Organisation et fonctionnement des hôpitaux auxiliaires du territoire
Par: M. le Dr P.BOULOUME (secrétaire général de l’Union des Femmes de France) et M. l’Officier d’administration principal VOIZARD (délégué régional de l’Union des Femmes de France)
Source :Manuel de l’infirmière hospitalière ; Union des Femmes de France ; Editions Masson ; 1912
REGLEMENTS GENERAUX
L’étude de l’organisation et du fonctionnement des hôpitaux auxiliaires du territoire ( HAT)ne saurait être traitée ici dans tous ses détails.
Le cadre du manuel ne le permettrait pas, et nous renvoyons, pour une étude plus complète, les membres de l’Union des Femmes de France aux documents ci après :
- le décret du 19 Octobre 1892, portant règlement pour le fonctionnement de l’Union des Femmes de France
- l’instruction du 5 Mai 1899, sur l’utilisation, en temps de guerre, des ressources du territoire national pour l’hospitalisation des malades et blessés
- les règlements sur le service de santé militaire à l’intérieur et en campagne, résumés dans « le règlement pour l’organisation et le fonctionnement des hôpitaux auxiliaires de la société »
Il est entendu que nous n’avons pas à nous occuper des formations sanitaires de l’avant, qui sont du ressort du service de santé militaire. Il s’agira ici que des HAT, créés par l’Union des Femmes de France.
Cette étude peut se diviser en deux parties : la première comprendra l’organisation, le seconde le fonctionnement
PREMIERE PARTIE : ORGANISATION DES HOPITAUX AUXILIAIRES DE TERRITOIRE
L’organisation des HAT doit être faite, des le temps de paix, par les soins des conseils d’administration de chaque comité et être l’objet de toute leur sollicitude.
Elle concerne les locaux, le personnel, le matériel et les fonds
I. LES LOCAUX
- · Ils sont à peu près les mêmes que ceux d’un hôpital militaire, à savoir :
local pour le concierge, chambre de garde du médecin, local pour l’infirmière major de garde, cabinet du médecin chef, cabinet de la directrice, bureau des entrées, vestiaire pour les entrants, magasin pour les effets des malades, salles communes de malades ou des blessés, salle ou cabinet d’isolement pour les contagieux, salle d’officiers, salle de sous-officiers, réfectoire à l’usage des malades, salles d’opérations et de pansements, pharmacie-tisanerie, salle de bains, dépense, locaux pour la boucherie et les approvisionnements de denrées, magasin de combustible ou bucher, cuisine, lingerie, magasin pour le linge sale, locaux pour la désinfection, buanderie avec séchoirs, dortoir pour les infirmières, réfectoires pour les infirmières, greniers et caves, latrines et urinoirs.
- · Les HAT sont établis dans les lycées, collèges, pensionnats, asiles, grands hôtels meublés, qui, possédant déjà des lits, des objets de couchage, un matériel de cuisine, etc, peuvent être facilement transformés en hôpitaux, s’ils remplissent, d’ailleurs, les conditions hygiéniques requises pour cette destination.
- · Ils doivent être installés autant que possible dans des localités desservies par les chemins de fer, ou les canaux et les rivières navigables. Ils doivent contenir 20 lits au moins et avoir une contenance qui assure 40m3 d’air pour chaque malade et blessé.
C’est le Ministère de la Guerre qui concède, des le temps de paix, aux sociétés d’assistance le droit d’utiliser, à la mobilisation, certains établissements pour l’installation des HAT
Le Ministère de la Guerre ne concède un établissement à la société d’assistance qui l’a demandé que dans le cas où cette société se trouve en mesure de constituer HAT, susceptible d’être classé en première ou seconde série.
- · Au point de vue de leur destination, les HAT sont généraux ou spéciaux ; les premiers reçoivent à la fois les malades, y compris les contagieux et les blessés ; les seconds ne traitent que des malades, y compris les contagieux, à l’exclusion des blessés, ou des blessés seulement.
Quelques hôpitaux peuvent être également affectés au traitement exclusif des convalescents.
Toutefois, en cas de nécessité, les hôpitaux spéciaux devront recevoir tous les militaires malades ou blessés qui leur seront adressés par le directeur du service de santé de la région.
- · Dans chaque corps d’armée, les HAT de L’Union des Femmes de France sont numérotés, sans distinction de série, et quelle que soit leur destination spéciale, de 101 à 200.
II. LE PERSONNEL
Le personnel des HAT est fixé par la notice n°8 de l’instruction du 5 Mai 1899 ;
Afin de fixer les idées, voici quelle serait la composition du personnel d’un HA de 100 lits de blessés
1. personnel supérieur
2. personnel secondaire
3. hommes de peine
Le chiffre des hommes de peine varie selon les nécessités du service ; il peut être de 10 à 15 environ.
- Le personnel des HAT peut être recruté par les sociétés d’assistance, dans les conditions prévues par le décret du 19 Octobre 1892 et l’instruction ministérielle du 5 Mai 1899.
- Les médecins sont désignés par le conseil d’administration des comités, sur la présentation des médecins membres de la commission médicale d’enseignement. Ils doivent être agréés par le Ministère de la Guerre. A cet effet, des états de présentation sont établis par les délégués régionaux et adressés, dans chaque corps d’armée, au directeur du service de santé, qui les fait parvenir au ministre de la guerre.
- Les directrices d’hôpital, les infirmières, les secrétaires, la préposée à la dépense et à la lingerie, sont nommées, sur la présentation de la directrice du personnel, par le conseil d’administration du comité dont dépend l’hôpital.
- Les hommes de service, la cuisinière, l’aide de cuisine, la femme de service et le gardien de la porte d’entrée sont choisis par la directrice de l’hôpital.
- Les médecins, le pharmacien, la directrice, les secrétaires, les infirmières qui constituent le personnel volontaire, ne reçoivent aucune rétribution
Les hommes de service, la cuisinière, l’aide de cuisine, les femmes de service et le gardien de porte constituent le personnel pouvant être rétribué.
En cas de nécessité, une rétribution peut également être allouée aux secrétaires et aux infirmières.
Le montant de ces rétributions, qui peut varier selon les localités, est fixé par le conseil d’administration.
Le personnel rétribué est seul nourri à l’hôpital auquel il est attaché. Néanmoins dans les cas de force majeure ou dans l’intérêt du service, le personnel volontaire peut également être nourri, soit à titre gratuit, soit à titre remboursable, suivant la décision du comité.
- Toutes les personnes, hommes ou femmes, qui consentent à faire partie du personnel des HAT doivent signer une déclaration d’engagement envers la société intéressée, qui sera annexée au Journal de Mobilisation.
Ces déclarations sont établies sur papier libre et contresignées successivement par la présidente du comité local et le délégué régional.
- Le personnel des HAT doit être pourvu, à la mobilisation, du brassard de neutralité et de la carte nominative d’identité (article 10 du décret du 19 Octobre 1892).
L’approvisionnement de ces brassards et de ces cartes d’identité est constitué en temps de paix par la société.
Les brassards doivent porter les inscriptions suivantes :
· cachet du ministère de la guerre
· numéro de la région du corps d’armée sur le territoire duquel est situé l’hôpital auxiliaire ; dans le gouvernement militaire de Paris ou de Lyon, et en Tunisie, ce numéro est remplacé par les lettres G.P, G.L, et T.
· une lettre spéciale à chaque société d’assistance : S (pour SSBM), F (pour UFF), A (pour ADF)
· un numéro d’ordre appartenant à une série, qui dans chaque région de corps d’armée, ou gouvernement militaire commencera à 1, pour s’étendre indéfiniment.
- Toutes les personnes, hommes ou dames, employés dans les HAT doivent porter un insigne distinctif, déterminé par le ministre de la guerre, sur la proposition des sociétés d’assistance, et apres avis de la commission supérieure desdites sociétés (article 9 du décret du 19 octobre 1892).
- Le personnel des hôpitaux classés en première série doit être rendu au lieu de destination le deuxième jour de la mobilisation, exception faite pour le médecin-chef et la directrice, qui doivent y arriver le premier jour.
Le personnel des hôpitaux classés deuxième série doit être rendu au lieu de destination le neuvième jour de la mobilisation, exception faite pour le médecin-chef et la directrice qui doivent y parvenir le septième.
- Les personnes affectées aux HAT de première ou deuxième série reçoivent, des le temps de paix, un avis de convocation pour le temps de guerre, lequel est établi d’après les indications ci-dessus et signé par la présidente du comité local et le délégué régional.
III. LE MATERIEL
Le matériel nécessaire pour assurer le fonctionnement des HAT est déterminé par la notice n°9 de l’instruction du 5 Mai 1899.
Les quantités de matériel et d’objets varient suivant l’importance de l’établissement et suivant qu’il est destiné à recevoir des malades, y compris des contagieux, et des blessés , ou des malades, y compris les contagieux, à l’exclusion des blessés.
Le matériel ainsi prévu se compose de nombreux objets ou effets, classés par catégorie, de la manière suivante :
instruments de chirurgie, objets et accessoires de pansements, matériel de désinfection, matériel de pharmacie, objets de couchage, habillement, lingerie, chaussures , lingerie et objets spéciaux à l’usage des malades ;objets pour le service des bains, de la buanderie, de la cuisine, de la dépense et de la cave ; objets et vaisselle pour les repas, objets et ustensiles pour les ateliers, balance, poids et mesure, chauffage, éclairage, meubles, objets de bureau, objets mobiliers et ustensiles, objets pour le service en campagne, médicaments, accessoires de pansements, appareils et objets pour fractures, objets de consommation.
Les comités qui ont pris charge d’organiser des HAT doivent avoir soin de constituer tout ce matériel de la façon suivante :
- certains objets doivent être acquis, et en leur possession des le temps de paix et ce sont :
les instruments de chirurgie, les objets et accessoires de pansements, certaines pièces de linge, certains objets spéciaux à l’usage des malades, certains objets pour les bains, les objets de bureau, les objets pour le service en campagne, les matières et objets de pansements, les tissus pour pansements, les objets et accessoires pour pansements, les appareils et objets pour fracture.
- certains objets doivent être constitués, des le temps de paix, par promesses écrites de personnes les possédant ; ce sont : les objets de couchage, quelques effets de lingerie, les objets de vaisselle pour les repas etc
- certains objets doivent être constitués, par temps de paix, par marchés conditionnels, ce sont : les effets d’habillement pour malades, en drap ou en laine, les médicaments et accessoires de pharmacie, les objets en caoutchouc ou en gomme.
-enfin une dernière catégorie d’objets peut n’être acquise qu’au moment de la mobilisation et suivant les besoins, ce sont : le matériel de désinfection, le matériel de pharmacie, le matériel de cuisine, les objets pour le service de la cave, etc
Le Journal de Mobilisation, dont la tenue est prescrite pour chaque hôpital par l’instruction du 5 Mai 1899 donne le détail du matériel de ces 4 catégories.
Les directrices d’hôpital doivent prendre connaissance du journal de mobilisation de leur hôpital et se conformer en tous points à ses indications.
IV. LES FONDS
L’UFF constitue en outre, au titre de chaque hôpital, un fonds de réserve comprenant :
- les fonds nécessaires pour l’exécution, s’il y a lieu, des travaux d’adaptation, dans les locaux où doit être installé l’hôpital
- une somme, variant suivant l’importance de l’hôpital calculée à raison de 2 francs par lit et par jour, pendant 2 mois.La société reçoit en outre sur les fonds du service de santé, à titre de part contributive de l’Etat, une indemnité fixe de 1 franc par jour, pour chaque journée de malade, ou de blessé traité dans ses établissements
- les fonds nécessaires pour acquitter le prix des objets à livrer par marchés conditionnels : effets d’habillement, objets en caoutchouc, médicaments, blanchissage et désinfection.
Telles sont les dispositions que doivent prendre, en temps de paix, les conseils d’administration de la société en ce qui concerne les locaux, le personnel, le matériel et les fonds
Ces dispositions sont toujours contrôlées et vérifiées par une commission militaire, nommée par le directeur du service de santé de chaque corps d’armée.
A suivre