Il y a 71 utilisateurs connus et inconnus. Pour voir la liste des connectés connus, cliquez ici

 Mot :   Pseudo :  
 
 Page :   1  2
Page Suivante
Auteur Sujet :

CURIE - Sous Marin

n°39873
Tomas Petr​an
Posté le 15-05-2014 à 18:11:25  profilanswer
 

Reprise du message précédent :
Lors du tournage du film documentaire de la television tcheque nous avons trouve la correspondance du maitre mecanicien du sous marin Curie, M. Paul Delmaye. Il s´agit d´un paquet de cartes postales, adresses a Paul Delmaye de la part de sa famille et ses amis. Les cartes ont ete pris a bord du sous marins probablement pendant son re-equipement par les Autrichiens par un des marins austro-hongrois d´origine tcheque, qui etait le mecanicien sur des sous-marins pendant la guerre de 14-18. Actuellement ces cartes sont garde dans la famille a Pribram, Rep. tcheque, a 50 km de Prague. Est il possible de nous aider et d´essayer de trouver ou de contacter la famille de M. Paul Delmaye dans le cadre de notre tournage? Le modele du sous-marin Curie, construit par un des marins francais dans le camp de Deutsch Gabel (Jablonne v Podjestedi) fait parti de l´exposition du Musee militaire a Prague.
Cordialement
Tomas Petran, realisateur du film sur la guerre de l´Adriatique 14-18, projet effectue dans le cadre du cycle Raport sur la Grande Guerre, produit par la Czech TV

n°39874
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 15-05-2014 à 23:26:30  profilanswer
 


   Bonsoir et bienvenue,
 
   
   Pour orienter vos recherches :
 
 
   — DEMAY Paul, né le 11 janvier 1880 à Montluçon (Allier) et décédé le 28 octobre 1939 à Léré (Cher). Inscrit à Marseille, n° 6.777.
 
   Fils de :
 
   – Charles DEMAY, sellier, né le 2 juin 1835 à Saint-Amand-Montrond (Cher), lui-même fils de Raimond DEMAY et de Marie Fortunée Pauline AMELIN ;
 
    et de Marie LEMOINE, sans profession, née le 19 décembre 1848 à Sauvigny-les-Bois (Nièvre), elle-même fille d’André LEMOINE et de Bénigne BLUZAT.  
 
   Reconnu et légitimé par l’acte de mariage de ses parents, célébré à Montluçon, le 19 janvier 1887.
 
   Au moins deux frères et une sœur :
 
   – Albert, né à Montluçon, le 11 mars 1873 ;
 
   – Marie Irma, née à Montluçon, le 29 juillet 1875 ;
 
   – Charles, né à Montluçon, le 4 avril 1877.
 
   (Registre des actes de naissance de la ville de Montluçon, Année 1880, f° 5, acte n° 25. – Registre des actes de mariage de la ville de Montluçon, Année 1887, f° 6, acte n° 11)
 
   Un fils : Robert DEMAY, né le ... à ... (...). Selon les mentions du faire-part annonçant son décès :
 
      —> http://www.culture.gouv.fr/LH/LH06 [...] 55V002.htm
 
 
   ■ Carrière.
 
   — 1er juillet 1912 : Promu au grade de second maître mécanicien (Déc. min. 29 juin 1912, J.O. 30 juin 1912, p. 5.750).
 
 
  ■ Distinctions.
 
   — Avec les autres hommes d’équipage du sous-marin Curie, cité en ces termes à l’ordre de l’armée (J.O. 10 juill. 1915, p. 4.681) :
 
   « ... du sous-marin Curie : ont fait preuve du plus grand héroïsme en pénétrant au fond d’un port ennemi malgré la multiplicité des moyens de défense ; ont lutté avec la plus grande énergie pour échapper à l’ennemi et ont coulé le bâtiment pour éviter qu’il ne tombe entre ses mains. »
 
   — Par arrêté du Ministre de la Marine en date du 18 juillet 1919 (J.O. 19 juill. 1919, p. 7.455), inscrit au tableau spécial de la Médaille militaire. Alors maître mécanicien affecté à l’École des mécaniciens et chauffeurs de Toulon (Var).
 
   — Par décret du 29 juin 1923 (J.O. 11 juill. 1923, p. 6.647), nommé chevalier de la Légion d’honneur dans les termes suivants :
 
   « Demay (Paul), Marseille 6777, maître mécanicien, médaillé militaire du 18 juillet 1919 ; 22 ans 8 mois de services, dont 14 ans 5 mois à la mer et 5 ans 2 mois en guerre. Campagnes de guerre 1914~1919. 1 citation. 1 proposition extraordinaire. 6 blessures dont 2 de guerre. »
 
   Alors maître mécanicien affecté à la Flottille du Rhin.
 


---------------
Bien amicalement à vous,
Daniel.
n°41996
docteurno
Vlà m'tiète, min cu i vient
Posté le 01-05-2015 à 19:33:24  profilanswer
 

Bonsoir
 
Ayant acquis un volume relié de plusieurs journaux de l'Ouvrier , illustrés et paraissant le Samedi (du N° 18 du 02/09/1916 au N° 52 du 27/04/1918)  
 
Dans le N°1 du 05/05/1917 , j'ai trouvé (page 6), un récit de l'épopée du sous-marin le "Curie" et je vais en donner la transcription intégrale (en plusieurs épisodes)  
 
Il ne faudra pas perdre de vue que je ne suis pas l'auteur de la prose, elle est de Georges G.-TOUDOUZE et date de 1918

Citation :

L'auteur à dit :
Le récit qu’on va lire, récit d’épopée, a été reconstitué, minute par minute , au moyen de documents inédits récemment parvenus en France


L’Héroïque aventure du sous-marin « Curie »
 
Le Curie, qui porte fièrement le nom de l’un des plus audacieux parmi les français, entend risquer une dramatique aventure : il veut forcer le port de Pola

  • En vérité, c’est une gageure : tout au sud de la presqu’île de l’Istrie, bâtie sur les ruines d’une cité jadis rasée par Jules César, Pola est assise au fond d’une magnifique baie et encadrée de collines hautes de 40 à 60m ; l’entrée de cette baie est resserrée entre le cap Compare au sud et la pointe del Cristo au Nord . Cela forme un goulet qui a 800m de large pour commencer, se rétrécit lentement, et, entre la batterie de Zonchy et la digue, mesure 300m à peine . Mais derrière la digue, s’étale un bassin semi-circulaire qui sert au mouillage aux plus beaux cuirassés de l’Autriche ; mais derrière ce bassin, à l’abri des îlots Santa-Catarina, San-Andrea, San-Pietro, repose le meilleur arsenal de l’Autriche . Il est vrai que 30 forts et batteries armées de canon de 240 et de 280 mm dessinent autour de ces précieuses richesses une herse de mitraille . Mais s’il n’y avait pas de difficultés, où serait la gloire ? A vaincre sans péril …

Le Curie est parti …

  • Adroitement, usant des heures de nuit pour naviguer en émersion, il sait éviter les rondes des torpilleurs et des destroyers qui battent l’estrade de ci de là . Marchant droit au but, il arrive au lieu choisi pour la plongée ; voici tout à la fois le jour et les collines de L’Istrie qui se découpent en noir sur le ciel éclairci de la toute prime aurore . Il est temps .
  • Les panneaux sont fermés, le dôme du kiosque vissé ; avec un bruit familier, les water-ballasts engloutissent par leurs valves l’eau fraîche de l’Adriatique, et lentement, le Curie s’efface de la surface de la mer
  • Un grand moment de silence ; tout va bien à bord
  • Le périscope émerge seul, tige presque invisible, dominant de très peu les lames qui le lèchent de temps à autre : autour du navire immobile à 9m de profondeur, rien de suspect n'apparait . C’est le calme du matin sur la mer apaisée, le calme d’une belle journée commençante …
  • En avant …
  • Les dynamos se mettent à bourdonner, l’hélice tourne, un friselis soyeux d’eau courante glisse le long de la coque sonore  

Le Curie est en marche …

  • Vers le succès, personne n’en doute, et pourtant, à bord, personne ne voit rien ; chacun est à sa tâche, attentif à rester, immobile pour ne pas troubler l’équilibre général, silencieux pour ne donner aucun éveil par une répercussion du son à la surface .  Le commandant, lieutenant de vaisseau 0’Byrne, seul voit quelque chose ; et ce qu’il voit au dehors motive ses ordres dont la raison n’est point connue, mais que chacun exécute parce que chacun sait que de l’exécution de ces ordres dépend la sécurité de tous.
  • Attentivement courbé devant le miroir sur lequel le périscope reflète l’immense panorama des eaux environnantes, des terres voisines et des cieux surplombant, le commandant 0’Byrne surveille tout à la fois, manœuvrant sans cesse le viseur qui tourne et retourne sur lui-même embrassant à 20 reprises le tour complet de l’horizon
  • Rien de suspect n’apparait : les officiers mariniers, les hommes de service qui, la main aux manettes de manœuvre, l’œil au compas gyroscopique, au manomètre, attendent les ordres sans bouger, lisent ce « rien de suspect » sur la physionomie concentrée mais calme du chef . Et confiants en lui, ils attendent .
  • Minutes, longues minutes d’anxiété, d’attente . L’invisible et l’inconnu étreignent ces hommes qui ne voient rien dans leur navire clos, et qui font le minimum de paroles nécessaires pour économiser en avares la précieuse provision d’oxygène dont tout mouvement inutile, tout mot superflu brûlent inutilement quelques millimètres cubes de plus . Rien … toujours rien … Une avance régulière … aucune avanture … Sur le miroir du périscope grandissent les collines du littoral qui se précisent, se détaillent, se colorent et maintenant, gagnant sur le ciel par leur faîte, sur la mer par leur base, envahissent la presque totalité du miroir réfléchissant …
  • Avidement, 0’Byrne contemple le merveilleux panorama : voici le cape Compare d’un côté, voici la pointe del Cristo de l’autre ; ces murs crépis, ce sont ceux des batteries de côtes ; ces points noirs, ce sont les embrasures par quoi les centaines de grosses pièces surveillent la mer ; cette tour, c’est un phare ; cette autre, un sémaphore ; cette maigre antenne noire, c’est le sans-fil

Le Curie approche encore  

  • Dans le miroir du périscope il ne se voit plus maintenant qu’une seule chose, immensément grossie jusqu’à déborder le cadre de toutes parts : cette chose, c’est le goulet de 800m, le goulet qu’aucun marin de France naviguant en surface n’a pu approcher depuis l’ouverture des hostilités, le goulet tout au fond duquel s’aperçoit une ligne de pierres blanches que le soleil du matin fait étinceler gaiement : la digue du port de Pola . Et derrière la digue, là, à portée de la main, semble-t-il , se dessinent les mâts, les cheminées, les superstructures de cuirassés dont les coques sont cachées par ce rempart de pierre : c’est la flotte autrichienne que nul n’a jamais vue depuis le 2 Août 1914 !
  • Une petite fièvre anime le vaillant officier : il n’y a plus qu’à entrer ...


Bonne soirée et à demain pour une partie de la suite
Cordialement
Jean-Pierre


Message édité par docteurno le 03-05-2015 à 13:54:24
n°42007
docteurno
Vlà m'tiète, min cu i vient
Posté le 03-05-2015 à 20:37:54  profilanswer
 

Bonsoir
 
Comme promis voici la suite de cette épopée
 

  • Et sans savoir ce que pense le chef, autrement que par induction puisqu’il n’a rien dit, tout le monde a compris, tout le monde est de son avis : on va entrer  
  • Il y en a qui, avant d’entrer, songeraient, tel le renard de la fable, à la sortie . Mais nos gens point !  

Il faut entrer :

  • Il sera toujours temps de s’occuper de la sortie par la suite, après besogne faite . Mais continuer d’avancer ainsi serait une imprudence inutile, car ce goulet est bien évidemment barré : filet, estacade flottante, mines, il y a certainement un de ces 3 obstacles, peut-être même les 3 . Il est donc nécessaire de prendre un guide ; et comme on ne peut prendre ce guide qu’à titre bénévole et à son insu, ilfaut donc attendre qu’il s’en présente un : ce sera le 1er bâtiment qui entrera
  • Et sur 1 signe qui ordonne quelques tours de manette, les dynamos cessent de ronfler en faux bourdon, l’eau presque aussitôt cesse de courir le long de la coque : suspendu ente 2 eaux comme 1 ballon dans l’air, le Curie reste là immobile ainsi qu’un chasseur guettant un passage d’oiseaux migrateurs . L’attente heureusement n’est point trop longue : tout là-bas dans le large 1 fumée, plusieurs fumées … Le périscope, manœuvrant adroitement, surveille à la fois la terre et ces fumées qui grandissent, grossissent, noircissent, s’étalent ; des points noirs agiles surgissent, se dessinent … Excellente aubaine : ce sont des bâtiments de flottilles, contre-torpilleurs rentrant du grand large où ils ont été observer de loin, de très loin, le plus loin possible, les mouvements des Français . Ils rentrent à toute allure, joyeux de retrouver le logis ; la terre aussitôt s’anime, les sémaphores parlent à grands gestes de bras en acier, de pavillons multicolores ; les contre-torpilleurs, maintenant proches, grâce à leur allure de grands lévriers des mers, répondent . Dialogue bien amusant dans les circonstances : « Rien de nouveau ? - Rien du tout – Les Français ?  - Ah ! ils sont loin …là-bas … à l’autre bout e l’adriatique … »

Tentation bien grande :

  • Si de 2 ou 3 torpilles décochées au passage, on montrait à ces galopeurs de vague de type Huszar ou type Tatra, que les Français sont plus près d’eux qu’ils ne l’imaginaient ? Le but vaut la dépense d’une torpille : jolis bâtiments de 400 tonnes pour les 1ers, 800 pour les 2èmes, qui marchent 1 trentaine de nœuds et sont de bons navires d’escarmouches … Justement ils ralentissent pour entrer . Mais non, ce qui est là-bas au fond du port vaut mieux : c’est la flotte des dreadnoughts . Il faut entrer, et voilà justement les guides tout trouvés . L’escouade des contre-torpilleurs en ligne de file, à vitesse réduite, vient d’emboucher le goulet, et ses évolutions répétées bâtiment par bâtiment indiquent, un crayon le dessinerait sur une carte, les dangers de la passe et des coudes du chenal praticables . C’et parfait .

En avant !  

  • Les dynamos ont repris leurs sourds bourdonnements, l’eau glisse de nouveau au ras des flancs d’acier . Le Curie, toujours invisible, a pris la file et, derrière le bâtiment de queue, répète minutieusement les mouvements les plus légers de son éducateur inconscient . Etrange défilé dont les sentinelles des batteries et les guetteurs des sémaphores ne peuvent deviner la triste ironie . Des minutes passent . Aux mouvements ordonnés, aux crochets incessants, « cinq à droite, dix à gauche, zéro », l’équipage a compris : on entre chez les Autrichiens, et cela a l’air d’aller bien . Simple promenade … si cela continue : promenade héroïque en tout cas, mais dont aucun des promeneurs ne semble même soupçonner le caractère d’invraisemblable épopée . A droite, à gauche, dans le miroir du périscope défilent à contre-bord, les falaises du goulet, de plus en plus proches à mesure que ce goulet se rétrécit, de plus en plus menaçantes aussi, de plus en plus armées : les batteries s’étagent, les canons surplombent, muets … Le passage n’a plus que 300m, une largeur de très moyenne rivière, et le fort de Zorchy montre ses grosses dents … C’est fait, il est dépassé et voici le bassin intérieur .
  • Le visage du commandant 0’Byrne laisse percer un demi-sourire que tout l’équipage répète de confiance : c’est un remerciement au contre-torpilleur, guide bénévole à la fois parfait et inconscient . Le Curie est dans la place .

Et maintenant au travail !

  • Ils sont là tout près, à l’ancre derrière la ligne de pierres blanches, et si nettement détachées dans le périscope …  Ils sont là immobiles et tranquilles, tout beaux, tout neufs, tout luisants, sans une tâche ni un accroc, en joujoux somptueux qui n’ont jamais servi, ces dreadnoughts splendides, merveilles de l’art naval que nos escadres attendent en vain, depuis des mois, aux rendez-vous de la haute mer.  
  • Voilà en particulier les deux jumeaux de 20 000 tonnes, Viribus-Unilis et Tegethoff, si fiers chacun de leurs 25 000 chevaux qui n’ont jamais couru, de leurs 12 canons de 305mm qui n’ont jamais tiré, non plus que leurs 12 canons de 150mm, leurs 18 de 70mm, leurs 2 de 47mm, en tout, à eux 2, 88 canons personnages d’importance à rôles muets … A côté de ces 2 là, voici d’autres unités non moins intéressantes , dont le carnet de silhouettes dirait leurs noms : en effet, comment, sans ce mémento, les reconnaitre puisqu’on ne les a jamais vus ? Il n’y aura que l’embarras du choix : on prendra le meilleur pour commencer, et les autres suivront, jusqu’à épuisement des torpilles …

Et après ? …

  • Eh bien, après, on verra … L’intéressant, c’est d’agir, puisqu’on est dans la place …


La suite , extraite du N°2 du 12/05/1917 (page 14) : ce sera pour demain ...
 
Bonne soirée
Cordialement
Jean-Pierre

n°42012
docteurno
Vlà m'tiète, min cu i vient
Posté le 04-05-2015 à 17:43:10  profilanswer
 

Bonsoir
 
Et bien , on est demain et voici La suite , extraite du N°2 du 12/05/1917 (page 14) ...
 
Vite des ordres  

  • Chacun une dernière fois assure le bon fonctionnement de l’engin qui lui est confié . Tout est paré ? En avant … Minute splendide d’émotion . Sous l’eau calme, le Curie s’élance à l’attaque . Dans son périscope les gros dreadnoughts deviennent énormes …

Et soudain le Curie s’arrête …

  • Au friselis joyeux de l’eau caressant les flanc d’acier, un bruit métallique, un grattement singulier … Le bâtiment a stoppé net et si brutalement que des hommes chancellent, que les lampes arrachées de leurs douilles s’éteignent, tombent, éclatent avec un coup sec …

Qu’y a-t-il ?  

  • Dans le périscope rien n’apparaît d’anormal : toujours, autour, l’eau calme et, devant les gros navires . Alors , il faut forcer l’obstacle inconnu : «300 ampères !» Les moteurs ronflent, les hélices tournent . Rien . Rien ne bouge . «500 ampères !» Rien . «800 ampères !» Rien . Ou plutôt si, quelque chose : des remous à la surface, remous dangereux, car sur le calme de ce bassin ils vont certainement attirer l’attention des observateurs les plus inattentifs . Il faut réduire tout de suite, stopper peut-être … A tout hasard, si l’on ne peut forcer, on peut reculer, chercher passage ailleurs …

«En arrière !»

  • Les dynamos tournent à rebours, les hélices aussi : le Curie ne bouge pas . Cette fois tout le monde a compris : c’est la toile d’araignée, le filet aux mailles d’acier dans lequel le sous-marin, butant à l’aveuglette, est venu s’empêtrer et qui, tendu entre 2 eaux, maintenant retient sa proie, agrippant ses mailles à tous les apparaux dépassant la coque . Sourcils froncés, guettant toujours au périscope, le commandant 0’Byrne tente un nouvel effort : en avant, en arrière, à droit, à gauche … Le Curie continue de rester immobile malgré les poussées du moteur à toute puissance, et l’on entend le filet qui racle la coque dans sa résistance de chose molle et tenace à la fois . Nouvel arrêt . Que faire , Une sorte de rage étreint tous ces hommes . A quelques mètres de ces buts admirables, échouer ainsi … Echouer au moment où la prodigieuse entreprise allait triompher ! … Il faut sortir du piège  

Il faut vaincre le filet …

  • Lutte épique, dans l’entre-deux des eaux contre l’inertie de la matière . Secousses, avancées, reculées, coups de barre, inclinaisons par l’avant, par l’arrière, changements de niveau par manœuvre des water-ballasts, essais de rupture par choc, par torsion, par écrasement, par arrachement, par alourdissement, tout est tenté . Rien ne réussit . Le filet tient toujours . Et la chaleur devient lentement étouffante, et l’air se charge de produits délétères, et l’oxyde de carbone peu à peu épaissit sur les planchers ses couches mortelles, et les accumulateurs usent leur énergie . Effroyable lutte menée dans le silence . Des heures passent . Comment les Autrichiens n’ont-ils encore rien vu, rien deviné ? Pourtant l’eau s’agite en remous insolites : leurs guetteurs sont donc bien inattentifs ? Le filet lui aussi remue, il tire sur ses amarres : il ne commande donc point de sonneries ?
  • Et le Curie continue de se débattre ; s’il pouvait s’arracher de là, ne fût-ce que pour un instant, pour le temps matériel de frapper 1 coup … Soudain un bruit étrange parvient aus oreilles des marins Français : les accents joyeux d’une musique militaire . Que se passe-t-il dans le port Autrichien ? L’œil à l’oculaire du périscope,le commandant crispe les poings : les Autrichiens sont en fête . Sur le quai là, devant lui, à portée de la main pour ainsi dire, il aperçoit un chef de musique bâton en main, des musiciens en cercle ; et puis voici les officiers de terre et de mer en grande tenue, des civils en costumes élégants, des femmes en toilettes claires .  

C’est le préfet maritime de Pola qui donne une grande fête

  • Ironie acerbe des choses . Les Autrichiens s’amusent, ce pourquoi sans doute ils montrent tant d’inattention . Ils s’amusent, car ils se croient bien loin de la guerre ; ils s’amusent, ces officiers, et ces marins qui ne quittent pas les suretés de leur port dont les vingt verrous les rassurent si bien ; ils s’amusent sans se douter que la hardiesse française a su se jouer de ces verrous et que  nos torpilles sont là à quelques mètres d’eux … qu’elles auraient déjà frappé sans ce filet … Quelques uns des guetteurs l’ont-ils vu remuer enfin, le filet ? Peut-être ! Mais si éloignés de soupçonner la hardiesse des nôtres, ils croient à quelque fausse maneuvre de leurs propres bateaux . Et la fête continue ...


Pendant ce temps, à bord du Curie …
 
Demain la fin de l'épopée  
 
Cordialement
Jean-Pierre

n°42073
docteurno
Vlà m'tiète, min cu i vient
Posté le 14-05-2015 à 18:35:54  profilanswer
 

Bonsoir à tous
 
La fin du récit , avec un peu de retard par rapport à ce que j'avais prévu
 

  • C’est l’agonie qui commence. La force électrique, la lumière et l’air manquent à la fois : les moteurs tournent de plus en plus lentement, les filaments des lampes rougissent, les poumons sont haletants. N’importe, on lutte encore : comme un thon dans un filet, comme le mirmillon enlacé dans le cirque par le rétiaire antique, le Curie épuisé se débat avec la frénésie du désespoir. A coups furieux, chocs forcenés, désespérées, ruées, reculs, enfoncements, le vaillant petit navire se débat avec la rage exaspérée de ses forces dernières …  
  • Suprême effort des agonisants !
  • C’est la pleine journée, une radieuse après-midi. Autour du navire, où l’air manque, l’eau battue se mélange à la vase arrachée du fond, une bouillie bourbeuse s’étale peu à peu … Sur les quais, la foule élégante circule au bercement rythmique des valses lentes savamment distillées par un orchestre de virtuoses. La fête bat son plein, fête aristocratique, fête non de guerre, mais véritablement de paix : la musique, les fleurs, les femmes, les uniformes de gala, les toilettes de haut prix, la vie élégante et gracieuse qu’il fait bon vivre quand on se sent en sécurité si loin de la guerre  - bien oubliée de tous ces mondains. Soudain , un cri, vingt cris, une immense clameur jetée par mille poitrines, et le motif dansant de l’orchestre se casse en pleine cadence, et les femmes s’évanouissent, et la foule tournoie en un reflux d’épouvante … Car là, tout près, au milieu de cette eau calme, entre ces navires plus parés que des yachts, dans ce cadre de port de guerre en fête  qui semble un décor de théâtre, quelque chose de monstrueux vient, soudain de surgir …Apparition infernale ! La mer, bousculée sous une poussée irrésistible, s’est ouverte et, dans un affreux remous d’eau, d’algues et de vase liquide, un monstre marin se dresse, ruisselant, un monstre d’acier englué d’herbes vertes et de plaques de boue humides, enveloppé dans les replis d’une sorte de manteau en maille d’acier dont les anneaux luisants enserrent étroitement, un kiosque en tourelle, un périscope, des tubes lance-torpilles … Et, dominant cette fantastique apparition, se déploie, ses plis d’étamine trempée claquant à la brise, un pavillon tricolore …  
  • C’est le Curie que l’asphyxie contraint à  la reddition …
  • Mais l’ennemi ne comprend pas. La peur, une panique affolée, l’emporte sur tous les autres sentiments …
  • - Un sous-marin français ? Et à ce cri, tous ensemble les canons des batteries éclatent en un commun tonnerre, tirant à la volée, tirant au hasard, en une frénésie de canonnade éperdue … Les canons des bateaux, gros, petits et moyens, rugissent à l’unisson, foudroient au hasard … Epouvantables salves dont le fracas déchire les airs, dont les projectiles s’entrecroisent et, di-on, s’égarèrent bien souvent sur des buts inattendus, faisant de-ci de-là des avaries que n’aurait pas désavouées le Curie. Le sous-marin français, tout petit cependant parmi ces géants, achève son émersion sous ce déluge de mitraille qui tout aussitôt commence de le fracasser. Par les panneaux ouverts, l’équipage ivre d’asphyxie bondit au grand jour ; chancelant sous les flots de cet air pur qui brûle leurs poumons, officiers et marins ne réclament qu’une chose : respirer.
  • Immédiatement les soldats accourus parmi la foule en fuite ouvrent un feu roulant de fusils, de mitrailleuse. Le commandant 0’Byrne tombe grièvement blessé, le second est tué : le navire entr’ouvert plonge de nouveau, haché d’obus ; et les survivants de l’équipage, à la nage sous le feu, emportant leur chef blessé, gagnent le quai le plus proche. Là, trempés, boueux, sanglants, ils se groupent sans un mot, sans un geste, équipage épuisé, décimé, autour du commandant gisant à terre …  
  • Alors un grand silence se fait, silence des canons, silence des fusils. Cette foule haletante regarde cet équipage vaincu. Et le spectacle de ces hommes que la fortune a trahis est si grand, est si noble, est si poignant, que la foule entassée au long de ces quais en fête, la foule un instant effleurée par le vent de la guerre, longuement acclame les marins de France.  


Ainsi périt au cœur même du port de Pola forcé par son audace le sous-marin Curie
 
Bonsoir
Cordialement
Jean-Pierre

n°45318
bruno17
1er RTA: Toujours le premier!
Posté le 18-10-2016 à 22:22:32  profilanswer
 

Bonjour,
Un des membres de l'équipage, Paul DEMAY, second-maître mécanicien à bord du sous-marin Curie, cité au Tableau d'Honneur de l'Illustration du 6 janvier 1917: "A fait preuve du plus grand héroïsme en pénétrant au fond d'un port ennemi malgré la multiplicité des moyens de défense. A lutté avec la plus grande énergie pour échapper à l'ennemi et a coulé le bâtiment pour éviter qu'il ne tombe entre ses mains"
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/1757/DEMAYPaul.jpg


Message édité par bruno17 le 18-10-2016 à 22:22:58

---------------
Bruno BAVEREL - Romans: "Lieutenant indigène", "Étienne et les sirènes" (2007 et 2009 La Découvrance éditions) - "Le tombeau des quatre ours" (2015 Éditions du Croît-Vif) - "La vie sexuelle des alligators" (2017 Amazon Kindle Publishing)
n°45319
bruno17
1er RTA: Toujours le premier!
Posté le 18-10-2016 à 22:26:46  profilanswer
 

Bonjour,
je me souviens que mon grand-père, qui avait servi toute la guerre de 14/18 en tant que Chef mécanicien sur le sous-marin Messidor, me racontait l'histoire de ce sous-marin Curie pris dans les filets autrichiens et dont il connaissait certains des marins de l'équipage. Et j'étais très impressionné par ce récit!!


Message édité par bruno17 le 18-10-2016 à 22:27:07

---------------
Bruno BAVEREL - Romans: "Lieutenant indigène", "Étienne et les sirènes" (2007 et 2009 La Découvrance éditions) - "Le tombeau des quatre ours" (2015 Éditions du Croît-Vif) - "La vie sexuelle des alligators" (2017 Amazon Kindle Publishing)
n°47533
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 03-11-2017 à 19:31:36  profilanswer
 

.
   Bonsoir à tous,
 
 
                                                                                                                 Citations à l’ordre de l’armée
 
 
                                                                                                       Journal officiel du 10 juillet 1915, p. 4.681.
 
 
                                                                                         http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/3512/CURIECitationsI..jpg
 
                                                                                         http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/3512/CURIECitationsII..jpg
                                                                                           http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/3512/CURIECitationsIII..jpg


---------------
Bien amicalement à vous,
Daniel.
n°47539
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 04-11-2017 à 15:07:27  profilanswer
 

.
   Bonjour à tous,
 
 
                                                 Liste des marins du sous-marin Curie internés au camp de prisonniers de Deutsch-Gabel (Autriche-Hongrie)
 
 
                                                                                             Archives du Comité international de la Croix Rouge, Genève

                                                                                                   Base « Prisonniers de la Première guerre mondiale »
 
 
                                     
                                                 http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/3512/CURIEPrisonniersR.895I..jpg
 
                                                http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/3512/CURIEPrisonniersR.895II..jpg


---------------
Bien amicalement à vous,
Daniel.
 Page :   1  2
Page Suivante

Aller à :
Ajouter une réponse