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  SAINT ANTOINE DE PADOUE - Trois mats Goelette

 

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Auteur Sujet :

SAINT ANTOINE DE PADOUE - Trois mats Goelette

n°5030
Terraillon​ Marc
Posté le 29-04-2008 à 22:24:37  profilanswer
 

Bonsoir,
 
Voici l'histoire du trois mats goélette SAINT ANTOINE DE PADOUE :
 
Le « Saint-Antoine-de-Padoue ».
 
Le nom de Saint-Antoine-de-Padoue est assez commun dans la flotte de commerce française ; il est plusieurs navires de ce nom qui, au cours de la guerre sous-marine de 1914-1918, eurent à faire face aux sous-marins ennemis.
 
Aucun, en tout cas, n'eut la chance de leur homonyme fécampois, qui se tira toujours avec bonheur de ces rencontres peu désirables.
 
Construit à Saint-Malo en 1895 pour M. Tranquille Monnier, de Fécamp, ce petit navire avait été vendu par la suite à M. Ch. Leborgne, de la même ville, dont les bureaux étaient à Paris, 8, rue La Boétie, mais dont le siège d'exploitation se trouvait en Seine-Inférieure.
 
Cette maison possédait deux voiliers terre-neuvas : Saint-Ansberg et Saint-Antoine-de-Padoue; ce dernier, maté en trois-mâts-goélette, fut mis aux transports de charbon au cours de la guerre, et fut un des premiers à recevoir un canon de petit calibre destiné à la défense surtout.
 
Sorti de Fécamp en avril 1917 et naviguant de conserve avec un autre caboteur, le capitaine Richard, du Saint-Antoine-de-Padoue, bien que distancé par son compagnon au cours de la nuit précédente, le revit au petit jour, sous le Bill de Portland, au matin du 24 avril.  
 
Il était attaqué par un grand sous-marin allemand en surface, sur lequel M. Richard gouverna sans hésiter et qu'il commença à canonner à deux milles de distance. Cette attaque, à laquelle il ne s'attendait sans doute pas, décida le commandant allemand à ordonner la plongée ; désireux sans doute de ne pas attirer sur lui toutes les vedettes de la côte et les patrouilleurs du large, il préféra abandonner un adversaire si peu redoutable, mais dont l'intervention avait néanmoins sauvé l'autre voilier.
 
Chargé rapidement à Briton Ferry, le capitaine du Saint-Antoine-de-Padoue avait descendu sans encombre le canal de Bristol, longeant la terre le plus près possible, et se trouvait le 8 mai suivant à l'ouvert de la grande baie de Saint-Yves, cherchant à doubler Land's End pour donner dans la Manche. C'est alors qu'il aperçut à petite distance un sous-marin en surface que d'autres voiliers, louvoyant comme lui, ne pouvaient sans doute pas apercevoir, et sur lequel il tira aussitôt, voulant ainsi alerter surtout ses voisins pour les faire se disperser.
 
A suivre ..
 
A bientot  :hello:  


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Cordialement
Marc TERRAILLON
http://navires-14-18.monsite.orange.fr/index.jhtml
A la recherche du 17e RIT, des 166/366e RI et du 12e Hussards.
n°5032
Terraillon​ Marc
Posté le 29-04-2008 à 22:37:59  profilanswer
 

Bonsoir,
 
Suite :
 
L'ennemi, qui n'avait pas grand-chose à craindre à cette distance, mais qui se savait à portée des batteries côtières qui allaient pouvoir le repérer, plongea aussitôt sans riposter.
 
Le navire continua ces voyages dangereux entre tous, et se trouvait à nouveau en route pour Fécamp, chargé de charbon, à 6 milles dans l'ouest de l'île Lundy (qui marque la sortie du canal de Bristol, à la hauteur de la ligne qui joint Milford Haven à Hartland Point) dans la nuit du 22 août 1917.  
 
Il faisait presque calme, et le navire gouvernait à peine, par une obscurité profonde qui ne permettait même pas de distinguer sous le vent la noirceur de la terre, pourtant élevée. Une rafale de mitrailleuse, puis une autre, très espacées, et enfin des sifflements d'obus révélèrent qu'un sous-marin avait repéré le voilier et se trouvait très proche, puisque ses balles portaient.  
 
Laissant arriver sur l'île Lundy, d'accès malsain, dont il pensait que son ennemi se garderait soigneusement, le capitaine fit tirer au jugé sur la lueur des bouches à feu de son adversaire qui, craignant de s'échouer ou d'être atteint gravement à si courte distance, cessa le combat.
 
Le voyage se continua sans incidents, puis d'autres se firent normalement ; entre-temps, un second canon de 47 mm avait été ajouté à la première pièce du Saint-Antoine-de-Padoue et il semblait, disait-on, que ce supplément d'artillerie effrayait sans doute les sous-marins, puisqu'il n'était plus attaqué.
 
Ce répit ne devait pas être de longue durée ; dans la matinée du 5 décembre 1917, le navire, se trouvant à 15 milles dans le N.-N.-E. de l'île Ronde des Sorlingues, fut attaqué au canon par un sous-marin, à peine émergé, qui venait d'apparaître à moins de 400 m dans l'ouest. Le capitaine Richard riposta aussitôt ; ses obus encadrèrent son adversaire, qui se mit en plongée pour recommencer le combat plus loin dans des conditions excellentes pour lui, car il pouvait tenir le voilier sous son feu, tout en restant hors de portée.  
 
Pendant près d'une heure et demie, littéralement arrosé d'obus dont les éclats criblaient le pont et blessèrent gravement un homme, le petit navire se défendit vaillamment, empêchant son ennemi d'approcher. Un hydravion, attiré par le bruit, arriva heureusement sur les lieux et sa seule venue mit fin à ce combat inégal qui se serait mal terminé à la longue ; déposant son blessé grave sur un patrouilleur, le capitaine Richard doubla le Lizard dans la soirée. Bien que les instructions des sémaphores lui aient prescrit de relâcher à Falmouth, il préféra faire route pour Fécamp, les vents se trouvant favorables, et son navire faisant un peu d'eau à la suite du combat soutenu avec le sous-marin allemand.
 
A suivre ...


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Cordialement
Marc TERRAILLON
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n°5033
Terraillon​ Marc
Posté le 29-04-2008 à 22:43:35  profilanswer
 

Bonsoir,
 
Suite et fin de l'histoire du navire :
 
Il arriva d'ailleurs à destination quelques heures plus tard, sans nouveaux incidents, et dut comparaître encore devant la commission d'enquête, dont les membres appréciaient parfois en terriens les événements de mer.
 
Le rapport établi, en ce qui concerne le Saint-Antoine-de-Padoue, précise d'abord que c'est « grâce à une chance persistante » et à l'énergie de ses hommes que le bâtiment a dû son salut, et que, « prise dans son ensemble », l'énergique défense de ce bateau est à mettre à l'honneur et ses auteurs à féliciter. Puis il se livre, comme dans beaucoup d'autres cas analogues, à des considérations qui ne furent pas toujours du goût des intéressés, lesquels ne se gênèrent pas pour le montrer, et le public marin les approuva sans réserve.  
 
Il estimait qu'il ne convenait pas d'amoindrir, sous le couvert de « remarques », des actions de ce genre, et on critiquait surtout cette phrase du compte rendu de la commission : « On ne peut exiger évidemment des caboteurs ce que l'on demande à bord des bâtiments de l'Etat ; néanmoins, la guerre sous-marine nécessite une prévoyance, dont l'absence risquerait de rendre inutile « l'appoint » de vertus militaires, comme celles de l'équipage du Saint-Antoine-de-Padoue ! »
 
II était dit aussi que le capitaine, en manœuvrant en zigzag, alors que la brise était faible, avait contrevenu à l'article 30 des « Instructions aux bâtiments de commerce ». Or cet article était assez vague en ce qui concerne les voiliers, et le navire, ayant deux mâts goélettes, ne pouvait embarder beaucoup sans empanner. Quant au bénéfice de la justesse de tir, que la route brisée était susceptible de faire perdre aux pointeurs, le capitaine faisait observer que cette objection était sans valeur, car il combattait à 7 000 m, tandis que ses pièces portaient au maximum à 5 000 m. Son but ne pouvait être que de chercher à faire un tir de barrage efficace pour empêcher l'ennemi de se rapprocher, et non d'essayer d'atteindre un point déterminé. Celui-ci n'aurait pu être qu'un endroit quelconque de la mer, puisque tous les projectiles devaient tomber dans l'eau.  
 
Parmi les différentes remarques faites, on notait également que le capitaine, s'il avait approfondi davantage les instructions officielles, aurait mieux analysé un ennemi resté en surface longtemps et aurait pu fournir ainsi d'utiles renseignements.  
 
Les signataires oubliaient que le sous-marin était à 7 000 m de distance, à peine visible, que M. Richard n'avait pas de longue-vue spéciale à cet effet et qu'obligé d'aider à servir les pièces avec si peu de monde à bord il avait autre chose à faire que de relever des profils, etc
 
Tiré du livre "Les derniers voiliers caboteurs français" de L. LACROIX.
 
A bientot  :hello:  


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Cordialement
Marc TERRAILLON
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A la recherche du 17e RIT, des 166/366e RI et du 12e Hussards.
n°8353
olivier 12
Posté le 26-08-2008 à 09:51:59  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Je replace le récit à la suite de celui de Marc. Il me semblait bien l'avoir déjà lu, mais je ne l'avais pas retrouvé.  
 
Ce trois-mâts goélette appartenant à l'armement Charles Le Borgne, de Fécamp, avait pratiqué la pêche à Terre-Neuve jusqu'au début de la guerre.
Il fut ensuite affecté au transport de charbon entre la France et l'Angleterre. En 1917 il avait reçu un canon de 47 mm installé sur le gaillard.
Il était commandé par le capitaine Richard.
 
Appareille de Fécamp le 23 Avril 1917 en même temps que le SAINT JACQUES, autre trois-mâts fécampois, non armé, qu'il doit escorter jusqu'à Port Talbot.
Vers 07h00 le 24 Avril, par temps brumeux, à environ 18 milles de la pointe de Portland, un sous-marin venu du SSW est aperçu faisant route sur le SAINT JACQUES qu'il commence à canonner. Gravement touché à tribord, celui-ci est abandonné par son équipage qui descend dans les canots.
Le capitaine Richard manoeuvre alors de façon à se rapprocher sans donner l'éveil, et à faible distance ouvre le feu sur le sous-marin qui présente aussitôt son avant pour offrir moins de surface aux coups, puis plonge sans riposter.
Les marins du SAINT JACQUES remontent alors sur leur voilier qu'un patrouilleur anglais vient assister,tandis que le SAINT ANTOINE DE PADOUE fait route vers sa destination.
 
Ayant chargé du charbon à Briton-Ferry, il appareille à nouveau le 6 Mai. Le 8 Mai, étant à 4 milles de la côte anglaise, il aperçoit un grand sous-marin émergeant à 3 milles dans le NW. Six voiliers anglais sont à proximité, en danger d'être coulés. Malgré l'infériorité de son armement, le capitaine Richard fait aussitôt ouvrir le feu sur le sous-marin. Au bruit de la canonnade, un destroyer anglais accoure à grande vitesse et le sous-marin disparait en plongeant.
 
En quinze jours, le capitaine Richard a donc sauvé sept navires en plus du sien.
 
Le Ministre de la Marine lui a décerné la médaille militaire et la chambre de commerce de Fécamp a voté une prime de mille francs pour l'équipage.
 
(Source:  L'Illustration Juillet 1917)
 
Voici le SAINT ANTOINE DE PADOUE
 
http://img385.imageshack.us/img385/7144/saintantoinedepadoueri9.jpg
 
A noter que l'on relève quelques petites différences entre le récit de Lacroix et celui du journaliste de l'Illustration (dates, positions...etc)
En ce qui concerne l'Illustration, il faut savoir que tout passait par la censure et que certains renseignements pouvaient être volontairement modifiés.
 
Cdlt
 
Olivier


Message édité par olivier 12 le 26-08-2008 à 10:00:36

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olivier
n°9694
Rutilius
V. infra.
Posté le 17-10-2008 à 14:50:41  profilanswer
 


   Bonjour à tous,
 
   24 avril 1917, près de Portland :
 
 
   * Edmond TRANIN : " Les rouliers de la mer (1914-1918) ", Payot, Paris, 1928, préface de M. Georges LEYGUE, p. 195 :
 
  " Le 24 avril 1917, le petit trois-mâts goélette, appartenant à MM. LEBORGNE, et commandé par le patron RICHARD, faisait route au jour levant vers Portland, qu'il pensait atteindre vers midi.
   Meilleur marcheur, le Saint-Jacques, avec lequel il devait naviguer de conserve, l'avait distancé dans la nuit.
   Mis en éveil par un cargo qui, à quelques milles, paraissait arrêté et lâchait précipitamment sa vapeur, le Saint-Antoine-de-Padoue s'approcha en curieux.
   A moins de deux milles, masqué par la masse du gros navire, un sous-marin allemand était en train de régler son compte au Saint-Jacques.
   Serrant le vent au plus près, la goélette courut au secours du camarade.
   A la première décharge, le canon-revolver, dont l'équipage était si fier, se détraqua. Pendant la réparation, le sous-marin, qui se détachait, majestueusement, à 2000 mètres, manoeuvra pour se présenter de pointe, n'offrant ainsi qu'une cible réduite, en lame de couteau.
   Semblant néanmoins impressionné par l'audace de ce petit voilier, il plongea promptement, pour ne plus reparaître."

 
 
  * Ouest-Eclair - éd. de Caen -, n° 6438, 22 juin 1917, p. 4 :
 
  " Un équipage récompensé. - Le capitaine et l'équipage du voilier Saint-Antoine-de-Padoue, à la maison Charles LE BORGNE, ont reçu dimanche les gratifications de 1.000 francs accordées par la Chambre de commerce de Fécamp et l'armateur, pour avoir canonné deux sous-marins allemands et avoir sauvé ainsi sept autres voiliers, dont le Saint-Jacques, de Fécamp, également. Cet exploit a fait l'objet d'un communiqué du Ministère de la Marine.
   Voici les noms de ces braves gens : Albert RICHARD, capitaine ; Louis LADIRE, second, de Fécamp ; les canonniers Pierre LEROY, de Granville, et Charles BOUGON, de Fécamp ; les matelots DUPRE, MILLET, DUCHEMIN, HIGNOT, BEAUFOUR et RICHARD, de Fécamp, et LEVIONNAIS, de Saint-Martin-au-Buneaux, et le mousse Charles NOEL, de Saint-Valery-en-Caux.
   On sait que dans le même ordre d'idées, un journal parisien a ouvert une souscription pour les marins du commerce qui luttent contre les sous-marins ennemis. M. Charles LE BORGNE a versé 5.000 francs à cette souscription et certains équipages ont reçu des récompenses de 25.000 et même de 30.000 francs."

 
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.


Message édité par Rutilius le 17-10-2008 à 14:51:12
n°9695
Rutilius
V. infra.
Posté le 17-10-2008 à 15:02:16  profilanswer
 


   Bonjour à tous,
 
   ... dans la matinée du 5 décembre 1917, le navire, se trouvant à 15 milles dans le N.-N.-E. de l'île Ronde des Sorlingues, fut attaqué au canon par un sous-marin, à peine émergé, qui venait d'apparaître à moins de 400 m dans l'ouest. Le capitaine Richard riposta aussitôt.
 
 
  * Ouest-Eclair - éd. de Caen - n° 5666 du 28 janvier 1918, p. 4 :
 
 
  " NOUVELLES MARITIMES. - LA GUERRE SOUS-MARINE. - Récompenses à des équipages. -
 
   [...] L'équipage du voilier Saint-Antoine-de-Padoue, de la maison Ch. LE BORGNE, de Fécamp, a reçu un témoignage de satisfaction pour son dernier combat contre un sous-marin, le quatrième depuis un an. Le capitaine RICHARD, médaillé militaire et décoré de la croix de guerre, a été cité pour la troisième fois. Plusieurs marins ont été cités et ont reçu la croix de guerre. Nous publieront bientôt leurs noms et leurs citations."
 
 
  * Ouest-Eclair - éd. de Caen - n° 5681 du 12 février 1918, p. 4 :
 
 
  " NOUVELLES MARITIMES. - LA GUERRE SOUS-MARINE. - Récompenses à des équipages. -
 
   L'EQUIPAGE DU SAINT-ANTOINE-DE-PADOUE. - Voici les citations accordées à divers membres de l'équipage du Saint-Antoine-de-Padoue, de Fécamp :
 
   Ordre de la division : le capitaine RICHARD, de Fécamp :
" Son voilier étant attaqué par un sous-marin, a, pour la troisième fois, su tenir l'ennemi à distance et permis l'arrivée de secours qui ont dégagé son bâtiment (Déjà cité à l'ordre de l'armée et du régiment en 1917 ; médaillé militaire.) "
 
   M. Albert VERDIERE, matelot, d'Elétot : " Blessé gravement à son poste au passage des munitions ; a fait preuve de courage, pansant lui-même sa blessure pour ne pas gêner le service du tir."
 
   Ordre du régiment : M. Jules PALFRAY, matelot, chargeur, de Saint-Valéry-en-Caux, et le jeune Alfred RICHARD, 18 ans, de Fécamp, le premier pour son sang-froid et son énergie, le second pour son entrain et son courage, malgré son jeune age.
 
   Témoignage officiel de satisfaction : MM. Louis LADIRE, de Fécamp, second du bord, et Henri DENEUFVE, d'Elétot, homme de barre."
 
   
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.


Message édité par Rutilius le 17-10-2008 à 15:09:35

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