Bonsoir à tous,
Le récit du naufrage du Saint-Mathieu ultérieurement fait par le Commandant Emile VEDEL (" Quatre années de guerre sous-marine ", Plon-Nourrit et Cie, Paris, 1919, p. 278 et 279) :
" Le chalutier armé Saint-Mathieu avait appareillé de Brest, le 2 janvier 1918, pour aller pêcher à une centaine de milles dans le sud-ouest du Raz de Sein. Il était en train de chaluter, quand l'homme de veille aperçoit un point noir à l'horizon. Quelques secondes après, un obus passe en sifflant par-dessus le Saint-Mathieu. Le capitaine LE COHELLACH - retenons ce nom d'un brave breton, deux fois brave par conséquent - fait aussitôt couper les funes de son train de dragage, rappelle aux postes de combat, et met le cap sur l'ennemi en ouvrant le feu avec sa pièce avant, à 6500 mètres. Mais le second obus du sous-marin enlève la moitié de la passerelle, et blesse l'homme de barre. Un troisième tombe à toucher l'étrave. LE COHELLACH embarde sur bâbord, pour dérégler le tir de l'ennemi, et encourage ses hommes en leur montrant qu'eux aussi mettent tout près du but, alors à pas plus de 2000 mètres. Un nouveau projectile éclate contre la pièce avant, tuant trois de ses servants sur quatre. L'unique survivant n'en continue pas moins le feu, jusqu'à épuisement des munitions montées sur le pont. Le sous-marin n'est plus qu'à 1200 mètres, et les coups tombent de plus en plus dru. Le second du Saint-Mathieu est tué, un autre marin atteint. Sur treize hommes d'équipage, il y a quatre morts et quatre blessés grièvement, le reste plus ou moins touchés. Dans l'impossibilité de prolonger la résistance, le capitaine se décide à évacuer. Moins inhumain que la plupart de ses congénères, le pirate cessa le feu en voyant le canot s'écarter du bord, chargé de blessés et de mourants. Il le fit accoster, le fouilla, s'empara d'un vieux pavillon français, et abandonna les naufragés à leur sort. Après trente heures de mauvais temps et de souffrances atroces, un vapeur est aperçu dans la nuit. C'est le patrouilleur Pivoine. Il entend des cris, et, sans voir l'embarcation d'où ils partent, vient droit dessus. Le capitaine LE COHELLACH essaye d'éviter le choc, mais ses mouvements sont paralysés par un blessé qui a le délire. Abordé, le doris chavire, et tout le monde est précipité à la mer. De ces malheureux à bout de forces, quatre sont noyés, et on s'imagine dans quel état pouvaient être les cinq rescapés ! Voilà dans quelles conditions nos admirables pêcheurs aidaient au ravitaillement de la France, sans qu'aucun d'eux y ait jamais gagné de quoi figurer parmi les " nouveaux riches ". Mais, comme titres à notre admiration et à notre reconnaissance, je ne crois pas qu'il en existe de plus magnifique que les leurs. "
Bien à vous,
Daniel.
Message édité par Rutilius le 29-10-2008 à 11:38:35