Bonjour à tous,
Paru ce jour sur le blog généalogie de GENEANET :
"Léon Etienne Ribourel, décédé en mer
Il y a longtemps que nous n'avions pas publié l'un de vos témoinages dans notre rubrique consacrée aux "tranches de vie" de vos ancêtres.
Voici l'histoire de Léon Etienne Ribourel, par Stéphanie Guillot, son arrière-petite fille, qui a souhaité lui rendre ce bel hommage.
D'autres témoignages ont été publiés, vous pouvez vous en inspirer pour vous lancer dans l'opération délicate du devoir de mémoire.
J'aimerai vous présenter Etienne Léon RIBOUREL.
Il m'a intrigué parce que je savais qu'il était né à Marseille, qu'il s'était marié en Algérie et qu'il était "mort en mer à la suite du torpillage du PAX" en 1918.
Etienne est né le 19/09/1875 à Marseille. Son père Jean Pierre a 32 ans, il est marchand de vin et sa mère Marie DAURELLE 28 ans, née à Ambialet (81) est ménagère. Les RIBOUREL sont originaires de Marseille depuis le 17è siècle. Les DAURELLE eux, sont originaires de Curvalle (81) depuis la même époque.
Il mesurait 1m71, avait les cheveux et les yeux chatains.
Après ses classes dans l'armée en 1895, il a été "réformé et déclaré impropre au service à la mer mais reconnu utilisable dans un service à terre" pour cause d'acuité visuelle insuffisante (1/5 dans chaque oeil).
Il commence sa carrière dans la Marine Marchande à Alger en 1894 avec l'accord de son père comme "soutier" et en avril 1896 il y est définitivement incorporé. Il est alors "1er chauffeur" puis passe mécanicien et chef mécanicien grâce à diverses formations.
Il est parti de Marseille une dernière fois avec le Pax le 25/8/1917 et n'est pas revenu, il a disparu avec le torpillage de son bateau le 12/5/1918.
A titre posthume, il a reçu en 1922 la Croix de Chevalier de la Legion d'Honneur ainsi que la Croix de Guerre avec étoile en bronze.
Il s'est marié en aout 1903 à Alger avec Joséphine BRIGNATZ et a eu 3 enfants : une première fille décédée à l'age de 1 an et deux garçons. Ses fils Maurice et Gabriel avait respectivement 12 et 10 ans lors de sa disparition.
Après toutes ces découvertes une cousine a pu aller chercher le dossier du PAX aux Archives de la Marine et c'est non pas l'histoire de sa vie que j'ai découvert mais plutôt celle de sa mort...
Je vous livre donc la retranscription du dossier :
Convoi du 19 mai 1918
Le PAX faisait partie d'un convoi de 5 bâtiments escortés par 3 chalutiers allant de Marseille à Villefranche, le PAX et le TOGO ont été coulés la même nuit par le même torpilleur ennemi
Les bâtiments étaient :
- le PAX, un vapeur français de 542 t, il était armé d'un canon
- le TOGO, un vapeur italien de 1800 t de charbon à bord, il n'était pas armé
- le VOSBERGEN
- le ERISSOS
- le CASTORE
Les chalutiers étaient :
- le SERPOLLET
- le LOUISE MARGUERITE
- le AILLY
Rapport de mer du Capitaine du PAX
Il s'agit du rapport que fit l'officier de quart au sujet de l'attaque fatale du 12/05/1918 :
"Je soussigné BESSIL, Marius, Capitaine au cabotage, 2d maître de manoeuvre temporaire, embarqué en qualité de Lieutenant sur le vapeur PAX de la Cie. des Affréteurs Réunis, affrété par le Transit Militaire Maritime, armés à Marseille sous le n°983, certifie ce qui suit :
Le 12 mai 1918, à 0 heure (Europe Occidentale Eté) avoir pris le quart faisant route au N72E du monde, dans les environs Sud-Est du feu de Titan (Iles du Levant). A 1h20 ordre est donné par le Capitaine de venir sur la gauche au N38E du monde ; route qui nous fait passer par des fonds supérieurs à 200 mètres ainsi qu'il est prescrit par les instructions.
Le ciel est couvert, la mer belle, une légère brise de Sud-Est règne, l'horizon est embrumé, le convoi est à peine visible sauf un bateau Italien qui se trouve entre la terre et nous ; ce dernier éclairé par le feu de Camarat se distingue très bien et chaque fois que le faisceau lumineux passe vers nous, il semble que nous sommes éclairés par un projecteur électrique.
A 1h55, je me trouve sur la passerelle Babord et entend distinctement deux sons brefs paraissant venir de Tribord avant. Après avoir passé à Tribord pour m'assurer et ne voyant rien, j'ordonne au timonier de venir sur la gauche et pour plus de sûreté instantanément je préviens le Capitaine qui sommeillait sur son canapé dans sa chambre située sur l'arrière de la chambre de veille.
Aussitôt rendu à Tribord le Capitaine ayant reconnu une torpille et après l'avoir prononcé à haute voix, commande aussitôt "Babord toute", commandement exécuté à la lettre, mais quelques secondes s'écoulent à peine, un choc formidable se produit à Tribord avant et à quelques mètres sur l'AR de la hauteur du mât de misaine.
Renversé par le choc, aveuglé et noyé par la trombe d'eau, je m'efforce de gagner la chambre de veille pour donner la position approchée au Radiotélégraphiste, mais je ne trouve pas de lumière. Ressortant aussitôt j'entend le Capitaine qui donne l'ordre d'évacuer le navire ; à ce moment je me trouve sur le pont supérieur où je vais essayer aidé de quelques hommes, d'amener une embarcation.
Cependant le navire s'enfonce rapidement, quelques voix réclament des bouées de sauvetage, ce que je m'empresse de faire (il y en avait une quinzaine en suspens sur la passerelle). A partir de cet instant, j'ai donné une bouée de sauvetage au soutier sénégalais qui se trouvait auprès de moi et n'ai pas eu le temps de m'en capeler une que je me suis senti englouti avec le navire, entraîné par le remous.
Après quelques secondes d'angoisse et un effort surhumain, je parvins, à bout de souffle, à émerger et me cramponner sur les débris du radeau AV qui avait dû se briser lors de la chute du mât de misaine. Reposé quelques instants et voyant qu'un radeau intact chargé de plusieurs hommes se trouvait à une trentaine de mètres, j'abandonnais l'épave sur laquelle je me trouvais et me rendis sur ce radeau, épuisé de fatigue.
Quelques minutes plus tard nous fûmes receuillis à bord du chalutier "LOUISE MARGUERITE" où les premiers soins nous furent donnés ; il était alors deux heures.
La veille était assurée comme suit ; deux hommes sur la passerelle : un à babord, l'autre à tribord ; un canonnier sur le gaillard AV, l'autre sur l'AR, au canon, et l'Officier de quart.
Sur trente hommes composant l'équipage, quinze ont pu être receuillis sur le chalutier "LOUISE MARGUERITE". Au moment du tropillage, le chalutier qui nous a secourus se trouvait à environ 300 mètres et à deux ou trois quarts sur Tribord AR ; le navire Italien se trouvant à notre gauche était un peu sur l'AR babord à nous.
Du moment du choc au moment où le navire à complètement disparu, il s'est écoulé un maximum de deux minutes, ce qui explique que l'équipage surpris dans son sommeil n'a pas eu le temps matériel de faire le sauvetage.
Arrivé à Villefranche à 8h30 du matin où nous avons débarqué deux hommes des survivants qui ont été dirigés immédiatement sur l'hopital, ces hommes étant blessés assez grièvement.
Fait à Villefranche, le 12 mai 1918.
Le Lieutentant Officier de quart,
signé BESSIL"
Liste des naufragés du PAX :
Sur les 30 passagers, 15 disparurent et 3 furent blessés.
Louis AUFFRET, capitaine, matricule 555 à Paimpol, disparu
Alcide FRESLON, 2d capitaine, matricule 255 à Cancale
Marius BESSIL, lieutenant, matricule 45 à Cette
Etienne RIBOUREL, chef mécanicien, matricule 1208 à Alger, disparu
Prosper ROBERT, 2d mécanicien, matricule 49.394-5 au 5è dépôt
Georges LOIRET, 3è mécanicien, matricule 2315 à St Nazaire
Toussaint BURLOT, maître d'équipage, matricule 2243 à Binic
Gaetan STRINA, matelot, matricule 2220 à Cette
Pierre BLOCH, matelot, matricule 2697 à Audierne
Joseph SAUVAN, matelot, matricule 59.603-5 au 5è dépôt, blessé
Armand MORGAT, matelot, matricule 3452 au Croisic, disparu
Guillaume LE BOURHIS, matelot, matricule 2675 à Morlaix, disparu
Eugène LE DORIOL, matelot, matricule 8725
Yves EVEN, 1er chauffeur, matricule 2621 à Treguier, blessé
Edouard LE CAR, chauffeur, matricule 5090 à Concarneau, disparu
Emile ORHAN, chauffeur, matricule 2655 à Binic, disparu
Antoine RAYMOND, chauffeur, matricule 1784 à Marseille, disparu
Koné CIRE, sujet indigène, matricule 1607 à Dakar
Kounda DIO, sujet indigène, disparu
Joseph VAILINO, cuisinier, matricule 05487 à Marseille, blessé
Yves BODEUR, novice, matricule 23.014 à Paimpol, disparu
Ylisse TELLIER, mousse, matricule 28425 à Marseille, disparu
Albert LARGER, radio TSF, disparu
Pierre GARRAT, AMBC, matriucle 64.965-5, disparu
Marius CHEVALLET, AMBC, matricule 65.998-5, disparu
Emile REYBAUD, AMBC, matricule 1435 au 5è dépôt, disparu
Arsène THOREL, AMBC, matricule 971 à Honfleur, disparu
Marius ANDRE, QM canonnier, matriucle 53.660 au 5è dépôt
Joseph-A FRIOUS, matelot canonnier, matricule 1033 à Noirmoutier
Pierre THEODEN, matelot canonnier, matricule 109.5032
[ La fiche d'Etienne Ribourel sur l'arbre de Stéphanie Guillot ]
Cordialement Malou
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Cordialement. Malou