Forum Pages d'Histoire : zephyr joyeux, 3 utilisateurs anonymes et 31 utilisateurs inconnus

 Mot :   Pseudo :  
 
Bas de page
Auteur Sujet :

LANGUEDOC SGTM

n°14241
olivier 12
Posté le 14-03-2009 à 21:48:26  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
LANGUEDOC
 
Vapeur lancé le 26 Juin 1884 aux chantiers Thomson de White Inch pour la Société Générale de Transports Maritimes, de Marseille.
 
1612 tx JB  (selon rapport du second capitaine)  942 tx JN   1899 tpl
Longueur 77,88 m  Largeur  10,32 m  TE  5,94 m
1 machine coumpound et deux chaudières
Vitesse 12 nds
 
Voici le LANGUEDOC amarré à la Joliette, à Marseille.
 
http://img155.imageshack.us/img155/6040/languedoc.jpg
 
La perte du LANGUEDOC
 
Le 10 Février 1916 une pièce d’artillerie de 47 mm est installée sur l’arrière du vapeur.
Le 19 Mai 1916 le LANGUEDOC quitte Cette pour Bône ayant chargé 114 tonnes de céramique à Marseille et 30 tonnes de savon, bougies et liqueurs à Cette.
 
Beau temps, pas de vent, mer plate et horizon clair.
 
L’équipage comporte 28 hommes dont
 
BATTISTI   CLC  Capitaine
SAINT PLANCAT Célestin  CLC  Second capitaine
LE MOAL  Lieutenant
MIQUELIS  Chef mécanicien
BERTONI  2nd mécanicien
OLIVIERI  3e mécanicien
BLANC   Restaurateur
SEBILO François QM fusilier  Lorient
MADRO Pierre Fusilier  Auray
FILIPPI  Canonnier
BOCHER  Matelot
ALATA  Matelot
PELLEGRIN  Matelot
FELLICIA  Matelot
TORRE  Matelot
CAMONS  Chauffeur
 
Le capitaine Battisti ayant été gardé prisonnier sur le sous-marin, c’est le second capitaine Saint Plancat qui va rédiger le rapport des évènements.
 
Le 20 à 04h30, à 70 milles de Cette, un sous-marin sans pavillon national apparaît sur l’arrière et ouvre le feu au canon. Les obus tombent à peu de distance sur l’avant ou l’arrière.
Le commandant Battisti fait le branle-bas général, demande la vitesse maximum et hisse le pavillon national. La résistance à outrance est décidée d’un commun accord avec les principaux de l’équipage.
 
Le sous-marin est équipé de deux pièces de 100 mm et le petit canon de 47 n’a qu’une faible portée.
Le combat, acharné, va durer jusqu’à 07h00. Sur 200 projectiles envoyés par le sous-marin, une trentaine atteignent leur but.
Une voie d’eau se déclare dans la machine. Le tir du sous-marin devient très précis à partir de 05h30.
De multiples avaries sont provoquées par les obus. La drosse arrière td est cassée et le navire ne peut plus gouverner.
Le chef mécanicien est sérieusement blessé à la main. Le chauffeur Camons, qui se trouvait près de lui est grièvement atteint. Plusieurs canots sont troués. Un obus traverse la cabine du lieutenant, sur la passerelle inférieure tribord, et décapite le matelot Bocher, réduisant son corps en bouillie.
Hors de portée du canon de 47, le sous-marin ajuste un tir effroyablement précis.
 
Pour éviter un massacre inutile, le capitaine fait amener le pavillon. Le sous-marin cesse aussitôt le feu. « Il faut lui rendre cette justice et admirer sa magnanimité » souligne le second capitaine. « Je le répète, par son tir d’une précision inouïe, il pouvait en quelques instants nous anéantir jusqu’au dernier ».
Les canots sont amenés à la mer, tandis que les canonniers jettent à l'eau la culasse du canon et les munitions non utilisées.
"Personnel pont, machine et restaurant ont exécuté les ordres qui leur furent donnés sans défaillance, jusqu’au bout, sous un feu d’enfer et avec un sang-froid et un courage qu’on ne louera jamais assez. La conduite des canonniers fut admirable. Ils n’ont pas bronché alors que les explosions les couvraient de débris divers. Le commandant Battisti fut le digne chef d’un équipage de héros."
 
L’évacuation terminée, le sous-marin s’approche des embarcations.
 
Le commandant allemand fait monter le capitaine Battisti dans le kiosque et s’adresse à lui en ces termes :
 
« Je devrais tous vous faire fusiller ». Puis il se reprend et ajoute : «  Selon les lois internationales, un navire mercantile (nota : marchand) ne doit pas porter de canon. Non contents de tirer sur le sous-marin, vous avez tenu tête pendant près de trois heures. J’aurais donc le droit de vous faire fusiller. Dites bien à tous les capitaines français qu’ils stoppent au premier coup de canon et se mettent en travers. Ils n’auront rien à craindre et nous leur donnerons tout le temps voulu pour évacuer le navire. Aucun navire n’est coulé sans avertissement préalable (Il insiste particulièrement sur ce point).
Si vous aviez stoppé, je ne vous aurais fait aucun mal. Résistant avec opiniâtreté comme vous l’avez fait, vous vous exposez à toutes les représailles. Mais je vous laisse la vie sauve ».
 
Il fait alors monter quelques hommes dans le youyou, qui vont accoster le LANGUEDOC et y prennent  montres, sextants et vivres. Puis ils font un 2e voyage avec deux bombes qu’ils placent l’une dans la cale 2 et l’autre dans la chaufferie. A 08h46, elles explosent et le navire coule par l’avant en quelques minutes.
 
Voici l’explosion des bombes, vue depuis le sous-marin. Sur la droite, le youyou ramène les marins allemands à leur bord.
 
http://img113.imageshack.us/img113/1650/languedoca.jpg
 
Pendant ce temps, le commandant allemand avait laissé les Français récupérer quelques barils d’eau douce, des caisses de biscuits, des avirons et des fusées de détresse dans le canot 1, inutilisable car percé par les éclats d’obus.
A 09h00, le youyou revient vers les canots, mais sans le commandant qui est gardé à bord. Les Allemands ont dit à l’équipage qu’un autre commandant français était déjà prisonnier sur le sous-marin.
 
Le second capitaine tient à noter l’hommage que l’officier allemand qui est monté sur le LANGUEDOC (et que l'on voit ci-dessus à la proue du youyou) a rendu aux marins français.
 
 Apercevant notre canon de 47 il a marqué sa surprise et son étonnement et a prononcé ces paroles qui se passent de tout commentaires :
 
-«  Comment ? c’est avec ce joujou-là que vous avez osé nous tenir tête si longtemps ! C’est impossible…
Français, vous êtes des braves ! Je n’en puis dire autant de vos alliés anglais qui se rendent lâchement au 2e coup de canon. Votre tir était très bien dirigé, mais tous vos coups tombaient à mi-distance… »
 
Le sous-marin s’éloigna vers l’WSW.  
Les canots firent route vers l’WNW , le youyou étant amarré derrière le canot à longueur de bosse. A 19h00 , ils étaient en vue des côtes d’Espagne. A minuit,  les feux d’un vapeur furent aperçus. Attiré par les coups de sifflets, le capitaine du vapeur, qui avait tout d’abord cru au piège d’un sous-marin, fit demi tour et recueillit les naufragés. C’était le vapeur hollandais HELENA , d’Amsterdam, qui  allait à Livourne avec un chargement de charbon.
La récupération eût lieu par 41°39 N et 5°45 E, soit à 30 milles dans l’WSW de San Sebastian.
L’HELENA vint au large de Toulon, près du cap Sicié, pour transférer les blessés sur le chalutier patrouilleur FIER . Ce patrouilleur vint débarquer les naufragés dans le vieux port de Marseille.
 
Les marins décrivent le sous-marin comme long d’environ 75 m, d’un déplacement de 1200 tonnes. Grand blockhaus pouvant contenir 5 personnes. Il porte deux canons de 100 mm escamotables et une mitrailleuse.
Probablement des antennes radio. Ancres s’encastrant dans la coque. Pas de coupe-filets. Peinture gris bleuté.
Tous les officiers allemands parlaient bien le français. Jamais l’anglais ou l’italien n’ont été utilisés.
 
Voici les divers dessins faits par les rescapés.
 
http://img238.imageshack.us/img238/6518/languedoc1.jpg
 
http://img238.imageshack.us/img238/5536/languedoc2.jpg
 
http://img509.imageshack.us/img509/3387/languedoc10.jpg
 
L’officier enquêteur note :
 
« Le capitaine et l’équipage du LANGUEDOC ont fait leur devoir. On ne saurait imputer à crime à des non-combattants de se rendre après trois heures de lutte, ayant eu un tué et un blessé, et leur navire étant criblé par les obus.
Il est regrettable que le LANGUEDOC n’ait pas eu la TSF et un canon de calibre plus fort.
Le discours du commandant du sous-marin à l’équipage du LANGUEDOC est une tentative de pression sur nos équipages pour qu’ils demandent le désarmement des navires sur lesquels on ne peut mettre de canons assez puissants. Mais l’état d’esprit de nos capitaines au long cours est excellent, même si cette insinuation pèse sur l’esprit de certains de nos navigateurs. Il faut donc leur donner tous les encouragements possibles… »
 
Le LANGUEDOC sera cité à l’ordre de l’armée navale
 
« A résisté pendant plus de deux heures à l’attaque d’un sous-marin ennemi qui lui a tué ou blesser 13 hommes et a fini par lui provoquer des avaries de barre et de coque qui lui interdisant  toute prolongation de résistance. »
 
Le 19 Juillet, le capitaine Battesti est fait chevalier de la Légion d’Honneur.
 
On trouve, dans le dossier LANGUEDOC, une lettre manuscrite du capitaine Battesti dans laquelle il écrit notamment :
 
« 11 Novembre 1918
 
A la suite d’une pénible captivité de 30 mois, j’ai enfin le bonheur de réintégrer mon cher pays. J’ai lu avec attention le rapport de Monsieur Saint Plancat, second capitaine du LANGUEDOC, sur les péripéties du combat contre le sous-marin allemand. ..(Suivent quelques considérations sur ce combat qui n’apportent rien de nouveau)…Je le confirme en tous points.
Après le départ des canots, on m’a fait descendre dans la partie avant du sous-marin où j’ai retrouvé mon collègue Castaldi, commandant du MIRA, qui s’y trouvait depuis cinq jours.
Le commandant du sous-marin s’est excusé de ne pouvoir mieux nous loger, faute de place. Mais on nous a installé des hamacs et donné de chaudes couvertures. La nourriture était abondante et nous avions le même traitement que l’équipage.
Le sous-marin a continué sa patrouille puis fait route à petite vitesse vers sa base, afin de permettre à son équipage de se reposer.
Dans la journée, on nous a laissé monter dans le kiosque lorsqu’il faisait beau. En revanche, la nuit, le sous-marin restait en plongée.
Après 17 jours à bord, nous sommes entrés à Cattaro.
Nous avons tout d’abord été internés dans la forteresse de Castel Nuovo, puis dans le camp de K….(illisible) qui était le camp pour les prisonniers de guerre français en Autriche. Dans ce camp, nous étions assez confortablement logés.
Malgré toute cette captivité, je dois dire qu’aussi bien sur le sous-marin allemand que dans les différents  camps de prisonniers autrichiens, nous avons été l’objet d’une constante attention. Officiers, autorités et population étaient d’une parfaite correction à notre égard. »
 
Le sous-marin attaquant
 
C’était l’U 34 du KL Claus RÜCKER.  Le 15 Mai précédent il avait coulé le vapeur MIRA.
 
Claus Rücker coulera un total de 80 navires représentant  175000 tonnes. Il en coulera dix entre le 20 et le 30 Mai, lorsque le capitaine Battesti était à son bord ; parmi eux le Français MYOSOTIS.
 
Sources : "La SGTM" d'Alain Croce
                Rapport Saint Plancat  des archives Vincennes
 
Cdlt


Message édité par olivier 12 le 14-03-2009 à 21:51:05

---------------
olivier
n°15153
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 15-04-2009 à 10:43:12  profilanswer
 


   Bonjour à tous,
 
   Le Temps, n° 20.051, Mardi 30 mai 1916, p.2, en rubrique « Marine ».
 
   « CITATIONS A L’ORDRE DE L’ARMÉE. — Sont cités à l’ordre du jour de l’armée :
 
   Le vapeur Languedoc, capitaine Battisti, pour avoir résisté pendant deux heures à l’attaque d’un sous-marin ennemi qui lui a tué ou blessé treize hommes et a fini par lui causer des avaries de barre et de coque lui interdisant toute prolongation de la résistance.
[…]
 
   Sont en outre cités : dans le personnel du Languedoc ; le matelot Bocher, tué à son poste de combat ; le premier chauffeur Camons ; le capitaine au long cours Saint-Plancat, second ; les officiers mécaniciens Miquelès, Bertoni et Olivieri ; les matelots Filippi, Alata, Pellegrin, Vellicia et Blanc, […]. »
   ________________________
                                                                 
   Bien amicalement à vous,
   Daniel.


Message édité par Rutilius le 31-08-2011 à 09:38:04
n°15295
Terraillon​ Marc
Posté le 18-04-2009 à 12:37:56  profilanswer
 

Bonjour
 
Ce navire a l'indice (1) dans la base de données
 
http://www.navires-14-18.com/index.php
 
A bientot


---------------
Cordialement
Marc TERRAILLON
n°46049
francois-a​lexandre
Posté le 16-02-2017 à 08:41:37  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
C'est mon premier message sur le forum des pages 14-18.
 
Je vous remercie d'avoir donné tant d'informations précises et d'avoir si fidèlement rapporté l'histoire de ce navire coulé par l'U 34 allemand. Je me suis inscrit sur le forum pour pouvoir écrire ce message pour lequel j'ai volontairement pris pour pseudo le prénom composé de mon grand-père François Alexandre RAVIS. Mon père m'a indiqué cette page en 2016 sachant que je recherchais des infos sur ce navire dont je ne me souvenais plus du nom. Mon père avait aussi encore avec lui les fascicules et livret de mobilisation et navigation de mon grand-père dont il m'a alors transmis les scans des pages de ses embarquements successifs.
 
Tout le récit de l'histoire de la résistance du LANGUEDOC m'avait été intégralement rapportée par mon grand-père vers 1974 quand à l'age de 9 ans je le questionnai sur la longue et fine cicatrice de 15 cm qu'il avait sur son crâne et qui restait visible près de 60 ans après à travers ses cheveux blancs. Il était né en 1898 à Alger (Bab-El-Oued) et avait 18 ans lorsque le languedoc fut torpillé. Il était a bord de celui-ci ce jour là car comme jeune marin de la Joliette à Marseille il avait été pris comme soutier aux machines. Je fut étonné de voir que son nom ne figurait pas dans la liste de l'équipage. Il fut pourtant sérieusement blessé à la tête par un éclat d'obus,  probablement un de ceux qui avaient atteint les machines ou la rue de chauffe du LANGUEDOC.
 
En 1974 Il m'avait raconté oralement quasiment tout ce qui est rapporté dans le récit du Second Commandant SAINT-PLANCAT, ce qui en confirme la véracité. Il m'avait dit que ses camarades et lui avaient héroïquement résisté 8 heures aux tirs du sous-marin allemand par des manoeuvres constantes d'évitement de ses tirs, le capitaine BATTISTI du Languedoc criant les ordres "bâbord toute" ou "tribord toute" pour éviter les obus en observant constamment les manœuvres de tir du sous-marin. Il n'est pas fait état de torpillage dans le récit et il m'avait semblé que mon grand-père parlait, lui, de torpilles, mais j'avais sans doute mal compris (l'imagination d'un enfant de 9 ans) pourtant je ne comprend pas bien encore comment on peut éviter des tirs d'obus en manœuvrant un navire à la vitesse auxquels ces tirs parviennent à leur cible. Mon grand-père m'avait dit aussi à quel point la lutte était inégale et vouée à être perdue, que le canon 47 du LANGUEDOC était beaucoup plus faible en portée que celui du sous-marin allemand qui était, selon ses dires un canon de 80 ou 115 (là j'ai oublié, je ne sais plus exactement le chiffre) et que les tirs du LANGUEDOC ne pouvaient pas atteindre le sous-marin. Il m'avait aussi raconté comment au bout de 8 heures de résistance son équipage s'était rendu, et comment le Capitaine BATTISTI avait été emmené par les allemands et fait prisonnier à bord du sous-marin.  
 
Mon grand-père me disait que le Commandant allemand RÜCKER du sous-marin avait apostrophé le Capitaine BATTISTI en ces termes (je rapporte là les mots exact de mon grand-père) : "vous avez résisté 8 heures mais vous êtes un navire de commerce et vous n'auriez pas dû être armé. Je devrais vous faire fusiller avec votre équipage car vous violez les conventions". Le capitaine BATTISTI aurais alors lui-même demandé à en endosser toute la responsabilité et aurais demandé la grâce pour la vie de ses hommes et leur libération. Le Commandant RÜCKER aurais répondu (dixit mon grand-père): "Soit ! je relâche votre équipage, mais je vous garde prisonnier à bord de mon sous-marin. Vous serez emmené en Allemagne où vous serez traduit devant un Conseil de Guerre" (ou une cour martiale, je ne sais plus exactement) "... et jugé pour avoir enfreint les lois maritimes". Le valeureux Capitaine BATTISTI a alors fait ses adieux à son équipage qui l'a chaleureusement remercié de les avoir tous sauvé, en lui disant qu'ils rapporteraient sa bravoure, ce qui fut effectivement fait, puis le Capitaine BATTISTI aurait suivi sans résistance le commandant RÜCKER et ses hommes à bord de la chaloupe qui regagna l'U34 allemand.
 
Avant de lire cette page 14-18, je n'étais pas certain que tout le récit de mon grand-père, dont je me souviens et entend encore très bien en ma mémoire, reflétait l'exacte vérité, mais en fait, c'est incroyable de voir à quel point ses phrases de témoin oculaire et acteur de cet évènement corroborent et épousent très exactement le récit rapporté par le Second Commandant SAINT-PLANCAT de la magnanimité du Commandant RÜCKER et de la bravoure du commandant BATTISTI qui sont retranscrits sur cette page commémorative. Bien sûr, le patronyme de tout ces hommes n'apparaissait pas dans le récit de mon papé. C'est cette page et vos formidables recherches qui me les précisent.
 
Il m'avait dit que le LANGUEDOC avait été "cité à l'Ordre du jour" (ce sont ses termes à lui) pour sa résistance à l'ennemi, ce qui pour lui, marin, semblait être une grande marque de reconnaissance du courage d'un navire lors de ce conflit, et grace à Olivier12 je découvre ici que c'était vrai car le LANGUDOC fut "cité à l'Ordre de l'Armée Navale". je n'étais encore parvenu à en trouver la trace nulle part, mais c'est normal  car je n'ai pas un accès facile aux archives maritimes et militaires.  
 
Un dernier point restait pour moi incompréhensible : mon grand-père blessé aux machines par l'éclat d'obus m'avait dit avoir été obligé d'apprendre par un de ses camarade chauffeur ou soutier plus âgé comment nager pour le ne pas périr noyé car il ne l'avait jamais appris et était obligé de l'apprendre en ces circonstances "sur le tas". Les membres de l'équipage du LANGUEDOC semblent bien ne pas avoir rejoint le canot de sauvetage à la nage. Mon grand-père m'avait semblé avoir fait état d'un acte d'urgence, comme lors d'un naufrage où il se serait jeté à l'eau en étant blessé à la tête par l'un des obus du sous-marin allemand. Il ne put pas être naufragé sur le LANGUEDOC alors était-ce sur un autre navire ? l'équipage a t-il du sauter à l'eau pour rejoindre la chaloupe désignée par le Commandant RÜCKER ? je ne le crois pas. Cela démentirai d'ailleurs les témoignages de l'enquête et du rapport du Commandant en Second SAINT-PLANCAT. Je crois que mon grand-père est resté blessé à bord et a pu assister avec les survivants de l'équipage du LANGUEDOC au laïus du Commandant RÜCKER, sinon il n'aurait pu parfaitement me le raconter en 1974. Il a ensuite dû monter avec les autres dans la chaloupe accordée par Commandant RÜCKER qui sauva l'équipage de l'explosion planifiée du cargo par le sous-marin allemand. C'est probablement à bord de cette chaloupe, qu'inquiet de ne pas savoir nager il aura demandé à un de ses camarades de la chauffe ou a l'un des marins du bord sauvé comment il devrait faire pour se tenir hors de l'eau au cas ou l'embarcation chavirerait. Celui-ci lui a montré les gestes du crawl (et on sait qu'en cas de naufrage c'est plus la brasse qui sauve). D'ailleurs avec la longue et profonde cicatrice de la plaie de 15 cm que j'ai vu qui courait le long de son crâne, il se serait probablement noyé s'il avait eu à tenter de d'apprendre à nager en situation car il devait avoir perdu pas mal de sang et être choqué par l'impact de l'éclat d'obus.
 
Mon grand-père fit les deux guerres mondiales dont les Dardanelles, embarqué dès 1913 sur le VULCANNUS*, puis engagé volontaire successivement dès 1914 puis à nouveau en 1940. il avait reçu la croix du combattant 14-18 et la croix de guerre pour ses faits de service, sans doute suite à sa blessure reçue sur le LANGUEDOC. Sans être un militaire de carrière, il aura vécu comme marin embarqué quatre fronts de guerres si l'on ajoute aux deux guerres mondiales le soulèvement FLN Indochinois et plus tard Algérien. Une vie jalonnés de conflits internationaux. Fut-il naufragé sur un autre navire ? je ne le crois pas, je ne le sais pas. Il était certainement le plus jeune des marins à bord du LANGUEDOC et je ne comprend pas qu'il n'apparaisse pas dans la liste de son équipage. Son embarquement sur ce cargo vapeur marchand figure pourtant sur son livret de mobilisation à la date du 18 mai 1916 (voir photo scannée). Peut-être a t-il été ajouté à la hâte à l'équipage du LANGUEDOC à la veille de sa dernière traversée, parce qu-il manquait un soutier à la chauffe...  
 
Cela reste curieux qu'il soit "inconnu au bataillon", surtout avec cette blessure d'éclat d'obus qu'il reçut aux machines mais peut-être n'était elle pas aussi grave que je l'ai cru, car le rapport de témoignage du Second capitaine dans le recueil des citations à l'ordre naval est formel et très précis : des blessés sérieux ou graves, il n'en cite que deux seulement : le Chef Mécanicien, M. MIQUELIS et le 1er Chauffeur, CAMONS qui apparaissent tous deux bien dans l'équipage, mais rien sur mon grand-père. Aucun rapport d'un soutier blessé. Alors il me faut croire que la blessure de mon grand-père n'était pas si terrible et fut, au fond, relativement superficielle, ce qui malgré sa cicatrice est fort possible, son crâne ayant résisté à l'effleurement de l'éclat d'obus. Seul son cuir chevelu avait été vilainement entamé. Une blessure douloureuse mais bénigne au regard de ce que les deux autres blessés graves endurèrent qui souffraient encore horriblement toute la nuit sur l'HELENA qui avait recueilli la chaloupe de l'équipage en pleine nuit (dixit le rapport de témoignage du Second Capitaine). 3 hommes de l'HELENA veillèrent sur les blessés de l'équipage toute la nuit pendant leur rapatriement sur Marseille via Toulon. A l'arrivée à Marseille, le Chef Mécanicien M. MIQUELIS fut transporté chez lui, mais le 1er Chauffeur CAMONS dut être emmené à l'Hôtel Dieu (hôpital principal de la ville situé au quartier Panier-Vieux-Port). Ce qui est relaté par le commandant en second. Sur le corps d'équipage du LANGUEDOC il y eu certainement des blessés plus légers dont mon grand-père fit partie.
 
Mon grand-père eut la chance de pouvoir poursuivre sa carrière sans être ni tué, ni gravement blessé ou estropié par la guerre de 14-18 et par les guerres suivantes. De soutier-chauffeur il fit le long cours, devint chauffeur quartier-maître puis 1er chauffeur et graisseur, ou nettoyeur, selon les navires et les circonstances des besoins des compagnies. Il navigua à la volée de 1913 à 1953 sur nombre de vapeurs des compagnies d'armement marseillaises ou méditerranéennes : Messageries Maritimes, Fraissinet, Fabre, Compagnie Mixte, SGTM et d'autres encore, près d'une cinquantaine, dont l'André LEBON, le Général METZINGUER et l'Alexandre DUMAS pour le Long Cours sur l'Indochine, le Commandant DEL PIAZ, et aussi l'ATHOS II vers New-York.
 
Par la suite il travailla de plus en plus pour la Transat aux turbines du Gouverneur Général CHANZY qui finit en 1939 par le titulariser à ce poste, sans doute parce qu'il fallait un chauffeur qui sache graisser consciencieusement à l'étambot les rouages des arbres d'hélices et ceux de ces vieilles turbines vapeur anglaises de 1923 et qu'on le savait soigneux. Il avait alors 41 ans et œuvrait aux machines depuis 1913, donc plus rodé que les jeunes nouvellement affectés à entretenir ce type de machine ancienne, et il était bien loin désormais l'orphelin de Bab-El-Oued analphabète, qui à 15 ans, pour échapper à la misère, et sans plus aucun proche, s'était engagé à Alger en 1913 dans la marine comme novice sur le VULCANNUS*, juste à la veille de la guerre, ce dernier était devenu un technicien titularisé subalterne, même en sachant à peine lire et écrire trois mots.
 
Pardon de m'être un peu étendu sur le récit de la vie de mon papé mais j'en ai été marqué : elle fut si singulière et épique comme celle des Poilus (ce qu'il fut, au fond, dans la marine marchande affectée au transport de troupes, de ravitaillement, et du courrier). Quand je pense qu'il fut embarqué sur le cargo MOSSOUL réquisitionné pour le transport du courrier en Méditerranée une semaine seulement après avoir subi sa blessure et l'arraisonnement du Languedoc où il avait survécu ! la prise en charge des "cellules psychologiques" d'aujourd'hui n'existait pas, et ces gars étaient obligé de remonter à bord avec la peur aux tripes en sachant qu'un évènement similaire restait fort probable avec moins d'une chance sur deux d'en réchapper. En mer comme dans les tranchées, il fallait retourner au "casse-pipes"... pris dans la guerre, ces marins de 14-18 ne rigolèrent pas dans une méditerranée truffée de sous-marins. le fatalisme et l'effroi devaient planer sur les équipages et les troupes embarquées.
 
Tout comme son navire le Gouverneur Général CHANZY de la Transat, dont j'effectue la maquette fidèle commémorative, mon grand père eut une très grande chance de sortir indemne de toutes ces années de violences et d'hécatombes maritimes. La mort et les maladies coloniales qui avaient emporté toute sa famille avant ses 15 ans l'ont par la suite épargné tout au long de sa vie. Il passa vraiment entre les gouttes, car près de la moitié des navires où il travailla furent sabordés ou bombardés-coulés, et il aura survécu à tout les effroyables conflits coloniaux d'hégémonie expansionniste et leurs affreux obus meurtriers. Il avait sûrement appris à être prudent et à se protéger, ce qui lui fut certainement salutaire lors de la seconde guerre mondiale. Il y a eu tant de mort déchiquetés ou noyés dans la boucherie des affrontements de 14-18. Toute les flottes, même de commerce, furent décimées par les mines, les obus, les torpillages, jusqu'aux plus petits caboteurs.
 
 
* Le VULCANNUS sera torpillé 3 ans plus tard, en 1917, par un U 47 allemand, comme le relate avec précision Yves DUFEIL, historien érudit de ces évènement maritimes, qui a publié une étude détaillée sur la guerre des sous-marins de 14-18 et sur ses sous-marins. Le VULCANNUS était un cargo-mixte dont Joseph Sanguinetti, un enfant de Bab-El-Oued, comme mon grand-père, se sauva in-extremis en trouvant l'escalier qui menait au pont et sautant à l'eau avant que son navire ne soit englouti par les flots après avoir été torpillé. Histoire racontée ici : http://www.histomar.net/GSM/htm/vulcan.htm
 
 
Bien amicalement à  tous,
 
Jean-Christophe, de Marseille http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/icones/smilies/hello.gif
 
 
P.S. Un correctif s'impose : Le patronyme du capitaine était bien BATTISTI (et non BATTESTI) un patronyme du Cap-Corse, du village de Barrettali, tout près de Morsiglia, 2 villages qui donnèrent beaucoup d'officiers de marine à Marseille, et un nom Italien originaire de la région de Gènes qui donna aussi de nombreux officiers maritimes. Le patronyme BATTISTI est rapporté dans le témoignage du Second Capitaine SAINT-PLANCAT sur la fin du LANGUEDOC dans sa Citation à l'ordre Naval (source : ouvrage de Gilbert Delannoy "Guerre 14/18 - Citations Marine à l'Ordre de l'Armée des Formations et Bâtiments de la Marine Française, Faits de Guerre, Rapports et Témoignages" )


Message édité par francois-alexandre le 11-04-2017 à 17:32:05
n°46052
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 16-02-2017 à 11:24:05  profilanswer
 

.
   Bonjour et bienvenue Jean-Christophe,
   Bonjour à tous,
 
 
  ■ Au nombre des membres d’équipage du cargo Languedoc.
 
 
   — RAVIS François Alexandre, né le 21 janvier 1898 à Alger (Département d’Alger, Algérie), au 1, rue de Phalsbourg, et décédé le ... à ... (...). Inscrit définitif au quartier maritime d’Alger, n° 2.834 ; classe 1918, n° 874 au recrutement d’Alger.  
 
    Fils d’Albert Pierre RAVIS, né le 11 octobre 1860 à Koléah [Koléa] (Département d’Alger, Algérie), cocher [maçon en 1898] et décédé le 31 janvier 1898 à Alger ; et de Françoise RIPOLL, née le 7 mai 1858 à Tàrbena (Province d’Alicante, Espagne), cigarière ; époux ayant contracté mariage à Alger, le 10 octobre 1891 (Registre des actes de mariage de la ville d’Alger, Année 1891, f° 142, acte n° 395 – Registre des actes de naissance de la ville d’Alger, Année 1898, f° 41, acte n° 161).
 
    Petit-fils de :
 
   – Joseph François RAVIS, né vers 1830 à Batias (Suisse) et décédé le 18 juillet 1894 à Bouzaréa [Bouzareah] (Département d’Alger, Algérie), cultivateur ; et de Marie Joseph MARTINAL, son épouse.
 
   – Antoine RIPOLL, maçon, et Marie PONT, son épouse, domiciliés de leur vivant à Tàrbena (Espagne).
 
    Époux de Catherine GIORDANI, avec laquelle il avait contracté mariage à Marseille, le 27 octobre 1925 (Registre des actes de naissance de la ville d’Alger, Année 1898, f° 41, acte n° 161 – mention marginale).  
 


---------------
Bien amicalement à vous,
Daniel.
n°46056
francois-a​lexandre
Posté le 16-02-2017 à 16:29:39  profilanswer
 

Bonjour Daniel,  
 
Je vous remercie d'avoir ajouté là l'extrait du registre de naissance de mon grand-père. J'ai trouvé cet extrait de registre et ceux de sa famille sur le site d'Aix-en-Provence fin 2016 (ville où j'ai longtemps vécu avec mon grand-père) qui me permis de remonter à la première génération suisse du premier pied-noir de mon patronyme pour chercher mes racines et pour retrouver la toute petite rue de Phalsbourg nichée au cœur de Bab-El-Oued où naquit mon grand-père (cela m'a pris du temps car les noms de rues des colons pied-noirs ont tous été rebaptisés et il existe très peu de cartes de Bab-el-Oued avec les anciens noms, elle a été renommée "rue des Frères ANSAR" du nom de deux résistant du FLN algérien). Une courte rue prenant sur la rue des Moulins.
 
Je n'avais trouvé que ce registre de l'histoire de mon grand père juste avant que mon père ne m'envoie les scans de son fascicule de livret maritime ou ce qui en tient lieu : livret de mobilisation, livret professionnel maritime, et fascicule d'inscription maritime qui regorgent de dates d'embarquement sur près de 60 navires dont certains indéchiffrables. J'aurais voulu ajouter à mon précédent message son inscription sur l'équipage du LANGUEDOC mais je n'avais pas encore trouvé comment les ajouter dans le cœur de mon message.
 
L'image de ce navire amarré aux dardanelles en 1914 et jointe est proche du profil du Cargo LANGUEDOC.Est-ce lui ? je ne sais pas s'il a navigué dans ces eaux des Balkans mais c'est possible.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/20051/UncargoidentiqueauLanguedocamarreauxDardanellesaudebutdelaguerrede14.jpg
 
Non, ce n'est assurément pas le LANGUEDOC car la poupe et la teinte diffèrent
 
Daniel, vous avez écrit "Au nombre des membres d’équipage du cargo Languedoc" cela confirme t-il qu'il existe bien un document qui relate qu'il faisait partie de l'équipage à bord lors du dernier voyage du navire ? a-t-il remplacé un titulaire absent ou souffrant la veille du dernier départ de Marseille du Languedoc ? je suis curieux de comprendre pourquoi il n'est pas mentionné comme soutier dans l'équipage.
 
Il est vrai que soutier en 1916 était le poste le plus ingrat et totalement sous qualifié, c'était juste amener du charbon de la soute aux chaudières dans la rue de chauffe. Peut-être l'occupant de ce poste n'était-il pas considéré alors comme un membre de l'équipage mais un simple manœuvrier subalterne. En 1916 mon grand-père n'avait pu aller à l'école de son quartier à Bab-El-Oued car orphelin dès 12 ans il a dû travailler pour survivre. il était analphabète et ne pouvait donc pas lire un manuel de chauffeur-mécanicien pour accéder à un poste plus élevé. Il a appris son métier de visu-in situ, par la pratique de manœuvres aux machines guidé par ses camarades chauffeurs qui l'ont progressivement formé.  
 
Je poste ici les images de mon récit, des scans de livrets maritimes, surtout celui de l'engagement de mon grand-père dans l'équipage du Languedoc du 18 mai 1916 qui atteste qu'il était bien à bord de ce dernier le jour de la tragédie. Il fut sûrement le plus jeune survivant blessé aux machines du LANGUEDOC qui en survécut. L'éclat d'obus n'avait heureusement que glissé sur son crâne. Il s'éteignit dans sa famille à Aix-en-Provence à 97 ans.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/20051/FasciculeMar.Mar.Papen3page1.jpghttp://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/20051/fasciculeInscript.MaritimePapecouv.pnghttp://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/20051/fasciculemaritimepage4.jpghttp://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/20051/LivretProMaritime.PapeCouverture.jpg
 
Je  vous remercie tous pour cette page, qui, je peux le dire, m'a provoqué une vive et poignante émotion en 2016 et depuis longtemps je souhaitais y laisser ce long récit. J'y retrouve les mots même de mon grand-père, l'histoire qu'il me conta, rapporté point pour point trait pour trait par le témoignage d'enquête de tout l'équipage qui sur cette page commémore et perpétue un peu de sa mémoire, de son histoire, et c'est comme si une partie de lui vivait encore ici. Cela m'émeut beaucoup car c'était un homme meurtri (surtout après le naufrage du LAMORICIÈRE auquel il assista sans pouvoir y sauver les femmes et enfants emportés par les vagues de 12 mètres) et qui a une une dure vie, mais un homme doué d'une infinie tendresse pour ses proches, et dont aucune trace de sa vie ne reste hormis cette page et une autre sur les Forums du naufrage du LAMORICIÈRE. Comme pour des milliers de marins de l'ère coloniale et poilus de 14-18, Il ne reste aucune trace de leur vécu alors que bon nombre d'entres-eux se trouvèrent pris dans des tragédies personnelles ou collectives graves et hors du commun de notre XXI ème siècle auxquels ils firent face et résistèrent. L'Histoire a purement et simplement balayée la vie épique des acteurs ouvriers et soldats de la marine coloniale française.
 
"La chasse n'est pas écrites par les lapins" comme ont dit, et il n'est le plus souvent rapporté de cette époque que la nostalgie du luxe démentiel fortuné des croisières d'antan des grands transatlantiques sur lequel se focalisent des expositions commémoratives de grandes compagnies maritimes françaises, et ce même jusqu'au bout du monde. Heureusement pour la mémoire de nos aïeux marins et poilus, ce site-forum (et quelques autres) permet de remettre à leur vraie place le réel vécu de ces acteurs et de leurs navires oubliés, fussent-ils même cargos, caboteurs, ou remorqueurs, aux drames aussi poignants qu'un Titanic chargé de fraternité, de résistance, d'amitié solidaire, souvent nommé "héroïsme" là où ils n'obéirent qu'à leur conscience éthique, et c'est bien ainsi : c'est essentiel, car c'est cela qui a marqué la vie affective de leurs descendants, bien au-delà des commémorations post-colonialistes du faste des grands navires de la marine de guerre ou de commerce qui n'exalte que la grandiosité de la fortune fondée sur l'exploitation méprisante des hommes et des territoires colonisés par les armes.
 
Mon père ethnologue me disait qu'il existe un dicton pour les marins, eux qui vivent sans cesse loin des autres et des sociétés des continents, Ce dicton dit "ni vivant, ni mort : marin". Des hommes nécessairement exilés et détachés des joies du monde solide, éloignés des vivants et des sociétés, ayant un univers a eux difficilement communicable à ceux qui vivent sur les continents.
 
Ainsi vécurent mon grand-père et mon arrière grand-père. Ce dernier ayant prit mon grand-père en amitié car ils n'avaient tous deux pas connu leur propre paternel. Une amitié solide, car il lui maria sa fille pour lui offrir une famille et pour que chacun d'eux ne fut alors plus seul. C'était aussi ça les marins de 14-18 : cette entraide réciproque solidaire qu'on retrouve chez les ouvriers et soldats, la fraternité solidaire induite par une lutte à un monde dur et impitoyable, celui des années 1900 du capitalisme exponentiel et de ses guerres, car isolés, ces ouvriers furent restés encore plus vulnérables.  
Ma famille fut fondée par cette amitié résiliante nouée entre deux marins qui se sont adoptés et rapprochés par l'absence de reconnaissance ou de présence paternelle, tous deux n'ayant jamais rencontré et connu ou été reconnu de leurs père respectif.
 
Merci encore Daniel, votre maxime d'Avatar que je ne connaissais pas est très émouvante.  
Mes amitiés à toutes et tous les passionnés de 14-18, avec mes vifs et fervents remerciements pour cette page commémorative d'Histoire, la vraie, celle qui s'attache à relater le vécu de ces poilus et des équipages des navires protagonistes dans le détail du rapport des faits.
 
À bientôt j'espère !
 
Jean-Christophe, de Marseille http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/icones/smilies/hello.gif
 
 
P.S. Pour effectuer fidèlement la maquette du navire de mon grand-père je recherche sans relâche des plans de coupe et de pont du paquebot mixte S.S. Gouverneur Général CHANZY, paquebot mixte de poste construit par Cammel Laird à Liverpool aux chantiers de Birkenhead en 1922 pour le gouvernement français et la Compagnie Générale Transatlantique French Line . À défaut de pouvoir les trouver, j'ai eu la chance de pouvoir acquérir ceux du Gouverneur Général GREVY, son sister-ship, construit au chantier de l'Atlantique, et aménagé aux chantiers de Penhoët à Saint-Nazaire (dit Chantiers de La Loire). Ce sont des plans d'ingénieur des aménagements du GRÉVY, mais des différences notables d'aménagements subsistent. Si l'un de vous sait à quel centre d'archive j'ai des chances de retrouver les plans de pont, de coupe, ou de construction du Gouverneur Général CHANZY, ou a la moindre piste maritime en ce sens, qu'il n'hésite pas à me laisser un message personnel. Merci beaucoup, par avance, de votre aide en ce sens.


Message édité par francois-alexandre le 07-08-2017 à 02:39:08
n°46059
francois-a​lexandre
Posté le 17-02-2017 à 00:16:04  profilanswer
 

Je viens de trouver des précisions dans le récit chronologique du Second Capitaine SAINT-PLANCAT témoignage-rapport sur les faits de la perte du LANGUEDOC (le récit est quasi complet, il manque 2 pages sur les 7) Source : "Guerre 14/18 : Marine de guerre, Marine de commerce - Citations" ouvrage en vente en ligne sur amazon et d'autres librairies.
 
J'ai ajouté ces pages car on y trouve des détails, notamment le sauvetage et retour de l'équipage au port d'attache de Marseille avec ses deux blessés graves
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/20051/Capturedecran20170216a23.28.26.pnghttp://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/20051/Capturedecran20170216a23.28.08.pnghttp://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/20051/Capturedecran20170216a23.28.48.pnghttp://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/20051/Capturedecran20170216a23.29.13.pnghttp://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/20051/Capturedecran20170216a23.31.38.png
 
Amitiés,
 
Jean-Christophe


Message édité par francois-alexandre le 17-02-2017 à 00:23:52
n°46063
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 17-02-2017 à 17:50:41  profilanswer
 

.
   Bonsoir Jean-Christophe,
 
   Sur la foi de votre témoignage, j’ai considéré que François Alexandre RAVIS était membre de l’équipage du cargo Gascogne  Languedoc, sans pour autant disposer de la liste complète des marins qui en constituaient l'équipage. La liste d'embarquement correspondante figure peut-être dans les archives de la Chambre de commerce de Marseille, port d’armement du bâtiment ; cet organisme consulaire est en effet dépositaire de nombreuses archives des armements marseillais, et probablement de celles de la Société générale de transports maritimes.
 
   Tragédie du sort, votre grand-père a été orphelin de père dès l’âge de dix jours. Son père, Albert Pierre RAVIS, est en effet décédé le 31 janvier 1898 à Alger, au 1, rue de Phalsbourg, son domicile (Registre des actes de décès de la ville d’Alger, Année 1898, f° 64, acte n° 251). Sa mère s’est remariée le 27 février 1902 à Alger avec un compatriote, Juan Bautista MASCARÓ, né le 28 décembre 1857 à Tàrbena (Province d’Alicante, Espagne), journalier de son état (Registre des actes de mariage de la ville d’Alger, Année 1902, f° 60, acte n° 60). Semble-t-il, ils vivaient déjà ensemble, au 3, rue du Lavoir.

Message cité 1 fois
Message édité par Rutilius le 07-03-2017 à 17:55:44

---------------
Bien amicalement à vous,
Daniel.
n°46064
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 17-02-2017 à 18:11:45  profilanswer
 

.
   Bonsoir à tous,
 
 
                                                                                 Reconstitution partielle de la liste d’équipage du cargo Languedoc
 
                                                                                                                      [20 hommes / 28]
   
                                                                                                                    Marins du commerce
 
                                                                                                                            État-major
 
 
   — BATTISTI Pierre Dominique, né le 27 février 1874 à Marseille (Bouches-du-Rhône) et décédé le ... à ... (...). Capitaine, capitaine au long-cours, inscrit à Bastia, f° et n° 203 ; classe 1894, n° 1.386 au recrutement de Bastia. [Blessé]. Commandait le Languedoc depuis le 21 mars 1916. Rentré d’Autriche, où il était en captivité, le 12 novembre 1918.
 
   — SAINT-PLANCAT Célestin Pierre, né le 29 décembre 1879 à Cierp (Haute-Garonne) et décédé le 29 décembre 1953 à Marseille (Bouches-du-Rhône). Second capitaine, capitaine au long-cours, inscrit à Marseille, n° 865.
 
   — LE MOAL ... Lieutenant, inscrit à ...  
 
   — MIQUELIS Étienne Marius, né le 11 décembre 1874 à Marseille (Bouches-du-Rhône) et décédé le ... à ... (...). Chef mécanicien, inscrit à ... [Blessé à la main droite].
 
   — BERTONI ... Second mécanicien, inscrit à ...  
 
   — OLIVIERI ... Troisième mécanicien, inscrit à ...  
 
   — LE ROUILLÉ Pierre Marie. Maître d’équipage, inscrit à Binic, n°  256. [Blessé].
 
   — BLANC ... Restaurateur, inscrit à ...  
 
 
                                                                                                                     Hommes d’équipage
 
 
   — ALATA ... Matelot, inscrit à ...  
 
   — BOCHER ... Matelot, inscrit à ... [Tué à son poste].
 
   — CAMONS ... Premier chauffeur, inscrit à ... [Blessé grièvement].  
 
   — HECK Armand Élie. Premier chauffeur, inscrit à Marseille, n° 5.611. [Blessé].
 
   — PELLEGRIN ... Matelot, inscrit à ...
   
   — RAVIS François Alexandre. Soutier, inscrit à Alger, n° 2.834.  
 
   — TORRE ... Matelot, inscrit à ...  
 
   — VELLICIA ... Matelot, inscrit à ...  
 
    ... / ...
 
                                                                                                                         Marins de l’État
 
 
    — GRÉVELLEC Alexandre Joseph Marie, né le 26 avril 1889 à Moëlan-sur-Mer (Finistère). Quartier-maître canonnier (1er octobre 1913) [Second maître canonnier le 1er avril 1919], inscrit au quartier de Lorient le 4 novembre 1907, n° 9.512 ; classe 1909, n° 2.854 au recrutement de Quimper.
 
   Fils de Jean-François GRÉVELLEC, né vers 1849, cultivateur, et d’Honorine SOUFFEZ, née vers 1854, cultivatrice, son épouse (Registre des actes de naissance de la commune de Moëlan-sur-Mer, Année 1889, f° 10, acte n° 54).
 
   — FILIPPI ... Matelot de ... classe canonnier.
 
   — MADEC Pierre Marie Valentin, né le 13 février 1888 à Baden (Morbihan). Matelot de ... classe fusilier auxiliaire, inscrit à Auray, n° 4.323 ; classe 1908, n° 18 au recrutement de Vannes.
 
   Fils de Joachim Marie MADEC, né vers 1854, cultivateur, et de Louise BRIENT, née vers 1856, « ménagère », son épouse (Registre des actes de naissance de la commune de Baden, Année 1888, f° 11, acte n° 12). Époux de Marie Eugénie NICOLAZO, avec laquelle il avait contracté mariage à Baden, le 31 décembre 1912 (Ibid. – Mention marginale).
 
   — SÉBILO François. Quartier-maître fusilier réserviste, inscrit à Saint-Nazaire, n° 4.126.


Message édité par Rutilius le 07-03-2017 à 07:46:13

---------------
Bien amicalement à vous,
Daniel.
n°46065
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 17-02-2017 à 18:32:19  profilanswer
 

.
   Bonsoir à tous,
 
 
                                                                                  Le capitaine du cargo Languedoc lors de la perte de ce bâtiment
 
 
   — BATTISTI Pierre Dominique, né le 27 février 1874 à Marseille (Bouches-du-Rhône), au 6, rue Servian, décédé le ... à ... (...). Capitaine, capitaine au long-cours, inscrit à Bastia, f° et n° 203 ; classe 1894, n° 1.386 au recrutement de Bastia. [Blessé].  
 
    Fils d’Ange François BATTISTI, né vers 1836, marin, et de Marie Dominique MATTEI, née vers 1848, « ménagère », son épouse (Registre des actes de naissance de la ville de Marseille, Année 1874, Registre II., f° 91, acte n° 538). En 1893, domiciliés à Barrettali (Corse – aujourd’hui Haute-Corse –).
 
    Époux de Célestine Antoinette CARVIN, avec laquelle il avait contracté mariage à Marseille, le 16 janvier 1908 (Ibid. – Mention marginale).
 
 
                                                                            Le second capitaine du cargo Languedoc lors de la perte de ce bâtiment
 
 
   — SAINT-PLANCAT Célestin Pierre, né le 29 décembre 1879 à Cierp (Haute-Garonne) et décédé le 29 décembre 1953 à Marseille (Bouches-du-Rhône). Second capitaine, capitaine au long-cours, inscrit à Marseille, n° 865 [initialement inscrit en qualité de matelot le 29 juillet 1903 à Bordeaux, n° 4.124] ; classe 1899, n° 1.555 au recrutement de Saint-Gaudens.
 
    Fils de Louis Charles SAINT-PLANCAT, né vers 1847, ancien gendarme, et de Marie TOUCON, née vers 1851, « ménagère », son épouse (Registre des actes d’état civil de la commune de Cierp, Année 1879, acte n° 43).
 
   Par décret du 13 janvier 1938 (J.O. 16 janv. 1938, p. 735), promu au grade d’officier dans l’Ordre du Mérite maritime.
 
   Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur.
 
 
                                                                             Le chef mécanicien du cargo Languedoc lors de la perte de ce bâtiment
 
 
   — MIQUELIS Étienne Marius, né le 11 décembre 1874 à Marseille (Bouches-du-Rhône) et décédé le ... à ... (...). Chef mécanicien, inscrit à ... [Blessé à la main droite].
 
    Fils de Jacques Marius Félix MIQUELIS, né vers 1842, forgeron, et de Marie Thérèse Alexandrine RICCIADO, née vers 1845, voilière, son épouse (Registre des actes de naissance de la ville de Marseille, Année 1874, Registre X., f° 29, acte n° 166).
 
    Époux de Carmelle Marie DI RUSSO, née le 25 octobre 1877 à Marseille, sans profession, avec laquelle il avait contracté mariage à Marseille, le 14 juin 1902 (Registre des actes de mariage de la ville de Marseille, Année 1902, Registre IV., f° 332, acte n° 330).


Message édité par Rutilius le 07-03-2017 à 07:48:22

---------------
Bien amicalement à vous,
Daniel.
n°46066
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 17-02-2017 à 19:18:03  profilanswer
 

.
   Bonsoir à tous,
 
                                                                                                                          Récompenses
 
                                                                                                              Citations à l’ordre de l’armée
 
 
                                                                                                      Journal officiel du 29 mai 1916, p. 4.780.
 
   « Citations à l’ordre de l'armée.
 
   Sont cités à l’ordre du jour de l'armée :
 
   Le vapeur Languedoc, capitaine Battisti, pour avoir résisté pendant deux heures à l’attaque d’un sous-marin ennemi qui lui a tué ou blessé treize hommes et a fini par lui causer des avaries de barre et de coque lui interdisant toute prolongation de la résistance.

 
  [...]
 
   Le matelot Bocher, pour avoir fait preuve de courage et d’abnégation pendant la lutte que le vapeur Languedoc a soutenue contre un sous-marin ennemi (tué à son poste de combat).
 
   Le premier chauffeur Camons, pour le courage et le sang-froid dont il a fait preuve pendant la défense du Languedoc contre un sous-marin ennemi (blessé grièvement).  
 
   Le capitaine au long cours Saint-Plancat, second ;
 
   Le Moal, lieutenant ;  
 
   Miquelis, chef mécanicien (blessé à la main droite) ;  
 
   Bertoni, second mécanicien ;
 
   Olivieri, troisième mécanicien,  
 
   pour avoir assuré, par leur exemple et par leur énergie, le courage et la résistance de l’équipage du Languedoc.  
 
   Les matelots Filippi, Alata, Pellegrin, Vellicia, M. Blanc, restaurateur, pour le courage dont ils ont fait preuve pendant la défense du vapeur Languedoc, contre un sous-marin ennemi.
»
 
 
                                                                 Journal officiel du 25 juin 1916, p. 5.555 – Erratum Journal officiel du 29 juin 1916, p. 5.700.
 
 
   « Citations à l’ordre de l'armée.
 
   Sont cités à l’ordre du jour de l'armée :

 
   [...]
 
   Le Rouillé (Pierre-Marie), maître d'équipage, Binic 256 ;
 
   Heck (Armand-Élie), 1er chauffeur, Marseille 5.611.
 
   Blessés en remplissant courageusement leur devoir lors de l’attaque du vapeur Languedoc par un sous-marin ennemi, le 20 mai 1916.
»
 
 
                                                                                                 Journal officiel du 9 juillet 1916, p. 6.097.
 
 
   « Citations à l’ordre de l'armée.
 
   Sont cités à l’ordre du jour de l'armée :

 
   [...]
 
   Sebilo (François), quartier-maître fusilier réserviste, Saint-Nazaire, 4.126 ;  
 
   Grevellec (Alexandre), matelot fusilier auxiliaire, Lorient, 9.512 ;  
 
   Madec (Pierre), matelot fusilier auxiliaire, Auray 4.323 :  
 
   Ont fait preuve de beaucoup de courage et de sang-froid pendant la défense du vapeur Languedoc contre un sous-marin ennemi.
»
 
 
                                                                                                                       Légion d’honneur
 
 
    Par décret du Président de la République en date du 19 juillet 1916 (J.O. 21 juill. 1916, p. 6.502), le capitaine du cargo Languedoc fut nommé au grade de chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur dans les termes suivants :
 
   « M. Battisti (Pierre-Dominique), capitaine au long cours, 21 ans 9 mois de services ; commandant le vapeur Languedoc, qui a résisté pendant deux heures à l’attaque d’un sous-marin ennemi qui lui a tué ou blessé treize hommes et a fini par lui causer des avaries de barre et de coque lui interdisant toute prolongation de résistance. »
 
 
    Par arrêté du Ministre de la Marine en date du 6 juillet 1921 (J.O. 8 juill. 1921, p. 7.854 et 7.855), le chef mécanicien du cargo Languedoc fut inscrit au tableau spécial de la Légion d’honneur pour le grade de chevalier dans les termes suivants :
 
   « Miquelis (Étienne-Marius), officier de la machine : brillante conduite pendant l’attaque du vapeur Languedoc par un sous-marin. »


---------------
Bien amicalement à vous,
Daniel.
n°46205
francois-a​lexandre
Posté le 06-03-2017 à 02:13:10  profilanswer
 

Rutilius a écrit :

.
   Bonsoir Jean-Christophe,
 
   Sur la foi de votre témoignage, j’ai considéré que François Alexandre RAVIS était membre de l’équipage du cargo Gascogne, sans pour autant disposer de la liste complète des marins qui en constituaient l'équipage. La liste d'embarquement correspondante figure peut-être dans les archives de la Chambre de commerce de Marseille, port d’armement du bâtiment ; cet organisme consulaire est en effet dépositaire de nombreuses archives des armements marseillais, et probablement de celles de la Société générale de transports maritimes.
 
   Tragédie du sort, votre grand-père a été orphelin de père dès l’âge de dix jours. Son père, Albert Pierre RAVIS, est en effet décédé le 31 janvier 1898 à Alger, au 1, rue de Phalsbourg, son domicile (Registre des actes de décès de la ville d’Alger, Année 1898, f° 64, acte n° 251). Sa mère s’est remariée le 27 février 1902 à Alger avec un compatriote, Juan Bautista MASCARÓ, né le 28 décembre 1857 à Tàrbena (Province d’Alicante, Espagne), journalier de son état (Registre des actes de mariage de la ville d’Alger, Année 1902, f° 60, acte n° 60). Semble-t-il, ils vivaient déjà ensemble, au 3, rue du Lavoir.


 
Merci Daniel ! les informations d'état-civil que vous me communiquez et exposez ici m'éclairent. Elles mettent en lumière (surtout la dernière phrase qui m'intrigue) que mon grand-père fut livré à lui-même très jeune, mal-aimé, semi-délaissé, quasi-abandonné, en bref, rejeté, quoi ! je ne sais pourquoi. C'est sans doute pour cela que je l'ai toujours vu si triste et pensif étant seul. Je savais qu'à 12 ans il ne vivait déjà plus chez sa mère remariée mais avait été recueilli chez sa tante et son oncle qui l'exploitèrent dans leur droguerie de Bab-El-Oued ou dans autre quartier algérois de colons, foyer d'où il s'enfuit alors vers le port pour s'embarquer et mettre fin à sa condition trop dure de vie (son oncle et sa tante le laissait coucher sur une paillasse dans la réserve). Il m'avait dit qu'il avait encore sa jeune sœur qu'il avait aussi prit avec lui pour veiller sur elle. Sa mère avait semble t-il abandonné ses deux enfants. Juan Bautista MASCARO et Francesca-Maria RIPOLL se connaissaient sans doute depuis longtemps, étant originaires tous deux du même village espagnol de Tarbena, près d'Alicante. Y at-il eut un mariage arrangé ou forcé de Francesca-Maria RIPOLL avec Albert-Pierre RAVIS entre 2 familles ? ce n'est pas impossible, ça y ressemble et c'était fort courant en 1890. Cela expliquerait le rejets des deux enfants, voire même affectant le décès de mon arrière grand-père Albert-Pierre dont le décès jeune reste bien mystérieux alors qu'il venait d'être père. Ce syndrome de perte-abandon-rejet parental s'est transmis ultérieurement, inconsciemment, je l'ai très clairement identifié ainsi sur quatre génération de ma famille où l'enfant fut sans cesse délaissé ou rejeté par le père pour l'endurcir.
 
En effet, je ne sais pourquoi, mais Juan Bautista MASCARO n'a certainement pas plus été un père adoptif pour mon grand-père orphelin de père que ce dernier aura alors pu être un père avec le mien et que le mien l'aura été avec moi : "l'enfant se doit de rester seul, et se débrouiller seul" s'est érigé depuis longtemps en un précepte éducatif dans ma famille (et qui se ressemble s'assemble n'a fait que le renforcer, ma mère ayant aussi eu un père qui ne pouvait être constant car sujet à la dépression). On le sait, ce traumatisme "padre-padrone" méditerranéen a été refoulé et a infusé nombre de générations, s'est répété, se rejouent encore, créant dans beaucoup de familles du pourtour méditerranéen (à fortiori dans une époque d'exils dû à la colonisation) une situation anachronique d'abandonnite caractérisée par des souffrances non exprimables par le langage entre des pères lésés et des fils ou filles lésés, car l'inconscient manque de complicité et reconnaissance parentale est ressenti chez le parent lésé par l'enfant qui le revit aussi à son tour par la suite. C'est triste mais c'est ainsi : on ne peut trouver et transmettre l'amour complice quand on ne l'a pas reçu ou bien trop mal reçu. Il devient difficile d'en sortir alors, car les amis et tiers ne peuvent remplacer la qualité de la relation intra-familiale qui est fondatrice pour ces enfants de leur intégration sociale et de leur réussite parentale. Marseille, Alger, et d'autres villes portuaires d'immigration sont pleines d'enfants orphelins esseulés ou repoussés qui furent élevés par d'autres familles que leurs géniteurs (quand ils en eurent même la chance) et qui sont empreints de cette pathologie d'incomplétude affective.
 
J'aimerais beaucoup en découvrir plus sur les actes et les affects que Juan Bautista MASCARO et de mon arrière grand-mère Françoise-Marie RIPOLL (Francisca Maria en espagnol) firent vivre à mon grand-père marin, le soutier du LANGUEDOC et à sa sœur. J'y aurais trouvé certainement des réponses familiales éclairantes sur mes propres affects, sur une pathologie familiale parent-enfant qui s'est jouée en 1900 et perdure encore aujourd'hui, un fardeau archaïque d'indicible souffrances qui a plus d'un siècle et qui pourtant tire encore les ficelles des inconscients de ma famille.
 
Merci infiniment, Daniel, de vos recherches et informations si bien référencées. C'est surprenant comme ces annotations et relevés d'état civil de plus d'un siècle peuvent parvenir à mieux éclairer le présent ! : vous ave écrit "ils vivaient déjà ensemble, au 3, rue du Lavoir" or il y a 40 ans, en 1977, mes parents choisirent d'acheter leur premier logement dans une traverse à Aix-en-Provence dont le nom était "du lavoir de Grand-mère" et le lavoir, symboliquement, reste ce lieu où "on lave son linge sale en famille" le battoir à la main... Le hasard n'existant pas, il fallait bien que ce choix de domiciliation vienne de quelque part : mon père savait très certainement où avait vécu sa grand-mère paternelle (Francisca Maria) avec Juan Batista MASCARO car il avait eu accès aux archives d'État-Civil d'outre mer qui sont à tout justement à Aix-en-Provence.
 
P.S. Vous écrivez "j’ai considéré que François Alexandre RAVIS était membre de l’équipage du cargo Gascogne..." vous vouliez sans doute écrire "membre de l’équipage du cargo Languedoc".
 
Pour avoir la liste d'embarquement de son équipage j'irai voir à la CCIM, la Chambre de Commerce de Marseille pour savoir si elle détient les archives de la SGTM (j'espère qu'elles n'ont pas été emportées au Havre où sont parties les archives du patrimoine de la Transat conservées par l'Association French-Lines depuis la séparation de la CGT/Transat avec la CGM de Marseille) et j'aurais peut-être la chance de pouvoir y retrouver une trace de l'affectation de mon grand-père à l'équipage du LANGUEDOC. Je l'espère.

Message cité 1 fois
Message édité par francois-alexandre le 18-05-2017 à 09:32:15
n°46227
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 07-03-2017 à 17:53:09  profilanswer
 

.  
   Bonsoir Jean-Christophe,

francois-alexandre a écrit :

« P.S.  Vous écrivez : "J’ai considéré que François Alexandre RAVIS était membre de l’équipage du cargo Gascogne..." vous vouliez sans doute écrire "membre de l’équipage du cargo Languedoc". »

              Simple lapsus, bien évidemment ! Je corrige...


---------------
Bien amicalement à vous,
Daniel.
n°47084
francois-a​lexandre
Posté le 04-08-2017 à 16:10:47  profilanswer
 

Salutations à vous, Daniel !
 
Je viens de trouver et ajoute à notre page commémorative une CPA qui offre enfin une vue du profil tribord du LANGUEDOC mouillé au Quai des Forges de la Joliette, exactement là où il apparait aussi amarré sur la première photo vu par sa poupe, c'est à dire sur la digue qui fait face à la Cathédrale de la Major. Cette prise de vue n'est pas datée, hélas, sans doute vers 1915, mais cette rare CPA offre enfin une belle vue du profil de notre valeureux cargo à son point de mouillage à la Joliette à Marseille.  
 :
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/20051/LeCargoLanguedocauxbassinsdelaJoliette.jpg
 
Une autre photo de 1903 montre ses sister-ship de la SGTM en premier plan à la Joliette de l'autre coté près de la Cathédrale de la Major où ils sont semblables en tout point sauf que leurs cheminées diffèrent : elle sont toutes plus courte que la cheminée du LANGUEDOC, qui, comme celle du Savoie et du Provence de la SGTM, a une cheminée nettement plus longue et plus fine que celle des deux précités. Il y avait peu de ces cargos de charge qui aient eu de si hautes et si fines cheminées dans la flotte SGTM, ce qui aide à pouvoir identifier le LANGUEDOC sur les CPA et photos du début du siècle dernier.
 
On peut aussi retrouver la première photo publié sur notre page dans le livre très intéressant et très complet d'Alain Croce paru chez l'éditeur MDV en 2002 qui donne des infos techniques précises et relate l'histoire de chacun des navires de la SGTM, un ouvrage non réédité mais qui se trouve encore heureusement d'occasion. A conseiller à tout passionné des chargeurs de Méditerranée. Son titre : "LA SOCIETE GENERALE DES TRANSPORTS MARITIMES A VAPEUR et ses filiales compagnie de navigation France Amérique/Sefton Steamships Company & Llyod Latino" (ISBN 10: 2910821501 / ISBN 13: 9782910821500)
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/20051/lasocietegeneraledestransportsmaritimesavapeuretsesfilialesAlainCroce.jpg
 
En voici la page photographiée portant sur le LANGUEDOC :
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/20051/LanguedocpagedanslelivreLASOCIETEGENERALEDESTRANSPORTSMARITIMESAVAPEURetsesfilialescompagniedenavigationFranceAmerique.jpg
 
La photo du dynamitage du LANGUEDOC prise par les officiers allemands depuis l'U34 reste malheureusement la plus poignante. Bien qu'étant la plus historique, elle reste la plus cruelle et la plus sinistre.
 
Impossible de trouver d'autres photos inédites de notre valeureux cargo sur la toile Internet (et j'ai cherché longtemps...) mais l'image d'une affiche de la flotte SGTM permet enfin de connaitre les couleurs du LANGUEDOC, ce qui manque aux photos prises en noir et blanc en entre 1903 et 1916. Le LANGUEDOC est sans doute représenté vers le haut à gauche sur cette affiche très ancienne (1900) parmi la flotte des chargeurs de la SGTM. J'ajoute donc également l'image de cette sympathique affiche ci-dessous :
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/20051/AffichedelaflottedelaSGTMSocieteGeneraledeTransportsMaritimes.jpg
 
A bientôt j'espère, :hello:
 
Amitié à tous les marins, à leurs familles, à leurs proches, et tout ceux qui commémorent leur mérite.  
 
Jean-Christophe


Message édité par francois-alexandre le 07-08-2017 à 02:21:46

Aller à :
Ajouter une réponse