Traduction d'un article du "Hamburger Illustrierter" du 3/1/31
par Robert Horaht. Commandant du Sous Marin U-64
GUERRE DE SOUS MARINS EN MÉDITERRANÉE
"Quelle plaisanterie, les Gas !", rugit Fischer, notre joyeux matelot de sous-Marin, par le hublot de la cambuse. "Nous avons déjà eu 2 vapeurs dans la nuit, et voilà le troisième."Allons-y" criait-il d'en bas; "mais nous n'avons plus aucune torpille." Le cuisinier Miedtank, le visage sceptique, était debout dans un nuage de vapeur de café. C'était au moment de la distribution de doubles rations à (.)4 italiens du vapeur "AUSONIA", qui, 3 heures auparavant, au plus obscur de la nuit, ayant dans le flanc notre dernière torpille, avait sombr�� rapidement. En émergeant, nous l'avions surpris dans les parages et avions tiré de l'eau tout l'équipage qui criait.
"Ah mon ami, cria Fischer, nous tenons encore bien haute notre artillerie!" - "Tire, grommela Miedtank, je voudrais dormir". C'était peu avant le lever du jour. A l'Est, une faible lueur d'aurore, à l'Ouest, la côte espagnole.
Nous la supposions seulement par les éclats réguliers du phare du Cap Tortosa du Sud, s'élevait de la nuit, une grande tâche obscure : notre prochain sacrifice..Nous mîmes le cap au NO, pour nous trouver à l'aurore entre lui et la côte. Ainsi il ne pourrait pas se réfigier dans les eaux neutres et nous le pousserions vers la haute mer.
Passant par toutes les couleurs, comme des nacres brillantes et miroitantes, s'étendait devant nous, dans une lumière rapidement croissante, le tranquille miroir de la Mer Méditerrannée. Nous attendîmes dans l'anse au Nord du cap jusqu'à ce que notre ennemi arrivât à la même hauteur. Alors retentit le premier coup de feu. Rapidement, le navire tourne vers l’Est. « Il a déjà peur », cria Fischer, « Allons-y ». Aussitôt après nous vîmes briller l’Arrière de l’adversaire. Il avait 2 canons à l’arrière et un à l’avant. Répondant à notre feu, il hissa au grand mât le pavillon tricolore français. « Ah voilà un français ». D’abord un anglais, puis un italien ; tout va bien. » Fischer, qui voulait communiquer son ardeur à tout le monde était là, debout, un obus de 10cm, 5 sur le bras comme une poupée : « 50.100.5 à gauche », cria-t-il de la tourelle. Bum, le second coup partit. Alors nous commençâmes un feu suivi. A droite du vapeur le brûlant disque du soleil émergeait de la mer et montait dans le ciel bleu foncé. De nombreux bateaux de pêche espagnols, venant des côtes voisines, se trouvant autour du vapeur français, s’en éloignaient en se dispersant dans tous les sens, alors que lui, faisant feu de ses 2 batteries, se trouvait déjà devant nous. Mais nous fûmes aussi rapides.
Alors survint une avarie à notre canon. « Notre engin est cassé » cria le chef de tir. Il était en effet endommagé. Nous n’avions pas d’autre arme ; en en outre nous avions une bande d’italiens qui, dans l’entrepont, buvaient leur café en tremblant. Et le combat commençait à se ramollir. Si le français avait connu nos ennuis, alors peut être changerait-il tout. Naturellement, nous pouvions plonger, mais alors il irait dans les eaux neutres et nous distancerait beaucoup. Donc ne rien laisser voir. Nous diminuâmes graduellement notre vitesse ; nous nous tînmes à la limite de la portée d’artillerie tandis que nous travaillions fiévreusement au canon. Le petit nez en trompette de Miedtank émergeait du hublot de la cambuse. La soudaine tranquillité l’avait rendu curieux. « Celui-là, nous ne l’aurons plus ! » pensait-il, il faut nous séparer de lui »-« Occupe toi de tes patates, commença Fischer, sinon tu peux venir nous aider ». Alors le gros cuisinier commença à trainer des obus du roof sur l’avant pour la continuation du combat. Après un arrêt d’une demi-heure, le feu commença de nouveau. Nous ouvrîmes le feu qui devint plus rapide. Dans l’eau tout autour sautaient les projectiles de l’adversaire. Miedtank continuait à courir de l’avant à l’arrière. Il transpirait. Nous observions les coups bien portés au navire. De son pont s’éleva un nuage de fumée et ses (le texte est effacé sur 4 lignes) …tement amarré à la rambarde, flottait le long de la coque. Nous eûmes un tir plus précis. Sa ligne de flottaison dut être touchée car il se mit à pencher lentement sur tribord, se couvrit de nuages de fumée toujours plus épais et enfin nous vîmes une embarcation quitter le navire : l’équipage laissait son bateau. Dernier de tous, le capitaine se laissa glisser sur la coque inclinée et brûlante. Alors l’AMIRAL DE KERSAINT coula. Le long de notre bord, nous prîmes son canot de sauvetage.
« Nous ne pouvons pas héberger d’avantage de clients » cria Miedtank, de nouveau hors de sa cambuse. Il était soucieux de ses vivres. C’était assez difficile de satisfaire toutes les gueules (sic) affamées. « Laisse les tous monter, dit Fischer, ils seront bien ici. »
Pendant ce temps, le Capitaine français était debout à bord du sous-marin. Un homme grand et fort avec des cheveux bouclés noirs : Monsieur Lenormand du Havre. Quelque peu affaibli (car il avait été dans l’eau), il était encore furieux, non contre nous, mais contre notre canon. Notre canon était en effet plus gros que ses 3 canons réunis. Battant de ses 2 bras, gesticulant, il était debout devant nous et se montrait peu content de sa capture. Je lui donnais la main et lui dit qu’il était un bon soldat, ce à quoi il ne sembla pas attacher d’importance. Ensuite, à regret, je dus tout de même le faire prisonnier.
Alors se formèrent 2 groupes sur notre pont. Les italiens et les français ne voulaient rien savoir les uns des autres. Nous dûmes donc appeler 2 bateaux de pêche espagnols et chaque équipage fut chargé dans un canot. Le capitaine italien blond aux yeux bleus rayonnait. La liberté l’attirait. Il se louait du sauvetage de ses hommes et à ensuite très amicalement décrit les faits dans un livre. Il avait même trouvé, je ne sais où, ma photo (je suis en effet sur la liste noire italienne pour mes actes d’atrocité au torpillage de l’AUSONIA). Quoiqu’on fasse, on fait toujours mal !
Miedtank est tombé en 1918. Nous avons pieusement porté son deuil. Fischer vit encore, habite avec femme et enfant à Barmbek et sert comme pilote de mer. « Ami, me disait il récemment au téléphone, c’est rudement chic qu’on se retrouve ! »
Ensuite à 4 hommes du sous marin 64 (Fischer, Hain Pohl et Rosenthal et moi) nous avons fait une vieille bombe à Saint Pauli (mot à moitié effacé).
voila le récit