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  JOSEPH Armement Valoussières

 

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JOSEPH Armement Valoussières

n°46998
olivier 12
Posté le 09-07-2017 à 11:26:08  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
JOSEPH
 
Dundee de 42,30  tx  
Non armé
Armateur VALOUSSIERE 11 Place de la Bourse  Marseille
 
Equipage :
 
LE DUFF   François Capitaine    Le Conquet   118
SAINT-DENIS Alexandre  Maître d’équipage Granville 10590
HEBERT Léon  Matelot  Cherbourg 2823
AUBIN  Jean  Novice   Cherbourg 1104
(Le novice sera blessé à la joue par un éclat d’obus)
 
Effectue une traversée sur lest Cherbourg – Teignmouth pour prendre un chargement de Kaolin pour Séville.
 
Naufrage du 25 Avril 1918
 
Rapport du capitaine
 
Quitté Cherbourg le 24 Avril 1918 à 11h30 à la remorque d’un patrouilleur. Sorti par la passe Ouest. Hors de la passe, suite à un coup de tangage, la remorque casse. Etabli toute la voilure et couru au plus près tribord amures par légère brise de NNE. Par suite de la brume légère, nous avons perdu le convoi.
A 21h00, relevé le feu de Barfleur au SE. Toute la nuit, brise très faible ou variable. Calme plat.
A 05h00 le 25, la brise se lève de NE. Fait route au NNW à environ 3 nœuds. A 10h00, alors que nous sommes à environ 30 milles dans le Nord de Cherbourg, un sous-marin ennemi ouvre le feu sur nous. Vu l’intensité du feu d’artillerie, et n’ayant aucun moyen de défense, au 8e coup de canon nous prenons place dans l’embarcation et abandonnons le navire. Alors que nous sommes à 20 m sur l’arrière du dundee, le novice Aubin Jean est blessé à la joue gauche par un éclat d’obus. Le sous-marin se dirige sur nous et nous intime l’ordre d’aller à son bord. Nous accostons le sous-marin et je monte à son bord avec le novice blessé. Tandis qu’on lui fait un pansement sommaire, le sous-marin prend le canot en remorque et se dirige vers le dundee. Arrivé à proximité, il stoppe et 3 hommes dont 1 officier embarquent dans le canot avec 4 bombes. Conduits par nos matelots, ils se rendent à bord, pillent le navire et placent les bombes contre les flancs, 2 de chaque bord. Ils quittent alors le bord après avoir mis le feu aux mèches et dix minutes plus tard elles explosent et défoncent la coque. Le navire coule immédiatement.
 
Nous avons repris place dans notre canot et nous nous sommes dirigés sur Cherbourg à la voile et à l’aviron. Nous avons rencontré le torpilleur d’escadre ESCOPETTE qui nous a pris à son bord et nous a débarqués à Cherbourg à 22h00.
 
Déposition complémentaire du capitaine
 
Pendant que mon embarcation était employée par un officier et 2 marins allemands, j’ai été gardé avec mon novice sur le pont du sous-marin, près du kiosque. Le commandant du sous-marin a causé avec moi en bon français. Il a été poli à mon égard. Il paraissait regretter d’avoir à faire  la besogne qu’il accomplissait. En apprenant que le novice était blessé, avec l’air de s’excuser, il a répété « C’est la guerre, c’est la guerre … ». Il a fait monter le novice sur le kiosque et l’a fait panser.  
Il m’a demandé si nous avions encore des vivres en France et a paru surpris de ma réponse affirmative. Un de ses hommes parlait très bien le français, au point de se méprendre sur sa nationalité. Comme je lui en faisais la remarque, il m’a répondu qu’il avait séjourné 9 mois en Algérie. A sa question relative à la situation actuelle, j’ai cru devoir répondre que je n’avais aucune nouvelle à donner et j’ai prétendu être en mer depuis 3 semaines, sans aucune nouvelle. Cet homme n’avait pas plus de 22 ans. Il était de taille moyenne avec des cheveux châtain clair.
Notre canot est revenu du JOSEPH chargé de divers objets pillés : compas, savon, cloche, pavillons, toiles et cordages.
Au moment où je quittais le sous-marin avec mes 3 hommes dans mon embarcation, le commandant m’a demandé où je comptais atterrir et a paru approuver la direction que je prenais. Il s’est dirigé en surface vers le SW.
 
Voici la signature du capitaine Le Duff
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/922/bDNzQA.jpg

Rapport de l’EV1 LEPAUMIER au CV commandant la Division des Patrouilles de Normandie

 
Le voilier JOSEPH, devant faire partie d’un convoi de voiliers partant pour l’Angleterre à 11h00, je me suis rendu à son bord à 10h45 et j’ai remis les instructions de route à l’un des hommes du bord, en le prévenant qu’un remorqueur allait venir le prendre. Pressé par mon service, je suis retourné en  grande rade. A mon retour, le remorqueur DIVETTE, de la direction du port, était embossé sur un brick goélette anglais et s’apprêtait à le sortir. Derrière, le JOSEPH avait sa grand voile établie. En passant le long du bord, j’ai demandé si le capitaine était à bord et le même matelot qui avait reçu mes ordres de route m’a répondu qu’il était à terre, chez Madame Jean. Je suis allé aussitôt avec ma vedette au port de commerce et j’ai envoyé un de mes hommes chercher le capitaine dans ce café où on m’avait dit le trouver. Il n’y était pas et la tenancière de ce débit a indiqué l’endroit où il pouvait se trouver…
J’ai attendu dix minutes, puis suis retourné en rade. Comme je passais entre les jetées, l’Enseigne de Vaisseau Ybert, de service au PRN, m’a fait savoir que le capitaine de JOSEPH venait de quitter le port avec son canot et se rendait d’urgence à son bord. L’ayant rejoint, je l’ai pris en remorque et l’ai amené à bord de son bâtiment en lui donnant l’ordre d’appareiller immédiatement.
Les 3 autres voiliers faisant partie du même convoi avaient déjà doublé la digue du Homet et faisaient route dans la passe. La grand-voile et le tape cul de JOSEPH étaient déjà établis et les focs prêts à être hissés. Je suis rentré à l’arsenal et j’ai croisé sous le pont de l’artillerie le convoyeur, le torpilleur 327. J’ai prévenu le commandant que les 3 anglais avaient appareillé et que seul le JOSEPH était encore sur rade. Le commandant du 327 m’a répondu qu’il allait le prendre en remorque et rattraper les autres. J’ignore ce qui s’est passé ensuite.
 
(Nota : on se demande quelle rencontre avait pu faire le capitaine de JOSEPH, dans le bistrot de Madame Jean, pour prendre ainsi autant de retard lors de son retour à bord… :) )
 
Rapport du Lieutenant de Vaisseau GARY, commandant le torpilleur 327
 
Je vous rends compte de l’incident survenu le 23 Avril vers 11h45. Je devais partir avec un convoi composé de 3 gros voiliers anglais et du dundee JOSEPH, à destination de Start Point. Le ROMA vint me prévenir que le dundee JOSEPH était en retard par suite de l’absence de son capitaine, resté à terre.
Celui-ci est juste alors revenu à son bord. Je me suis approché de ce voilier mouillé près du Béton et lui ai crié de me passer sa remorque.
La brise était de NNE ce qui rendait longue et difficile une sortie en louvoyant. Le capitaine reçut mon offre en des termes peu affables. « Je n’ai pas besoin de vous. Je me débrouillerai tout seul. »
Etant donné la brise et le ton de la réponse, je répartis vertement, lui indiquant que je ne lui demandais pas s’il voulait ou non, mais que c’était un ordre.  
La remorque passée, le dundee se débrouilla si bien qu’il la fila par le bout et, je peux l’affirmer, par pure mauvaise volonté. Je dus revenir une 2e fois dans des conditions difficiles. Le voilier ayant dérapé sans attendre davantage, tomba en travers et, du bout de son beaupré, enleva une partie de mon antenne TSF. Si bien que quand JOSEPH sortit  de rade à ma remorque, les trois Anglais étaient déjà à plusieurs milles, presque hors de vue par suite d’une brume légère. La remorque ayant cassé dans le clapotis du fort de l’Ouest, je fus obligé de l’abandonner à cet endroit pour courir après les Anglais et ne l’ai plus revu depuis.
 
Note du Capitaine de Vaisseau BLANC, Chef de Division des Patrouilles de Normandie. 26 Avril
 
Il est fâcheux que le capitaine de JOSEPH ait, par son absence, retardé le départ du convoyeur et ait si peu secondé les efforts du commandant du 327 pour hâter sa sortie. La séparation du JOSEPH du reste du convoi a amené à retarder le départ des voiliers.
 
Rapport de la commission d’enquête
 
La commission ne pense pas qu’il soit de son ressort de formuler un avis sur les causes qui ont empêché le dundee JOSEPH de se joindre au convoi de voiliers dont il devait faire partie.  
La route que son capitaine a suivie n’est pas en désaccord avec celle prévue dans les instructions remises à Cherbourg. Les obus du sous-marin ayant atteint les voiles et les agrès, ne disposant d’aucun moyen de défense, le capitaine a ordonné l’évacuation. Grâce à son sang froid et à celui de ses hommes, la mise à l’eau du petit canot qui reposait sur le pont s’est faite sans accroc et promptement. L’évacuation s’est faite avec ordre et le capitaine a brûlé ses instructions. L’embarcation venait de s’éloigner quand le novice Aubin a été atteint par un éclat d’obus. Le capitaine et le novice sont montés sur le sous-marin quand il s’est approché. Les bombes portées sur le dundee étaient des boites cylindriques de 25 cm de diamètre sur 50 cm de long, munies d’une anse. Elles ont été suspendues contre la coque du voilier.  
Pendant ce temps, le commandant du sous-marin a fait monter le novice près de lui, sur le kiosque, et l’a fait panser par un de ses hommes. La blessure, située sous la mâchoire n’était heureusement pas grave. L’officier allemand s’est montré courtois dans son entretien avec Le Duff.
Dix minutes après le retour du canot les bombes ont explosé et le dundee a coulé instantanément. Le capitaine et ses hommes ont reçu liberté de manœuvre pour gagner la côte. Quelques heures plus tard, ESCOPETTE a recueilli les naufragés.
 
La commission estime que le capitaine au cabotage Le Duff a fait tout ce qui était en son pouvoir pour conserver son bâtiment et qu’il y a lieu de lui maintenir la faculté de commander.
 
Ajout du 30 Avril 1918 du Préfet Maritime de Lorient
 
Conformément à l’avis du Chef des Patrouilles de Normandie, j’estime que le capitaine Le Duff est répréhensible de s’être absenté de son bord alors que son navire était en partance.
Il est gravement répréhensible de s’être prêté avec mauvaise grâce au remorquage que lui ordonnait le LV commandant le torpilleur 327 et d’avoir ainsi manqué de se joindre au convoi.
 
Note du VA SALAUN, Directeur Général de la Guerre sous-marine, au Ministre.  2 Juillet 1918
 
Le 25 Avril 1918 le voilier JOSEPH a été coulé par un sous-marin.
Ce petit navire n’était pas armé et on ne saurait faire grief à son capitaine d’avoir prescrit l’évacuation
Mais il résulte de l’enquête que le capitaine au cabotage Le Duff François, Le Conquet 118, a par sa faute manqué le départ du convoi et encouru de ce chef une part de responsabilité dans ce sinistre.
Si le Ministre approuve cette façon de voir, je le prie de bien vouloir revêtir de sa signature la lettre d’observation ci-jointe.
 
Description du sous-marin
 
Etait à demi immergé. Longueur apparente environ 40 m
Avant droit et pont plat
Kiosque arrondi et sans passerelle
1 canon d’environ 100 mm à toucher le kiosque sur l’avant
Antenne TSF 2 fils de l’avant à l’arrière
Gris foncé, peinture vieille
Officier de taille au dessus de la moyenne, cheveux blonds
 
Voici la silhouette du sous-marin
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/923/Tg22Gl.jpg
 
Le sous-marin attaquant
 
C’était l’UB 31 d l’Oblt z/s Wilhelm BRAUN.
 
JOSEPH sera la dernière des six victimes de ce commandant qui semblait assez humain. Une semaine plus tard, le 2 Mai 1918, UB 31 sautera sur une mine au large de Douvres et disparaîtra avec tout son équipage de 26 hommes.
 
On notera quand même que le capitaine Le Duff était fort malchanceux. Le 14 Mai 1917, il avait déjà été coulé à 9 milles de Valence par l’U 34 du Kptlt Joahannes KLASING, alors qu’il effectuait une traversée Alicante – Marseille sur la goélette GRAVELINOISE, appartenant au même armateur Valoussière, de Marseille.
 
Cdlt


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olivier

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