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  JEAN Trois-mâts barque

 

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Auteur Sujet :

JEAN Trois-mâts barque

n°5911
olivier 12
Posté le 06-06-2008 à 21:01:01  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
JEAN     trois-mâts barque
 
Lancé en Janvier 1902 aux chantiers de la Loire de Saint Nazaire pour l’armateur Ehrenberg, de Paris, et tout d’abord immatriculé au Havre.
Navire perfectionné, muni de passerelles doubles, d’un château central à claire voie, de cabestans et de treuils de dunette, de stoppeurs d’écoute et de winch de râtelier pour les petites drisses.
 
Caractéristiques  
 
3000 tpl   2207 tx JB   1943 tx JN
 
Pris au neuvage par le capitaine Le Gall, qui le garda jusqu’en 1908, date de sa vente à la Société des Armateurs Nantais.  

Une anecdote le concernant
:
 
Vers 1908, le JEAN fut envoyé charger du blé dans une baie perdue de la côte ouest australienne, au wharf de Port Victoria, où venaient les goélettes de cabotage chargeant ce blé en divers point de la côte.
Le capitaine du JEAN ne trouva là qu’un homme faisant office de capitaine du port, douanier, gardien…etc et qui n’avait jamais entendu parler du trois-mâts. Inquiet, il télégraphia à son agent à Newcastle qui lui apprit que les deux goélettes attendues s’étaient perdues et qu’il fallait en attendre d’autres. Des hommes désertèrent, et le capitaine dut aller en char à banc jusqu’à Adélaïde recruter des remplaçants qui, n’ayant jamais vu un navire de leur vie, se révélèrent des marins pitoyables.
 Le JEAN mit 40 jours à charger et, dans ces eaux chaudes, la carène se couvrit de végétation marine, algues et berniques. Quand le navire, lourdement chargé, sortit du golfe, on constata une vitesse très faible et surtout qu’il gouvernait très mal par gros temps et plus du tout par petit temps.
Au cap Horn, le JEAN essuya un formidable ouragan. Fuyant sous sa misaine, 4 huniers et un petit foc, il disparaissait complètement sous les lames. Refusant d’obéir au gouvernail, il tomba en travers et toutes les voiles furent arrachées à l’exception du grand volant. Le capitaine orienta le grand phare pour se mettre en cape mais, lors d’un violent coup de roulis le chargement ripa, le navire se coucha et resta engagé, logements pleins d’eau et panneaux de cale à demi sous l’eau.  
Pendant deux jours les hommes transportèrent du chargement d’un bord sur l’autre pour redresser le navire, ayant filé une aussière de remorque pour le faire mieux gouverner.
Arrivant au large du Horn, ils aperçurent Diego Ramirez droit sur l’avant, dans une trouée de brume, à quelques milles. Gouvernant mal, le courant portant sur les îles, ils maillèrent alors la remorque sur une ancre à jet, prêts à mouiller par des fonds de 150 m pour éviter de se fracasser sur l’île du sud. Alors que l’île était à une portée de fusil, il parvinrent à s’écarter suffisamment pour éviter les récifs.
A l’arrivée en Manche, des semaines plus tard, un remorqueur hollandais trainant un cuirassé désaffecté qui ne portait aucun feu, lui coupa la route. Le JEAN s’en sortit de justesse, le cuirassé passant à ranger le voilier et la remorque raguant toute la carène.
 
Il ne faut pas s’étonner si les capitaines vieillissaient de plusieurs années au cours de tels voyages !
 
Voici un tableau le montrant dans l’ouragan, la voilure en lambeaux.
 
http://img373.imageshack.us/img373/6378/jeanun8.jpg
 
La perte du JEAN
 
Extrait du rôle

 
Rôle bureau tenant lieu de rôle bord, celui-ci ayant été confisqué avec tous les papiers lors de la capture du navire.
Trois-mâts JEAN immatriculé au Havre n° 719.
Armé au long cours à Nantes en date du 21 Février 1914 par la Société des Armateurs Nantais.
Allant à Pisagua et Antofagasta via Port Talbot.
 
Capitaine   Joseph DILLINGER   CLC  né le 29/09/1884 à Redon  Inscrit à Nantes domicilié à Nantes
                                                                                                                         10 avenue de Launay
Second  Louis YVETOT OMM  né le 03/02/1882 à Longueville  Inscrit à Granville domicilié à Granville
                                                                                                                         90 rue des Juifs
Lieutenant  Joseph CREMON LLC né le 12/04/1891 à Dorat  Inscrit à Nantes  domicilié à Dorat
 
« Le trois-mâts JEAN a été capturé le 11 Décembre 1914 par le PRINCE EITEL FRIEDRICH, croiseur allemand, et coulé le 31 Décembre 1914 à 1 mille environ de l’ile de Pâques.
L’équipage, composé de 23 hommes a été débarqué sur l’ile le 31/12/1914.
Seize hommes ont été rapatriés par le vapeur HAITI, sur Bordeaux. »
 
D’après le rôle, vingt et un marins sur vingt trois sont rentrés en France au cours de l’année 1915 et ont reçu leur salaire le 4 Janvier 1916.
Il semblerait que deux n’aient jamais été payés : le commandant et le second capitaine.
Selon Louis Lacroix, le capitaine Dillinger a refusé d’être rapatrié et est demeuré dans l’ile de Pâques où il a épousé la fille d’un chef influent de l’ile.
Rien n’est indiqué en ce qui concerne le second capitaine Yvetot.
 
Récit des marins
 
Parti de Port Talbot avec une cargaison de charbon, le JEAN avait relâché 3 mois à Montevideo. Le 21 Décembre, remontant le long de la côte chilienne,loin au large, il fut aperçu par croiseur PRINZ EITEL FRIEDRICH.
N’ayant aucun moyen de résister, le JEAN amena son pavillon et un équipage de prise fut mis à bord.
Le 23 Décembre, sous la conduite de l’officier allemand de prise, le JEAN mouilla dans la baie de Cook, à l’ile de Pâques. Le transfert du charbon sur le croiseur corsaire, difficile en raison du roulis continuel, commença le 24 et fut terminé le 31 Décembre.
Entre temps, le corsaire avait arraisonné le trois-mâts anglais KILDALTON.
Dans l’après midi du 31 les équipages français et anglais furent mis à terre à l’ile de Pâques. Le JEAN fut alors coulé avec des explosifs, et le corsaire quitta l’ile le 6 Janvier.
Les deux équipages demeurèrent dans l’ile jusqu’au 18 Février, date à laquelle ils furent recueillis par un vapeur anglais de passage, le SKERRIES. Puis un vapeur suédois, le NORDIE, les déposa à Panama.
De Panama, certains regagnèrent la France sur le HAITI et d’autres sur le S/S VENEZUELA.
 
Le navire attaquant
 
C'était le PRINZ EITEL FRIEDRICH, un croiseur de l’escadre du Pacifique de l’Amiral von Spee. (voir fiche du PIERRE LOTI)
 
Ce croiseur captura aussi le VALENTINE et le JACOBSEN.
 
Cdlt
 
Olivier


Message édité par olivier 12 le 19-11-2009 à 10:27:47

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olivier
n°13389
olivier 12
Posté le 13-02-2009 à 20:59:12  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Voici une note des archives de la Marine concernant le JEAN et le PRINZ EITEL FRIEDRICH.
 
«  Le 8 Décembre 1914, devant les îles Falkland, le capitaine de frégate Thierichens commandant le croiseur auxiliaire PRINZ EITEL FRIEDRICH jugea inutile d’engager son bâtiment dans une bataille dont l’issue n’était pas douteuse. Il s’empressa de s’éloigner à grande vitesse et de regagner l’océan Pacifique.
 
Comme le DRESDEN, le PRINZ EITEL FRIEDRICH était sur le point de manquer de combustible. Le hasard le favorisa. Le 11 Décembre il rencontra et captura le voilier français JEAN, portant 3500 tonnes de charbon. Ce charbon était expédié d’Angleterre à l’amiral Carden.
La houle était trop creuse pour permettre de transborder immédiatement le précieux chargement. Le commandant allemand songea en conséquence à s’arrêter quelques jours avec sa prise dans une baie déserte du littoral chilien. Mais il craignit d’y être surpris par les vainqueurs des îles Falkland et se décida à gagner, avec le JEAN à la remorque de son croiseur, l’île de Pâques, distante de 1500 milles.
 
Chemin faisant, il rencontra le trois-mâts anglais KILDALTON. Il le coula après avoir fait son équipage prisonnier et lui avoir enlevé une partie de son chargement : du charbon, des pelles de chauffe, des seaux en fer et de la peinture.
 
Le 23 Décembre, le croiseur auxiliaire et le JEAN arrivèrent devant l’île de Pâques. Le navire allemand put s’y ravitailler abondamment en viande fraîche et embarquer commodément le charbon qui constituait le chargement du JEAN. Les opérations de transbordement, commencées immédiatement, furent interrompues le jour de Noël, puis reprises et terminées le 30 Décembre. Le lendemain, le JEAN, complètement vide fut coulé et le 2 Janvier, après avoir abandonné à terre les équipages du voilier français et du KILDALTON, le PRINZ EITEL FRIEDRICH appareilla à destination de l’océan Atlantique. »
 
(Pour la suite de l'histoire du croiseur voir la fiche PIERRE LOTI)
 
Cdlt


Message édité par olivier 12 le 14-02-2009 à 07:58:41

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olivier
n°13391
Yves D
Mobilis in mobile
Posté le 13-02-2009 à 23:24:09  profilanswer
 

Bonsoir Olivier, bonsoir à tous
Il s'agit du Fregatten Kapitän Max THIERICHENS né le 11.3.1874, entré dans la Marine Impériale en avril 1898 qui a pris le commandement du SMS Prinz Eitel Friedrichs en 8.1914 jusqu'en mars 1915. Interné ensuite en Amérique puis prisonnier de guerre jusqu'à la fin. Quitte le service le 24.11.1919 avec le grade de Kapitän z.S. dans la réserve.
Il a été nommé FKpt durant son commandement du croiseur vraisemblablement car en Août 14, il était encore KKpt promu le 10.4.1911.
Si l'on cherche l'âge du Capitaine, la réponse est donc 40 ans  :lol:  
Source : Ehrenrangliste der Kaiserlich Deutschen Marine, K.Adm. A.Stoelzel.
Amts
Yves


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www.histomar.net
La guerre sous-marine 14-18, Arnauld de la Perière
et autres thèmes d'histoire maritime.
n°13393
Rutilius
Posté le 14-02-2009 à 00:46:30  profilanswer
 


   Bonjour Olivier,
   Bonjour à tous,
   
   Selon E. Keble Chatterton (" Les coureurs de mers. Le Dresden. - Le Karlruhe. - Le Wolf. - Le Kronprinz Wilhelm. - Le Prinz Eitel Friedrich. - Le Moewe. ",  éd. Payot, Paris, 1931, 281 p. et 8 gravures, traduit de l'anglais par Guy Malgorn, lieutenant de vaisseau de réserve), la capture du Jean aurait eu lieu en un point situé par 44° 50 de latitude Sud et 81° 40 de longitude Ouest, soit à environ 300 milles de la côte chilienne, et celle du Kildalton à 870 milles dans le Sud-Ouest de Valparaiso (op. cit., p. 172).
 
   Le même auteur précise que les équipages des deux voiliers qui furent débarqués à l'Ile de Pâques représentaient au total 48 personnes, dont " plusieurs moururent de la dysenterie qui avait fait son apparition après le départ du corsaire " (op. cit., p. 173).  
 
   Il indique enfin que, pour éviter qu'une fois lège, le Jean ne chavirât sous l'effet de la houle, le capitaine de frégate Thierichens - il écrit d'ailleurs Thierichsens - avait pris la précaution, avant de procéder au déchargement de sa cargaison de charbon, d'en faire couper les mâts et les espars (ibid.).
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.
 

n°13396
olivier 12
Posté le 14-02-2009 à 09:06:51  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Merci pour ces nouvelles précisions, ainsi que pour le nom (et l'âge) du capitaine du corsaire.
 
Cdlt


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olivier
n°13397
Yves D
Mobilis in mobile
Posté le 14-02-2009 à 09:37:23  profilanswer
 

Bonjour Daniel, Olivier et tous
Selon le Lloyd's war losses, la position du Kildalton était 44.24S 82.35W quant au Jean elle n'est pas précisée, il est juste mentionné South Pacific and towed to Easter Island
L'orthographe du FK Thierichens est celle donnée par le répertoire cité précédemment (je viens de revérifier et même en écriture gothique cela ne fait pas doute). Je n'ai jusqu'à présent remarqué aucune faute d'orthographe dans cet ouvrage, ce qui ne veut pas dire qu'il en soit exempt.
 
Grossièrement, 870 milles dans le 225 de Valparaison ça donne à la louche 42 S - 86 W
Amts
Yves
 
En affinant et en prenant comme origine, le phare de Curaumilla à la pointe W de Valparaiso, avec les mêmes données azimut/distance, le calcul donne 43.21S 84.49W


Message édité par Yves D le 14-02-2009 à 10:03:38

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www.histomar.net
La guerre sous-marine 14-18, Arnauld de la Perière
et autres thèmes d'histoire maritime.
n°13399
Rutilius
Posté le 14-02-2009 à 10:20:14  profilanswer
 


   Bonjour Yves,
   Bonjour à tous,
 
   S'agissant de l'orthographe du nom du commandant du Prinz Eitel Friedrich, il importe assurément de privillégier celle retenue par les sources allemandes. Par cette incise, je me suis borné à signaler une variation d'écriture dans l'ouvrage d'un auteur anglais.
 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.
 

n°18376
olivier 12
Posté le 02-07-2009 à 09:51:54  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Une photo du JEAN, prise en Australie
 
http://img41.imageshack.us/img41/7735/jeanaustralie.jpg
 
Cdlt


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olivier
n°22031
olivier 12
Posté le 19-11-2009 à 10:27:01  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Un complément sur le JEAN avec ce télégramme chiffré, du 11 Mars 1915, envoyé au Ministère des Affaires Etrangères par les services de l'Ambassade à Santiago du Chili et signé Delvincourt :
 
"Le 10 Décembre dernier, le croiseur allemand Prinz Eitel Frédéric a capturé le voilier JEAN en haute mer et l'a remorqué jusque dans les eaux de l'île Pascua. Il s'est approprié ses 3000 tonnes de charbon de terre et, après avoir débarqué l'équipage, l'a coulé à environ un mille de la côte.
Ces renseignements sont consignés dans une lettre du capitaine du JEAN et dans un rapport du capitaine d'un navire anglais qui, appelé par signaux, a recueilli les témoignages de l'équipage.
De son côté, le Ministre d'Angleterre a demandé à son gouvernement des instructions pour le rapatriement de l'équipage du voilier anglais KILDALTON capturé dans des conditions identiques."
 
Nota : le navire appelé par signaux était le SKERRIES.
 
Cdlt
 


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olivier

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