Bonjour à tous,
Comme convenu la semaine dernière, voici la petit biographie d'un Sabolien disparu au cours du naufrage du Bouvet. Au-delà des éléments indiqués sur le drame, on trouve à la fin une lettre rédigée par un survivant à la famille de cette personne. Retranscription intégrale de la biographie.
Bonne lecture,
Cordialement,
Arnaud
--------------------------------
NAVEAU (Georges Pierre Marie) né à Sablé, le 24 février 1893 de Pierre et Marie Durif.
Avant d'être soldat, Georges Naveau était valet de chambre à Paris. Il avait devancé l'appel de sa classe et s'était engagé dans la marine, au mois d'avril 1913. Il fit ses classes à Cherbourg, puis embarqua sur le Bouvet, où il devint maître d'hôtel.
La mobilisation le trouve à son poste sur le même navire. Nous connaissons, hélas ! la terrible catastrophe du Bouvet. Sous la poussée anglaise, les alliés avaient décidé l'expédition des Dardanelles. Les escadres franco-anglaises avaient pénétré dans le détroit ; elles se composaient de 16 cuirassés, de 3 croiseurs et de plusieurs contre-torpilleurs. Le 18 mars 1915, la flotte avait reçu l'ordre d'appareiller à neuf heures du mati, pour forcer la passe, à l'endroit où les Dardanelles ont la plus faible largeur, environ 1.200 mètres. Les quatre bâteaux français, Suffren, Bouvet, Charlemagne et Gaulois tenaient le milieu de la ligne. Jusqu'à midi, l'escadre s'était avancée indemne et avait pu pénétrer dans la zone particulièrement dangereuse, une partie des bâtiments s'abritant sur la côte d'Asie, dans la baie des Barbiers, l'autre longeant la côté d'Europe, à la hauteur de Souan-Déré. Après une heure d'accalmie, le feu recommença, la mer s'embrasa de nouveau. Mais voici que l'un des navires de tête, le Bouvet, sembla s'immobiliser dans un grand remous... Il venait de toucher une mine. Une énorme trombe de fumée noire s'élève, le bateau se couche, les deux mâts se rejoignent sous l'effort de la coque qui s'ouvre, puis tout s'enfonce et disparaît sous les vagues qui continuent de danser et sourire.
Dans une lettre adressée au frère de Georges Naveau, le lieutenant E. Thévenard, écrit :
"Nous avions été engagés un seul bateau contre trois forts de Chanack, - le goulet qu'il faut forcer pour remonter à Constantinople.- Après une heure et demie de combat avec deux de nos grosses pièces seulement, - l'armement de la troisième ayant été asphyxiée parce qu'il l'avait servie jusqu'au bout, malgré une avarie du tuyautage d'air de la tourelle,- nous avons réduit les forts au silence, - plus de dix pièces de gros calibre.
"Nous revenions, remplacés par une division anglaise. Nous avons touché une mine. Le bâtiment s'est couché sur tribord très rapidement, et en cinquante secondes a complètement disparu. On avait aussitôt commencé l'évacuation et tout s'est passé dans le plus grand calme, dans le plus grand ordre, sans le moindre cri. Mais le chavirement a été trop rapide. Nous ne sommes que 47 survivants."- sur 700 hommes !
"Votre frère n'a pas été sauvé. C'est donc qu'il a eu pour tombeau le Bouvet, sur lequel il a vaillament combattu. C'est pour nous autres marins une mort glorieuse et vous pouvez être fier de lui ; car le Bouvet avait eu le succès le plus complet contre les forts, malgré quelques gros coups reçus et plusieurs incendies au bord, au cours du combat."
..." O flots, que vous savez de lugubres histoires !"
--------------------------------
Almire Belin, Livre d'or des Saboliens tombés au champ d'honneur pendant la guerre de 14-18, Sablé-sur-Sarthe, 1921. Pages 379-380.
Message édité par Arnaud Carobbi le 03-10-2007 à 15:58:26