Bonsoir à tous,
■ L’engagement devant Adalia avec une batterie turque, survenu le 20 octobre 1916.
Rapport de mer du lieutenant de vaisseau P. E. Ferrat,
commandant du contre-torpilleur Dard.
(in Correspondance – Départ et réception – 15 déc. 1911 / 7 sept. 1917 – : S.G.A. « Mémoire des hommes », Cote SS Y 140, p. num. 885)
Le lieutenant de vaisseau Ferrat P. E., commandant le Dard,
à Mr le Contre-Amiral, commandant la Division de Syrie,
Amiral,
A la suite de l’engagement qu’a eu le Dard le vendredi 20 octobre de 15 h 30 à 16 h avec une batterie ennemie devant Adalia, tout le personnel de bord a rempli ses devoirs militaires d’une façon parfaite, laissant au commandement la plus absolue confiance pour toute opération plus sérieuse à venir et que nous souhaitons tous.
Le personnel des machines et chaufferies a été tout particulièrement à la hauteur de sa tâche, permettant au bâtiment pris dans une situation délicate, en moins d’une minute, de passer d’une allure établie de croisière à une vitesse approchant de 20 nœuds. Je crois que les éloges venant de vous, Amiral, seraient pour tous une juste récompense et un profond stimulant pour l’avenir.
Parmi les gens du pont, je manquerais à mon devoir si je n’attirais votre bienveillante attention sur le canonnier breveté Colin Guillaume, de l’active, qui, par son calme, son sang-froid et la précision de son tir, nous a permis en définitive de rester maîtres de la situation. Je me permettrai donc de vous proposer pour une citation à l’ordre du jour du bâtiment pour le motif suivant, qui est une reproduction sincère de la vérité : « Pointeur de la pièce de 65 du Dard, au cours d’un engagement de son bâtiment avec une batterie ennemie placée à terre, a permis par son calme, son sang-froid et la précision de son tir d’imposer silence aux canons ennemis. »
Bord, Port-Saïd, le 25 octobre 1916.
Signé : Ferrat.
■ La déchéance du héros d'un jour.
(in Correspondance – Départ et réception – 15 déc. 1911 / 7 sept. 1917 – : S.G.A. « Mémoire des hommes », Cote SS Y 140, p. num. 888 et 889)
5 avril 1917
Le lieutenant de vaisseau Ferrat à Monsieur
le Capitaine de frégate, commandant la 8e Escadrille et le Mousqueton,
Commandant,
J’ai l’honneur de vous transmettre l’enveloppe ci-jointe, que j’ai reçue ce matin du matelot canonnier Colin Guillaume du Dard, actuellement en subsistance sur le Ranaris, où il purge sur votre demande une punition de 60 jours de prison effective qui lui a été infligée par Mr le Contre-amiral, commandant supérieur des Patrouilles, pour s’esquiver du bord étant puni et désobéir sciemment à un ordre d’un supérieur, très mauvaise conduite habituelle, et dont j’ai demandé le débarquement définitif.
Cette enveloppe contient une croix de guerre et une lettre portant gravement atteinte aux principes de la discipline.
La croix de guerre a été attribuée à Colin à la suite d’une citation à l’ordre du jour de la Division de Syrie par le Contre-amiral de Spitz, le 26 octobre 1916, pour :
« Pointeur de la pièce de 65 du Dard, au cours d’un engagement de son bâtiment avec une batterie ennemie placée à terre, a permis par son calme, son sang-froid et la précision de son tir d’imposer silence aux canons ennemis. »
La tenue au feu de Colin devant Adalia lui avait valu de ma part une indulgence excessive et, au dernier conseil d’avancement, lorsqu’il se présenta, je ne manquai pas, en termes sévères mais modérés de langage, comme il sied de parler d’un commandant en pareilles circonstances – Colin ment effrontément, en disant qu’il a été traité de fripouille –, je ne manquai pas, dis-je, de lui reprocher sa conduite.
Sa lettre doit être considérée comme un outrage à l’autorité et je vous la livre pour telle suite que vous jugerez convenable de lui donner dans l’intérêt de la discipline.
Signé : Ferrat.
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Bien amicalement à vous,
Daniel.