :
 
http://lencrierdupoilu.free.fr/ind [...] &Itemid=63
 
Et également, à la Bibliothèque du Musée national de la Marine,sous la référence Bib mnM P324/U, un article de Jean-Yves Brouard, « Le drame du "Paul Tourreil" ».  
Navires et histoire, n° 26, oct. 2004, p. 109-111.
 
Bien cordialement,
Franck  


Message édité par Ar Brav le 14-12-2009 à 08:12:14

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n°23147
Ar Brav
Posté le 23-12-2009 à 09:36:48  profilanswer
 

Bonjour à tous,  
 
Voici la suite et la fin de la relation du drame telle que parue dans l'hebdomadaire Le Marin du vendredi 18 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 34. L'auteur n'est pas cité.  
 
Bien cordialement,  
Franck  
 
Les Norvégiens de Névez.
 
Le canot Paul Tourreil de l’île d’Yeu, poursuit sa dérive vers le nord, fin janvier 1917. Dans la tempête, le froid extrême, ses occupants décèdent les uns après les autres.
 
   La navigation se poursuit. Les Glénan se devinent sur la gauche. Le canot se dirigeant vers le nord, on pense arriver sur la gauche de l'embouchure de l'Aven. Un autre marin français décède. La côte se devine loin devant. Un autre Norvégien meurt à son tour. Le canot passe par le travers d'un îlot, l’île Verte.
Devaud le connaît et sait qu'il est désert ; il préfère continuer sa route. Bientôt il élonge Raguénès. Ce bout de terre devient une presqu'île à marée basse. Un pêcheur qui y habite seul avec sa famille, Jean-Marie Marrec, aperçoit le canot. Il comprend la situation. Il fait signe de venir aborder par le nord-ouest.
 
Le secteur de Raguénès où a atterri le canot de sauvetage. La photo est d’époque :
 
http://img269.imageshack.us/img269/6954/paultourreilsecteuratte.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 18 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 34.
Photo : Collection SNSM.

 
 
Le second capitaine norvégien, malgré son épuisement, réussit à se traîner vers la terre ferme, jusqu'à un hôtel où il va faire appel aux secours. Devaud descend du canot et aide Marrec à débarquer ses camarades. Les frères Pillet sont presque inanimés. Le pêcheur breton les emporte sur une charrette jusqu'à sa maison mais Émile rend l'âme sur le seuil de la porte (Edmour décédera à son tour douze heures plus tard).
Les premiers soins sont prodigués aux marins ; le fils Marrec, Pierre, racontera plus tard : "Je n'avais que 7 ans à l'époque. Il a fallu que je quitte la maison pour faire de la place. Les naufragés ont pris mon lit. Il fallait les mettre au chaud."
 
Pierre Marrec, 87 ans au moment de cette photo, était un témoin de l’arrivée des naufragés dans la maison de son père sur l’île de Raguénès :
 
http://img94.imageshack.us/img94/593/paultourreilcanottemoin.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 18 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 34.
Photo : Collection Jean-Michel Robert.

 
Cinq marins norvégiens et six marins de l'île d'Yeu sont enterrés dans le cimetière de Névez.  
La tombe des marins du cargo norvégien Ymer, aujourd’hui dans le cimetière de Névez (Finistère). L’un d’eux n’a été identifié qu’en 1998. On aperçoit au pied de la croix, une plaque portant le nom des canotiers ogiens également morts dans l’aventure :
 
http://img44.imageshack.us/img44/5648/ymertombedesmarinsnorve.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 18 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 34.
Photo : Collection Jean-Michel Robert.

 
 
Pour exprimer sa reconnaissance pour le dévouement dont ont fait preuve les hommes du canot se portant au secours de l'équipage de l'Ymer, le gouvernement norvégien décerne la médaille d’or du sauvetage au patron Noé Devaud et la médaille d’argent du sauvetage à ses équipiers, Olivier Plessis, Pierre Girard, Baptiste Tonnel, Alexandre Gouillet et Emmanuel Tourbé. Jean-Pierre Marrec, le pêcheur, inscrit maritime de Concarneau, se voit également attribuer la médaille d’argent du sauvetage.
 
Noé Devaud, le patron du canot Paul Tourreil, après le drame de janvier 1917. Il a effectué 17 sauvetages qui lui ont valu diverses médailles, dont la Légion d’Honneur :
 
http://img193.imageshack.us/img193/6247/paultourreilpatronnoede.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 11 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 38.
Photo : Collection SNSM.

 
Les sauveteurs rescapés, après le drame : le patron Noé Devaud est à gauche :
 
http://img138.imageshack.us/img138/6185/paultourreilrescapescan.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 18 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 34.
Photo : Collection SNSM.

 
Un canot de sauvetage de l’île d’Yeu s’est appelé plus tard Patron Noé Devaud, en hommage au héros de l’aventure :
 
http://img694.imageshack.us/img694/8575/paultourreilnouveaucano.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 18 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 34.
Photo : Collection SNSM.

 
En 1922, la Norvège finance également l'érection d'un monument sur l'île d'Yeu. Œuvre du sculpteur Stephan Siding, remplacé par une autre sculpture (lire le Marin du 4 décembre), il est inauguré le 5 juillet de cette année-là, conjointement par le Baron de Wedel Jarlsberg, ministre de Norvège, et M. Rio, sous-secrétaire d'État à la Marine Marchande (parmi l'équipage du cargo norvégien Ymer, figurent au moins un marin suédois et un néerlandais).
En 1997, pour le 80ème anniversaire de la dramatique aventure, le club des rameurs de Port-Joinville a organisé un pèlerinage sur le même trajet que le Paul Tourreil, entre l'île d'Yeu et la côte sud du Finistère. Le canot de la SNSM de l'île d'Yeu, le Président Louis Bemard, a accompagné une embarcation mue à l'aviron qui a effectué le voyage avec 8 rameurs et un barreur et qui a été rejointe en mer par une autre unité de la SNSM, la vedette Ar Beg.
 
À l'arrivée, un officier mécanicien de la Marine norvégienne, diverses associations et personnalités ainsi que Pierre Marrec, l'attendaient pour un ensemble de cérémonies émouvantes.
 
Fin de l’article.
 
 
 
 
 
 


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n°23563
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 15-01-2010 à 15:33:10  profilanswer
 


   Bonjour à tous,
 
 
   Le Morbihannais, n° 79, Jeudi 21 juin 1917, p. 2, en rubrique « Chronique locale » :
 
                                                                                « Un beau geste de la Norvège.
 
   On se rappelle qu’en janvier dernier, le bateau norvégien Yser fut torpillé par un sous-marin allemand, près de la côte d’Espagne
(*). Sept  marins avaient pris place dans une barque qui fut signalée en détresse au large de l’île d’Yeu.
   Malgré le mauvais temps, 12 matelots de l’île se portèrent au secours des naufragés à bord du canot de sauvetage. Malheureusement, une tempête épouvantable se déchaîna et, après trois jours de lutte terrible contre les éléments, le canot vint atterrir sur les côtes du Finistère. En cours de route, 6 Français et 5 Norvégiens étaient morts de froid et de fin.
   Ces faits ayant été connus en Norvège, des souscriptions s’ouvrirent et hier, le ministre de Norvège à Paris, baron Wedel Jarlsberg, se rendait à l’île d’Yeu pour remettre officiellement, au nom de son gouvernement, les sommes recueillies aux marins survivants et aux veuves des victimes. Six palmes de bronze, portant les noms des six Français, avec la mention
" La Norvège reconnaissante " furent déposées sur les tombes. Puis le ministre, qu’accompagnait un attaché militaire, un conseiller d’ambassade et de nombreuses personnalités, remit à chacun des survivants et à chacune des veuves, un titre de rente de 800 francs et une somme de 500 francs.
   En outre, deux prix annuels de 400 fr. furent institués, à charge pour le maire de les remettre aux deux marins de l’ile d’Yeu dont la conduite serait la plus digne.
   Enfin, un monument va être édifié, qui commémorera le souvenir de l’héroïsme des sauveteurs de l’île d’Yeu.
   En remettant le produit de cette souscription nationale, le ministre de Norvège a prononcé quelques paroles empreintes de la plus vive émotion :

 
   " Cette journée, a-t-il dit, perpétuera le souvenir de la noble conduite envers la Norvège de la France dans la personne des marins de l’île d’Yeu, et rappellera le dévouement de la Norvège envers la France."
 
   A la fin du déjeuner qui suivit la cérémonie, le ministre, reprenant le thème de son discours, a salué la France, champion de la civilisation dans le monde, grande entre toutes les grandes, par son amour de la liberté, de la justice et du droit. »
   ___________________________________________________________________________
 
   (*) En fait, arraisonné et détruit au moyen de charges explosives par l’UC-16 (Oberleutnant zur See Egon von Werner), le 23 janvier 1917, à 60 milles à l’Ouest de Rochefort, alors qu’il se rendait de Santander à Middlesbrough avec un chargement de minerai de fer. (V. ci-dessus).  
   __________________________
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.


Message édité par Rutilius le 15-01-2010 à 15:34:02
n°25609
Jens
Posté le 26-05-2010 à 19:51:12  profilanswer
 

Bonjour à tous les participants de ce post.
 
Le propriétaire de l'Ymer n'était autre que mon arrière grand père norvégien.
Je reviens de Bergen où j'ai commencé des recherches sur une branche lointaine de mon histoire familiale que la lecture de vos écrits m'a révélé. Encore merci à vous.
 
J.Lund
 
 


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Jens
n°25626
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 27-05-2010 à 22:08:07  profilanswer
 


   Bonsoir et bienvenue Jens,
   Bonsoir à tous,
 
   Nouveaux compléments :
 
 
                             Les hommages rendus aux hommes de l’équipage du canot de sauvetage Paul Tourreil, de l’île d’Yeu.
 
 
   Société centrale de sauvetage des naufragés ― Annales du sauvetage maritime, 1er et 2e trim. 1917, p. 17 et 18.
 
 
                                                                                                   « RAPPORT
                                                                SUR LES PRINCIPAUX SAUVETAGES ACCOMPLIS DANS L'ANNÉE
 
                                                                                                         par  
 
                                                          M. le Capitaine de Vaisseau BABEAU (Chevalier de la légion d’honneur)
 
                                                                                    ADMINISTRATEUR DE LA SOCIÉTÉ

 
 
   MESDAMES, MESSIEURS,
 
   Le sanglant tableau, qui se déroule aux yeux du monde depuis bientôt trois années, présente aux imaginations de telles visions d'horreur et de destruction — visions aussi d'héroïsme et de  
sacrifice admirables — qu'il ne semble pas que nous puissions nous abstraire un instant des hantises de ce cataclysme sans précédent.
 
   [...]
 
   Tout d'abord, je veux vous retracer le plus tragique, le plus douloureux événement qu’aient jamais eu à enregistrer les annales de notre Société ; il s'est déroulé entre l’île d’Yeu et Concarneau dans les journées et les nuits des 26, 27 et 28 janvier de cette année, à l’heure où sévissait sur nos contrées le froid rigoureux qui a aggravé tant de misères.  
   Au cours de ces deux affreuses journées, 6 canotiers sur les 12 que comptait l’équipage du canot " Paul Tourreil ", de l’île d’Yeu, sont morts de fatigue et de froid. Je suis sûr d'être l’interprète de cette Assemblée en envoyant l’expression de sa très douloureuse sympathie aux familles si cruellement frappées, en même temps que l’hommage de son admiration et de ses regrets à la mémoire de ces braves qui se nomment :  
 
   PILLET (Émile), 49 ans ; PILLET (Edmond), 50 ans ; TARAUD, 47 ans ; IZACARD, 44 ans ; PELLETIER, 46 ans et RENAUD, 26 ans (réformé).
 
    Le " Paul Tourreil ", sorti à 1 heure de l'après-midi pour, recueillir des naufragés montant une baleinière du vapeur norvégien " Ymer " torpillé au large, rejoignit rapidement ces malheureux et les prit à son bord. La mer était assez grosse et les vents droit debout contrariaient la marche du canot, qui dut mouiller vers 5 heures du soir à 1 mille dans le nord de l'île, afin d'attendre le renversement du courant. Pendant qu'il était au mouillage, le vent d’Est fraîchissait, et à 9 heures le câble rongé par le frottement sur les roches du fond cassait, au moment où une furieuse tempête de neige et de verglas s'abattait sur la mer. Nos hommes essayèrent de lutter à l’aviron, mais bientôt épuisés, ils se décidèrent à hisser les voiles et à tenter de gagner Belle-Ile. Malheureusement la tempête les obligeait à ramasser leur voilure et le " Paul Tourreil " devenait le jouet des flots. Trois hommes, dès cette première nuit, mouraient d'épuisement ; 8 autres devaient succomber successivement. Belle-Ile manquée, le patron DEVAUD espéra atteindre Groix : il avait pu rétablir la voilure ; mais il était trop sous-venté et ce ne fut que le lendemain à midi qu'il put atterrir à l’ouest de Concarneau, dans la presqu’île de Raguénès, après être resté 48 heures à la barre par une température de plus de 10° au-dessous de zéro, dans une mer démontée dont chaque vague glacée balayait l’embarcation et ajoutait aux souffrances des malheureux canotiers. Il déploya dans ces circonstances une force d'âme admirable, devant le spectacle de l'agonie de 6 de ses camarades, et de 5 des marins étrangers qu'il avait recueillis.  
   Bien modeste, en regard de leur mérite, est la récompense que nous offrons à ces hommes dont vous voudrez retenir les noms :  
 
   DEVAUD, 52 ans ; GIRARD, 54 ans ; TONNEL, 47 ans ; PLESSIS, 40 ans, réformé ; TURBE, 38 ans, blessé de guerre, et GOUILLET, 16 ans. Nous leur décernons les Médailles d’Or du Vice-Amiral Ernest de JONQUIÈRES, de la Marquise d’ESTAMPES, de M. Georges COPIN, du Baron Jules CLOQUET, de M. G. D. de BEAUREGARD, du Baron de JOEST, et les Prix des amiraux ROZE et JACQUINOT, portés à 4.000 francs par un don généreux de 2.000 francs fait dans ce but par Mme TOURREIL, donatrice du canot " Paul Tourreil ".  
 
   Et ce nous est un vif regret que les circonstances ne nous aient pas permis de les faire venir ici à l'honneur, après qu'ils ont été si durement à la peine.
»
 
 
   Société centrale de sauvetage des naufragés ― Annales du sauvetage maritime, 1er et 2e trim. 1917, p. 54 à  et 18.
 
 
                                                                       « HOMMAGE ET RECONNAISSANCE DE LA NORVÈGE
 
   Lorsqu’en février dernier, la nouvelle se répandit dans la presse française et étrangère que six marins sur les douze qui composaient l’armement du canot de sauvetage " Paul Tourreil "  de la station de l’Ile d'Yeu avaient perdu la vie en portant secours aux marins norvégiens de l’ " Ymer " abandonnés en pleine mer, loin des côtes, par la barbarie germanique après la destruction de leur navire, le peuple norvégien tout entier se sentit ému dans les plus intimes fibres de son cœur et voulut témoigner sa reconnaissance aux sauveteurs. Aussitôt le Gouvernement norvégien secondé par la presse organisa à leur profit une souscription qui en quelques jours recueillit plus de 200.000 fr. En même temps, le Ministre de Norvège à Paris, M. le Baron de WEDEL-JARLSBERG adressait au chef du Gouvernement français la lettre suivante
:  
 
   Monsieur le Ministre,  
 
   Le Gouvernement norvégien a appris avec une vive émotion, les renseignements que je lui ai communiqués relatifs à l’héroïque dévouement déployé par le patron et les hommes du canot de sauvetage de l’Ile d'Yeu pour arracher à la mort l’équipage du bateau norvégien " Ymer ". Il déplore profondément qu’un si grand nombre de courageux marins français aient payé de leur vie leur sublime dévouement.
   Je suis chargé de me faire l’interprète de ces sentiments auprès du Gouvernement de la République et de vous prier, Monsieur le Ministre, de vouloir bien faire parvenir aux sauveteurs survivants l’expression de la reconnaissance émue du Gouvernement royal et d’assurer les familles des marins victimes de leur héroïsme, de la part sincère que le peuple norvégien prend à leur deuil.
 
  En remettant cette lettre au Président du Conseil, le Ministre de Norvège annonçait que S. M. le roi de Norvège venait de décerner la médaille de sauvetage en or à M. DEVAUD, patron, et des médailles de sauvetage en argent à MM. PLESSIS, GIRARD, TONNEL, GOUILLET et TURBE, canotiers, ainsi qu’à M. MARREC, inscrit à Concarneau, qui a aidé à l’atterrissage des naufragés et qui, par des soins dévoués, a sauvé les survivants.  
   Le 18 juin dernier, M. le Ministre de Norvège accompagné du Colonel LORANGER, attaché militaire, de M. de BENTZAN, conseiller d'Ambassade, de M. TARDIF, préfet de la Vendée, de M. PACAUD, député des Sables d’Olonne, des représentants du Ministre de la Marine et du sous-secrétaire d'Etat à la Marine Marchande, arrivait à l’Ile d’Yeu, afin d'aller s’incliner sur les tombes, saluer les familles éprouvées, et remercier les sauveteurs. Il voulait aussi remettre aux survivants de l’héroïque odyssée et aux veuves des victimes les gages de reconnaissance du peuple norvégien, peuple de marins si éprouvé par cette guerre qu’il semble que les belligérants ne peuvent pas l’être davantage.  
   A son arrivée dans l’Ile, M. MICHAUD, maire de Port-Breton, lui souhaitait la bienvenue, le remerciait, puis le conduisait au cimetière où il déposait sur chacune des tombes des canotiers, une superbe couronne de métal cravatée des couleurs françaises et norvégiennes et portant cette inscription
:  
 
                                                                                   " La Norvège reconnaissante ".
 
   Avant de procéder à la remise des médailles et récompenses, M. WEDEL-JARLSBERG dans un fort beau discours retraçait l’acte d’héroïsme accompli par l’équipage du canot de sauvetage, disait combien le peuple norvégien avait été ému en l’apprenant et en quelle estime il tenait le peuple français et particulièrement sa marine dont les membres n’ont jamais failli au devoir et à l’honneur. Il remettait ensuite officiellement aux survivants les Médailles qui leur avaient été décernées au lendemain du naufrage et les récompenses que la souscription norvégienne a permis de leur attribuer ainsi qu’aux familles des victimes. Chacun et chacune reçoivent un titre de rente de 800 francs et un secours immédiat de 500 francs.
   II faisait connaître que le Gouvernement norvégien offrait à titre d’encouragement, 2 Prix annuels de 400 francs destinés à récompenser les 2 personnes de l’Ile d'Yeu ayant montré le plus de courage et de bonne conduite.
   En outre, un monument commémoratif sera élevé au cimetière.  
   M. le Préfet de la Vendée, M. PACAUD et M. le Directeur de l'Inscription Maritime répondaient tour à tour et remerciaient le représentant de la Norvège.
   Le Conseil d’administration de 1a Société de sauvetage a vivement regretté de n'avoir pu se faire représenter à cette cérémonie émouvante au cours de laquelle a été célébrée la vertu de ses canotiers ; mais il n’a pas tenu à lui de le faire, aucun avis ne lui ayant été donné de cette cérémonie organisée sous les auspices de M. le Ministre de Norvège. Avec son Président, il adresse au peuple norvégien l’expression de sa reconnaissance à laquelle il associe les 117 stations de la Société dont le matériel et l’organisation facilitent de tels actes d’héroïsme.
»
 
 
   Société centrale de sauvetage des naufragés ― Annales du sauvetage maritime, 1er et 2e trim. 1918, p. 80.
 
 
                                                                « Récompenses accordées par le Département de la Marine.
 
   Par décision du 18 mars 1918, prise sur l’avis de la section permanente du Conseil supérieur de la marine, le ministre de la marine a accordé des prix Henri Durand (de Blois) aux sauveteurs ci-après désignés
:
 
                                                                        Un prix de 4.000 francs et six prix de 1.000 francs.
 
   ―  DEVAUD (Célestin-Philippe-Noël), patron du canot de
        sauvetage de l’Ile d’Yeu .......................................................... 1.200 francs.
 
   ―  GRARD (Pierre-Auguste), canotier ............................................... 800      »  
 
   ―  PLESSIS (Oscar-Charles-Olivier), canotier .................................... 800      »  
 
   ― TONNEL (Jean-Baptiste-Gustave), canotier ..................................... 800      »  
 
   ― TURBE (Emmanuel-Auguste), canotier...........................................  800      »  
 
   ― GOUILLET (Alexandre-Gabriel), canotier......................................... 800      »

 
 
                                                                                                     Décédés :
 
 
   PELLETIER (Pierre-Alfred-Léonidas), canotier.................................. 800 francs
 
   ― PILLET (Joseph-Emile), canotier ................................................... 800      »  
 
   ― TARAUD (Jacques-Armand), canotier ............................................. 800      »  
 
   ― IZACARD (Adolphe-Alexandre), canotier ........................................ 800      »  
 
   ― PILLET (Edmond-Emmanuel-Georges), canotier ............................... 800      »  
 
   ― RENAUD (Joseph-Ernest-Léon), canotier ......................................... 800      »
 
   Ont fait preuve du plus grand courage en tenant la mer pendant plus de vingt-quatre heures, avec le canot de sauvetage de l’Ile d’Yeu, par une violente tempête de neige et de verglas, pour porter secours aux rescapés du vapeur norvégien Ymer torpillé par un sous-marin allemand dans la baie de Biscaye, et ont vu mourir à côté d’eux six de leurs camarades.
»
   _____________________________
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.

n°25643
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 29-05-2010 à 01:02:23  profilanswer
 


   Bonjour à tous,
 
 
                                                    L’inauguration du monument commémoratif offert par la Norvège (5 juillet 1922).
   
 
   Société centrale de sauvetage des naufragés ― Annales du sauvetage maritime, 3e et 4e trim. 1922, p. 194 à 198.
 
 
                                                                             « Le MINISTRE DE NORVÈGE à l’Ile d’Yeu
 
                                                                    Inauguration du Monument aux Canotiers de Sauvetage

 
 
   Il nous faut évoquer encore une fois l’héroïque tragédie du 28 janvier 1917, et rappeler avec quel généreux élan la nation norvégienne multiplia à l’égard de nos canotiers les témoignages de sa reconnaissance. La journée du 5 juillet dernier, dans laquelle eut lieu l’inauguration solennelle du monument commémoratif offert par la Norvège, en fut le digne couronnement.  
   A 9 heures, le torpilleur d'escadre Enseigne-Roux appareillait des Sables d’Olonne, ayant à son bord le Ministre de Norvège, Baron de WEDEL JARLSBERG ; le Sous-Secrétaire d’État de la Marine Marchande, M. RIO ; MM. GIRAULT, Directeur des services du Travail et de l’Enseignement maritimes ; BAFFREY, préfet de la Vendée ; GOLA, Sous-Préfet des Sables ; MORAND, Sénateur ; BAZIN, député ; HUET, Ingénieur en Chef des Ponts-et-Chaussées ; GRANJON DE LEPINEY, Administrateur-Délégué de la
Société Centrale de sauvetage des Naufragés ; Commandant SCOTT-HANSEN, le vaillant compagnon de NANSEN au Pôle Nord, attaché naval de Norvège à Londres et à Paris ; les Consuls de Norvège à Nantes  
et à La Rochelle ; et de nombreuses personnalités de la région.  
   Le premier acte du Ministre de Norvège, dès son arrivée à l’Ile d’Yeu, fut de se rendre au cimetière, et de déposer une palme d'or, nouée aux couleurs de France, sur chacune des tombes des sauveteurs victimes de leur dévouement. Toutes les maisons de l’île, tous les bateaux de la rade étaient pavoisés et la population entière faisait cortège au Ministre qui, après ce pieux pèlerinage, revint sur la place qui porte désormais le nom de
" Place de Norvège ", où s’érige le monument dû au ciseau du grand sculpteur norvégien Stephan Sinding.  
   Cette œuvre d’art noble et expressive, en forme de haute pyramide tronquée, porte sur le devant un haut-relief allégorique, qui figure la France recueillant un naufragé ; sur la face opposée l'inscription
: " Aux Marins français, la Norvège reconnaissante " ; sur les côtés, les noms des hommes qui armaient le canot de sauvetage dans la sortie du 26-28 janvier 1917.  
   Lorsque le cortège eut pris place sur l’estrade dressée à cet effet, le Baron de WEDEL JARLSBERG prit le premier la parole dans les termes suivants
:  
 
 
   MONSIEUR LE MINISTRE,  
   MESDAMES ET MESSIEURS,  
 
   En juin 1917, quand je suis venu apporter aux marins de l’Ile d’Yeu, l’expression émue de la reconnaissance de mon pays pour les admirables sauveteurs de l’équipage du vapeur norvégien Ymer, j'ai demandé à Monsieur le Maire la permission d’ériger un monument destiné à perpétuer la souvenir de l'héroïsme des pêcheurs de votre île.  
   Je suis heureux qu’il m'ait été donné la grande joie de me retrouver au milieu de vous et de pouvoir, au nom de la Norvège, vous offrir ce monument.
   Je suis profondément reconnaissant au Gouvernement de la République d’avoir bien voulu s’associer à l’hommage que mon pays rend à la gloire des marins français, et je prie son éminent représentant, Monsieur le Ministre de la Marine Marchande, d’en accepter l’expression. Je remercie également Monsieur le Préfet de la Vendée et les autorités civiles et militaires présentes à cette cérémonie, ainsi que le Représentant de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés.
   Je me félicite d’avoir à mes, côtés les survivants de l’acte sublime que nous exaltons aujourd’hui. Avec son grand talent, notre célèbre sculpteur Stephan SINDING a su traduire le symbole de leur admirable dévouement, qui peut être donné en exemple du plus noble esprit de sacrifice. Il nous montre la France toujours éprise d’idéalisme volant au secours de malheureux en détresse au prix même de la vie de ses enfants. Cette stèle n’est pas seulement un hommage de mon pays au vôtre ; elle sera en outre pour les générations futures un témoignage permanent de l'abnégation surhumaine dont vos marins firent preuve, et il conservera les noms des héros de cette épopée de la mer.  
   Laissez-moi rappeler comment avec un équipage de fortune vous n’avez pas hésité à prendre la mer ; comment vous avez réussi à accoster la baleinière en détresse et faire trans-porter les Norvégiens qui s’y trouvaient au canot de sauvetage ; comment l’ancre s’est brisée et vous avez été, au milieu de la tempête et une mer terrible qui noyait le canot sous les lames, forcés d’amener la voilure et gagner le large ; et le martyre de cette longue nuit où, baignant jusqu’à la ceinture dans une eau glaciale, vous avez lutté avec les éléments pendant que six canotiers et cinq norvégiens succombaient à vos côtés ; enfin comment vos efforts surhumains ont été couronnés de succès et vous avez pu atterrir à l’Ile de Raguénès.  
   Dans les luttes effroyables de la grande guerre, les Français ont montré au monde jusqu’à quel point précédemment inconnu peut aller le courage humain. Vous, chers marins de l’Ile d’Yeu, vous avez montré jusqu’où peuvent aller le courage et le dévouement humain dans la lutte avec les éléments. Votre sauvetage de l’équipage de l’Ymer, dans la terrible nuit du 27 au 28 janvier 1917, peut être comparé aux plus sublimes actions de la guerre. Vous avez fait le sacrifice le plus précieux de vous-même, de votre vie, pour sauver vos prochains. Vous avez ainsi inscrit vos noms sur le livre de la gloire Française et vous avez mérité d’être cités à l'ordre du jour de l’humanité.  
 
 
   M. MICHAUD, maire de l’Ile d'Yeu, exprima la gratitude de ses concitoyens à l’égard de la Norvège, et pria le Ministre d’agréer le titre de citoyen de l’Ile d'Yeu qui lui a été décerné par le Conseil Municipal.
 
   D’autres discours furent prononcés par M. le Sénateur MORAND, par M. le député BAZIRE. Puis, M. GRANJON DE LÉPINEY parla au nom de la
Société Centrale de Sauvetage :  
 
 
   MONSIEUR LE MINISTRE DE NORVÈGE,  
 
   Je suis l’interprète de M. le Vice-Amiral TOUCHARD, Président de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés en vous disant qu’il est profondément touché du geste qui vous ramène pour la seconde fois sur les tombes de nos canotiers de l’Ile d’Yeu.  
   Le drame du 28 janvier 1917 est le plus tragique qu’aient eu à enregistrer les annales de notre Société. Les jeunes, les valides étaient à la guerre. Pour manœuvrer les avirons du canot de sauvetage, il ne restait au pays que des hommes d’une vigueur et d’une résistance diminuées. Une tempête d’une violence inouïe, qui souffla de terre pendant trois jours, et qui maintint constamment le thermomètre à plusieurs degrés au-dessous de 0, eut raison de leur courage ; et six d’entre eux succombèrent d’épuisement et de froid.  
   Lorsqu’après avoir atterri à l’îlot de Raguénès, où furent débarqués les corps des victimes, le Paul Tourreil vint dans le port de Concarneau, je l’y trouvai entouré d’une couche de glace ; les routes de Bretagne étaient recouvertes d’un verglas qui les rendait impraticables aux voitures, si bien qu’on y circulait difficilement, même à pied.  
   Dans l’affreux déchaînement de la guerre mondiale qui accumulait les hécatombes humaines, la mort de six marins pouvait être peu remarquée. Il n’en fut rien. Les circonstances du drame, qui avait son origine dans la sauvage guerre sous-marine allemande, suscitèrent en Norvège un puissant élan d’indignation et de pitié ; et quelques mois plus tard, vous veniez en personne, Monsieur le Ministre, bravant les champs de mines et les sous-marins, porter aux veuves des victimes et aux sauveteurs survivants les amples gages de la reconnaissance de votre pays.  
   Par la cérémonie solennelle de ce jour, à laquelle M. le Sous-Secrétaire d’État de la Marine Marchande nous fait \par sa présence le grand honneur d’associer le Gouvernement français, vous couronnez votre œuvre. Le monument que vous remettez à l’Ile d’Yeu demeurera, pour porter témoignage aux générations futures, en même temps que de l’atroce barbarie de la guerre sous-marine, de la généreuse fraternité du noble peuple norvégien. Qu’à travers la vaste mer qui, loin de nous séparer, nous unit, aillent au roi de Norvège et à la nation norvégienne nos remerciements émus et l'expression de notre vive et constante amitié.  
 
 
   Enfin, M. le Sous-Secrétaire d’État RIO dit toute son admiration pour les marins dont il a partagé la vie pendant vingt-deux ans ; il exalte leur dévouement et leur esprit de sacrifice. " Aussi, quand nous entendons le flot monter sur nos grèves, nous ne pouvons nous empêcher d'envoyer notre douloureux souvenir aux héros que la mer a gardés ".
   Un banquet, où d’autres discours furent prononcés, clôtura cette émouvante cérémonie. Puis, le Ministre de Norvège, accompagné par les chaudes acclamations de la population de l’Ile, prit place à bord du canot de sauvetage, toujours commandé par le patron Noé DEVAUD, qui le ramena à bord de l’Enseigne-Roux.  
   A 17 heures l’Enseigne-Roux mouillait de nouveau en rade des Sables d’Olonne.
»
   _____________________________
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.


Message édité par Rutilius le 29-05-2010 à 01:05:00
n°26032
Jens
Posté le 14-06-2010 à 22:32:28  profilanswer
 

Merci pour toutes ces nouvelles informations.
 
Je rentre tout juste de Berlin, et surtout de la visite de son fameux musée Deutsche Technik Museum où sont exposées des maquettes et des bateaux (remorqueur à vapeur) grandeur nature du début de siècle.
Beaucoup d'infos sur la marine allemande avec un sous marin de poche authentique pour un seul équipage.  
 
Je ne manquerai pas de vous tenir au courant du développement de mes recherches et de la concrétisation d'un projet qui m'est cher.
 
Bien à vous.
 


---------------
Jens
n°34502
lannroz
Posté le 13-05-2012 à 10:55:02  profilanswer
 

Ar Brav a écrit :

Bonjour à tous,  
 
Voici la suite et la fin de la relation du drame telle que parue dans l'hebdomadaire Le Marin du vendredi 18 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 34. L'auteur n'est pas cité.  
 
Bien cordialement,  
Franck  
 
Les Norvégiens de Névez.
 
Le canot Paul Tourreil de l’île d’Yeu, poursuit sa dérive vers le nord, fin janvier 1917. Dans la tempête, le froid extrême, ses occupants décèdent les uns après les autres.
 
   La navigation se poursuit. Les Glénan se devinent sur la gauche. Le canot se dirigeant vers le nord, on pense arriver sur la gauche de l'embouchure de l'Aven. Un autre marin français décède. La côte se devine loin devant. Un autre Norvégien meurt à son tour. Le canot passe par le travers d'un îlot, l’île Verte.
Devaud le connaît et sait qu'il est désert ; il préfère continuer sa route. Bientôt il élonge Raguénès. Ce bout de terre devient une presqu'île à marée basse. Un pêcheur qui y habite seul avec sa famille, Jean-Marie Marrec, aperçoit le canot. Il comprend la situation. Il fait signe de venir aborder par le nord-ouest.
 
Le secteur de Raguénès où a atterri le canot de sauvetage. La photo est d’époque :
 
http://img269.imageshack.us/img269 [...] uratte.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 18 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 34.
Photo : Collection SNSM.

 
 
Le second capitaine norvégien, malgré son épuisement, réussit à se traîner vers la terre ferme, jusqu'à un hôtel où il va faire appel aux secours. Devaud descend du canot et aide Marrec à débarquer ses camarades. Les frères Pillet sont presque inanimés. Le pêcheur breton les emporte sur une charrette jusqu'à sa maison mais Émile rend l'âme sur le seuil de la porte (Edmour décédera à son tour douze heures plus tard).
Les premiers soins sont prodigués aux marins ; le fils Marrec, Pierre, racontera plus tard : "Je n'avais que 7 ans à l'époque. Il a fallu que je quitte la maison pour faire de la place. Les naufragés ont pris mon lit. Il fallait les mettre au chaud."
 
Pierre Marrec, 87 ans au moment de cette photo, était un témoin de l’arrivée des naufragés dans la maison de son père sur l’île de Raguénès :
 
http://img94.imageshack.us/img94/5 [...] temoin.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 18 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 34.
Photo : Collection Jean-Michel Robert.

 
Cinq marins norvégiens et six marins de l'île d'Yeu sont enterrés dans le cimetière de Névez.  
La tombe des marins du cargo norvégien Ymer, aujourd’hui dans le cimetière de Névez (Finistère). L’un d’eux n’a été identifié qu’en 1998. On aperçoit au pied de la croix, une plaque portant le nom des canotiers ogiens également morts dans l’aventure :
 
http://img44.imageshack.us/img44/5 [...] snorve.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 18 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 34.
Photo : Collection Jean-Michel Robert.

 
 
Pour exprimer sa reconnaissance pour le dévouement dont ont fait preuve les hommes du canot se portant au secours de l'équipage de l'Ymer, le gouvernement norvégien décerne la médaille d’or du sauvetage au patron Noé Devaud et la médaille d’argent du sauvetage à ses équipiers, Olivier Plessis, Pierre Girard, Baptiste Tonnel, Alexandre Gouillet et Emmanuel Tourbé. Jean-Pierre Marrec, le pêcheur, inscrit maritime de Concarneau, se voit également attribuer la médaille d’argent du sauvetage.
 
Noé Devaud, le patron du canot Paul Tourreil, après le drame de janvier 1917. Il a effectué 17 sauvetages qui lui ont valu diverses médailles, dont la Légion d’Honneur :
 
http://img193.imageshack.us/img193 [...] nnoede.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 11 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 38.
Photo : Collection SNSM.

 
Les sauveteurs rescapés, après le drame : le patron Noé Devaud est à gauche :
 
http://img138.imageshack.us/img138 [...] pescan.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 18 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 34.
Photo : Collection SNSM.

 
Un canot de sauvetage de l’île d’Yeu s’est appelé plus tard Patron Noé Devaud, en hommage au héros de l’aventure :
 
http://img694.imageshack.us/img694 [...] aucano.jpg
 
Sources :
Le Marin du vendredi 18 décembre 2009, rubrique "Mémoire", page 34.
Photo : Collection SNSM.

 
En 1922, la Norvège finance également l'érection d'un monument sur l'île d'Yeu. Œuvre du sculpteur Stephan Siding, remplacé par une autre sculpture (lire le Marin du 4 décembre), il est inauguré le 5 juillet de cette année-là, conjointement par le Baron de Wedel Jarlsberg, ministre de Norvège, et M. Rio, sous-secrétaire d'État à la Marine Marchande (parmi l'équipage du cargo norvégien Ymer, figurent au moins un marin suédois et un néerlandais).
En 1997, pour le 80ème anniversaire de la dramatique aventure, le club des rameurs de Port-Joinville a organisé un pèlerinage sur le même trajet que le Paul Tourreil, entre l'île d'Yeu et la côte sud du Finistère. Le canot de la SNSM de l'île d'Yeu, le Président Louis Bemard, a accompagné une embarcation mue à l'aviron qui a effectué le voyage avec 8 rameurs et un barreur et qui a été rejointe en mer par une autre unité de la SNSM, la vedette Ar Beg.
 
À l'arrivée, un officier mécanicien de la Marine norvégienne, diverses associations et personnalités ainsi que Pierre Marrec, l'attendaient pour un ensemble de cérémonies émouvantes.
 
Fin de l’article.
 
 
 
 
 
 


n°34503
lannroz
Posté le 13-05-2012 à 10:57:04  profilanswer
 

Bonjour,
Bien noter que le prénon de mon père était René et non Pierre MARREC.

n°34887
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 19-08-2012 à 01:52:11  profilanswer
 


   Bonjour à tous,
 
 
   Fernand TARDIF , Préfet de la Vendée : « Un département pendant la guerre », Librairie Guigné-Hurtaud, La Roche-sur-Yon, 3e éd., 1917, p. 24 à 34.
 
   —> http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56261288
 
   […] En regard des actes de piraterie des Allemands, il importe de placer le dévouement et l’énergie dont ont fait preuve nos marins. Un exploit magnifique entre tous a été accompli en janvier 1917 par des marins de l’Île d’Yeu allant, dans les circonstances les plus dramatiques, au secours de marins norvégiens abandonnés en mer, après la destruction de leur navire par un sous-marin allemand.
   Le vapeur norvégien Ymer ayant été torpillé et coulé le 23 janvier sur les côtes d’Espagne, sept des hommes de son équipage étaient montés sur une baleinière. L’embarcation en détresse au large fut signalée le 26 janvier par le sémaphore de la pointe de But à l’Île d'Yeu. Bien que la mer fût déchaînée, douze volontaires — la plupart, des hommes âgés ou infirmes — se groupèrent immédiatement et partirent sur le canot de sauvetage au secours des naufragés. Durant trois jours, par un froid extrême, sans vivres, les courageux sauveteurs luttèrent contre les éléments en furie. Lorsqu’ils purent enfin aborder la terre ferme, onze d’entre eux (six Français et cinq Norvégiens) sur les dix-neuf hommes que portait l’embarcation, étaient morts de fatigue, de faim et de froid. « C’est là, — disait le 17 mai 1917 à l’assemblée générale de la Société centrale des naufragés, M. le capitaine de vaisseau Babeau (1)le plus tragique, le plus douloureux événement qu’aient jamais eu à enregistrer les annales de notre société. » Et il le retraçait en termes d'une saisissante sobriété : « Il s’est déroulé entre l’Île d'Yeu et Concarneau dans les journées et les nuits des 26, 27 et 28 janvier de cette année (1917) à l’heure où sévissait sur nos contrées le froid rigoureux qui a aggravé tant de misères. Au cours de ces deux affreuses journées, six canotiers sur les douze que comptait l’équipage du canot Paul-Tourreil de l’Île d'Yeu sont morts de fatigue et de froid. Je suis sûr d'être l’interprète de cette assemblée en envoyant l’expression de sa très douloureuse sympathie, en même temps que l’hommage de son admiration et de ses regrets à la mémoire de ces braves qui se nomment : Pillet, Émile, 49 ans ; Pillet, Edmond, 50 ans ; Taraud, 47 ans ; Izacard, 44 ans ; Pelletier, 46 ans et Renaud, 26 ans (réformé).
   Le Paul-Tourreil sorti aune heure de l’après-midi pour recueillir des naufragés montant une baleinière du vapeur norvégien Ymer torpillé au large, rejoignit rapidement ces malheureux et les prit à son bord. La mer était assez grosse et les vents droit debout contrariaient la marche du canot, qui dut mouiller vers 5 heures du soir à un mille dans le nord de l’île, afin d’attendre le renversement du courant. Pendant qu’il était au mouillage, le vent d’Est fraîchissait, et à 9 heures le câble rongé par le frottement sur les roches du fond cassait, au moment où une furieuse tempête de neige et de verglas s’abattait sur la mer. Nos hommes  
essayèrent de lutter à l’aviron, mais bientôt épuisés, ils se décidèrent à hisser les voiles et à  
tenter de gagner Belle-Île. Malheureusement la tempête les obligeait à ramasser leur voilure et le Paul-Tourreil devenait le jouet des flots. Trois hommes, dès cette première nuit, mouraient d'épuisement ; huit autres devaient succomber successivement. Belle-Île manquée, le patron Devaud espéra atteindre Groix : il avait pu rétablir la voilure ; mais il était trop sous-venté et ce ne fut que le lendemain à midi qu'il put atterrir à l’ouest de Concarneau, dans la presqu’île de Raguénès, après être resté 48 heures à la barre par une température de plus de 10° au-dessous de zéro dans une mer démontée dont chaque vague glacée balayait l’embarcation et ajoutait aux souffrances des malheureux canotiers. II déploya dans ces circonstances une force d’âme admirable, devant le spectacle de l’agonie de six de ses camarades et de cinq des marins étrangers qu’il avait recueillis.
»
   Les corps des marins français et norvégiens furent inhumés côte à côte dans le cimetière de Névez (Finistère). Les dépouilles des sauveteurs islais furent bientôt transférées par les soins de la Société centrale de sauvetage à l’Île d’Yeu, où eurent lieu le 2 mai 1917 des obsèques solennelles (2). La presse française (3) et étrangère avait appelé l’attention du monde entier sur la vaillance et l’abnégation dont avaient fait preuve les héroïques marins de l’Île d’Yeu. La Société centrale de sauvetage (4), la Ligue du souvenir de la France à ses marins, le Comité départemental de secours de Vendée, le Département de la Vendée, firent parvenir des secours aux familles des victimes, ou adressèrent des témoignages de gratitude aux sauveteurs survivants.
   La Norvège, elle, tint à manifester de façon éclatante sa reconnaissance pour nos marins, et à affirmer en même temps sa sympathie pour notre pays. Aidé par la presse, le gouvernement norvégien organisa au profit des sauveteurs une souscription qui atteignit plus de 200.000 fr. et prit ainsi le caractère d'une manifestation nationale (5). Le ministre de Norvège à Paris, le baron de Wedel-Jarlsberg, se rendit officiellement à l’Île d'Yeu le 18 juin 1917 avec le haut personnel de sa légation (6) pour remettre aux marins islais ou à leurs familles les récompenses décernées par le roi de Norvège et le produit de la souscription. Il était escorté du préfet de la Vendée, représentant du Gouvernement français, des délégués du ministre de la Marine et du sous-secrétaire d’État de la Marine marchande, de MM. le Dr Pacaud, député des Sables-d’Olonne, Hugues Le Roux, rédacteur au Matin, Rousseau, rédacteur au Temps, et des représentants de la presse norvégienne et de la presse régionale française.  
   Ce fut une cérémonie particulièrement impressionnante que celle à laquelle présida le ministre de Norvège. Désireux de s’associer au caractère de grandeur et de solennité qu' avait voulu lui donner le ministre (7), le Gouvernement français avait mis à la disposition de ce dernier deux vedettes armées et un torpilleur que survolaient trois avions. Dès son débarquement, le ministre veut se rendre au cimetière. Aux six marins sauveteurs, que  
lui présente le maire, il confie les couronnes commémoratives en bronze ciselé, portant l’inscription « La Norvège reconnaissante » qu’il va déposer sur les tombes des marins islais victimes de leur dévouement. Et un long cortège s’achemine vers le petit cimetière de l’Île. Là, le ministre place lui-même chaque couronne sur la tombe d’un marin, tandis que les familles des disparus, secouées de sanglots, font entendre de longs gémissements.  
   Le spectacle est poignant et c’est le cœur serré par l’émotion que nous quittons le cimetière. Au retour, nous croisons devant l’hôpital quelques Sénégalais, échappés de la catastrophe du Séquana, paquebot torpillé quelques jours avant, dans les parages de l’Île d’Yeu. C’est l’antithèse vivante entre le dévouement des sauveteurs Français et la piraterie des Allemands.  
   Sur la place de la mairie, une estrade est préparée pour recevoir le ministre et les personnes qui l’accompagnent. Prenant la parole, le baron de Wedel-Jarlsberg rend hommage à la vaillance des marins de l’Île d'Yeu. Et en termes dont la valeur est renforcée par les circonstances, il ajoute :
   « De ces braves, les uns ont donné leur vie, les autres ont risqué la leur pour sauver et non pour tuer. Voilà la France !  
   « Par leur héroïque sacrifice les marins de l’Île d'Yeu ont glorifié l’humanité et magnifié le nom de leur Patrie. Les vrais marins ont des lois qui sont communes a tous ceux qui pratiquent la lutte magnifique de l’homme contre l’élément. Ils ont le même culte de l’honneur, le même sentiment fraternel de l’assistance que l’on se doit, même dans les épreuves de la guerre, entre marins.  
   « Le culte de l’honneur des marins, il existe dans vos cœurs, chers marins Français de l’Île d'Yeu. Il s’éclaire de toutes les grandeurs du sacrifice, de l’héroïsme toujours prêt à voler au secours de vos frères de la mer, et c’est parce qu’une fois de plus vous venez de donner le spectacle de ce merveilleux dévouement que je suis ici aujourd’hui.
»  
   Puis, le ministre annonce que pour commémorer l’action des sauveteurs islais, le Gouvernement norvégien a créé deux prix annuel de 400 francs destinés à récompenser des habitants ou des habitantes de l’île qui se seront signalés par leur courage et leur noble conduite. Un monument sera érigé dans l’île pour perpétuer le souvenir du sauvetage des marins de l’Ymer. A chacun des sauveteurs survivants, le ministre décerne au nom du roi de Norvège une médaille « de noble conduite ». Il lui donne un titre de rente de huit cents francs, et une bourse contenant cinq cents francs nouée aux couleurs de la France et de la Norvège. C’est maintenant au tour des veuves de recevoir les mêmes sommes. L’une d’elles, qui porte dans les bras un enfant nouveau-né, s’avance vers l’estrade. « Attendez, je vais descendre », dit le ministre, et avec une grâce charmante, c’est lui qui va vers elles, vers leurs enfants orphelins.  
   Le Dr Pacaud et le préfet remercient le ministre, le premier au nom de la population de l’Île d’Yeu, le second au nom du Gouvernement. Le directeur de l’Inscription maritime de Bordeaux, délégué du sous-secrétaire d’État de la Marine marchande, distribue aux sauveteurs les médailles de sauvetage qui leur ont, été conférées par le Gouvernement français : médaille de sauvetage en vermeil au patron Noë Devaud, médailles en argent de première classe à ses compagnons Oscar Plessis, Pierre Gérard, Jean Baptiste Tonnel, Emmanuel Turbé et Alexandre Gouillet.  
   Tous ces braves gens assistèrent au déjeuner offert au ministre. Avec quelle simplicité ils  
accueillirent les louanges qui leur furent adressées, le maître écrivain Hugues Le Roux, envoyé spécial du Matin, va le dire dans le vibrant article qu’il a consacré à la cérémonie (8). « Ceci doit faire le tour du monde. Le patron de la barque héroïque, Noé Devaud, à côté de qui j’étais assis au banquet me dit :  
   " Je suis resté à ma barre trente et une heures sans m’assir (sic), cinquante et une heures sans manger. Mon beau-frère Pillet, dont vous avez vu la femme à genoux sur la tombe avec un petit enfant qui est né huit jours après la mort du père, s’est trouvé près de moi au dernier moment. II m’a dit : " Je n’en peux plus. Adieu vat ! " Il est mort avec des glaçons qui l’enveloppaient. C’est le destin du marin. Le fait est que, quand nous sommes sortis, nous ne savions pas que c’étaient des Norvégiens qui étaient en péril, nous savions seulement que  
c’étaient des marins qui étaient en détresse. Si c’avait été des Allemands qu’on aurait trouvés dans l’embarcation, on les aurait secourus tout de même ! ça se doit ! "  
   « Et voilà ce qu'il faut que la France et le monde entendent. » […]
 
   ___________________________________________________________________________
 
   (1) Annales du sauvetage maritime, 1er et 2e trimestres 1917, pages 17, 18. Rapport sur les principaux sauvetages accomplis dans l’année.  
 
   (2) Les obsèques furent célébrées en présence des représentants de la Société, du ministre de la Marine, du sous-secrétaire d’État de la Marine marchande, de l’administration préfectorale et de la municipalité.  
 
   (3) Le Matin, n° du 1er février 1917 ; l’Illustration, n° du 10 mars 1917.
 
   (4) La Société attribua à chacune des veuves des marins sauveteurs une pension de 500 francs, augmentée de 150 francs par enfant de moins de 16 ans.  
 
   (5) Discours du baron de Wedel-Jarlsberg à l’Île d’Yeu.  
 
   (6) Le colonel L’Orange, attaché militaire et M. de Bentzon, conseiller de légation.  
 
   (7) « Le ministre Wedel-Jarlsberg, avec le sentiment sûr et intelligent qu’il était le repré-sentant non seulement des milliers de Norvégiens qui ont donné leur obole aux sauveteurs et aux survivants de l’Île d’Yeu, mais aussi le représentant des marins norvégiens, du peuple norvégien tout entier, d’une extrémité a l’autre du pays, uni comme jamais — a voulu donner à cette cérémonie une empreinte de grandeur et de solennité comme il convient à deux nations qui se saluent dans un temps difficile et critique.  
   « Par suite de la grande influence et de l’estime que le ministre a su gagner par son tact et ses capacités, et par suite également de la sincère et cordiale amitié qui existe entre les deux pays, encore renforcée par la guerre, il va de soi que les autorités françaises de leur côté ont fait tout ce qu’elles pouvaient pour souligner ce qu’il y avait de grandeur dans l'acte de reconnaissance envers les sauveteurs, les marins, et les vivants.
» (Extrait de l’article publié dans le journal norvégien l’Aftenposten par son envoyé spécial le docteur Froïs Froïsland, sous le titre « La Reconnaissance de la Norvège aux marins de l’Île d’Yeu. » (Traduction due à l’amabilité du consul de Norvège à Nantes).
 
   (8) Le Matin, n° du 19 juin 1917.
 
   ___________________________________________________________________________
 
   Nota : Notes infrapaginales de l'ouvrage, renumérotées par commodité.
    _______________________
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.


Message édité par Rutilius le 19-08-2012 à 09:04:21
n°34888
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 19-08-2012 à 02:29:47  profilanswer
 


   Re,
 
   • A propos du canotier Alexandre Gabriel GOUILLET, né le 12 juillet 1898 à l’Île d’Yeu (Vendée) et y décédé le … 1946, V —> http://www.famille-bretet.net/Fich [...] xandre.htm    
   _______________________
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.


Message édité par Rutilius le 19-08-2012 à 09:06:40
n°34889
Memgam
Posté le 19-08-2012 à 11:20:07  profilanswer
 

Bonjour,
 
Source : L'Illustration, n° 3862 du 10 mars 1917, page 205, dans : "La tragique odyssée des sauveteurs de l'île d'Yeu", pages 204 à 209.
 
Cordialement.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6368/Numeriser%2059.jpg

n°34890
Memgam
Posté le 19-08-2012 à 11:28:58  profilanswer
 

Bonjour,  
 
Le matelot Alexandre Gouillet, cité par Rutilius, est le troisième en partant de la gauche, les mains sur les genoux, sur la photo publiée ci-dessus par feu Ar Brav, extraite de l'article du journal Le Marin de 2009.
Cette photo des six rescapés était parue dans l'Illustration du 10 mars 1917 avec la légende : "Les six survivants du canot de sauvetage de l'île d'Yeu, un mois après les nuits de froid et de tempête : une heure de soleil sur la cale de lancement à Port Joinville, Photo Guillet : Noé Devaud, Baptiste Tonnel, Alexandre Gouillet, Emmanuel Turbé, PierreGirard, Olivier Plessis.
 
Cordialement.


Message édité par Memgam le 19-08-2012 à 11:30:49
n°37230
breizou
Posté le 05-05-2013 à 16:03:43  profilanswer
 

Bonsoir,
 
Voici les decedes de cette tragedie retranscrits a Nevez dans le registre des deces de l'annee 1917:
 
Emile_Berg_LARSEN, matelot norvegien:
http://www.zimagez.com/avatar/emileberglarsen.jpg
 
Robert_SKAAR, matelot norvegien:
http://www.zimagez.com/avatar/robertskaar.jpg
 
Henrik_SVENSSON, second maitre mecanicien suedois:
http://www.zimagez.com/avatar/henriksvensson.jpg
 
Mathias_ROSTBERG, matelot norvegien:
http://www.zimagez.com/avatar/mathiasrostberg.jpg
 
xxx, cuisinier hollandais
http://www.zimagez.com/avatar/sansnom33.jpg
 
Joseph_Emile_PILLET, marin pecheur:
http://www.zimagez.com/avatar/josephemilepillet.jpg
 
Edmour_Emmanuel_Georges_PILLET, marin pecheur:
http://www.zimagez.com/avatar/edmouremmanuelgeorgespillet.jpg
 
Adolphe_Alexandre_IZACARD, marin pecheur:
http://www.zimagez.com/avatar/adolphealexandreizacard.jpg
 
Jacques_Armand_TARAUD, marin pecheur:
http://www.zimagez.com/avatar/jacquesarmandtaraud.jpg
 
Pierre_Alfred_Leonidas_PELLETIER, marin pecheur:
http://www.zimagez.com/avatar/pierrealfredleonidaspelletier.jpg
 
Joseph_Ernest_Leon_RENAUD, marin pecheur:
http://images.mesdiscussions.net/p [...] RENAUD.jpg  
 
Breizou


Message édité par breizou le 05-05-2013 à 16:20:47
n°38804
landelle
Posté le 10-12-2013 à 13:31:15  profilanswer
 

En savoir plus sur le nom du canot de sauvetage / Lieutenant de vaisseau Paul Tourreil / http://ecole.nav.traditions.free.f [...] joseph.htm

n°45385
lahoule
Posté le 02-11-2016 à 17:42:18  profilanswer
 

Jens a écrit :

Bonjour à tous les participants de ce post.
 
Le propriétaire de l'Ymer n'était autre que mon arrière grand père norvégien.
Je reviens de Bergen où j'ai commencé des recherches sur une branche lointaine de mon histoire familiale que la lecture de vos écrits m'a révélé. Encore merci à vous.
 
J.Lund
 
 


 
Bonsoir,
je suis adjointe à la mairie de Névez en Bretagne sud, 27 janvier prochain nous commémorons avec les familles de l'Ile d'yeu le centenaire du naufrage de l'Ymer. En effet , c'est dans notre commune que sont  à ce jour inhumés robert Skaar 18 ans de Bergen,Henrik Svenson de Karlshamm en Suède 46 ans,Mathias Rostberg de Molde 23 ans,Emil Berg Larsen de Tromso 25


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M.CROGUENNEC
n°45386
lahoule
Posté le 02-11-2016 à 17:50:57  profilanswer
 

Jens a écrit :

Bonjour à tous les participants de ce post.
 
Le propriétaire de l'Ymer n'était autre que mon arrière grand père norvégien.
Je reviens de Bergen où j'ai commencé des recherches sur une branche lointaine de mon histoire familiale que la lecture de vos écrits m'a révélé. Encore merci à vous.
 
J.Lund
 
 


Parmi les morts de l'Ymer il reste le cuisinier Hollandais qui n'a pas de nom mais est déclaré âgé de 63 ans ,il avait été embarqué à Newcastle. Les survivants Norvégiens avaient été incapables de le nommer. Nous devons refaire pour le centenaire la plaque de la tombe. Pourriez-vous retrouver dans vos recherches en Norvège un rôle d'équipage qui permettrait de nommer toutes les victimes?Je vous donne mon courriel et cela presse, nous ne sommes plus très loin du 28/01/2017. marylene.croguennec@laposte.net


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M.CROGUENNEC
n°45952
dominique8​5
Posté le 05-02-2017 à 12:12:31  profilanswer
 

lahoule a écrit :


Parmi les morts de l'Ymer il reste le cuisinier Hollandais qui n'a pas de nom mais est déclaré âgé de 63 ans ,il avait été embarqué à Newcastle. Les survivants Norvégiens avaient été incapables de le nommer. Nous devons refaire pour le centenaire la plaque de la tombe. Pourriez-vous retrouver dans vos recherches en Norvège un rôle d'équipage qui permettrait de nommer toutes les victimes?Je vous donne mon courriel et cela presse, nous ne sommes plus très loin du 28/01/2017. marylene.croguennec@laposte.net


 
Olivier plessis était de ma famille et moi même je suis canotier de la snsm de l'ile d'yeu
Je suis à la. Recherche des plans. Et photos de l'ymer afin de réaliser une maquette de celui ci
Merci de me faciliter mes recherches ou m'indiquer où je pourrais m'adresser pour obtenir ces documents
Mon e mail  prudhomme@orange.fr


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