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  Edouard Zanker Mousse (BRENN et EUROPE) Novice (FRANK DELMAS)

 

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Edouard Zanker Mousse (BRENN et EUROPE) Novice (FRANK DELMAS)

n°41033
olivier 12
Posté le 23-11-2014 à 15:56:49  profilanswer
 

Edouard Gabriel Auguste Zanker est né le 10 Février 1901 à Rochefort, reconnu enfant légitime par Auguste Louis Zanker, 22 ans, peintre domicilié à Rochefort et Marie Fontaine, 20 ans, tailleur pour dames demeurant dans la même ville. Ses parents contracteront mariage le 4 Mars 1901 à la mairie de Rochefort.  Il habitait  24 rue Amiral Courbet.
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/537/OuN0mA.jpg
 
Le 4 Décembre 1916, âgé de 15 ans, il embarque à La Pallice comme mousse sur le trois-mâts BRENN, capitaine François Bernot, en partance pour le Chili. Mais le 16 Janvier suivant, le voilier est coulé par le sous-marin U 59 du KL Wilhelm Freiherr von Firks. Pour ne pas surcharger les embarcations des naufragés, l’Allemand va proposer au capitaine Bernot de garder à bord du sous-marin le second capitaine François Hamon, de Binic, deux marins et le mousse Zanker. Le 17 Janvier à 08h00, le vapeur danois HANS MAERSK, arraisonné par l’U 59, s’approcha du sous-marin. Le capitaine danois vint à bord et reçut l’ordre d’emmener avec lui les gens du BRENN. Le HANS MAERSK, chargé de minerai pour Amsterdam, déposa les Français à Deal (près de Folkestone) avant de poursuivre sa route. Le mousse  put donc regagner son domicile dès le 26 Janvier.
 
A peine le temps de fêter ses 16 ans, et il rembarque aussitôt sur EUROPE, capitaine Adolphe Nicolas. Ce quatre-mâts effectue un voyage sur l’Australie où il charge 3000 tonnes de blé. Il quitte Sydney le 25 Juin 1917 à destination de Pauillac. Il ne possède ni armement, ni TSF. Il prend la route du cap Horn en contournant la Nouvelle Zélande par le nord. Il franchit l’équateur en Atlantique, le 24 Août. Le 24 Septembre 1917 il n’est plus qu’à 300 milles des côtes et de sa destination finale lorsqu’il est attaqué et coulé par le sous-marin UC 63 de l’OL Karsten von Heydebreck.  
Dès que l’équipage eut évacué dans les deux baleinières, le sous-marin approcha en arborant le pavillon parlementaire. Le commandant du sous-marin demanda au capitaine Nicolas, nom et port d’attache du voilier, port de départ et port de destination, nature du chargement. Il s’informa s’il n’y avait pas de blessés, puis dit au capitaine de retourner sur le voilier, de munir ses embarcations des vivres nécessaires pour atteindre la terre et de mettre à l’eau la chaloupe. Le second du sous-marin ainsi que cinq ou six hommes vinrent avec eux et fouillèrent le voilier. Ils furent particulièrement intéressés par les cloches et prirent quelques objets puis déposèrent six bombes. Pendant ce temps, l’équipage mit à l’eau la chaloupe et garnit les canots d’approvisionnements supplémentaires : vin, conserves, eau, biscuit. A 10h25, Français et Allemands évacuèrent le voilier. Le commandant demanda au capitaine Nicolas où étaient les montres et les sextants. Celui-ci répondit qu’ils étaient dans les baleinières. Il leur laissa alors un chronomètre et les sextants, mais garda la longue-vue.
Il demanda aussi les papiers du navire : rôle, patente de santé, acte de francisation, congé et permis de mobilisation. Il rendit le rôle d’équipage au capitaine, puis laissa les embarcations s’éloigner en leur souhaitant : « Bon voyage ! C’est la guerre … »
Une seule des six bombes explosa et le voilier fut finalement coulé à coups de canon.
 
L’officier enquêteur écrit :
« Le commandant allemand se conduisit correctement. Il laissa aux embarcations compas, montres et sextants, donna tout le temps pour embarquer des vivres supplémentaires et conseilla même d’amener la chaloupe pour diminuer la charge des deux baleinières. »
 
Abondamment pourvues en vivres, les chaloupes restèrent groupées jusqu’au 26 au soir. Le temps fut heureusement beau et le moral des hommes très bon jusqu’au bout. Le 28 au soir, la chaloupe du capitaine, dans laquelle se trouvait Edouard Zanker, aperçut le feu d’Ouessant. Elle avait parcouru 300 milles en 4 jours. A la tombée de la nuit, les hommes furent recueillis par l’aviso CASSIOPEE. Les deux autres canots furent aussi récupérés.
 
Pas découragé, le mousse, qui possède désormais le titre envié de « cap-hornier » embarque alors comme novice (il a dépassé les 16 ans) sur le vapeur FRANK DELMAS.
 
Et le 17 Novembre, c'est une nouvelle rencontre avec un sous-marin sur ce navire-piège, la troisième de l'année. FRANK DELMAS avait quitté Port Talbot avec un chargement de charbon pour Rochefort le 16 Novembre 1917. A 13h45 le 17 un sous-marin est signalé à 11000m. Après plusieurs manœuvres, le sous-marin est revu sortant d’un grain à 9000m. FRANK DELMAS met le cap sur lui, mais le sous-marin refuse le combat, plonge et disparaît sans se laisser approcher.
 
Le 4 Juillet 1918, c’est une nouvelle rencontre avec un sous-marin, suivie d’un combat au canon. FRANK DELMAS avait quitté Brest en convoi de 14 navires. A 09h00 un sous-marin est aperçu sur tribord et tous les hommes sont appelés aux postes de combat. A 11h30, FRANK DELMAS aperçoit le sous-marin. Le sillage est bien visible à environ 45   degrés sur bâbord. Le convoi fait une embardée sur tribord et le vapeur LIBOURNE ouvre le feu, puis cesse le tir. FRANK DELMAS tire alors avec ses deux pièces. Le deuxième coup va droit au but. Fort bouillonnement lors de l'explosion de l'obus. Il est suivi par une seconde forte explosion et une colonne de fumée s'élève jusqu'à 25 m de hauteur. Le quartier-maître canonnier officier de tir fait la réflexion : « ça y est, il est touché »! Certains d'avoir touché le sous-marin, les hommes poussent des hourras.
Les sous-marins du 17 Novembre et du 4 Juillet n’ont pas été identifiés. Aucun ne semble avoir été porté manquant le 4 Juillet.
Mais cette quatrième rencontre avec un sous-marin vaudra un Témoignage Officiel de Satisfaction à l’équipage du navire, équipage auquel appartenait donc Edouard Zanker qui avait alors 17 ans.  
 
Peu de marins de la Grande Guerre ont été, aussi jeunes, confrontés à quatre reprises avec des sous-marins allemands et s'en sont sortis chaque fois à leur avantage. Edouard Zanker continuera à naviguer sur FRANK DELMAS jusqu’au 2 Août 1919, quand il débarquera à La Rochelle.
Mais ces expériences ne l’auront pas découragé. En 1920 et 1921, il effectue de courts embarquements comme matelot à la Compagnie Générale Transatlantique, d’abord sur le vapeur NIAGARA (voir sa fiche sur le forum), embarquement à Bordeaux et débarquement au Havre, puis sur le remorqueur ATHLETE à Bordeaux pendant 3 mois et enfin sur le paquebot VOLUBILIS, affecté à la ligne Bordeaux – Casablanca et sur lequel il embarque en Janvier 1921 au moment ou la Transat le rachète et le met en service sur cette ligne. En fait, il est en attente de son service à l’Etat.
 
Voici ATHLETE
 
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Et VOLUBILIS
 
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Il va donc effectuer son service militaire entre le 14 Février 1921 et le 14 Février 1924 où il sera renvoyé dans ses foyers 24 rue Amiral Courbet.
Il sera embarqué sur le cuirassé BRETAGNE, que voici, pendant 33 mois.
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/661/BiA53O.jpg
 
Son fascicule militaire est en très mauvais état mais on y trouve retracé tout ce qui le concerne pendant cette période. C’est un garçon de 1,62 m, aux yeux bruns et aux cheveux châtains.
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/674/vzSGZj.jpg
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/746/2vThMM.jpg
 
Le 31 Juillet 1921, il obtient le brevet élémentaire de gabier. Le 8 Septembre 1921, il est reçu à l’épreuve de natation (On peut penser que ses mésaventures sur BRENN et EUROPE l’ont incité à apprendre à nager). Le 1er Août 1921, il passe matelot gabier de 2e classe et le 1er Janvier 1923, matelot gabier de 1ère classe. Il passe aussi un brevet de cuisinier.
Le jeune homme est manifestement bien noté, notamment en infanterie, matelotage, tir (16 balles sur 18 dans la cible), tenue, conduite et moralité. Il semble un peu faible en gymnastique et conduite d’embarcation. Il a certainement du caractère et on le trouve parfois sur le cahier de punitions du bidel, mais pour des motifs anodins :
- 08/10/21 Ne se tient pas au tangon (nota : hampe du pavillon) pendant la visite du Maréchal Pétain sur le navire
- 18/11/21  Tenue sale
- 06/06/22  Occasionne des avaries à un vapeur alors qu’il était patron d’embarcation (nota : sans doute une fausse manœuvre malencontreuse…)
- 22/07/22  Ne dort pas dans son poste de couchage
- 05/08/22  Dort dans un endroit défendu
- 03/08/23  Retard de 9 heures à rentrer de terre
- 19/12/23  Manque à l’inspection
 
Au point de vue militaire il sera bien sûr mobilisé en 1939, mais sera démobilisé dès le 1er Août 1940 et renvoyé dans ses foyers, 12 cours Pasteur à Bordeaux. Il sera inscrit au BMR de Rochefort en 1941 et définitivement libéré des obligations militaires le 14 Février 1949.
 
Son service à l’Etat terminé, Edouard Zanker va reprendre la navigation au commerce et il offre ses services aux compagnies Sud Atlantique et Chargeurs Réunis.
Il embarque comme aide cuisinier sur BAOULE (Mai à Septembre 24) puis sur MOSELLE (Septembre 24 à Mai 26).
 
Voici BAOULE des Chargeurs Réunis
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/673/7jxjMk.jpg
 
Ce navire, lancé en 1921, sera torpillé le 31 Octobre 1939 au large de La Corogne par l’U 25 du commandant Schutze. Il coulera en 7 minutes.
 
Et MOSELLE
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/537/KeDWCC.jpg
 
Ce petit navire de 290 tonnes et 43 m de long, construit en 1887 pour la compagnie Paquet, avec des tôles d’acier de 7 mm, était particulièrement vulnérable et avait collectionné toutes les guignes sur la ligne de Larache, au Maroc. Paquet s’en était rapidement débarrassé, mais l’avait à nouveau affrété en 1912 à l’armement Louis Sicard, de Marseille auquel il appartenait.
 
Son embarquement suivant sera sur MOSELLA, en tant que cambusier Mai 26 à Février 28.
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/661/sUzxm9.jpg
 
MOSELLA, de la Compagnie Sud Atlantique est affecté à la ligne d’Amérique du Sud. Il deviendra par la suite JAMAÏQUE aux Chargeurs Réunis et c’est lui qui coulera le DEHORTER (voir fiche de ce navire) à l’embouchure de la Loire, suite à une collision en 1933. Il sera démoli en 1954.
Le 25 Octobre 1927, MOSELLA se rendait de Bordeaux à Buenos Aires lorsqu’il reçut le SOS du paquebot italien PRINCIPESSA MAFALDA.
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/540/U6inLQ.jpg
 
Ce grand paquebot, âgé de 18 ans, assurait la liaison Gênes-Buenos Aires avec 1261 personnes à son bord, sous les ordres du capitaine Simon Guli. Mais c’était un navire en très mauvais état et, vers Gibraltar, il resta en dérive avec la machine bâbord en avarie. On lui intima l’ordre de continuer sur un seul moteur jusqu’à Sao Vicente, îles de Cap Vert. Une réparation de fortune fut effectuée et le commandant demanda à arrêter le voyage dans cette île, le navire étant devenu peu sûr. L’armateur refusa et il entreprit la traversée de l’Atlantique, avec de la gite et des vibrations telles qu’elles rendaient la vie à bord insupportable. Le 27 Octobre à 19h00, il y eut une véritable déflagration et le navire stoppa à plusieurs centaines de milles de la côte brésilienne. Il venait de perdre l’hélice et l’arbre bâbord et celui-ci avait provoqué une large brèche dans la coque, à hauteur de la poupe. L’abandon fut désordonné en raison de l’indiscipline de l’équipage. Les générateurs ayant stoppé, le navire se retrouva dans le noir complet après le coucher du soleil. Plusieurs vapeurs se déroutèrent : ALHENA (hollandais), EMPIRE STAR (Anglais), ROSETTI (italien), FORMOSE ET MOSELLA (français). Ils recueillirent 875 naufragés, dont 22 pour MOSELLA. Mais il y eut 386 victimes. Ce navire fut considéré comme le TITANIC italien et les absurdités qui conduisirent à sa perte ne sont pas sans faire penser à celles qui ont conduit à la perte du CONCORDIA récemment.
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/674/9FGGI3.jpg
 
Edouard Zanker devait faire partie de l’armement d’un canot du MOSELLA car en Janvier 1928 il reçut le diplôme de sauveteur et la médaille en bronze du sauvetage avec la citation suivante :
«  Etant embarqué comme cambusier sur le MOSELLA, a sauvé de nombreux naufragés du paquebot italien PRINCIPESSA MAFALDA le 25 Octobre 1927. »
 
Ses embarquements suivants seront aux Chargeurs Réunis.
- LUTETIA  Février 28 à Janvier 31
- CAP TOURANE  Janvier 31 à Mai 31
- FOUCAULD à partir d’Août 32 où il est embarqué comme garçon.
FOUCAULD est ce paquebot qui sera incendié et coulé dans le sas de La Pallice en 1940, puis échoué sur une plage de l’île de Ré.
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/540/5PmWL4.jpg
 
Il réunissait, en 1932, 86 mois de navigation dont 53 au long cours et 33 au cabotage. Il s’était marié en 1929 et habitait alors à Bordeaux. Il fut transféré au quartier d’inscription maritime de Bordeaux le 20 Juillet 1936, n° 22549, et la suite de ses embarquements doit se trouver sur son fichier matricule aux AD de Bordeaux. Mais je pense qu’après la guerre il a continué à naviguer sur les paquebots de la Compagnie Maritime des Chargeurs Réunis.
 
Malheureusement, le courageux petit mousse du BRENN et de l’EUROPE n’atteindra pas l’âge de la retraite. Il décèdera à Douala, Cameroun, le 27 Octobre 1950, âgé de seulement  49 ans. Accident ? Maladie ? Aucune indication ne figure dans les archives de Rochefort. En 1950, les trois paquebots Chargeurs desservant la côte occidentale d’Afrique étaient FOUCAULD (2e du nom), BRAZZA et GENERAL LECLERC. Peut-être était-il alors embarqué sur l’un d’eux…
 
Sources :
 
Archives de Vincennes
Archives de Rochefort
« Histoire Maritime des Chargeurs Réunis »  Baugé et Cogan Editions Barré et Dayez
« Histoire de la Compagnie de Navigation Paquet » Bernadac et Gallocher  Ed. Tacussel
 
Cdlt


Message édité par olivier 12 le 31-03-2017 à 09:37:39

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olivier
n°46400
olivier 12
Posté le 30-03-2017 à 15:06:06  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Edouard Zanker
 
Rencontre avec un sous-marin le 10 Mars 1918
 
Pour compléter la fiche de ce mousse et novice, signalons qu’Edouard Zanker s’est en fait trouvé confronté à cinq reprises à des sous-marins allemands.
 
La rencontre de Juillet 1918 était en réalité la 5e car FRANK DELMAS avait aussi  croisé la route de l’U 110 au large de Trevose Head le 10 Mars précédent. Il en était résulté un combat au canon rapporté sur ce lien :  http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] _1.htm#bas
 
 
Il avait alors 17 ans et un garçon aussi jeune impliqué à cinq reprises dans des combats sur mer contre des sous-marins demeure probablement un cas exceptionnel, sinon unique,  dans l’histoire de la Grande Guerre.
 
Cdlt


Message édité par olivier 12 le 31-03-2017 à 09:38:03

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olivier

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