FORUM pages 14-18
  Forum Pages d’Histoire: marine
  marine

  ARC EN CIEL - FRANC PICARD Vapeurs cordiers

 

Il y a 68 utilisateurs connus et inconnus. Pour voir la liste des connectés connus, cliquez ici

 Mot :   Pseudo :  
 
Bas de page
Auteur Sujet :

ARC EN CIEL - FRANC PICARD Vapeurs cordiers

n°30086
olivier 12
Posté le 25-02-2011 à 11:27:34  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
ARC EN CIEL
FRANC PICARD

 
Vapeurs cordiers de Gravelines
 
ARC EN CIEL : armateur Charles PLACE de Gravelines.
Immatriculation n° 409, puis 411 après le 1er Mars 1917.
Pas de renseignements sur FRANC PICARD (peut-être même armateur)
 
Capitaine : patron de pêche Auguste LEDEZ
 
Rapports de l'officier enquêteur
 
Novembre 1915
 
Le patron pêcheur Auguste LEDEZ, de Boulogne, commandant le vapeur cordier FRANC PICARD relève ses filets à deux milles dans le NW du cap d'Alprecht. Ceux-ci sont engagés et présentent une orientation insolite. Il en déduit qu'un sous-marin s'est engagé dans ses engins de pêche.
Nous pensons que les filets de FRANC PICARD sont en réalité engagés dans le câble de retenue de la mine qui va exploser peu après.
Ne pouvant remonter ses filets, il tente l'opération par l'autre extrémité. Il a remonté trente mètres quand la mine explose à une centaine de mètres du bord. Personne n'est blessé. Les débris de la mine seront retrouvés dans le filet, relevé le lendemain par le patrouilleur LA FOI, de Dieppe.
 
FRANC PICARD reprit la mer dès le lendemain, sans visite ni réparations. Mais il avait été tellement ébranlé, qu'il fut condamné peu après, étant devenu hors d'usage. C'était la conséquence de sa vétusté, peut-être aggravée par l'ébranlement du à l'explosion de la mine.
 
Août 1916
 
Sur le vapeur cordier ARC EN CIEL, le patron Ledez se trouve à 2 milles dans l'ouest de Boulogne, faisant route sur Plymouth. Le matelot LEPRETRE, qui se trouve à l'avant, aperçoit soudain un sous-marin à environ trente mètres sur trois quarts bâbord. Ledez l'aperçoit aussi, mais il y a parfaite contradiction dans leurs témoignages.
 
Ledez voit un périscope émergeant de 2 m sur l'avant, et un peu plus en arrière, un deuxième périscope. Il dit même distinguer une glace ronde à son extrémité. Ce sont des tubes de 10 cm de diamètre.
 
Lepretre, qui observe en même temps, ne voit que le remous du sous-marin puis, très brièvement un périscope n'émergeant que de 30 cm. Il ne voit rien ressemblant à des tuyaux. Il constate un sillage très prononcé, semblant indiquer que le sous-marin fait route à grande vitesse.
 
Ledez fonce alors sur le sous-marin supposé et voit les périscopes passer à 1 m sur son bâbord. Tous les autres témoins ne voient rien. Lepretre, qui était sur le pont avec tout l'équipage, ne voit qu'un remous.
 
Il suffit d'avoir navigué dans la Manche pour savoir que les remous y sont nombreux et si l'on s'en tenait à ce seul phénomène, on découvrirait des sous-marins à chaque instant. L'imagination, augmentée par le danger possible, a sans doute joué un grand rôle dans la découverte de ce sous-marin. Lepretre a bien vu quelque chose, peut-être un baril à fleur d'eau, ou autre. Il a donné l'alerte et chacun a vu un sous-marin, car une suggestion devient alors une réalité.
 
A signaler que suite à l'alerte donnée par ARC EN CIEL, le maître de manœuvre Albert Julien, commandant le patrouilleur BAR 1, ainsi que les patrouilleurs SAINTONGE et MADELEINE 1 ont fouillé la zone sans résultat. Mais BAR 1 a aperçu un baril de pêche émergeant à peine, retenu au fond par un orin, et faisant sillage avec le courant de marée.
 
On peut toutefois féliciter le patron Ledez d'avoir foncé sur le supposé sous-marin.
 
1er Mars 1917
 
Le vapeur cordier ARC EN CIEL, patron Auguste Ledez, est à 20 milles dans le NW de Saint Quentin. Ledez et son équipage aperçoivent un sous-marin en train de couler plusieurs voiliers de pêche.
 
(nota : il s'agit de UC 65 de l'OL Otto STEINBRINCK qui coulera ce jour-là  15 navires (voir fiche Flottille de pêche de Boulogne)
 
Il remonte son filet et fait route à toute vitesse vers la côte. Le sous-marin l'aperçoit et lui tire dix coups de canon sans l'atteindre. L'arrivée sur les lieux d'un navire de commerce étranger détourne l'attention du sous-marin qui change d'objectif.
ARC EN CIEL s'échoue sur la côte. Il profite de la nui pour se renflouer et se réfugier à Dieppe.
 
Conclusion
 
Le patron Ledez a eu beaucoup de chance avec la mine qui, en explosant plus près aurait pu faire périr tout son équipage.  Il a aussi été heureux d'échapper à l'attaque du sous-marin, le 1er Mars 1917.
En Août 1916, la présence d'un sous-marin est très improbable. On peut toutefois féliciter le patron Ledez pour son heureuse chance et pour son geste courageux.
 
Note au Ministre
 
Il résulte de l'enquête sur les faits rapportés par le patron Auguste LEDEZ de l'ARC EN CIEL,   inscrit à  Boulogne, que ce pêcheur a donné à trois reprises des preuves d'initiative et d'énergie lors de la rencontre de mine et de sous-marins.
Je propose pour lui un Témoignage Officiel de Satisfaction.
 
Réponse du Ministre
 
Le seul acte qui pourrait justifier d'une récompense est l'affaire d'Août 1916, lorsqu'après avoir vu un sous-marin, le patron Ledez a manœuvré sans hésiter pour foncer sur lui. Mais il n'est pas établi qu'il y ait eu réellement un sous-marin.
 
Toutefois, le patron Ledez est intéressant car il est courageux et donne un bon exemple en continuant à pêcher malgré le danger. Il mérite encouragement et peut donc être félicité.
 
Cdlt
 


---------------
olivier
n°47516
olivier 12
Posté le 02-11-2017 à 08:56:27  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Complément sur le patron LEDEZ
 
Lettre du 30 Septembre 1917 d’Auguste LEDEZ, classe 1885, matricule 690, patron de bateau à vapeur du port de Boulogne, au Ministre de la Marine
 
Monsieur le Ministre, j’ai l’honneur de soumettre à votre haute appréciation les faits ci-dessous énoncés pour lesquels je sollicite de votre bienveillance l’obtention de la Croix de Guerre.
 
- En Novembre 1915, je commandais FRANC PICARD, n° 394, de la maison Maury et Cie de Boulogne sur mer. Nous faisions la pêche au hareng dans le NW d’Alprech, à environ 2 milles au large, lorsque nous ramenâmes une mine dans nos filets. Cette mine fit explosion à 150 m du bord et disloqua le bateau qui fut mis hors d’usage. Les débris de la mine furent rapportés au bureau maritime pour faire constater les faits.
- En Août 1916, à bord de l’ARC EN CIEL, cordier à vapeur, j’avais quitté le port de Boulogne pour me rendre à Plymouth, lorsqu’à environ 2 milles dans l’Ouest de Boulogne, c’est-à-dire à proximité de la route suivie par les transports anglais, à 08h00 du matin, j’aperçus sur trois quarts bâbord, à 50 m, un périscope qui émergeait de 2 m. Je commandais aussitôt la manœuvre pour courir à l’abordage du sous-marin, qui évidemment était à l’affut de bateaux de troupes ou de matériel de guerre à couler. Dès qu’il vit le danger, le sous-marin plongea et nous passâmes au dessus de lui à 1m du périscope qui disparût aussitôt. Je le recherchai et fit plusieurs tours sur place, puis, comme je ne pouvais interrompre mon voyage, je me remis en route, mais seulement après avoir prévenu le capitaine du bateau patrouilleur BAR 1 de la présence du sous-marin. Le pirate, voyant sa présence décelée, se sentant recherché, s’éloigna sans avoir pu être retrouvé. Il avait eu le temps de placer un chapelet de mine en face du port, mais avait du fuir avant d’avoir opéré un torpillage. A mon retour à Boulogne, dès ma déclaration, je fus autorisé à changer le numéro de mon bateau qui devint 411 au lieu de 698, afin d’échapper aux représailles des sous-marins allemands qui par la suite auraient pu nous reconnaître et se venger du bateau qui avait fait ce jour-là avorter leur tentative de torpillage.
- En Mars 1917, à bord de l’ARC EN CIEL, faisant la pêche au chalut dans le NW de Saint Quentin à 20 milles au large, j’aperçus un sous-marin donnant la chasse aux bateaux de pêche qui stationnaient dans les parages et cherchant à les couler à coups de canon. Comme je n’étais pas armé, je fis relever le chalut pour me porter vers la terre. Je subis sans dommage le bombardement en le faisant échouer et sauvai mon bateau malgré l’acharnement de l’ennemi dépité de voir que notre manœuvre réussissait à lui arracher une prise sur laquelle il comptait alors que quatorze bateaux avaient déjà été sous mes yeux victimes du sous-marin.
 
En foi  de quoi, les hommes qui faisaient partie du FRANC PICARD et de l’ARC EN CIEL ont signé ce document.
 
- Je me permets d’attirer également votre attention sur le fait que malgré les dangers quotidiens auxquels nous expose notre métier, malgré les appréhensions compréhensibles d’un équipage que j’ai du en partie renouvelé, je n’ai cessé depuis le début des hostilités de me livrer à la pêche et de contribuer ainsi à la défense économique du pays.
- J’ajoute enfin qu’en Juillet 1914, j’ai obtenu la médaille d’Or d’encouragement pour avoir sauvé un équipage de 17 hommes, et qu’en Août 1916, l’Amiral J.C. CORGILLE m’a fait parvenir une lettre de félicitations et une récompense pour avoir sauvé un homme de l’équipage du destroyer anglais LUCIFER, tombé par-dessus bord.
 
J’ose espérer, Monsieur le Ministre que vous voudrez bien prendre tous ces faits en considération et accueillir favorablement le requête que j’ai l’honneur de vous présenter.
 
Enquête complémentaire d’Octobre 1917 sur l’affaire d’Août 1916
 
En Août 1916, croyant avoir aperçu un sous-marin, le patron LEDEZ, après avoir marché sur l’ennemi supposé et avant de continuer sa route sur Plymouth, signala la présence de l’ennemi au second maître de manœuvre Albert JULIEN qui se trouvait sur les lieux avec son patrouilleur BAR 1. JULIEN hissa le signal « Sous-marin en vue » et explora tous les parages environnants en compagnie des patrouilleurs SAINTONGE et MADELEINE 1 qui étaient accourus à son signal ? Aucun de ces navires n’aperçut de sous-marin, ni aucune trace. Cependant, le patron JULIEN remarqua, au cours de ses recherches, dans les  parages signalés par LEDEZ, un petit baril de pêche émergeant à peine et tenu au fond par un orin, et faisant sillage avec le courant de marée.
Après son retour de pêche, le numéro de l’ARC EN CIEL fut changé à la demande du patron LEDEZ et de son armateur Monsieur Charles PLACE, de Gravelines. Il fut inscrit sous le n° 411 au lieu de 698.
 
Cdlt


Message édité par olivier 12 le 02-11-2017 à 08:57:41

---------------
olivier

Aller à :
Ajouter une réponse
  FORUM pages 14-18
  Forum Pages d’Histoire: marine
  marine

  ARC EN CIEL - FRANC PICARD Vapeurs cordiers