Bonsoir à tous,
Une vue du MEDIE
et le récit du commandant
" Le MEDIE naviguait en convoi avec l'EMPIRE et le BISKRA, escorté par le HALLEBARDE. Il avait dû diminuer sa vitesse pour tenir la formation.
Vers 09h30 le 23 Septembre 1917, un choc violent suivi d'une détonation formidable ébranla tout mon être. Dans la seconde qui suivit, je perçus une série de 8 à 10 détonations en chapelet. Regardant vers l'arrière, je vis, succédant à une immense flamme rouge intense et serpentante, une épaisse fumée verdâtre. MEDIE s'était affaissé sur l'arrière, l'avant haut relevé. L'arrière du navire, au milieu d'une projection de multiples objets semblait sauter.
Je mis le transmetteur sur stop, mais j'ignore si cet ordre a pu être exécuter. La catastrophe était irrémédiable. La TSF était hors service.
J'assistai, debout sur le pavois de passerelle tribord, en me tenant au montant de tente à l'agonie du MEDIE. Ce fut très court et tragique.
Je fis amener les embarcations, couper les saisines des radeaux. Chacun travaillait sans affolement; le second et le bosco amenaient le youyou; un matelot du D'ENTRECASTAUX larguait posément la saisine de la baleinière.
Sur le gaillard, trente soldats indigènes, massés à tribord, étaient terrorisés par l'apiquage. Je leur criai de sauter à la mer. Mais les malheureux, inertes, accrochés les uns aux autres en une seule grappe furent précipités dans le vide et vinrent s'écraser sur le fronton du château.
Le navire se trouva à la verticale, continuant son mouvement d'enfoncement et je me retrouvai à l'eau. J'entendis le bruit sourd de l'explosion des chaudières et, majestueusement, parfaitement droite, la masse du MEDIE s'enfonça dans la mer.
La tragédie a duré au plus sept minutes.
Certaines circonstances ont atténué la catastrophe.
- A 08h00 tous les locaux avaient été évacués pour nettoyage et tout le monde ou presque était sur le pont.
- Tout le monde avait capelé les ceintures de sauvetage et les soldats avaient enlevé leurs capotes
- les balles de foin embarquées dans l'entrepont 3 ont fait matelas et ont protégé contre la violence de l'explosion
- Ces balles, projetées à la mer, faisaient des radeaux individuels sur lesquels nous avons trouvé de nombreux rescapés.
- Toutes les embarcations ont pu être amenées sauf le youyou et la baleinière
- Les radeaux en liège et kapok ont constitué des engins de secours efficaces.
Les embarcations les ont remorqués et ont dirigé les uns et les autres vers les escorteurs.
MEDIE transportait 563 passagers dont deux jeunes filles échappées à l'incendie de Salonique, et 67 hommes d'équipage."
On a dénombré 250 victimes.
Cdlt
Olivier
source : Histoire de la Compagnie Paquet. Bernadac-Gallocher
---------------
olivier