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GAULOIS - Un cuirassé aux Dardanelles, l'attaque des détroits

n°5842
Ar Brav
Posté le 04-06-2008 à 06:13:25  profilanswer
 

Reprise du message précédent :
 
   Assis sur le rebord d'un panneau, je converse avec le premier-maitre de manœuvre. C'est lui qui fut chargé d'appliquer sur la brèche le paillet Makaroff, ce treillis de filin lardé dont il a la garde, vaste bandage qui se déroule et ferme, comme une compresse, les blessures des monstres d'acier. La façon dont on va s'échouer, avec quelle ardente confiance il me l'explique ! La proue qui éperonne le fond sablonneux - doucement, de peur d'éventration, - s'y creuse un lit, tandis que la poupe surnage ; les pompes essoufflées qui allègent l'avant ; l'étoupe et le ciment dont on bouche la fente ; le retour enfin dans un port de France, bien sûr ! Où l'on boulonnera sur le flanc abîmé de belles plaques de tôle neuve. Quelle chose simple qu'une remise à flot pour ce vieux maître de la bouline, et comme, après avoir bourlingué trente armées, l'optimisme et la belle humeur sont d'admirables vertus !...
 
(à suivre...)


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Le cœur des vivants doit être le tombeau des morts. André Malraux.
n°5843
Ar Brav
Posté le 04-06-2008 à 07:27:51  profilanswer
 

Je demande au lieutenant de vaisseau T..., du Bouvet, s'il sait quelque chose des amis que j'avais sur son navire : l’enseigne A..., un ancien du Gaulois, les médecins D... et C..., qui, occupant les fonds, ont dû être surpris par la soudaineté de l’explosion. Que d'héroïsmes obscurs que jamais l'histoire n'inscrira ! Le docteur C... avait été appelé dans la tourelle avant, où quatre hommes étaient tombés asphyxiés, jusqu'au dernier moment il resta près d'eux, mais put-il alors se sauver, comme le premier-maître canonnier qui dirigeait la pièce ? Le commandant R. de T…, est demeure à son poste dans le blockhaus. Le capitaine de frégate A..., commandant en second, était dans la cambuse, au moment de la secousse. Il dit : « Je crois que nous venons de recevoir une torpille : je vais voir ce que c'est. » Qu'est-il devenu, lui aussi ?
   Beaucoup, certes, ont dû pouvoir se jeter à la mer, mais combien ont pu être recueillis ? Un survivant dit avoir vu, à quelques mètres de lui, pendant qu'il nageait, une manche ornée de trois galons se dresser vers le ciel en signe de ralliement ; un cri de « Vive la France ! » et le bras de l'officier disparut.
   Fait déconcertant, inexplicable - et cependant souvent noté - en ces moments de grand danger, dont la conscience nous échappe : l'empreinte qu'un insignifiant détail laisse en nous, et qui nous poursuit de son obsession. Un officier de notre Bouvet serrait contre son sein, quand on l'a repêché, la mappemonde de navigation, la « tête de veau », dont il ne voulait, à aucun prix, se défaire. Un matelot brandissait la longue vue de la timonerie, heureux de « sauver quelque chose ». Mais n'a-t-on pas vu déjà, en 1907, quand l'Iéna sautait dans les cales de Missiessy, l’amiral Manceron vouloir retourner dans son salon pour chercher sa casquette, et cet officier russe, dont il est parlé quelque part dans les Mémoires de Sémenoff, put-on, au cours d'un combat naval, l'empêcher de traverser le carré en feu pour y prendre une boîte d'allumettes ?...
 
(à suivre...)


Message édité par Ar Brav le 04-06-2008 à 08:23:49

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Le cœur des vivants doit être le tombeau des morts. André Malraux.
n°5845
Ar Brav
Posté le 04-06-2008 à 08:23:31  profilanswer
 


- Une cigarette, docteur ?
- Volontiers, capitaine... Mais, au fait, vous l'attentif observateur qui notez du blockhaus tout ce que vous voyez du combat, nous direz-vous ce qui, là-haut, fournit matière à votre rapport ?
 
L’officier raconte.
 
- Avant que notre division ne vînt appuyer les cuirassés anglais, le tir des mortiers et des canons de campagne turcs avait été très violent. Des fumées noires -  shrapnells ou fusées servant à régler la chute des projectiles - s'étendaient au dessus de la Queen-Elizabeth, de l' Inflexible et du Lord Nelson. Vers midi, un incendie éclatait à gauche de Chanak, probablement dans un dépôt de munitions.
 Quand le Gaulois eut cessé son feu, cédant la place au Charlemagne, une batterie d'obusiers dirigea quatre salves contre le Prince-George, lui enlevant la moitié de sa passerelle. Deux coups tombèrent près du Gaulois, puis, pendant que le Charlemagne tirait sur Hamidieh, deux obus encore explosèrent par tribord, à cinq et dix mètres de l'avant.
 Le Suffren ayant ordonné la ligne de file derrière l'escadre anglaise, nous entrons, à 1 h. 50, dans le champ de tir d'une nouvelle batterie d'obusiers, dont les projectiles, tombant d’abord entre dix et cinquante mètres de l'avant, finissent par nous atteindre. C'est l'un d'eux qui éclata sur notre plage arrière, allumant des flammes que nos manches à incendie éteignirent rapidement. C'est un autre peut-être, à moins que ce ne soit une mine, qui a déchiré notre coque sous la cuirasse.
- A-t-on aperçu des mines flottantes le long du bord ?
- Avant de commencer notre tir, vers 12 h. 30, nous avons pu voir, pas très loin de nous, deux bouées grisâtres qu'entraînait le courant. Quand, le Charlemagne nous ayant remplacés, nous venions en dérive sur la droite, nous avons vu encore, à quatre ou cinq cents mètres par tribord, deux flotteurs blancs qui étaient probablement des mines, mais beaucoup trop loin pour que nous puissions tirer dessus.
-  Et le Bouvet ?
- Il avait terminé son tir et ralliait le Suffren, quand, à 1 h. 55, on distingua par le travers de sa tourelle de 27 tribord, une gerbe d'eau, puis des flammes, puis une fumée jaunâtre. Presque aussitôt, il se penchait de ce côté jusqu'à 90 degrés ; les tourelles, projetées hors de leur loge, tombaient à la mer l'une après l'autre, et en cinquante-cinq secondes exactement, il avait chaviré la quille en l'air, la proue disparaissant la dernière.
- Le Charlemagne s'en tire sans avarie. Le Suffren aussi, je suppose ?
- Le Suffren a dû être également touché, car, pendant qu'il était en position de tir le long de la rive d'Asie, une longue flamme a semblé partir d'une de ses casemates.
- Et nous ? Avez-vous senti, de votre blockhaus, que nous étions touchés ?
- Par ma foi, il y avait par-dessus nos têtes tant de sifflements, autour de nous tant d'explosions, sans compter les vibrations, le souffle de nos propres pièces, que la secousse passa inaperçue. Mais, vous, en bas, avez-vous pu seulement vous rendre compte de sa gravité ? Et ne fallût-il pas que les canonniers entendissent le bruit de l'eau, que l'on ouvrit le panneau de descente à la soute aux gargousses, pour que l'on mesurât l'importance de l'avarie ? D'ailleurs, même si nous l'avions, par impossible, reconnue de suite, cela nous eût-il empêchés de nous porter à toute vitesse au secours du Bouvet ? Notre brèche, certes, a dû en souffrir, de cet élan, et l'envahissement de l'eau dut être plus rapide, Mais un blessé qui ne sent pas encore sa blessure, et qui se précipite sur son frère d'armes en danger, pour défaillir ensuite auprès de lui, peut-on vraiment lui reprocher son geste généreux ?...
 
(à suivre...)


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n°5850
Ar Brav
Posté le 04-06-2008 à 09:34:10  profilanswer
 


Nous causons, et chaque minute qui s'écoule abrège la distance que nous avons à parcourir. Drépano¹, là-bas, dans le mirage amical du soir, semble flotter comme un grand navire qui se rapproche. Il est pauvre et nu, cet îlot, sans humus ni végétation, inhabité, sauf peut-être par les quadrupèdes gentils que rappelle son plaisant surnom. Venu trop tard, sans doute, dans la série des archipels ioniens à la décevante géologie, son sol ingrat a méconnu la faveur du ciel. Mais quelle terre, parmi les plus belles, fut plus ardemment désirée ? Ithaque assurément fut moins aimée d'Ulysse, après son long voyage !...
 
¹ Drépano fait partie avec Mavro et Phido d’un groupe d'iles qui portent le nom d’Iles aux Lapins.
 
Nous avançons, nous avançons toujours. On se montre au loin, à toucher la côte d'Europe, un navire que surmonte un dais fumeux de mauvais augure : l' Inflexible ou la Queen-Elizabeth ?
 
Une vedette maintenant nous accoste, et j'y reconnais la haute casquette à broderies d'or de l'amiral. Pourquoi nous n'allons pas plutôt à Ténédos, où nous serions plus près de l'escadre ? Mais tout simplement parce que le temps presse. La cloison du compartiment des tubes sous-marins commence à laisser passer l'eau. L'échouage est urgent, et d'ailleurs les fonds seront meilleurs à Drépano.
 
(à suivre...)


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n°5856
Ar Brav
Posté le 04-06-2008 à 13:07:21  profilanswer
 

A 5 h. 55 enfin nous y arrivons, à cette île d'inespéré salut, et sans heurt notre proue s'y pose doucement sur une petite plage de sable. Cinq minutes de plus, et la Fortune, lassée, se détournait de nous. Une ancre à jet fixe notre avant, une aussière portée à terre nous appuie sur la plage. L'hélice continue à tourner lentement pour ne pas déraper sur le sable et pour éviter les secousses de la houle.
   La côte turque n'est pas très éloignée, et, de peur qu'on ne nous canonne, le Charlemagne veille sur nous, prêt à nous protéger. Des scaphandriers anglais vont travailler toute la nuit pour reconnaître la voie d'eau et l'aveugler, si possible. Tout va bien, et il est à prévoir que d'ici peu notre avant délesté flottera.
   Une partie de la bordée débarquée revient à bord. Dans les Détroits, au cours de cette mémorable journée, les cuirassés anglais Ocean et Irresistible ont été aussi coulés par des mines, mais leurs équipages, sauvés presque au complet, ont pu passer sur des bâtiments de secours.
 
19 mars
 
   Le jour se lève, gris et froid, sur une mer houleuse, qui déferle en chocs brefs sur notre flanc tribord : léger roulis, qui complique de dures oscillations notre stabilité. Dans la bruine du matin glisse et s'efface, vers l'entrée des Détroits, la silhouette familière de quelques croiseurs britanniques.
   Des deux dragueurs qui se sont amarrés près de nous, l'un pompe l'eau, l'autre envoie de l'air aux scaphandriers anglais qui ont plongé jusqu'à la brèche. On sait maintenant quelle est l'avarie : une voie d'eau de 7 mètres de long sur 25 centimètres en sa plus grande largeur, un défoncement des tôles au-dessous du bord inférieur de la cuirasse. Peu de chose, en somme, - surtout en largeur - mais en faut-il beaucoup, dans ces trop vulnérables régions, pour compromettre une machine de guerre telle que nous ?... On espère, avec des coins de bois, de l'étoupe et du plomb, obtenir une réparation provisoire, qui nous permettra de gagner un arsenal.
 
(à suivre...)


Message édité par Ar Brav le 04-06-2008 à 13:07:39

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n°5857
Ar Brav
Posté le 04-06-2008 à 13:39:37  profilanswer
 

Sur la plage arrière, au ras de la tourelle, un trou d'un mètre carré représente le passage de l'obus dont les éclats ont atteint par ricochet les canonniers derrière leur pièce. Le pont inférieur est également troué, et les chambres au-dessous ont subi quelques dégâts. En explosant, le projectile a rempli de fumée le compartiment de la barre à bras, l'a criblé d'éclats de cornière. On ferma, puis on ouvrit les portes, à cause de l'asphyxie. Boubou-Sy, le quartier-maître sénégalais, était couché près de la barre, quand un fragment d'acier vint s'écraser à quelques centimètres de sa joue. Il se lève, va s'étendre à l'autre bout du compartiment, non sans avoir ramassé le précieux métal : « Avec bon gris-gris comme ça, moi y en a plus mourir ! » (sic)
   Nous apprenons le nombre des rescapés du Bouvet : 51, dont 5 officiers. Mes trois amis sont morts, ou peut-être prisonniers des Turcs, ce qui, malgré tout, est peu probable. Il faut ajouter à ce chiffre les 5 hommes laissés, avant le combat, sur le bateau hôpital Canada ou à terre à Ténédos pour garder les embarcations. Ce qui fait, au total, 56 survivants sur un équipage de 721 hommes. Mais aucun de tous ces noms, dont je ne connais que quelques-uns, ne sera oublié.  
Vous ne périrez pas, morts du Bouvet, dans notre mémoire.  
Vous tous, amis et camarades, qui, la veille même du jour glorieux, veniez, en guise d'adieu, nous apporter votre gaieté - dormez au fond de l'Hellespont, dormez en paix votre dernier sommeil ! Sur les autels du Souvenir notre piété tresse déjà de durables couronnes. Votre héroïque exemple a exalté nos volontés, et nos canons bientôt tonneront de leurs voix victorieuses. Alors, éveillez-vous des glauques profondeurs, et, quand nous glisserons sur votre cercueil, que vos âmes consolées nous parlent dans le murmure du flot !...
 
(à suivre...)


Message édité par Ar Brav le 04-06-2008 à 13:40:09

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Le cœur des vivants doit être le tombeau des morts. André Malraux.
n°5861
Ar Brav
Posté le 04-06-2008 à 21:16:49  profilanswer
 


   Dans l'après-midi, la Cognée nous ramène le reste de, nos hommes de la première bordée. Ils sont ravis, ces braves gens, de l'accueil qu'on leur a fait sur les bateaux anglais. Belle occasion pour la cordiale alliance ! On a fait échange de bérets en se séparant, et ce sont les noms de Lord Nelson, Triumph, Agamemnon qui sur chaque front brillent maintenant en lettres d'or.
Enthousiasme expansif, reconnaissance attendrie, au souvenir des prévenances - d'ordre surtout gastronomique - dont on les entoura. Mais sous toute cette bruyante objectivité, qu'eût pu facilement percer un philosophe, un air de confusion, de honte presque pour cette fugue rapide, ordonnée pourtant.
 
- On est parti, parce que tout le monde a cru qu’on allait couler, même que tout le monde le disait sur les bateaux où on est monté !...
 
   Un maître-d'hôtel m'expose les vicissitudes sans nombre qui suivirent son débarquement :
 
- Allez ! Pour sûr que si j'avais su que j'allais m'appuyer une pareille ribote, j'aurais préféré rester à bord avec les copains… Le  Chelmer, le  torpilleur anglais qui m'a pris, vous l'avez vu, n'est-ce pas ? Eh bien ! Au lieu de nous débarquer sur un de ces grands bateaux qui ne faisaient rien, les 85 que nous étions là, il a carrément repiqué sur les Dardanelles. Là, il y avait le Dartmouth, près de Seddul-Bahr. Nous pensons : « Chouette ! Ca y est. Cette fois, on va nous laisser sur ce rafiot ». On commence à débarquer, mais ouat ! V’là qu’on enlève la planche et qu’on repart à toute vitesse, rapport à un T. S. F. qu’on venait de recevoir. Tous les torpilleurs, tous les chalutiers qu'on rencontrait, on leur y signalait de nous suivre. Paraît qu’y avait deux bateaux au plein qui demandaient  deux bateaux au plein qui demandaient du secours. On s'en approche, on fait des ronds  autour de l'un, qui était l'Océan ; l'autre, c'était l'Irresistible. On finit par accoster l'Océan, mais pan ! On reçoit un obus dans la cuisine qui enlève le dessous de la passerelle, et deux minutes après, un autre pruneau qui tombe dans la chaufferie et cause une voie d'eau. Fallait voir les marins anglais ! De suite, ils soufflent dans une sorte de bouée en caoutchouc qu'ils ont toujours autour du cou. Mince ! Pensais-je, dans quoi est-ce que je vais souffler, moi ? Je me préparais à me jeter à l'eau, mais la terre était loin, et puis… il y avait les Turcs.
   Je me cachais près de la cuisine, rapport aux projectiles, puis, quand j'ai vu que l'Océan nous passait des blessés, je me suis mis à aider le mouvement. Avec le paillet Makaroff on avait bouché la voie d'eau, et alors les gens de l'Ocean, qui rigolaient en fumant leur pipe, ont commencé à descendre chez nous. Leur pauvre bateau ! Il était tout ouvert sur l'avant, et on voyait l'intérieur sur 6 ou 7 mètres. N'empêche qu'ils se sont mis de suite à jouer aux cartes sur le pont.
   Il était bien 9 heures du soir à ce moment-là, et notre voie d'eau, elle recommençait à donner sérieusement. Alors nous sommes allés près du Lord Nelson, et on nous a dit à tous de monter à bord. On nous a donné un grand demi-bol de tafia, du thé, du pain, de la confiture, de quoi nous retaper un peu. Mais moi, ça ne me chantait pas, j'étais trop fatigué. J'ai préféré m'endormir sur un tapis dans la batterie. Le lendemain, la faim était un peu revenue, et j'ai mangé du pain, du beurre, du fromage, de l'endaubage, tout ça à discrétion. Y me manquait bien mon quart de vin, mais je me suis rattrapé sur le cacao. Y en avait une bâille pleine, et on y plongeait son bol autant de fois qu'on voulait.
   Vers 2 heures, un canot du Suffren est venu nous chercher pour nous conduire à bord de la Cognée. On était bien contents, vous pouvez croire, mais on avait la larme à l'œil en se quittant avec les Anglais. On nous avait tellement dit que le Gaulois était coulé que ce fut une vraie joie pour nous de le revoir, et nous sommes montés à bord, heureux de retrouver les copains… Ben quoi ! Vous autres, vous avez l'air de vous payer ma tête maintenant ! C'est-y pas vrai qu'on s'est embrassé ? Mais tout de même, allez ! J’aurais mieux fait de rester à bord…
 
Et, revenu déjà de son émotion, notre maître-d'hôtel regagne, d'un pas léger, son office.
 
(à suivre...)


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n°5862
Ar Brav
Posté le 04-06-2008 à 21:40:32  profilanswer
 


   Les nouvelles du combat d'hier, transmises télégraphiquement par les deux amiraux des escadres alliées, sont parvenues en France et en Angleterre. L'amiral de Robeck loue en termes élevés la conduite de la division française :
 
   Je désire porter à la connaissance des Lords de l'Amirauté la manière splendide dont l'escadre française s'est comportée. Elle n'est point troublée, malgré ses lourdes pertes. L'amiral Guépratte l'a conduite au feu, dans une action rapprochée, avec la plus grande bravoure. Officiers et marins sont tous ardents pour engager à nouveau l'ennemi.
 
   Le Ministre de la Marine française et l'Amirauté britannique envoient, en échange, leur témoignage de sympathie et de haute satisfaction. Concert de voix élogieuses qui nous emplit tous de fierté et nous touche profondément. Comment en mieux résumer le sens que par ces trois phrases éloquentes et simples, dont la dernière est pour l'avenir un gage assuré de victoire :
 
   Général d'Amade à Contre-Amiral Suffren :
 
   Nous prenons part au deuil général de la marine française. Tous ont, malgré tout, noblement accompli leur devoir et donnent un magnifique exemple de courage.
   Leurs frères d'armes du corps expéditionnaire les admirent et les vengeront.

 
(à suivre...)


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n°5864
Ar Brav
Posté le 04-06-2008 à 22:04:47  profilanswer
 

20 mars.
 
   Les travaux se poursuivent normalement. Les coins de bois que les scaphandriers enfoncent dans la brèche la réduisent peu à peu, et dès ce soir, sans doute, on pourra faire fonctionner vigoureusement les thirions pour aspirer l'eau des compartiments envahis.
   Le Suffren, qui est ancré derrière nous, a reçu aussi au cours du combat quelques avaries, mais peu graves. Un projectile a éclaté dans une de ses casemates - la flamme que l'on avait aperçue de notre blockhaus – tuant des hommes de l’armement et faussant une tourelle de 16 voisine. Grâce à un simple quartier-maître, un incendie et peut-être l’explosion des soutes furent évités. Voyant une gargousse enflammée tomber dans sa soute de 16, il la fit évacuer rapidement, et, avec un merveilleux sang-froid, ouvrit les prises d’eau pour la noyer.
   La coque du Suffren a également une petite voie d'eau. Comme nous, il aura besoin d'un carénage.
   Le croiseur de bataille anglais Inflexible a eu son poste de contrôle de tir avant frappé par un obus de gros calibre. C'est lui probablement que nous avions aperçu au loin, près de Seddul-Bahr, environné d'une épaisse fumée.
 
(à suivre...)


Message édité par Ar Brav le 04-06-2008 à 22:05:05

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n°5865
Ar Brav
Posté le 04-06-2008 à 22:20:52  profilanswer
 


21 mars.
 
   Nous voici à flot, depuis midi, ayant pris mouillage entre les deux îles Mavro et Phido. Notre proue, allégée, a quitté son lit de sable et de gravier, et c'est plus bas, à la verte ligne de flottaison, que la vague, comme autrefois, vient la caresser.
   On peut descendre, maintenant, dans les locaux qu'a saccagés l'eau de mer, et que revêt une boue gluante. La cale à eau, trois compartiments voisins, dont celui que nous occupions pendant le combat, le pivot de la tourelle avant, les soutes des maîtres charpentier, magasinier et électricien, huit chambres de maîtres et le poste des seconds-maîtres ont été inondés, ce qui représente bien 1 800 tonnes d'eau. De la cale à eau, où mon service m'appelle pour le nettoyage et la désinfection des caisses à eau distillée, je vais, par curiosité, rendre visite à ce qu'on peut voir de la brèche. Il faut, pour y parvenir, ramper dans l'obscurité de caisse en caisse, enjamber un infect bourbier, traverser la porte étroite d'une cloison, grimper le long des tôles extérieures en s'accrochant à des saillies de fer.
   Alors, sur la coque défoncée, qui, sous la poussée de l'explosion, a tordu et gondolé les couples d'acier, on voit, tout au haut, s'avancer une grande fente aux bords éversés, au travers de laquelle les planches de bois font saillie. C'est la partie antérieure de la déchirure, la plus basse en raison de l'obliquité, et la plus accessible. Un peu d'eau filtre encore, avec un glouglou de source, sur la convexité des tôles peintes au minium, mais le ruisseau qui se collecte en bas, dans le fond ténébreux que mon fanal n’éclaire pas, est à mesure asséché par la rude aspiration des crépines.
   Tout est donc pour le mieux, et demain, après avoir rejoint l’escadre à Ténédos, après avoir embarqué des vivres et du charbon et pris les ordres de l’amiral, nous ferons route avec le Suffren sur un arsenal : Malte, Bizerte ou Toulon.
 
(à suivre...)


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n°5866
Ar Brav
Posté le 04-06-2008 à 22:45:58  profilanswer
 

23 mars.
 
   A Navarin, où nous avons dû faire escale.
 
   Depuis Ténédos, en vue jusqu'au cap Cérigo des côtes de Grèce, nous avions eu le plus merveilleux temps qui se puisse rêver une mer transparente et unie comme un ciel, malgré la tiède brise.
   A Vatika, dans la fraîche lumière du matin, toute l'armée navale était sortie de l'anse où elle s'abritait, et, conduite par le cuirassé-amiral, s'était portée à nos devants. Elle avait défilé tout près de nous, dans le tumulte des vivats, nous avait encadrés d'une escorte d'honneur. Le commandant en chef nous avait dit sa joie, sa fierté, sa gratitude, puis – récompense tant souhaitée - nous avait enjoint de regagner Toulon, après une courte escale à l'île de Malte.
   Doublé le cap Matapan, la brise peu à peu s'était mise à fraîchir, et le vent, le grand vent de la Méditerranée, s'était levé. La calme surface s'émeut. Argentée d'abord de moutonnements épars, elle s'enfle bientôt en houles parallèles, dont notre flanc blessé supporte l'effort. Nos coins de bois un à un sont arrachés, l'eau recommence à envahir le compartiment de la cale. A 8 heures du soir, nous sommes à 40 milles au sud-ouest de Navarin, marchant à peine à la vitesse de 4 noeuds. Vaut-il mieux continuer sur Malte ou revenir en arrière ? La tempête augmente. Roulis et tangage violents. L'eau entre à torrents dans la cale à eau qui s'emplit. Nous virons de bord. Nous mettons le cap à petite allure sur Navarin. On sent que l'avant s'enfonce. Situation plus critique qu'à Koum-Kaleh, car il fait nuit, nous sommes en pleine mer, par très gros temps et loin de tout secours. La nuit est relativement claire, le vent rugit, les lames se creusent en tourbillons. Derrière nous, la grosse silhouette noire du Suffren semble nous guetter, impassible. Quel secours attendre de lui, en cas de danger, par un temps pareil ? Toute embarcation mise à l'eau chavirerait infailliblement.  
   Le Courbet, prévenu par T. S. F., dépêche un croiseur et trois torpilleurs à notre rencontre.
 
(à suivre...)


Message édité par Ar Brav le 04-06-2008 à 22:46:35

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n°5867
Ar Brav
Posté le 04-06-2008 à 23:04:46  profilanswer
 


   A 10 h. 55, la cale à eau est pleine, ainsi que les puits aux chaînes. L'eau passe dans la cale à vin. La cloison qui nous a sauvés une fois résistera-t-elle encore une deuxième ?
   Tout est tranquille à bord. Les matelots qui ne sont pas de quart dorment dans leurs hamacs. A peine si, de temps en temps, quelques voix d'officiers qui se rencontrent chuchotent dans la salle d'armes.
   Le croiseur Jules-Ferry, les torpilleurs Bouclier, Cavalier et Fantassin sont près de nous à 3 h. 55.
   Doucement, l'eau continue à gagner, envahissant, après la cale à vin, le compartiment des étrangloirs. Il est 4 h. 40. Étalerons-nous deux heures encore ?
   Nous tiendrons, car il faut tenir. Se peut-il qu'après tant de périls vaincus, nous sombrions ainsi dans une mer amie, dans notre mer, si loin de la bataille !
   Déjà le vent mollit, le choc des lames s'atténue, l'oscillation devient un bercement. Sur le ciel laiteux des blancheurs diffusées de l'Orient, des montagnes sont apparues…
   Une demi-somnolence me gagne. Je crois entendre des appels de sifflet, un bruit de treuil que l'on met en marche…« Terre en vue... Navarin... Poste de mouillage... » Je m'endors tout à fait.
 
(à suivre...)


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n°5868
Ar Brav
Posté le 05-06-2008 à 06:00:57  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Voici la fin du récit :
 
   6 h. 30. Tout est beau, ce matin, ici. L'aube paresseuse s'attarde en écharpes traînantes sur le panorama paisible de la baie, où, parmi l'escadrille endormie des destroyers, des barques de pêche se balancent mollement. Mais notre arrivée dérange cette torpeur. Des cris stridents de sirène déchirent l'air, les torpilleurs se mettent à fumer, les barques, empressées, se parent pour nous de claires voilures. Un cuirassé, que nous n'avions pas vu d'abord, répond à nos signaux par des pavillons aux couleurs crues. Massif et trop ventru, avec sa seule énorme cheminée, je le reconnais, car j'y fus embarqué quelques années avant la guerre. Depuis longtemps, il végète désarmé, privé de ses canons, et c'est comme atelier flottant qu'il est venu finir dans ce port étranger. Voici qu'il met à l'eau, prévenu de nos besoins, ses équipes d'ouvriers que notre bord va recevoir. On travaillera nuit et jour à construire par l'intérieur, contre la brèche, un solide caisson en ciment, un batardeau, qui sera plus qu'une réparation de fortune. Et bientôt, avant sans doute le terme fixé par une neutralité sévère mais non inflexible, nous serons prêts à reprendre la mer, à voguer, par un prudent détour, vers les côtes de Provence.
 
xxx.
 
Cordialement,
Franck


Message édité par Ar Brav le 05-06-2008 à 06:11:30

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n°5874
Gilles ROL​AND
Posté le 05-06-2008 à 12:35:44  profilanswer
 

Bonjour Franck,
Bonjour à tous,
 
Sur la tragédie du ‘Gaulois’, il y a ce livre
 
http://roland.gilles.neuf.fr/Forum_571.jpg
 
Amicalement
 
Gilles [:gilles roland]  


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-Ca sent le macchab, dit Le Moal. -J’te crois, y en a plein par ici. Jean Berthaud « 1915 sur les Hauts-de Meuse en Champagne »  
 
VESTIGES.1914.1918 MAJ le 15 octobre 2008
n°5875
Ar Brav
Posté le 05-06-2008 à 12:46:47  profilanswer
 

Bonjour Gilles,
Bonjour à tous,
 
Un très grand merci pour l'info, je sais à présent ce qu'il me reste à faire  :)  
Il nous manque tout de même un "Cru" maritime...
 
Amicalement,
Franck


Message édité par Ar Brav le 05-06-2008 à 12:48:49

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Le cœur des vivants doit être le tombeau des morts. André Malraux.
n°5944
geojeff
Posté le 08-06-2008 à 10:19:26  profilanswer
 

Bonjour,
 
voici un matelot de 3ème Classe du Gaulois, chauffeur breveté, décédé lors d'un accident à bord le 17/11/1915 : LIBEROTTI Joseph
 
http://www.memoiredeshommes.sga.de [...] 1726229718
 
Je donne l'information à tout hasard...
 
Amicalement
Jean-François

n°5945
Ar Brav
Posté le 08-06-2008 à 10:41:28  profilanswer
 

Bonjour Jean-François,
 
Merci pour votre contribution, c'est noté.
 
Bien cordialement,
Franck


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Le cœur des vivants doit être le tombeau des morts. André Malraux.
n°7788
Rutilius
V. infra.
Posté le 05-08-2008 à 07:42:54  profilanswer
 

Citation :

" 27.12.1916 : sur la route de Salonique, il est torpillé et coulé par le sous-marin allemand UB 47 (OL Wolfgang Steinbauer) en mer Egée à 30 milles des îles Cerigo par 36°30N et 23°45E (CV Morache). Seuls 4 hommes sont tués par l’explosion. "


   Bonjour à tous,
 
   Deux précisions concernant le cuirassé le Gaulois :
 
     - Son effectif réglementaire était de 22 officiers et de 637 hommes ;
 
     - Le nombre de victimes du torpillage fut effectivement limité à quatre, mais seules deux furent tuées par l'explosion .
 
   (René La Bruyère, Chron. " Les événements maritimes ", Revue politique et parlementaire, T. 90, Janv.-Mars 1917, p. 277).
 
   Bien à vous,
   Daniel.


Message édité par Rutilius le 05-08-2008 à 07:43:23
n°7790
Ar Brav
Posté le 05-08-2008 à 07:57:53  profilanswer
 

Bonjour Daniel,
 
Merci pour ces renseignements qui nous permettent d'être plus précis. Vous avez une de ces docs !
 
Bonne journée à vous,
Franck


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Le cœur des vivants doit être le tombeau des morts. André Malraux.
n°7800
Rutilius
V. infra.
Posté le 05-08-2008 à 11:56:28  profilanswer
 

Citation :

Vous avez une de ces docs !


   Bonjour Franck,
 
   Ne vous méprenez pas ! La Revue politique et parlementaire, que je consultais matériellement il y a près de 40 ans à la bibliothèque universitaire de la bonne ville de Rennes, est désormais disponible immatériellement sur le site Gallica de la B.N.F. Il suffit simplement, pour l'exploiter, d'être rompu aux méthodes de recherche documentaire et de faire preuve d'un peu d'ordre et de rigueur.
 
   Certes, je détiens d'un fonds notable sur la Première guerre mondiale, mais, paradoxalement, fort maigre sur la guerre navale. Il est en revanche riche de lettres autographes, voire de poèmes manuscrits, d'écrivains ou d'intellectuels ayant été mobilisés, dont certains sont morts au front ou dans une ambulance ou un hôpital auxiliaire. Cet ensemble unique de documents constituait une très faible part des archives de Gaston Picard, rédacteur en chef du Bulletin des écrivains, feuille " hors commerce " qui était " envoyée gratuitement à tous les écrivains aux armées " ; l'essentiel se trouve malheureusement à l'Université Laval de Québec. Ces documents proviennent des papiers de Pierre-Marcel Adéma, à qui l'on doit, avec Marcel Décaudin, la publication des Oeuvres poétiques complètes de Guillaume Apollinaire dans la collection La Pléiade.  A mon grand regret, je ne dispose que de deux mauvaises photocopies du verso de cartes postales envoyées à Gaston Picard  par cet éminent soldat ... Adéma a, semble-t-il, vendu les originaux !
 
   Bien à vous,
 
   Daniel.
 


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Bien à vous,
 
Rutilius.
n°8251
Geneamar
Posté le 20-08-2008 à 14:54:04  profilanswer
 

http://www.yelims.com/IPB/Smiley-IPB-217.gif     M.P.F.
 
Marin disparu le 27 décembre 1916 lors du torpillage du bâtiment.--- Jugement déclaratif de décès rendu le 4 juin 1917 à TOULON.
 
- ARZEL Pierre Marie, né le 21 mai 1887 à PLOUDALMÉZEAU (Finistère), Quartier-Maître Électricien.
- ELEOUET Yves François Marie, né le 18 août 1892 à BREST (Finistère), Quartier-Maître Mécanicien.
- MENGUY Tanguy, né le ... à ..., Matelot de 3ème classe sans spécialité.--- Matricule 8380 à Le CONQUET.--- (Figure sur le Monument aux Morts de PORSPODER (Finistère).
- VÉRELLE Georges Paul Raymond, né le 19 juin 1892 à NANTES (Loire-Atlantique), Matelot de 1ère classe Mécanicien.


Message édité par Geneamar le 12-12-2008 à 17:51:45

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Cordialement. Malou
n°8551
olivier 12
Posté le 04-09-2008 à 11:12:43  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Voici un bref résumé de la fin du GAULOIS
(Extraits de l'Illustration du 3 Février 1917)
 
Dans la matinée du 27 Décembre 1916, le GAULOIS, commandé par le capitaine de vaisseau Morache, faisait route de Corfou, qu'il avait quitté l'avant veille, sur Salonique afin de rejoindre la force navale à laquelle il était affecté.
Beau temps, mer plate, escorté par le torpilleur d'escadre DARD.
 
Canons armés, bordée aux postes de combat, vigies dans la mâture et à la passerelle, "scrutant la surface unie de la mer que le souffle léger de la brise matinale marbrait comme un frisson courant à fleur de peau" (le journaliste est un poète...)
 
A 08h35, à 300 m par tribord on aperçoit la trajectoire pointillée formée par l'air s'échappant de l'arbre creux d'une torpille arrivant à toute vitesse. Malgré une tentative de manoeuvre le navire est frappé et l'explosion déchire la coque. Le cuirassé vibre, s'enfonce par l'arrière et s'incline sur tribord. Il s'était écoulé vingt secondes depuis l'apparition de la torpille.  
Le signal SOS est immédiatement lancé par les deux postes de radiotélégraphie.
Le périscope du sous-marin perce la surface de la mer et l'artillerie du cuirassé se déchaine tandis que le torpilleur passe de bâbord à tribord et décrit des cercles pour empêcher le sous-marin, qui a plongé, de remonter.
Dans les fonds, la secousse a été d'une extrême violence, mais les chaudières sont maintenues en pression. Cependant, la gite devenant trop importante et la vapeur commençant à fuser des canalisations cisaillées, il faut évacuer.
L'eau monte en bouillonnant dans la batterie. Comprenant que le navire est perdu, le commandant ordonne l'évacuation.  
On commence par embarquer dans les canots débordés les blessés, puis les 33 soldats passagers et leurs officiers et 5 Grecs vénizélistes qui rejoignaient l'armée d'Orient.
Au cours de ces opérations, la baleinière n° 1 reste malheureusement pendue par son garant de l'avant et tous ses occupants sont précipités à la mer. L'un d'eux, blessé dans sa chute, disparait et se noie.
Deux chalutiers patrouilleurs, MARIE-ROSE et ROCHEBONNE, rejoignent le cuirassé en perdition et l'accostent sans la moindre hésitation.
 
Voici un dessin de Sandy Hook montrant le chalutier ROCHEBONNE accosté à bâbord du GAULOIS qui est sur le point de chavirer.
 
http://img507.imageshack.us/img507/6426/gaulois1uy5.jpg
 
Le navire s'inclinant de plus en plus et la situation devenant dangereuse, le MARIE-ROSE, accosté à tribord, s'écarte. Les officiers évacuent en dernier, prenant place sur le ROCHEBONNE. Le commandant Morache quitte le navire en dernier, emmené de vive force par ses officiers.  
Le ROCHEBONNE largue alors son amarre et fait arrière toute. A peine s'est-il éloigné d'une centaine de mètres, que le GAULOIS chavire brusquement. Les canons pivotent sur leurs affûts dans un bruit sinistre et pointent leurs volées vers le ciel. La grande carène, peinte en vert, apparait toute entière. Voici le GAULOIS en train de chavirer. On voit le ROCHEBONNE au premier plan, ainsi que le MARIE-ROSE et le torpilleur DARD.
 
http://img507.imageshack.us/img507/7479/gaulois2lw2.jpg
 
"Comme un gigantesque cétacé, le grand cuirassé descend lentement sous la nappe bleue de la mer Egée qui le recouvre comme un linceul"...
 
L'agonie a duré 25 minutes. La position est 36°15 N et 23°42 E.
 
Les naufragés sont débarqués à Milo où se trouve le cuirassé HENRI IV.
Sur les 640 hommes embarqués sur le GAULOIS, 4 seulement manquent à l'appel, dont les quartiers-maitres mécanicien et électricien Elouet et Arzel, tués à leur poste par l'explosion de la torpille, et deux qui se sont noyés, l'un en tombant du canot n°1 et l'autre en se jetant trop tôt à la mer.
 
(nota : il faut reconnaitre que cette évacuation de 640 hommes en moins de 25 minutes, même par mer calme, est un exploit qui dénote un professionnalisme et un entrainement extrêmes)
 
Le sous- marin attaquant était l'UB 47 commandé par l'OL Wolfgang Steinbauer. Steinbauer avait longtemps été le second du sous-marin U 35, d'abord sous les ordres du KL Waldemar Kophamel, puis du KL Lothar von Arnauld de la Perière. Il avait quitté l'U 35 en Avril 1916, remplacé par l'OL Otto Launburg, et pris le commandement de l'UB 47. C'était donc un sous-marinier particulièrement bien entrainé. Il survivra à la guerre.
La position donnée par le KTB diffère un peu : 36°21N 23°42 E
 
Cdlt
 
Olivier


Message édité par olivier 12 le 04-09-2008 à 11:20:44

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olivier
n°9699
tikialtine
Posté le 17-10-2008 à 17:40:35  profilanswer
 

Bonjour à tous les contributeurs avertis c'est ma 1ere intervention sur votre forum et j'aimerais savoir comment trouver la liste de l'equipage du GAULOIS car mon grand père a servi sur ce navire quand il a été coulé.
Merci et pardon si jamais je me suis trompé de page mon souhait et de trouver un bout d'histoire familiale et pas de pollluer votre forum.

n°9702
Ar Brav
Posté le 17-10-2008 à 19:22:43  profilanswer
 

tikialtine a écrit :

Bonjour à tous les contributeurs avertis c'est ma 1ere intervention sur votre forum et j'aimerais savoir comment trouver la liste de l'equipage du GAULOIS car mon grand père a servi sur ce navire quand il a été coulé.
Merci et pardon si jamais je me suis trompé de page mon souhait et de trouver un bout d'histoire familiale et pas de pollluer votre forum.


 
Bonjour Tikialtine,
 
Soyez le bienvenu parmi nous. Rassurez-vous, vous avez bien posté au bon endroit : une question sur le Gaulois = un message dans le sujet Gaulois, et ainsi de suite pour les autres unités que vous pouvez retrouver avec le moteur de recherche rapide du forum :
 
http://images.mesdiscussions.net/pages1418/mesimages/802/Rechercherapide.jpg
 
Ou avec la recherche étendue pour un autre sujet si le premier essai n'est pas concluant :
 
http://images4.hiboox.com/images/3808/1737fce4616d34107bf3ea5bf30cd189.jpg
 
Concernant les listes d'équipage, hélas nous ne les avons pas, sauf erreur de ma part, mais elles doivent être disponibles et consultables aux archives du SHM (à Vincennes ou ailleurs) dans le dossier du Gaulois, du moins je vous le souhaite.  
 
En tête de rubrique Marine, vous avez un mémento très pratique avec les liens vers les divers SHM, en allant sur leurs sites respectifs, vous devriez trouver la cote du bâtiment :
 
http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] _930_1.htm
 
Désolé de ne pouvoir faire mieux pour l'instant, et bonnes recherches
 
Cordialement,
Franck


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Le cœur des vivants doit être le tombeau des morts. André Malraux.
n°11408
Folny
Posté le 21-12-2008 à 19:55:36  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Je viens de m'inscrire sur ce site. Je suis en train de reconstituer les 8 années que mon père a passées dans la Marine (1911-1919). Grâce à la mise en ligne des journaux de bord et de navigation, ma recherche va bon train pour le "Bruix" et le "Bouclier". Mais je suis très surpris que les journaux du "Gaulois" (à bord duquel mon père a été embarqué de février 1912 à avril 1914) ne figurent pas dans la série SS Y : je n'ai trouvé que la référence 5C à Toulon pour les années 1905-1912 et rien pour 1913-1916. Ces documents ont-ils disparu lorsque le bâtiment a été torpillé en décembre 1916 ? ou bien figurent-ils sous une autre cote que SS Y à Vincennes ?  
Si quelqu'un peut éclairer ma lanterne, je l'en remercie d'avance.
 
Cordialement.
Philippe

n°11435
Ar Brav
Posté le 22-12-2008 à 16:04:32  profilanswer
 

Folny a écrit :

Bonjour à tous,
 
Je viens de m'inscrire sur ce site. Je suis en train de reconstituer les 8 années que mon père a passées dans la Marine (1911-1919). Grâce à la mise en ligne des journaux de bord et de navigation, ma recherche va bon train pour le "Bruix" et le "Bouclier". Mais je suis très surpris que les journaux du "Gaulois" (à bord duquel mon père a été embarqué de février 1912 à avril 1914) ne figurent pas dans la série SS Y : je n'ai trouvé que la référence 5C à Toulon pour les années 1905-1912 et rien pour 1913-1916. Ces documents ont-ils disparu lorsque le bâtiment a été torpillé en décembre 1916 ? ou bien figurent-ils sous une autre cote que SS Y à Vincennes ?  
Si quelqu'un peut éclairer ma lanterne, je l'en remercie d'avance.
 
Cordialement.
Philippe


 
Bonjour Philippe,
 
Soyez le bienvenu à bord. Je ne sais trop quoi vous répondre à ce propos, n'ayant pas encore approfondi ce sujet précis. Il est possible et même quasi certain que la totalité des journaux de bord soient allés au fond avec le bâtiment si ils n'ont pu être sauvés avant qu'il ne coule. Néanmoins, l'évacuation du navire s'étant faite dans des conditions relativement "calmes", au moins les derniers journaux de bord ont très bien pu être récupérés.
Avec vous le fichier PDF téléchargeable (sur le site du SHD) des archives du SHM, vous y verrez s'il existe des traces de journaux antérieurs à cette période.
Avez-vous consulté les autres centres du SHM ? Vous avez les liens et coordonnées ici :
 
http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] _935_1.htm
 
Bonnes recherches,
Bien cordialement,
Franck


Message édité par Ar Brav le 22-12-2008 à 16:08:44

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Le cœur des vivants doit être le tombeau des morts. André Malraux.
n°11740
Folny
Posté le 31-12-2008 à 16:31:03  profilanswer
 

Bonjour Frank,
 
Merci de votre réponse. Dans la composition de l'Armée Navale à la mobilisation, publiée sur ce site, le Gaulois figure avec 3 autres vieux cuirassés (Suffren, Bouvet et Saint-Louis) dans la Division de complément de la 2ème Escadre de ligne ; or la sous-série SS Y répertorie les bâtiments de la Flotte principale : là est sans doute le problème, car aucun de ces 4 bâtiments n'y figure. Leurs journaux de bord doivent être archivés ailleurs, mais où ?
 
Très cordialement
Philippe

n°11741
Ar Brav
Posté le 31-12-2008 à 16:47:51  profilanswer
 

Folny a écrit :

Bonjour Frank,
 
Merci de votre réponse. Dans la composition de l'Armée Navale à la mobilisation, publiée sur ce site, le Gaulois figure avec 3 autres vieux cuirassés (Suffren, Bouvet et Saint-Louis) dans la Division de complément de la 2ème Escadre de ligne ; or la sous-série SS Y répertorie les bâtiments de la Flotte principale : là est sans doute le problème, car aucun de ces 4 bâtiments n'y figure. Leurs journaux de bord doivent être archivés ailleurs, mais où ?
 
Très cordialement
Philippe


 
Bonjour Philippe,
 
C'est bizarre, en étudiant le lien précédent, vous auriez dû avoir des chances de cerner davantage la question, en particulier à partir de ce lien inclus dans le sujet mis en ligne (c'est un peu long à lire car il faut parcourir tous les fonds des SHM, mais néanmoins faisable) :
 
Pour connaitre la répartition des séries entre les différents ports, consulter :
 
Etat topographique des fonds d'archives de la Marine

 
Bien cordialement et meilleurs vœux,
Franck


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Le cœur des vivants doit être le tombeau des morts. André Malraux.
n°12039
olivier 12
Posté le 07-01-2009 à 19:50:34  profilanswer
 

Bonsoir à tous,  
 
Une autre vue du GAULOIS
 
http://img145.imageshack.us/img145/5254/gaulois3ry9.jpg
 
Cdlt
 
Olivier


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olivier
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