Bonsoir à tous,
Les circonstances du torpillage du cargo Sylvie, survenu le 3 avril 1918
I. – Torpilleur d’escadre Coutelas, Journal de navigation n° 25 – 5 févr. / 26 avr. 1918 – : Service historique de la Défense, S.G.A. « Mémoire des hommes », Cote SS Y 133, p. num. 251.
« Le 3 avril 1918 – De Malte à Milo.
De 0 h à 4 h.
4 h 00 – Passé le 15e degré de longitude Est. Poste à droite du convoi. Route en zigzags.
De 4 h à 8 h.
6 h 45 – Fait route pour nous approcher de la Hache pour vérifier un signal.
7 h 06 – 150 tours pour reprendre notre poste en passant sur l’avant du Woolston. Aperçu un périscope entre les deux vapeurs.
7 h 10 – Lancé 3 grenades.
7 h 20 – Zigzags à 18 nœuds derrière le convoi pour le protéger.
De 8 h à 12 h.
8 h 00 – Lacets autour du convoi.
9 h 00 – Repris poste à tribord du convoi ; route en zigzags n° 3.
Point à midi : 36° 37’ ~ 16° 18’.
De 12 h à 16 h.
12 h 00 – A tribord arrière de la Sylvie.
De 16 h à 20 h.
18 h 00 – L. 36° 03’ ~ G. [Aucune indication de longitude. Très certainement 15° 30' E.]. La Sylvie reçoit une torpille bâbord avant.
18 h 02 – Lancé 2 grenades.
18 h 05 – Embarcations en dehors ; tourné autour de l’épave et de la Hache qui recueille les naufragés.
18 h 23 – La Sylvie disparaît.
18 h 30 – Recueilli le capitaine de la Sylvie.
18 h 40 – Route pour reprendre poste d’escorte.
19 h 30 – Repris poste à tribord du Woolston deux quarts sur l’AR du travers. »
[Le Coutelas mouilla à Milo le 5 avril 1918, à 16 h 30.]
II. – Torpilleur d’escadre Coutelas, Registre historique de la correspondance intéressant le personnel et le matériel du bâtiment – Rapport de mer du lieutenant de vaisseau Marie Charles Stanislas de David Beauregard, commandant le bâtiment : Service historique de la Défense, S.G.A. « Mémoire des hommes », Cote SS Y 133, p. num. 668 et 669.
n° 7
Le Lieutenant de vaisseau de David Beauregard, Commandant le Coutelas,
à Monsieur le Lieutenant de vaisseau, Commandant la Hache
Objet : Au sujet d’attaques de sous-marins au cours de la traversée de Malte à Milo.
J’ai l’honneur de vous rendre compte des circonstances au cours desquelles le Coutelas a grenadé un sous-marin le 3 avril au matin.
Le convoi Sylvie ~ Woolston (6 n. 5 à 7 n.) escorté par Hache et Coutelas avait le 3 au jour la formation prévue par les ordres de route qui nous avaient été remis la veille au départ de Malte : Sylvie et Woolston en ligne de front, Hache et Coutelas aux ailes, le premier à gauche, le second à droite, à deux quarts sur l’arrière du travers du convoi.
Vers 6 h 50 (Europe centrale été), un signal de route fait par la Hache me paraissait être interprété d’une façon incorrecte ; je passai à la gauche du convoi pour vous en demander confirmation par signal à bras.
Cette confirmation obtenue, je regagnai mon poste à droite en coupant à 14 nœuds la route du convoi sur son avant.
A 7 h 06, la situation respective des bâtiments étant indiquée approximativement par le schéma ci-dessous,
l’homme de barre du Coutelas (matelot canonnier Babin, 34.263–1) signale un périscope à environ 300 mètres et trois quarts de l’avant par tribord.
Ni l’officier de quart ni moi ne réussissons à l’apercevoir ; mais des indications de l’homme de barre, je conclus que le périscope est approximativement au point P. du croquis ci-dessus.
L’ennemi est donc à très peu près en position : le lancement est imminent.
L’alerte ne peut être donnée immédiatement au canon à cause des risques d'atteindre Sylvie ; d’ailleurs, il est trop tard pour qu’une manœuvre quelconque des deux vapeurs puisse déjouer l’attaque. Seule une contre-attaque instantanée du Coutelas peut imposer à l’ennemi une plongée profonde et lui faire manquer son lancement.
Je hisse le pavillon A. (sous-marin à tribord) et viens à droite en grand, autant du moins que me le permet la position du Woolston.
En ce moment, Sylvie ayant sans doute aperçu le périscope donne des coups de sifflet répétés et vient sur la droite.
Arrivé dans le voisinage du point où j’estime que le périscope a été aperçu, je lance à 5 secondes d’intervalle 3 grenades C.M. réglées à 25 m. d’immersion.
Les explosions sont correctes ; je n’avais que fort peu d’espoir qu’elles atteignent gravement l’ennemi, mais je pensais qu’elles l’inciteraient à renoncer à son attaque.
Effectivement, aucune nouvelle manifestation du sous-marin n’est aperçue par la suite.
Je patrouillai pendant 1 h ½ à 18 n. dans la région où s’était produites les explosions, lançait l’Allo réglementaire (Allo, 3604. 15.30 E. 05.03), et puis je ralliai le convoi en zigzaguant sur son arrière pendant 1 h à 18 n. et 1 h à 14 n.
II. – Ce même jour, 3 avril à 18 h (Europe centrale été), le convoi ayant toujours la formation prescrite, Sylvie reçoit une torpille par bâbord, sans que personne n’aperçoive ni sillage ni périscope.
Je viens à gauche en grand pour passer sur l’arrière de Sylvie et, remontant à grande vitesse la route de dérobement probable du sous-marin, lance une grenade " Artillerie " et une grenade C.M. dans le voisinage du point d’où la torpille a sans doute été lancée.
Les deux explosions sont correctes, mais par suite des vibrations de l’arrière à grande vitesse et du manque de rigidité transversale des rails de lancement, la grenade C.M. s’était désemparée des rails avant d’arriver à leur extrémité et le flotteur était resté accroché à bord.
Heureusement, le matelot maître d’hôtel Le Trifoll Yves Marie (50.827 – Paimpol) eut la présence d’esprit de sauter immédiatement sur l’extrémité arrière de la coque et de jeter le flotteur à la mer, sinon la grenade aurait fait explosion sous notre arrière.
Je continuai à patrouiller pendant quelques minutes autour de la région où avait explosé les grenades, puis autour de la Hache, pendant qu’elle recueillait l’équipage de Sylvie.
Au cours de ces allées et venues, je stoppai à 18 h 30 au milieu des épaves de Sylvie pour prendre à bord le capitaine de ce vapeur, qui, resté seul à son bord, sur un radeau, venait de voir sombrer son bâtiment sous lui à 18 h 23.
Après une dernière recherche sur les lieux du naufrage pour m’assurer qu’il ne restait plus d’hommes à la mer, à 18 h 40, je fis route à l’imitation de la Hache pour rejoindre le Woolston, qui, depuis le torpillage de Sylvie, avait continué sa route en augmentant de vitesse.
A 19 h 30, le Coutelas prenait poste à tribord du vapeur anglais, à deux quarts sur l’arrière de son travers.
Bord, le 4 avril 1918.
Le lieutenant de vaisseau de David Beauregard,
Commandant le Coutelas.
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Bien amicalement à vous,
Daniel.