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Aucun des torpilleurs de défense mobile français n'eut l'occasion de lancer une torpille au combat au cours de la Grande Guerre, c'est-à-dire d'aller à l'ennemi et d'affronter celui-ci de la façon qui avait été envisagée pour eux.
Les seuls torpilleurs de type français qui lancèrent contre un adversaire furent des répliques de ces petits bâtiments, construits pour le Japon, la Bulgarie et la Turquie. Dès l'apparition du torpilleur en France, en effet, plusieurs marines étrangères s'intéressèrent à la production de nos chantiers. Plusieurs furent même des clients assez fidèles et commandèrent, suivant les périodes, des torpilleurs garde-côtes, des torpilleurs de haute mer et des contre-torpilleurs. Voici les pays qui commandèrent des torpilleurs comparables à nos « numérotés » :
ESPAGNE.
L'Espagne a, sans doute, été le client le plus ancien des chantiers français pour la construction des torpilleurs. Elle en reçut le Castor, lancé en avril 1878 par les Forges et Chantiers de la Méditerranée. En 1886, les Chantiers Normand lancèrent, pour son compte, le Barcelo dont une réplique, le Bustamente, fut construite en Espagne.
DANEMARK.
Le Soulven, torpilleur de 37 tonnes et 400 chevaux fut monté en 1879-1880 par les Forges et Chantiers de la Méditerranée. En 1906, la marine danoise s'adressa, cette fois, à Normand pour faire construire, sur ses plans mais au Danemark, le torpilleur Ornen, réplique à quelques détails près du torpilleur français de 38 mètres. Plusieurs autres torpilleurs, montés à Copenhague au cours des années suivantes, dérivèrent de l'Ornen.
GRECE.
Cinq torpilleurs, comparables au Soulven danois, furent lancés en 1880 par les Forges et Chantiers de la Méditerranée pour la marine de ce pays.
TURQUIE.
Un torpilleur-vedette et deux torpilleurs garde-côtes, ces derniers de 31,60 mètres de longueur (à la flottaison), 42 tonnes et 20 nœuds furent commandés aux Forges et Chantiers de la Méditerranée en 1884 et livrés au printemps 1885. Armés d'une hampe porte-torpille, de deux tubes d'étrave fixes à 90 centimètres au-dessus de la flottaison, ces petits bâtiments préfigurèrent dans une large mesure les torpilleurs français de la série des « 35 mètres ». Cinq répliques du type de 42 tonnes furent commencées à Constantinople par l'arsenal de Stamboul ; il semble que trois seulement aient été terminés.
Vingt ans plus tard, les Chantiers de Chalon sur Saône (Schneider) construisirent pour la marine turque trois répliques du type français de 38 mètres qui furent livrées en 1907, les Sultan Hissar, Sivri Hissar et Timur Hissar.
Pendant la première guerre mondiale, le turc Demir Hissar réussit — au large de Smyrne, dans la nuit du 10 au 11 mars 1915 — à torpiller et à couler le transport d'aviation anglais Anne Rickmers (un cargo ex-allemand transformé après qu'il eut été capturé). Quelques jours plus tard, le Demir Hissar fut détruit, à son tour, par le croiseur anglais Minerva, alors qu'à deux reprises il venait de torpiller le transport de troupes britanniques Manitou, mais deux fois, ses torpilles n'éclatèrent pas.
RUSSIE.
C'est en 1882 que la Russie commanda, pour la première fois, trois torpilleurs à trois chantiers français. A l'échelle des bâtiments de l'époque, c'étaient plutôt des torpilleurs de haute mer que des torpilleurs garde-côtes. Aussi bien, le Poti, livré par les chantiers Normand à l'automne 1883, a-t-il été présenté par ce constructeur comme le bâtiment dont il s'inspira pour tracer les plans de la série française des Balny, mais ces torpilleurs furent définitivement classés de « défense mobile » dès 1890.
Les deux autres torpilleurs commandés par la Russie furent le Gagri de 78 tonnes, livré en 1884 par Claparède et le Ghelendjick de 71 tonnes, achevé en 1884 par les Forges et Chantiers de la Méditerranée.
Quatre répliques du Poti furent construites en Russie.
ROUMANIE.
Trois répliques du type français de 35 mètres, les Naluca, Smeul et Sborul ayant en plus des deux tubes d'étrave une hampe porte-torpille furent livrés en 1888 à la marine roumaine par les Forges et Chantiers de la Méditerranée.
SUEDE.
Au mois d'août 1905, Normand procéda aux essais d'un torpilleur de 97,5 tonnes, le Plejad, que l'on peut présenter comme ayant été le premier des 38 mètres tracés par ce constructeur. 17 répliques du Plejad ont été construites en Suède et l'existence de cette série s'est prolongée pendant plus de quarante ans, sinon dans les dernières années comme torpilleurs, du moins comme patrouilleurs.
BULGARIE.
Par un marché du 23 février 1904, Schneider traita avec le gouvernement bulgare pour la fourniture de trois, puis de six torpilleurs du type de 38 mètres. Ils furent livrés en 20-22 mois et étaient identiques aux 309, 310, 311 dont la construction eut également lieu dans le chantier fluvial de Chalon sur Saône. On leur avait donné les noms suivants : Smeli, Khrabry, Derski, Schoumni, Letjaschtschi, Strogi. De même que les Plejad suédois, la carrière de quelques-uns d'entre eux se poursuivit pendant plus de quarante ans. Les derniers conservés en service étaient gréés en dragueurs légers et l'un d'eux a été hissé à sec au Musée Naval de Varna pour y être préservé (1960).
Pendant la première guerre balkanique (1911-1912) une division bulgare de quatre torpilleurs du type livré par Schneider lança contre le croiseur turc Hamidieh (21 novembre 1912) et endommagea ce bâtiment.
JAPON.
La marine japonaise, dont on croit trop souvent qu'elle fut formée exclusivement à l'école britannique, débuta, au contraire, avec l'aide et les conseils d'officiers et d'ingénieurs français, Emile Bertin par exemple. Et ceci explique pourquoi une bonne moitié des flottilles japonaises de la guerre sino-japonaise et un bon pourcentage des torpilleurs qui firent la guerre russo-japonaise s'inspiraient des idées françaises, soit qu'ils eussent été construits en France, soit — et c'étaient les plus nombreux — qu'ils fussent des copies montées au Japon de prototypes lancés en France.
C'est d'abord à Schneider que s'adressa le gouvernement du Mikado. Commandés en 1887, dix torpilleurs du type français de 35 mètres et un du type de 34 mètres furent montés à Chalon sur Saône. Le Japon s'adressa ensuite à Normand. Outre quatre torpilleurs de haute mer, le constructeur havrais construisit pour la marine nippone trois torpilleurs garde-côtes qui furent reproduits en grand nombre au Japon. Le n° 1 de 75 tonnes, livré en 1891 et déjà doté de la chaudière aquitubulaire Normand, était une réplique du 147 français. Les numéros 2 et 3 de 86,5 tonnes, livrés en 1898, reproduisaient notre type 201.
Les torpilleurs japonais, construits en France ou sur plans français, participèrent t