Bonjour à tous,
Dans son livre "Bateaux Pièges" l'amiral Lepotier décrit la rencontre du VAUCLUSE sur lequel avait pris place la "Quatrième spéciale", avec un sous marin :
"Le mois suivant (juin 1917), embarquée sur le cargo VAUCLUSE de la Compagnie Générale Transatlantique, la "Quatrième Spéciale" faisait route de Bordeaux vers Oran en longeant les côtes d' Espagne et du Portugal à 15 milles environ.
- Le 14 juin 1917, a raconté Benoit (EV), nous nous trouvions à 11 milles dans le sud-ouest du cap Saint-Vincent, à 9h45, lorsque nous aperçûmens un petit voilier suspect, à quatre quarts par bâbord.
Lorsque nous l'eûmes par notre travers, le pseudo-voilier amena sa voile et nous distinguâmes nettement...un sous-marin. Une bouffée de fumée noirâtre, s'échappant de sa coque à tribord arrière, indiquait indubitablement la mise en route de ses moteurs diésels.
Il avait alors le cap au Nord, mais il vint aussitôt vers l'Ouest, puis le Sud, pour se rapprocher de nous.
Ayant pris le commandement, conformément à mes instructions, j'ordonnais le simulacre de fuite et fis émettre le Allô commercial classique. A ce moment, le sous-marin ouvrit le feu, à environ 6.000 mètres et son tir fut immédiatement encadrant.
Le troisième coup atteignit le spardeck, près du servo-moteur de la barre, éclata contre un barrot, et blessa cinq hommes de l'équipage "civil" du VAUCLUSE .
La pièce "défensive" de 90 arrière riposta aussitôt, mais son tir était assez dispersé et surtout très lent, par suite de l'encrassement rapide de la vis-culasse.
Le tir ennemi, réglé coup par coup, devint ensuite très rapide, encadrant constamment le VAUCLUSE.
Un projectile éclata au pied du mât avant, à proximité des parcs à munitions de 75, après avoir traversé la passerelle de part en part. Il endommagea le mât et le treuil avant, traversa le pont et une partie des marchandises en pontée.
Un autre projectile, éclatant près du bord, projeta des éclats qui traversèrent un hublot et pénétrèrent dans la coursive bâbord. D'autres projectiles coupèrent des étais et manoeuvres diverses.
Je fis alors mettre à l'eau les fumigènes Berger à flotteurs restés intacts, quatre d'entre eux ayant été éventrés par un obus.
Le tir ennemi, aussitôt déréglé, continua un moment, puis cessa, notre mâture ayant probablement disparu, à son tour, dans la fumée.
J'ai décidé de profiter de ce nuage artificiel pour revenir secrètement vers l'ennemi afin de diminuer la distance de tir, mais ce dernier, sans doute méfiant, avait stoppé, si bien que lorsque nous débouchâmes au vent du nuage de fumée, la distance n'avait sensiblement pas varié. Elle était voisine de 5.000 mètres.
L'ennemi rouvrit le feu. Son tir fut légèrement long, cependant un de ses obus éclata à 1 mètre de l'étrave, sans causer de voie d'eau.
A 4.500 mètres, je décidai d'ouvrir le feu avec les 75. Ils tirèrent 32 coups, et les 10 ou 12 derniers furent très encadrant. L'un d'eux, au lieu de soulever une gerbe d'eau, dégagea une épaisse fumée noirâtre qui couvrit le pont du sous-marin. Malgré cette constation, rien ne permet d'affirmer qu'il ait subi des avaries majeures. Toutefois, il cessa le feu et plongea en une minute environ..."
Message édité par alain13 le 27-01-2010 à 17:27:39