FORUM pages 14-18
  Forum Pages d’Histoire: marine
  marine

  VERDUN Gouvernement français

 

1 utilisateur anonyme et 16 utilisateurs inconnus

 Mot :   Pseudo :  
 
Bas de page
Auteur Sujet :

VERDUN Gouvernement français

n°31833
olivier 12
Posté le 21-07-2011 à 13:54:08  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
VERDUN
 
Vapeur construit en 1902 au chantier Blumer & Co de Sunderland sous le nom d‘ EMBIRICOS. Pavillon grec.
2769 t  Longueur 97 m  Largeur 14 m   1 hélice
Rebaptisé PROCONISSOS en 1914
Saisi après les évènements d’Athènes et rebaptisé VERDUN en 1917
Armateur : Gouvernement français
 
Equipage
 
http://img804.imageshack.us/img804/4647/verdunlistequipage.jpg
 
La perte de VERDUN. Rapport du capitaine
 
Quitté Sidi Abdallah le 27 Avril 1918 à 13h00 pour Sfax avec 25 fûts vides, un lot de 50 madriers et 800 kg de carbonate de soude.  
Attendu hors des passes les torpilleurs 361 et 329, par grosse brise de NW. Mer grosse. Violent roulis. Les escorteurs nous rejoignent à 14h30.
 
A 16h10, le premier escorteur, qui est très loin sur notre arrière hisse un signal. Nous faisons demi-tour pour pouvoir le lire. Il nous indique « Continuez votre route suivant vos instructions », et rallie la terre.
 
Le 28 Avril à 11h30, aperçu la première bouée du chenal de Kerkenah, puis les suivantes. Ayant passé la bouée n° 4 et alors que nous allons mettre le cap sur la n° 5, à la position 34°49 N et 11°52 E, les hommes de veille crient « Une torpille à tribord ».
Vu le sillage à 200 m et commandé aussitôt « A droite toute ». Mais l’explosion se produit et des débris sont projetés jusqu’à l’arrière du navire. L’ancre bâbord casse ses saisines et la chaîne file jusqu’à l’étalingure. L’antenne TSF est arrachée. Le mât de charge avant est arraché, brisé et tombe dans la cale 2. Monsieur RIVECCI, officier mécanicien de quart stoppe la machine et fermes les portes étanches cale, soute et tunnel.
 
Fait amener les embarcations à hauteur d’eau. Le youyou tribord ayant ses garants coupés, tombe à la mer des le largage des saisines.  
Donné le point au télégraphiste. Très calme et maître de lui, il envoie le message à trois reprises à pleine puissance car l’antenne est tombée.
Effectué une ronde et constaté que les cales 1 et 2 sont pleines d’eau. La cloison entre les deux cales est arrachée et le navire apique de l’avant. Constaté que le poste équipage est vide.
A 15h10, après avoir constaté que tout le monde a évacué, embarqué dans la baleinière tribord. L’hélice du VERDUN est complètement émergée. A 15h20, il plonge brusquement tandis que se dégage une épaisse fumée noire. L’avant touche le fond et l’arrière reste émergé, incliné à 50°.
 
Le sous-marin émerge alors sur tribord, stoppe près de mon canot et m’ordonne d’accoster. Des hommes sont au canon, lequel est braqué sur l’embarcation. Je monte sur le sous-marin et suis interrogé par le commandant.
 
Il me demande nom du navire, chargement, port de départ et destination. Puis il me demande la carte que j’avais dans l’embarcation et la consulte longuement. Il me désigne du bout de son crayon un point de la carte, celui où nous avons été coulés. Je lui explique que je venais de passer la bouée n° 4 et allait faire route sur la n° 5. Il me demande si je peux lui donner les instructions que nous recevons des autorités. Je lui réponds que non.
Je lui demande alors un verre d’eau et des pansements pour nos blessés. Il me les accorde de bonne grâce.
Il me demande ensuite « Avez-vous lancé un appel de détresse ? »Je lui réponds que non car l’antenne était tombée et démolie. Il me répond : « C’est une bonne chose pour nous ».
Je lui demande alors si je peux me retirer. Il me répond :  « Non, pas encore, un instant… » Il fait mander un timonier qui lui apporte un gros livre rouge qu’il consulte quelques minutes.
 
Je lui demande alors s’il ne pourrait pas remorquer nos embarcations vers la côte. Son second y paraît tout disposé mais, finalement, le commandant s’y oppose.
Jusque là, l’entretien s’était déroulé en mauvais anglais émaillé de mots français. Mais au moment où je regagne mon embarcation, il m’interpelle en bon français et me demande :
-« Quand pensez-vous que cette guerre va finir ? »
Je lui réponds :
-Je n’en sais rien… Et vous ? »
Il prend alors un air narquois et n’insiste pas davantage.
 
Le sous-marin fait ensuite route sur le canot du second, Monsieur BOUILLON, qui monte aussi à bord et est interrogé à son tour. Puis nous sommes autorisés à faire route sur la terre.
Nous faisons route pour passer au Sud des bouées de Kerkenah. Petite brise de SSE. Pour éviter la dispersion, j’ai pris en remorque le youyou et l’autre embarcation. Au petit jour du 29, nous faisons route sur la cheminée de l’usine de La Chabbah.
A 15h30 le 29 Avril, nous sommes recueillis par les vedettes 15 et 20 qui nous prennent en remorque et nous ramènent à Sfax à 18h30.
 
L’équipage a fait preuve de sang froid et de calme. Je cite particulièrement Monsieur Bouillon, le second capitaine, qui a organisé l’évacuation.
Je signale le matelot Printemps, de veille dans la vigie, qui a été cruellement blessé au visage et à la main droite et a fait preuve d’une grande énergie, ainsi que le matelot Le Floch, sur le pont au moment de l’explosion et qui a été blessé au bras.
Le lieutenant Leleous et le matelot Portanguen, qui étaient de quart, ont été précipités en bas de la passerelle par l’explosion. Ils se sont aussitôt remis sous mes ordres. Le 3e mécanicien, Monsieur Rivecci, a eu des réactions exemplaires.  

Description du sous-marin

 
50 m de long
Pas de numéro
Guibre en dos d’âne, d’une seule pièce
Coupe-filets en dents de scie sur l’avant
Kiosque cylindrique avec deux périscopes
1 canon de 90 mm sur l’avant
Antenne de l’avant à l’arrière

Voici la silhouette dessinée par le 2e capitaine Bouillon

 
http://img846.imageshack.us/img846/1301/uc20verdun2c.jpg
 
Et celle dessinée par le chef mécanicien Orliange
 
http://img189.imageshack.us/img189/7656/uc20verduncm.jpg
 
Commandant
Très jeune, 23 ou 24 ans. Blond, rasé, taille moyenne, allure distinguée, attitude correcte mais physionomie plutôt réservée et renfermée. Tête nue. Pas de galons. Tenue de drap vert comme celle des troupes de terre.
Second
Même âge, même silhouette et plutôt jovial.
 
Vu aussi un sous-officier, sans doute timonier, l’air dur, barbe rousse mal soignée, vêtu d’un caban bleu.
 
Commentaire de l’officier enquêteur
 
Je signale que Sousse, informé de la descente d’un convoi, avait envoyé une reconnaissance à sa rencontre. A cause du temps agité, la section est rentrée sans avoir accompli sa mission. Les torpilleurs ont abandonné VERDUN peu après le départ, ne pouvant le suivre à cause du mauvais temps. Ils en ont averti Bizerte.
C’est le 29 au matin que, ne voyant pas arriver le VERDUN qui aurait du mouiller en fin de nuit, Sfax s’est inquiété. Ils ont alors appris que VERDUN était sans escorte et que de plus, un voilier venait d’être attaqué au canon près de la côte. L’intervention des avions côtiers a sauvé le voilier. Les hydravions ont aperçu le sous-marin en plongée à côté du voilier et lui ont lancé six bombes qui l’ont peut-être mis hors de combat, ou tout au moins simplement contraint à fuir. On ne l’a pas revu sur la côte tunisienne depuis cette époque.
La section des vedettes a rencontré les embarcations du VERDUN au large de La Chabbah quelques heures plus tard.
 
Il est quand même regrettable que l’information « VERDUN sans escorte » n’ait pas été communiquée à Sousse et Sfax. Des reconnaissances aériennes auraient pu empêcher son torpillage, ou au moins lui assurer une protection. Une section de chalutiers ou de torpilleurs de Sousse aurait fort bien pu prendre la mer.
 
Le sous-marin attaquant
 
C’était l’UC 20 de l’OL Heinrich KUKAT dont voici la photo.  
 
http://img42.imageshack.us/img42/4159/heinrichkukat.jpg
 
Cet officier, originaire de Prusse orientale, venait d’avoir 27 ans. Il paraissait effectivement plus jeune et correspond tout à fait au portrait qu’en fait le capitaine Le Bastard.
Il trouvera la mort le 3 Avril 1920 lors de combats contre les révolutionnaires de la Rhur. Son frère, Hans, était aussi commandant de sous-marin.
 
Cdlt


Message édité par olivier 12 le 21-07-2011 à 20:07:24

---------------
olivier
n°31834
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 21-07-2011 à 20:03:46  profilanswer
 

.
   Bonsoir à tous,
 
   Le vapeur Proconnisos, propriété à 83 % du sieur Nicolaos J. Eusthathyades, originairement sujet ottoman qui n’avait été naturalisé grec que le 17 août 1915, fut capturé le 29 août 1916 à Bordeaux, le procès-verbal correspondant ayant été établi le même jour par Pierre Édouard LANUX, capitaine au long-cours, inspecteur de 3e classe de la navigation maritime qui venait d’être affecté au port de Bordeaux (Déc. min. 16 mai 1916, J.O. 19 mai 1916, p. 4.397).
 
   La capture du bâtiment, avec ses agrès, apparaux et accessoires, fut déclarée « bonne et valable » par le Tribunal des prises lors de sa séance du 15 février 1917, au motif que la naturalisation en pays neutre, pour pouvoir être invoquée à bon droit en matière de prises maritimes, devait être antérieure de trois mois au moins à l’ouverture des hostilités (Règl. du 26 juill. 1778, art. 6, remis en vigueur par l’Arr. des Consuls du 29 Frimaire, an VIII). Or, en la circonstance, l’état de guerre entre la France et la Turquie existant en fait depuis le 29 octobre 1914, l’intéressé n’avait pas cessé, à cette date, d’être sujet ottoman, de sorte que le navire lui appartenant pouvait être valablement capturé comme propriété ennemie, quoique battant pavillon grec.  
 
   (Conseil des prises, 17 févr. 1917, « Navire Proconnisos »  : J.O. 21 mars 1917, p. 2.285 ; Revue générale de droit international public, T. 24, 1917, Jurisprudence des prises, p. 52).
 
   Le recours formé en appel contre cette décision fut rejeté en appel par le Président de la République (V. D. 5 juin 1924, J.O. 22 juin 1924, p. 5.589 ; Revue générale de droit international public, T. 32, 1925, Jurisprudence des prises, p. 29).
 
   Nota : En droit, un navire capturé devient la propriété non point du « Gouvernement français », qui, en tant que tel, n'est pas doté de la personnalité juridique, mais plus exactement de l’ « l’État français ». Au reste, lorsque le Ministre de la Marine saisissait a posteriori le Conseil des prises, et selon la formule alors en usage, il agissait « au nom et comme représentant de l’État français ».


Message édité par Rutilius le 10-07-2017 à 07:21:00

---------------
Bien amicalement à vous,
Daniel.
n°46407
olivier 12
Posté le 02-04-2017 à 14:26:03  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Attaque par un sous-marin le 6 Mars 1918
 
36 hommes d’équipage avec le capitaine.
Navire muni de TSF
Transporte 4100 tonnes de charbon
 
Rapport du capitaine
 
Durant la traversée Bizerte – Messine, en convoi avec les navires SUZETTE FRAISSINET, CANADIAN, ALBERGEN et DAITEN MARU, VERDUN a été torpillé sans résultat dans les circonstances suivantes :
 
Le 6 Mars, VERDUN était depuis 15h00 à l’arrière du convoi à cause de sa vitesse qui avait diminué par la mauvaise qualité du charbon. DAITEN MARU avait lui aussi perdu sa place dans le convoi et se trouvait à 800 m sur la droite de VERDUN. A 17h50, après avoir doublé le cap San Vito (Sicile) DAITEN MARU a été torpillé par bâbord et a coulé. J’ai aussitôt mis l’équipage aux postes de combat. Quelques secondes après l’explosion de la torpille, j’entendis le cri « Un sillage par tribord arrière » poussé par des matelots, dont le canonnier Riou, de la pièce arrière. Mis sans hésitation la barre toute à gauche et le navire obéit immédiatement. Je vis très distinctement le sillage passer à 20 m sur l’arrière. Ce sillage était sans aucun doute celui d’une torpille lancée sur VERDUN par le sous-marin, après qu’il eût lancé la première sur le vapeur japonais. Sans la manœuvre que j’ai faite, VERDUN aurait été torpillé avec succès par tribord arrière, par le travers de la cale 3 ou 4. DAITEN MARU ayant été torpillé par bâbord, le sous-marin se trouvait entre le vapeur japonais et le VERDUN  (Schéma ci-joint).
 
http://imagizer.imageshack.us/v2/xq90/922/MBvJUz.jpg
 
Tout le convoi s’est déporté sur la gauche. Une grenade a été lancée sur le sous-marin par le chalutier HARLE qui se trouvait à 700 m sur l’arrière de VERDUN. Le chef d’escorte MALICIEUSE était sur tribord du convoi, sur notre avant et le chalutier ROCHEBONNE en éclaireur. MALICIEUSE a fait en scott un signal que nous n’avons pas compris. Le Japonais a envoyé un SOS et MALICIEUSE a lancé le « Allo ».
 
Position de l’attaque 38°24 N  13°02 E à 17h55
 
En cette circonstance, je n’ai qu’à me louer de la conduite des officiers du bord et de mon équipage, personnel militaire compris, qui a été tout à fait digne d’éloges. Tous ont montré le plus grand sang froid et étaient à leur poste de combat,  prêts à défendre chèrement leur navire. J’ai l’honneur de vous demander pour ces humbles travailleurs de la mer, sans cesse à la peine, la récompense que vous jugerez digne de leur faire obtenir.
 
Signé : Clément CARABIN  Capitaine du VERDUN (Lieutenant au Long Cours, inscrit à Marseille)
 
Déposition du second capitaine BOUILLON
 
J’ai vu l’explosion du Japonais et entendu l’alerte donnée par le veilleur arrière. Après que le capitaine eut fait mettre au poste de combat, j’ai vu le sillage de la torpille sur l’arrière. J’ai rallié mon poste de combat et ne peux donner d’autres précisions.
 
Déposition du canonnier breveté Louis RIOU
 
J’ai aperçu, quelques secondes avant l’explosion du Japonais et sur tribord à une centaine de mètres le sillage d’une torpille venant à 90°. Il venait de la direction du Japonais qui était sur notre tribord. Après avoir donné l’alerte, je me suis occupé de ma pièce et l’ai pointée dans le gisement du but. J’ai alors remarqué que le sillage était passé à une vingtaine de mètres sur l’arrière du VERDUN. L’armement a rallié, mais nous n’avons pas pu tirer car le HARLE s’est porté sur la position supposée du sous-marin ennemi.
 
Autre homme de l’équipage interrogé : Raoul AUCLAIR, Second Maître fusilier, chef de section, qui était sur la passerelle au moment de l’explosion du Japonais et décrit le même déroulement des faits.
 
Le sous-marin attaquant
 
C’était le fameux U 35 du Kptlt LOTHAR von ARNAULD DE LA PERIERE.  VERDUN eut ce jour-là beaucoup de chance car Von Arnauld était un redoutable adversaire qui manquait rarement ses cibles.
 
Le DAITEN MARU était l’ancien LANCASHIRE, 4244 t, lancé en 1889 au chantier Harland & Wolf de Belfast et devenu japonais en 1913. Il n’y eut aucune victime. (Voir ce lien : http://www.uboat.net/wwi/ships_hit/1542.html)
 
Cdlt


Message édité par olivier 12 le 02-04-2017 à 14:30:21

---------------
olivier
n°47000
Rutilius
Non solum in memoriam.
Posté le 09-07-2017 à 23:21:21  profilanswer
 

.
   Bonsoir à tous,
 
   A la suite de la perte du cargo Verdun, lui fut ultérieurement accordé par le Ministre de la Marine un témoignage officiel de satisfaction « pour l’entraînement et le sang-froid dont son personnel a fait preuve, lors d’attaques de ce bâtiment à la torpille. » (J.O. 11 juill. 1918, p. 5.975).


---------------
Bien amicalement à vous,
Daniel.

Aller à :
Ajouter une réponse
  FORUM pages 14-18
  Forum Pages d’Histoire: marine
  marine

  VERDUN Gouvernement français