Voilà, j'arrive... bonsoir à tous
J'ai en effet pas mal d'info sur la fin de l'U 36 d'autant que le KL Graeff a survécu et a pu rédiger un rapport sur les circonstances de sa perte. Disons tout de suite que l'U 36 a sombré au large des Hébrides vers le point 59.07N 05.30W, sous les coups du Prince Charles, un bateau-piège anglais. N'eut-été le comportement assassin du Q-Ship, il est vraisemblable que la majeure partie de l'équipage sinon la quasi totalité aurait survécu car l'équipage anglais continua le feu au canon et au fusil sur les survivants alors que le sous-marin avait coulé ! Une triste affaire un peu comparable à celle du Baralong, juste un peu moins sordide mais qui ne fait pas honneur à l'humanité. Preuve s'il en était besoin qu'en ces temps de guerre la cruauté et la haine n'ont pas plus de frontière que d'uniforme.
Venons en à cette dernière patrouille de l'U 36.
Appareillé d'Heligoland le 17 juillet, le KL Graeff avait pour mission de s'attaquer aux navires de guerre dans le secteur W des Hébrides, entre le 56e et le 58e parallèle Nord et entre les méridiens 8 et 10 W puis en seconde priorité, d'attaquer le commerce ennemi. De navires de guerre, il n'en rencontra point mais à l'aube du 24, il avait déjà engrangé un palmarès appréciable avec 13 navires du chalutier au vapeur, dont la Danaé, envoyés par le fond. Au matin de ce 24e jour du mois, celui qui devait être son dernier, l'U 36 capturait le 3-mâts carré US Pass of Balmaha au motif qu'il avait été transféré sous pavillon anglais après le début de la guerre. Ayant placé à bord de sa prise, le Maitre timonier Lamm et 2 hommes, il leur avait enjoint de faire route sur Cuxhaven. Ces trois là allaient échapper à bien grand péril. Mais ce qui est intéressant, c'est de noter que le Pass of Balmaha allait ensuite se distinguer sous pavillon allemand en prenant le nom de Seeadler, commandé par le KL Félix, Comte von Lückner, dernier grand capitaine corsaire des temps modernes.
Puis vint l'après-midi du 24. L'U 36 arrêtait le vapeur danois Luise dont il faisait jeter à la mer une partie de la cargaison classée contrebande. Entre temps, vers 19h, un petit vapeur ayant l'apparence d'un caboteur dont le pavillon n'était pas visible apparut. Ernst Graeff mit alors le cap sur lui, le somma de stopper par pavillons, appuyant le signal d'un coup de canon sur l'avant du vapeur. Ce dernier mit en panne et descendit une embarcation portant une dizaine d'hommes à la mer. Il y avait tout lieu de penser que l'équipage évacuait son navire et l'U 36 fit route en sa direction. Soudain, à quelques centaines de mètres de distance, le vapeur démasqua des canons et ouvrit aussitôt un feu nourri sur le sous-marin. Par malchance, l'U 36 n'avait pas encore été équipé du système d'ouverture rapide des purges et il fallait 3 minutes pour s'immerger. Ces minutes furent largement mises à profit par l'adversaire qui plaçait alors plusieurs coups au but dans la coque épaisse et un dans le kiosque, tuant l'homme de barre et blessant le Commandant ainsi qu'un timonier. Gravement touché, l'U 36 désemparé coulait et pour Graeff, il n'y avait plus d'autre issue que de chasser aux ballasts pour faire revenir quelques minutes le sous-marin en surface afin d'évacuer ses hommes. Ce qui fut fait tandis que le feu adverse ne cessait pas alors que les Allemands se jetaient à la mer juste comme l'U 36 coulait.
Pour la suite des évènements, je vous cite le rapport du KL Graeff.
"Après la disparition du sous-marin, le vapeur ne cessa pas le feu mais il se rapprocha et continua à tirer pendant encore au moins 15 minutes avec ses canons et des fusils sur les hommes qui se trouvaient à l'eau. Une grande partie de mon équipage fut tué. Entre temps, le vapeur Luise s'était rapproché de nous et il voulut mettre une embarcation à la mer pour nous secourir mais l'Anglais ouvrit le feu sur lui supposant comme il fut dit plus tard qu'il était notre ravitailleur. Ce n'est que 30 minutes plus tard que le vapeur anglais revint sur les lieux du naufrage et amena une embarcation pour recueillir les survivants, le dernier homme étant sauvé 3/4 d'heure après la disparition du sous-marin. C'est pour cette raison également que seulement la moitié de mes hommes ont pu être sauvés..."
Source : Arno Spindler, Der Handelskrieg mit U-Booten, vol.2
Ainsi finit l'agresseur de la Danaé. Terrible illustration de ce que des humains peuvent faire quand l'absurdité de la guerre les fait s'entretuer.
Pour ce soir, je quitte le quart et je rejoins la banette.
Cdlt à tous.
Yves
Message édité par Yves D le 10-01-2008 à 08:16:26
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La guerre sous-marine 14-18, Arnauld de la Perière