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Auteur Sujet :

Les Gueules Cassées.

n°4456
Jean RIOTT​E
Posté le 02-10-2008 à 14:22:54  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous,
Alain (marcel clément) dispose de photos de " Gueules Cassées".
Après consultation avec Mireille, puis avec l'ensemble de la modération, il a été décidé de poster ces photos, témoignages de la violence de ce conflit et des séquelles (visibles) qu'il a laissées derrière lui.
C'est l'occasion d'ouvrir un nouveau sujet auquel nous souhaitons conserver toute sa dignité et non le transformer en une exposition malsaine de photos.  
ATTENTION! ces photos sont très dures.
Merci de votre compréhension.
Cordialement.
Jean RIOTTE.

n°4462
Alain Dubo​is-Choulik
Tchiot quinquin de ch'nord
Posté le 03-10-2008 à 10:10:04  profilanswer
 

Bonjour,
En attendant, quelques pages sur la reconstruction faciale.
BBC
gillies archives
université Pierre et Marie Curie
Cordialement
Alain


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http://civils19141918.canalblog.com et  http://theywerethere.canalblog.com  "Si on vous demande pourquoi nous sommes morts, répondez : parce que nos pères ont menti." R. Kipling
n°4463
Sylvain5
Posté le 03-10-2008 à 10:21:46  profilanswer
 

:hello:  
 
C'est gentil de dire que c'est dur, il ne faut trop manger pour les sensibles  :jap:  
 
Cordialement
Sylvain


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Sylvain
n°4479
marcel cle​ment
Posté le 05-10-2008 à 16:54:02  profilanswer
 

Bonjour à tous, :hello:  
 
Voici donc les images pour lesquelles j’ai préféré demander l’avis de nos amis modérateurs avant de les publier sur notre forum.
Les professionnels de la santé comme Mireille ou moi ont certainement ,de par leur expérience, une approche différente de ce genre de documents, mais ils sont cependant très dur à regarder pour nous tous et nous ne pouvons nous représenter tout ce que ces malheureux ont enduré de souffrances physiques et morales.
 
Ces photos proviennent des USA et de la succession de Paul ROCKWELL, un pilote de l’escadrille LAFAYETTE . Pourquoi avait-il ces documents, personne n’en sait rien.
Quelques photos sont légèrement moisies et malheureusement 6 sont inutilisables et je ne les ai donc pas mises sur le site.
 
Elles datent de 1915 et 1916 pour la plupart. Sophie DELAPORTE, l’auteur du livre qui fait référence sur les Gueules Cassées m’a gentiment répondue :
«  Je reconnais la plupart de ces blessés. Ils ont été pris en charge à Amiens ou à Paris, dans le service de Sébileau (Lariboisière ou Chaptal) ou dans le service du Dr Blot, mis en place en juin 1916 pour recueillir les blessés de la bataille de la Somme »
 
Certaines de ces photos, mais pas toutes, sont annotées sur l’envers avec le nom et prénom du blessé, sa date d’arrivée, son régiment, le type de blessure et la description clinique des lésions, établie par un médecin. (Bien entendu ces annotations doivent rester confidentielles. )
Il s’agit de blessures par balles ou par éclat d’obus et il y a une des photos qui est celle d’un grand brûlé ou d’un gazé. Sont concernés entre autres : le 21 ème RI, 44 ème RI ,126 éme RI, 140 éme R I, 410 ème RI,415 éme R I, 1er Génie, 3 ème Génie et une compagnie de mitrailleur automobile.
Sur l’une d’entre elles on peut voir un praticien poser un appareil destiné à débloquer les maxillaires.
Je ne sais pas du tout ce que l’on peut faire comme soins au blessé qui subit un traitement avec une seringue.
 
Je pense que ces photos ont d’abord le mérite de nous confronter à nouveau et de manière très directe à l’horreur de cette guerre.
Elles sont aussi utiles pour introduire ce nouveau sujet sur les Gueules Cassées initié par notre ami Jean et qui j’espère retiendra l’intérêt des membres de notre forum.
Je souhaite qu’avec la contribution de tous, nous puissions mieux comprendre ce que signifie « Gueules Cassées », car ce type de mutilations n’est apparu pour la première fois avec toute son ampleur et ses conséquences que pendant la première guerre mondiale.
 
 
http://farm4.static.flickr.com/300 [...] 496d_b.jpg
http://farm4.static.flickr.com/301 [...] 7708_b.jpg
http://farm4.static.flickr.com/329 [...] daf9_b.jpg
http://farm4.static.flickr.com/306 [...] 86ec_b.jpg


Message édité par marcel clement le 05-10-2008 à 21:18:05
n°4480
jef52
Posté le 05-10-2008 à 17:12:21  profilanswer
 

Bonjour à tous,
Quelle tristesse pour ces pauvres gars, qui pour la plupart n' ont eu aucune reconnaissance de l' état ou de leur entourage, juste un rejet de la société !! On se demande si il ne valait pas mieux être tué sur le coup. Ce sujet me fait réfléchir sur nos travaux respectifs, qui se portent beaucoup sur les tués, malheureusement parfois par manque de documents, et me donne envie d' en faire beaucoup plus pour mettre en avant aussi ceux qui ont été autant marqués dans leur chair. Merci à Alain d' avoir initié ce sujet et aux modérateurs d'en avoir accepté la diffusion.
Amicalement,
Jef


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"Désormais je sais enfin que tous ces morts, ces Français et ces Allemands, étaient des frères, que je suis leur frère" Ernst Toller
Le blog du 232e RI http://232emeri.canalblog.com/
n°4483
marcel cle​ment
Posté le 05-10-2008 à 17:40:13  profilanswer
 

Bonjour Jef,
 
Merci de vos réflexions sur ce sujet douloureux. J'ai de la peine pour tous ces malheureux et tout particulièrement pour ces deux piou piou Africains qui n'avaient rien à faire dans cette galère .....
 
Amicalement,
 
Alain


Message édité par marcel clement le 05-10-2008 à 21:15:55
n°4486
corinne
Posté le 05-10-2008 à 21:13:43  profilanswer
 

bonsoir à tous
bonsoir marcel
 
Merci pour ces témoignages, Je ne trouve pas de mots pour dire ce que je ressens à la vue de ces visages.Combien de souffrances physiques et morales dérriere chacune de ces photos... J ' habite Toulon et  pres de chez moi se trouve


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corinne
n°4487
corinne
Posté le 05-10-2008 à 21:16:21  profilanswer
 

une maison des gueules cassées  "le domaine du Coudon "si cela interresse quelqu 'un je peux aller faire quelques photos ....
 
  amicalement
 
Corinne


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corinne
n°4488
marcel cle​ment
Posté le 05-10-2008 à 21:23:46  profilanswer
 

Bonsoir Corinne,
 
Oui merci d'avance pour les photos du bâtiment, du cimetière et aussi s'ils ont une brochure ou d'autres documents, une liste de leurs ex-pensionnaires, etc ....bref tout nous intéresse sur ce sujet que nous souhaitons développer.
 
Bonne soirée et bien amicalement,
 
Alain Marcel Clément

n°4489
corinne
Posté le 05-10-2008 à 22:14:13  profilanswer
 

rebonsoir alain marcel
 
 Je m y rends dés que possible et je vous envoie tout ce que je  peux trouver...  
 
amicalement
 
 corinne


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corinne
n°4492
corinne
Posté le 06-10-2008 à 16:09:59  profilanswer
 

bonjour à tous ,  
bonjour alain  ,  
 
 je  rentre du domaine du Coudon ," les gueules cassées .J espere avoir bientot beaucoup de choses à vous raconter. Je


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corinne
n°4495
corinne
Posté le 06-10-2008 à 16:46:53  profilanswer
 

vais écrire au directeur,afin d'essayer de le rencontrer .qui mieux que lui pourra me parler de ce domaine et des gueules casséEs qui y ont séjournés.Dés que je pourrais ,je me rendrais aussi au cimetière de la Valette , les gueules cassées y ont un carré réservé.
 Pour finir ,je vous joins un poéme  que l'on m a remis au domaine du Coudon
 
 La blessure au visage
 
Lorsqu 'on aura posé les armes
Et que, joyeux levant le front
Et tarissant toutes les larmes
Reviendront: ceux qui reviendront!
 
Les femmes d'un élan farouche
Prendront les hommes sur leur coeur
Et baiseront à pleine bouche  
Celui qui reviendra vainqueur
 
Puis s'apaisera la joie ivre
Et l 'ordre ayant donné ses lois
Il faudra se reprendre à vivre
Ainsi qu on vivait autrefois
 
Or bien peu reviendront sans doute
Les memes qui étaient partis
Tel qui fut droit ,hélas se voute
Et tel autre a les cheveux gris
 
Le front de celui ci se ride
Ainsi que le front d 'un vieillard
Et celui là sa manche est vide
Et l autre, il n a plus de regard
 
Mais les femmes consolatrices
Aprés l étreintre du retour
Ennobliront les cicatrices
A force de soin et d amour
 
Toi qui te crois vieux jusqu'à l'ame
Ecoute dans la paix du soir
Le rire de ta jeune femme  
Et ton coeur frémira d espoir
 
Toi qui traine une béquille
Pour guider ton pas incertain
Le bras de quelque belle fille
Te soutiendra sur ton chemin
 
Toi dont l'épaule mutilée  
Te rend sauvage et maladroit
Attends d 'une ame consolée  
Celle qui sera ton bras droit
 
Mais toi dont le masque effroyable
Est défiguré par l'horreur
Semblable au monstre de la fable
Dont les petits enfants ont peur
 
Toi qui dans la tragique féte
Au premier rang des bataillons
A su ,sans détourner la tete
Recevoir le coup en plein front
 
Toi qui n'en est pas  mort ,pauvre homme
Mais à toi meme hélas survis!
Toi ,qui n 'a su donner en somme
Que ton visage à ton pays...
 
L'amour se détourne à ta vue
L'amitié ralentit le pas
Et le soir de ta venue
Ton chien ne te reconnut pas!
 
Si tu n'as plus ta vieille mére
Ne rentre pas à la maison
Oh! pauvre enlaidi de la guerre
Fuis, au hasard, vers l 'horizon!
 
Fuis ta demeure et ton village
On te plaint moins qu hier déja
On se détourne davantage
Et demain on t 'évitera
 
Mais si ta mére est à ta porte
Entre sans crainte elle t'attend!
Pourquoi trembles tu? que t'importe?
Elle a reconnu son enfant!
 
Elle t'étreint et te regarde
Et clame quelle chance j'ai..
C'est bien lui , je l'ai, je le garde
C'est mon fils , il n' a pas changé!
 
 
  amicalement
 
 corinne
 


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corinne
n°4498
marcel cle​ment
Posté le 06-10-2008 à 17:40:01  profilanswer
 

Bonsoir Corinne,
 
Et bien vous n'avez pas tardé à y aller. C'est super et on attends avec impatience la suite.
Voilà un beau poème; mais dans la réalité les G. C. avaient parfois bien du mal à se faire reconnaître et à se faire accepter par leurs conjoints, enfants ou familles ....
 
Amicalement,
 
ALAIN M C

n°4501
Jean RIOTT​E
Posté le 06-10-2008 à 17:50:12  profilanswer
 

Bonsoir Corinne,
Merci de venir enrichir ce nouveau sujet.
Cordialement.
Jean RIOTTE.

n°4503
lorrain54
Posté le 06-10-2008 à 18:41:08  profilanswer
 

Bonsoir a tous, tres beau poème, mais l'humain est humain et lorsque la forme n'est plus humaine l'humanité se défile, quelle souffrance pour ces personnes, ils ne  leurs reste que les rêves ou les cauchemars, cordialement, Jean-Louis.


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Dites le a tous, " Il ne fait pas bon mourir".
n°4504
mireille s​alvini
toujours se souvenir d'eux
Posté le 06-10-2008 à 18:46:18  profilanswer
 

bonjour à toutes et à tous :hello:  
 
 
tout d'abord,je remercie chaleureusement Alain "Marcel-Clément" pour la mise en ligne de ces photos qui s'est faite avec un respect remarquable vis-à-vis de ces Gueules Cassées mais également vis-à-vis de la modération du Forum Pages 14-18.
attitude dont l'élégance est à souligner.
 
bien,à part ça .. ;)  
 
 
ce sujet des Gueules cassées m'a toujours fortement intéressée,si ce n'est passionnée,en raison de la portée de ces blessures si particulières et dont l'impact n'atteignait pas seulement le blessé lui-même,mais tous ceux qui l'approchaient.
et puis ces blessures si puissamment visibles étaient d'une certaine manière le reflet des blessures de l'âme de tous les soldats de 14-18.
 
témoignages de l'horreur de la guerre "moderne",rappel constant du poids de cette guerre que les anciens combattants portaient en eux,
ce sont assurément des blessures à part.
quant aux prouesses chirurgicales de l'époque,elles sont stupéfiantes.
d'ailleurs sur les photos présentées ci-dessus,on peut voir certains progrès dans le traitement
(3ème série de photos notamment).
je n'ose imaginer cependant les souffrances de ces blessés après leurs multiples opérations.
 
 
et maintenant un peu de lecture trouvée sur le net:
 
-une exposition virtuelle indispensable,initiée par Sophie Delaporte:
 http://www.bium.univ-paris5.fr/1418/debut.htm
 
-un article (pdf) d'un chirurgien plasticien le Dr Jean-Pierre Reynaud qui a soigné les derniers survivants "Gueules Cassées":
 http://www.rotary-francophone.org/ [...] p18-39.pdf
 
-le site des Gueules Cassées "sourire quand même":
 http://www.gueules-cassees.asso.fr/
 
 
pour approfondir le sujet, il y a bien sûr le livre de Sophie Delaporte "Gueules Cassées de la Grande Guerre" (agnès vienot éditions 2004)
ainsi que le livre de Noële Roubaud et R.N. Brehamet "le colonel Picot et les gueules cassées"  (nouvelles éditions latines,1960)
 
sans oublier le très beau roman de Marc Dugain "la chambre des officiers" dont a été tiré un beau film du même titre.
 
 
amicalement :)  
Mireille


Message édité par mireille salvini le 06-10-2008 à 18:51:55
n°4507
HT62
Toujours en avant !
Posté le 06-10-2008 à 21:05:43  profilanswer
 

Bonsoir Mireille,
 
Je suis vraiment très heureux de te retrouver après tout ce temps...  
Les gueules casséees, un sujet qui effraye et dont on parle peu !
Terrible a du être la souffrance de ces hommes... souvent dans l'ignorance et l'indifférence.  
Même les familles que j'ai rencontrées ont encore de la retenue, quant aux photos, no comment !
Bien amicalement, Hervé.


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N'hésitez pas à consulter mes deux blogs :  http://bethune73ri.canalblog.com/ ; http://saintomer8ri.canalblog.com/
n°4509
laurent pr​ovost
Posté le 06-10-2008 à 22:42:37  profilanswer
 

Bonsoir a tous, et content de te revoir ici Mireille.
Je suis ce fil depuis le début, et il éveille chez moi, imagier de la médecine en particulier en NeuroRadiologie, bien des souvenirs.
Au cours de mes recherche aux archives des hôpitaux de paris, j' ai rencontré au fil de mes lectures des compte rendu de l'académie de médecine et de la société de chirurgie, plusieurs articles articles sur les technique de reconstruction faciale.  
Il me semble que Morestin qui opérait au Val de grâce et à st louis s'était particulièrement illustré dans ces techniques. voir le document.
je retourne mercredi pour y faire ma moisson, j 'y prendrais les références.
 
Une extraite de Gallica >>>ici<<<
 
Comme il cite ses communications a la société de chirurgie cela va m'être plus facile ....


Message édité par laurent provost le 06-10-2008 à 23:12:32

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HistoriX, le site  --  Les Poilus de L'AME
Pannes au fil des ans
n°4510
marcel cle​ment
Posté le 07-10-2008 à 08:14:33  profilanswer
 

Bonjour à tous, :hello:  
 
Je rajoute deux liens : " Appel pour le foyer des Gueules Cassées" :  [url] http://web2.bium.univ-paris5.fr/li [...] 16&do=page[/url]
 
Et celui ci sur les techniques de prothèses faciales ou il y a même un incroyable film muet d'époque :     http://www.projectfacade.com/index [...] hetics_two
Et sur ce même site des photos de blessés avant et après reconstruction : http://www.projectfacade.com/index.php?/case/C80
Un exemple d'un résultat opératoire remarquable, tout le nez est refait :
 
Amicalement,
 
 
Alain M C
 
http://images.mesdiscussions.net/pages1418/mesimages/2990/Maggs_J._9.jpg


Message édité par marcel clement le 07-10-2008 à 15:14:05
n°4511
marcel cle​ment
Posté le 07-10-2008 à 09:17:04  profilanswer
 

Jean Louis a écrit :
Bonsoir a tous, tres beau poème, mais l'humain est humain et lorsque la forme n'est plus humaine l'humanité se défile, quelle souffrance pour ces personnes, ils ne  leurs reste que les rêves ou les cauchemars,  
 
Bonjour à tous,bonjour Jean Louis,
 
C'est tout à fait vrai et en même temps les G.C. ont su de manière admirable et en ne comptant que sur eux mêmes, se rassembler, trouver les fonds et créer une association dynamique et disposant de moyens d'accueil adaptés. Ils ont manifesté entre eux une solidarité exceptionnelle et créé une véritable fraternité dans laquelle la joie et le rire n'étaient pas exclus comme en témoigne leur devise que nous rappelle Mireille : "Sourire quand même".
 
Voici la copie du serment d'adieu des G.C. à leur Président; le colonel Picot.
 
Mon colonel,
 
Nous jurons de rester unis autour de votre souvenir, comme nous l'avons été autour de votre personne.
Nous jurons de rester fidèles aux principes de bonté et de fraternité que vous nous avez inculqués.
Nous jurons de faire ce que vous avez toujours fait, aider les faibles et tendre la main à tous.
Nous jurons de continuer votre oeuvre et quand nous partirons pour le même grand voyage,
nous voulons que vous nous receviez avec un sourire en nous disant que vous êtes content et fier de nous.
 
Malgré leur terrible handicap, les G.C. trouvaient encore en eux de quoi donner et partager ....
 
 
 
Amicalement,
 
Alain M C
 
 
 
http://images.mesdiscussions.net/pages1418/mesimages/2990/GCPICOT.jpg


Message édité par marcel clement le 11-11-2010 à 18:47:25
n°4512
Jean RIOTT​E
Posté le 07-10-2008 à 10:36:44  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous,
Bonjour Alain,
Les GC nous ont laissé une grande leçon de courage et d'humanisme. Chapeau!
Cordialement.
Jean RIOTTE.

n°4514
lorrain54
Posté le 07-10-2008 à 17:16:30  profilanswer
 

Bonsoir a tous, merci Alain, oui ils vivaient et parfois heureusement gaiement, mais surtout entre eux, il faut une préparation une formation pour affronter ce handicape, trouver le regard et les mots adaptés,la bonne volonté ne suffit pas ! chacun de nous a connu cela, le regard oui le regard c'est cela l'humain et sa normalité,pourtant les plus belles choses sont internes ,cela veux dire cachées, et pour les voir il faut s'approcher ! ils étaient prisonnier d'une apparence bien pire qu'une prison, j'écris cela juste pour essayer de comprendre leurs souffrances, mais j'en suis incapable ! bien cordialement ,  Jean-Louis.


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Dites le a tous, " Il ne fait pas bon mourir".
n°4515
marcel cle​ment
Posté le 07-10-2008 à 18:48:26  profilanswer
 

Bonsoir à tous,
 
Je me permets de vous présenter une petite et bien partielle étude sur le parcours du blessé de la face.
 
Le parcours du blessé de la face :

11 à 14 % des blessés de la grande guerre sont des blessés de la face.
10 000 à 15 000 de ceux-ci ont été des grands blessés.
 
La modernisation de l’armement, éclats d’obus, shrapnells, grenades à fragmentation, grande vitesse des balles autant d’éléments qui ont été plus destructeurs que pendant les guerres antérieures. La proximité et la relative immobilité des combattants enterrés face à face, quelques fois à seulement une vingtaine de mètres les uns des autres, dans leurs tranchées,tout cela a contribué à augmenter la gravité et l’importance des lésions des blessés de la face ainsi que leur nombre.
 
 
Le brancardier :
 
Le premier contact du blessé de la face était le brancardier qui devait le transporter au poste de secours et lui appliquer le premier pansement.
 
Sophie Delaporte rapporte dans son livre ce récit d’un brancardier :
«  Il est mort, Mais cet autre non. Et c’est bien pis. Comment un éclat d’obus seul a pu faire une telle blessure ! Oh cachez cette face hideuse, cachez là. Je détourne les yeux, mais j’ai vu et je n’oublierai pas, dussé-je vivre cent ans. J’ai vu un homme qui à la place du visage avait un trou sanglant. Plus de nez, plus de joues ; tout cela avait disparu, mais une large cavité au fond de laquelle bougent les organes de l’arrière-gorge. Plus d’yeux mais des lambeaux de paupières qui pendent dans le vide. Cachez ce masque d’horreur ……et cet autre au profil de fouine dont le maxillaire inférieur a été emporté ... »
Pourtant ce brancardier emploie des termes médicaux et il devait sûrement être un jeune étudiant en médecine. Terrible et dangereux travail que celui de brancardier sur le front.
 
On peut penser que devant l’horreur de ces blessures de nombreux blessés de la face n’ont  été relevés que très tardivement, ou même laissés pour mort.
Cela a été le cas d’Albert JUGON qui sera l’un des pères fondateurs des G. C.
Ayant eu la moitié de la figure emportée, un œil crevé, les maxillaires fracassés, il reçut l’absolution et demanda à être emporté en dernier.
 
Ceci nous permet aussi de remarquer dès maintenant la différence importante entre l’aspect abominable de la blessure et son taux de mortalité. Car les blessés de la face avaient souvent de grandes chances de survivre. Les deux complications immédiates les plus redoutables étaient l’hémorragie ( artère linguale ) ou l’étouffement par obstruction des voies aériennes.( rupture des attaches de la langue , chute d’un corps étranger dans la trachée.). Au début du conflit, nombre de blessés de la face arrivent à l’arrière avec une trachéotomie et aucun trachéotomisé ne survécut . Puis,la prise en charge et le transport s’améliorèrent.
 
Par contre, les retards dans le transport et dans l’application des premiers soins avaient comme conséquences toute une série de complications secondaires qui seront d’autant plus longues et difficiles à traiter que le délai initial sera plus long.
 
 
 
 
Au poste de secours :
 
C’est la phase nettoyage, désinfection, premier véritable pansement.Au début les chirurgiens et les médecins ont eu tendance à vouloir enlever les lambeaux, à débrider, drainer, régulariser puis sur la demande de leurs confrères de l’arrière spécialisés dans ce type de chirurgie reconstructrice, il leur a été demandé d’en faire le moins possible, d’être le plus conservateur possible pour ne pas compromettre la future reconstruction.
 
La aussi, du moins au début, nombre de blessés de la face furent mis de côté et placés avec les cas désespérés et donc évacués très tardivement.
Sophie Delaporte rappelle que le Docteur Tuffier rapporte que sur un échantillon de 20 blessés de la face, le délai moyen entre la date de la blessure et l’arrivée à l’ambulance était de 42 jours.
 
A l’ambulance :
 
Ce n’est qu’en 1918 que les ambulances furent renforcées par du personnel spécialisé en chirurgie maxillo-faciale.
Pour les mutilations faciales, l’infection est la règle compliquée par des écoulements salivaires importants. Il fallait donc laver, irriguer ces blessures, changer toutes les deux heures environ les pansements car les plaies faciales se réinfectent facilement.
Par contre aucun cas de gangrène gazeuse n’a jamais été observé pour aucun de ces blessés. Ceci étant dû à la qualité de la vascularisation de la face et au fait que ces blessures étaient largement ouvertes.
Vers le 12 ème jour les tissus avaient tendance à se cicatriser mais devenait durs et cassants en formant des travées fibreuses qui nécessitait l’intervention des masseurs de l’époque.
Souvent des cicatrices vicieuses se constituaient et retardaient considérablement la guérison et la récupération de la mastication.
 
Le centre spécialisé  de l’arrière :
 
Enfin notre malheureux piou-piou arrive au centre spécialisé de l’arrière.
Ce n’est qu’à partir de 1916 que furent vraiment opérationnels ces centres spécialisés.
La chirurgie restauratrice procéda par étapes successives et progressa lentement car il fallait innover et trouver de nouveaux moyens pour traiter ce type de blessés.
 
Les deux complications fonctionnelles les plus redoutables étaient la pseudarthrose, absence de consolidation des fractures des mâchoires  et la constriction des mâchoires, une forme de contraction permanente des muscles. Les deux rendaient la mastication et une alimentation normale impossible.
Petit à petit, les chirurgiens firent de remarquables progrès et la mise au point de la greffe ostéopériostique de Dr Delagenière fut certainement le plus notable. En simplifiant on peut dire qu’elle consiste à prélever un morceau d’os ( greffon ) sur le tibia du patient pour servir à reconstituer les mâchoires.
Les techniques de greffe cutanées évoluèrent aussi jusqu’à la remarquable autoplastie de Defourmantel. ( auto-greffe )
 
Mais beaucoup de ces malheureux gardaient des séquelles fonctionnelles et esthétiques et bien sur psychologiques très importantes.
Les blessés qui présentaient des mutilations faciales non-réparables ou totales devaient porter des prothèses, des postiches, des masques et certains continuèrent à dissimuler toute leur vie leur mutilation par des pansements. Ceux-ci étaient certes très visibles mais parfois préférables à une prothèse qui comme le faisait remarquer un des médecins spécialistes de l’époque «  ajoute le ridicule à l’horreur »
Les blessés de la face étaient soumis à des traitements à répétition et à de très nombreuses interventions. La reconstruction d’un visage demandait en moyenne deux ans de traitement et parfois jusqu'à quatre ans et plus.
 
Puis venait la difficile ou impossible réinsertion dans la famille ou dans la société.
 
 
 
Conclusion :
 
Cinq mutilés de la face furent placés près de la table ou devait être signé le traité de Versailles. Il s'agissait d'impressionner les plénipotentiaires et l'effet escompté fut obtenu. L'assemblée connut un moment de très vive émotion. Le Tigre lui même tint à venir leur serrer la main et leur dit " Vous étiez dans un mauvais coin, cela se voit" Des larmes coulaient alors de ses yeux que l'on disait froids et insensibles...
 
Ce court texte n’est qu’un petit résumé présentant le parcours du blessé de la face depuis le champ de bataille jusqu’au centre spécialisé.
Il est forcément partiel et très incomplet et bien d’autres aspects sont à étudier dans ce domaine.
 
Bibliographie :
 
SOPHIE DELAPORTE Gueules Cassées, les blessés de la face de la grande guerre. Editions France- Loisirs
 
Dr .Ch. LENORMANT Chirurgie de la tête et du cou. Paris, Masson, 1919.


Message édité par marcel clement le 07-10-2008 à 21:07:44
n°4517
corinne
Posté le 07-10-2008 à 19:15:21  profilanswer
 

bonsoir à tous et à toutes
 
 merci  pour toutes ces précisions
Comme l écrivait si bien Mireille , je n ose imaginer les soufffrances physique de tous ces hommes.
Peut etre pourrait on y associer celles des civils , ainsi au  domaine du coudon réside encore une femme blessée au visage  à l age de 4 ans durant le conflit  .Connait on le nombre de " gueules cassées civiles"?
 
PS   :J e vais essayer de me procurer un  petit livre  où les gueules cassées du Coudon livrent leur témoignage à des écrivains
 
 A trés bientot
 
amicalement
 
 corinne


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corinne
n°4520
marcel cle​ment
Posté le 08-10-2008 à 09:52:38  profilanswer
 

Bonjour à tous,
Bonjour Corinne,
 
 
Je n'ai pas du tout de renseignements sur les G.C. civiles." Une femme blessée au visage à 4 ans ! ", et oui j'ai le tort d'oublier que dans ce conflit il y a eu aussi des victimes civiles...
Voilà un petit livre qui devait effectivement nous permettre de continuer à travailler ce fil. Merci à vous.
 
Un autre lien :http://www.memorial-de-verdun.fr/p [...] a_face.pdf
Un article du Docteur F.X. LONG sur les blessés de la face.
 
 
Amicalement,
 
Alain M C


Message édité par marcel clement le 08-10-2008 à 12:59:53
n°4529
laurent pr​ovost
Posté le 08-10-2008 à 23:32:32  profilanswer
 

Bonsoir,
De retour de mes agapes archivistiques je vous communique la notice de Morestin trouvé dans Chanteclair de 1922.

http://images.imagehotel.net/1o9e4fbmnu.jpg
Hippolyte Morestin
1869-1919
 
Fils d'un médecin de fort de france, à la Martinique, Hipolyte Morestin est né dans cette ville le 1 er novembre 1869; mais c'est à Paris qu'il fit ses études classiques et médicales.
Inscrit à a faculté en 1898 de médecine de paris en 1886, nous le trouvons déjà interne en 1888, c'est à dire , à peine agé de 19 ans, ayant réussi à son premiers concours. Quatre ans plus tard, en 1892 il était prosecteur; docteur en , 1894, avec une thèse sur les opérations qui se pratiquent par la voie sacrée; chef de clinique de Le Dentu.
Élève de Verneui, de Reclus, de Richelot et de le Dentu, il était chef de service à l'hôpital Saint Louis, en 1914, au moment où éclatait la guerre; il n'avait encore publié que de rare travaux, parmi lesquels nous devons noter la description des prolongements de la glande sublinguale qui font hernie à travers les insertions musculaires du Mylo_hyoidien; une pathogénie des grenouillettes sus-hyoidiennes, etc le chapitre consacré aux affectons chirurgicales de la face dans le nouveau traité e chirurgie de Le Dentu et Delbet.
Mais sur le terrain de la chirurgie militaire, Morestin se révélera rapidement un  maître incomparable.
Anatomiste impeccable, opérateur d'une grande virtuosité, Morestin avait toujours montré un extrême préoccupation de n'altérer que le moins possible, par son bistouri, l'esthétique du corps humain. C'est ainsi qu'il avait recommandé d'ouvrir les abcès du sein par la voie auxiliaire, et de faire dans l'opération de l'appendicite l'incision dans la partie velue du pubis.
Il était ainsi préparé à devenir le chirurgien des blessés de la face, dont le service lui était bientôt confié au Val de Grâce, et où il a accompli des prodiges de restauration faciales et crânienne, qui lui valurent une notoriété extraordinaire.
Simple infirmier au moment de la mobilisation, Morestin avait été nommé Médecin major de 1er classe , en 1917, au moment où ce grade était conféré de droit à tous les agrégés, et c'est comme tel qu'il fut promu officier de la légion d'honneur.
Après la guerre, il allait obtenir la chaire de médecine opératoire, quand, en quelques jours, il fut emporté par une broncho-pneumonie grippale. Il mourut le 11 février 1919. il avait 50 ans . chanteclair n° 161 janv 1922 p5

Une caricature:
http://images.imagehotel.net/ae2fxs3j31.jpg
Vous remarquerez la pudeur des dessins des patients, le trait du caricaturiste s'est retenu.
 
J'ai commencé le relevé de ses travaux a partir du 1 janvier 1915 date a la quelle la collection de bulletin de la société de chirurgie est présente aux archives de l'ap, et comme il n'y a pas de table des matières, je n'ai exploré que l'année 1915 3 volume et le début de 1916.
je vous proposerais la liste dans un document PDF dès que le relevé sera terminé, je pense qu'il me faudra encore une séance.
C'est grâce à ses travaux sur les greffes de cartilage costaux et de graisse qu'il s'est lancé dans la reconstruction faciale.
il ne se passe guère de séance sans présentation de malade a la société, qui sont bien sur  photographié.  
ll influenca beaucoup le chirurgien britannique Harold Gillies qui était pendant la guerre, attaché au British General Hospital à Rouen.
Il a aussi soigné Al Capone et Sarah Bernhardt. (wikipédia)
Morestin ne travaillait pas dans les formations de l'avant mais de l'arrière (Val de grâce, st Louis), en seconde intention. il écrit d'ailleurs le 27 octobre  Les transplantations cartilagineuses dans la chirurgie réparatrice (p 1994-2046 17 fig)  

«  Au début de la guerre actuelle, j'ai songé plus que jamais à l'opportunité des greffes cartilagineuses dans les difformité faciales, mais il m'a fallu attendre assez longtemps avant d'avoir des blessés dans des conditions voulues, c'est à dire entièrement désinfectés, prêt pour une chirurgie qui doit rester absolument aseptique. Au cours des derniers mois, j'ai eu de nombreuses occasions de faire des opérations réparatrices basée sur l'emploi des transplants cartilagineux et je viens aujourd'hui vous rendre compte de ces interventions et vous présenter la plupart de mes malades. »
 

il a fait au moins 32 communications à la société durant l'année 1915 !
A bientôt


Message édité par laurent provost le 08-10-2008 à 23:42:31

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HistoriX, le site  --  Les Poilus de L'AME
Pannes au fil des ans
n°4531
marcel cle​ment
Posté le 09-10-2008 à 09:01:45  profilanswer
 

Bonjour Laurent, bonjour à tous,
 
Merci beaucoup pour ces informations sur le Docteur Morestin qui  a effectivement été un extraordinaire chirurgien. Les transplantations cartilagineuses étaient magnifiquement tolérés ( schématiquement consistent à remplacer la partie osseuse manquante au niveau de la face, par un morceau de cartilage provenant d'une côte) mais elles finissaient par se résorber spontanément et le patient se retrouvait dans son état antérieur. Elles ont cependant redonné espoir et certainement ouvert la voie aux greffes osteopériostiques qui se sont avérées être finalement la meilleure solution.
Je suis impatient de consulter la liste de ses travaux.
Le docteur Morestin était, comme le sont souvent les chirurgiens, un excellent anatomiste et donc un dessinateur de talent et je joins ici deux de ses dessins, empruntés au livre de Sophie DELAPORTE sur les G.C.
 
Amicalement,
 
Alain MC
 
 
http://images.mesdiscussions.net/pages1418/mesimages/2990/Cliche%202008-10-09%2008-51-49.jpg


Message édité par marcel clement le 09-10-2008 à 12:18:48
n°4534
Jean RIOTT​E
Posté le 09-10-2008 à 09:44:23  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous,
Merci Corinne...
Merci Alain...
Merci Laurent... pour vos messages particulièrement intéressants et qui rappellent la mémoire de médecins ou d'institution aujourd'hui (presque) complètement oubliés et qui pourtant se sont tant dévoués pour essayer de soulager les blessés de la face.
Bien cordialement.
Jean RIOTTE.

n°4582
marcel cle​ment
Posté le 13-10-2008 à 09:19:17  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Les réflexions d'un chirurgien spécialiste actuel de la question et particulièrement sur la notion de "DÉFIGURATION":

 
2e journée Guerre et médecine - 7 février 2004 - Paris
 
 
"  Défigurations  
Bernard Devauchelle  
Chirurgien, Service de Chirurgie réparatrice et reconstructrice de la face  
CHU d’Amiens

 
 
Il y a de ces visages mutilés qui sont de véritables champs de bataille : les pièces rapportées  
des lambeaux, comme autant de tâches rompant les lignes des rides d’expression, figeant une  
face dans un dessin immobile dont on sent bien que s’il s’animait il ne reproduirait au mieux  
qu’une grimace, ...  
Les pièces rapportées des lambeaux, comme autant de tâches dyschromiques rompant les on-  
dulations naturelles du terrain, figeant une terre dans des tas immobiles dont on sent bien que  
si le vent les animait il ne ferait bouger, tels des épouvantails, que les arbres morts qui les  
surplombent encore, ...  
Les cicatrices surlignées des marques des fils trop serrés sur la chair labourée, comme autant  
de barbelés ...  
Disent avec tristesse les combats qui s’y sont menés.  
Défigurations.  
Trait d’union entre corps-mémoire des joueurs de Skat d’Otto Dix, que Sophie DELAPORTE  
nous avait ici présentés, raides dans leur mécanique, La Transplantation, eau forte du catalo-  
gue la Guerre, du même artiste, guidera notre propos.  
Pour un chirurgien de la face (le mot chirurgien du visage n’existe pas) (il n’y a que les alle-  
mands pour parler de Gesicht Chirurgie), il y a d’abord devoir de mémoire.  
Voilà longtemps que l’on réparait la face détruite par le traumatisme, ou amputée par la sen-  
tence (les condamnés ont largement servi de terrain d’expérimentation...). Paradoxalement,  
avant le début du XXème siècle,  la guerre (sauf peut-être pour la chirurgie des membres)  
n’est pas pourvoyeuse de grands progrès chirurgicaux. De manière incontestable, la Grande  
Guerre, par sa « physiopathologie », si le mot peut ici s’appliquer, va structurer quelques  
grandes spécialités chirurgicales.  
La chirurgie maxillofaciale en est l’héritière directe. Ce n’est pas le moindre des mérites de  
Sophie DELAPORTE de l’avoir démontré dans son ouvrage « Gueules cassées ».  
Au delà, et dans un curieux mouvement d’action – réaction, naissait la chirurgie esthétique.  
Nous écrivions : « On ne sait guère des relations que nouaient les équipes chirurgicales de ce  
côté-ci de l’Atlantique avec les Etats-Unis avant la première guerre mondiale. On sait encore  
moins des échanges avec l’Asie. Cristallisant sur un point de l’Europe la rencontre de nombreu-  
ses armées venues du monde entier, dotées de leurs propres contingents de médecins et de  
chirurgiens – c’est ainsi, par exemple, qu’une personnalité aussi forte que le chirurgien anglais  
Harold GILLIES est affecté à une ambulance belge dès 1915, avant de rejoindre le British Ge-  
neral Hospital de Rouen – La Grande Guerre réunit dans un curieux brassage les conditions  
pour que puisse éclore une chirurgie uniquement dévolue à la disgrâce et à l’embellissement.  
Ce n’est pas tant que cette chirurgie n’existait pas auparavant. MILLER, aux Etats-Unis, fait  
éditer un ouvrage intitulé « Cosmetic Surgery of the Face » dès 1907. On connaît, en outre, les  
premières interventions de JOSEPH a Berlin, dès la fin du XIXème siècle, et son ouvrage  
« Handbuch der Kosmetik » paru à Leipzig en 1912, mais la guerre, par l’importance en nom-  
bre et en gravité des délabrements faciaux qu’elle remettait entre les mains de chirurgiens à  
formation le plus souvent généraliste, a permis à la fois l’éclosion des techniques et des voca-  
tions spécialistes. Deux vérités doivent être rappelées : le caractère indissociable de la chirur-  
gie réparatrice et de la chirurgie esthétique, car ce sont les mêmes noms de personnes que  
l’on retrouvera plus tard liés au développement de la cosmetic surgery ; la spécificité faciale  
dans l’une et l’autre de ces chirurgies, sans doute parce qu’un nombre important des « Gueu-  
les Cassées » survivaient à leurs blessures, mais aussi parce que la face exposée, mutilée,  
visible, est demeurée dans la conscience collective mémoire de guerre constamment rappelée  
à notre imagination. »  Et plus loin : « La première guerre mondiale a définitivement scellé les  
liens qui uniront désormais, à travers les chirurgiens, la chirurgie reconstructrice et la chirurgie  
esthétique. Ces liens se traduisent par la réunion en Angleterre des « big four » GILLIES venu  
de Nouvelle-Zélande, tout comme Mc INDOE, MOWLEN et KILNER, qui consacrent la chirurgie  
plastique comme discipline indépendante. C’est en 1931 que Maurice COELLST ; oto-rhino-  
laryngologiste formé à l’école de SEBILEAU en France et de JOSEPH à Berlin, éprouve la néces-  
sité de réunir les publications éparpillées de ses collègues en créant la première Revue de Chi-  
rurgie Plastique, bientôt relayée en 1935 par la Revue de Chirurgie Structive. Ce magnifique  
néologisme, qui résume à lui seul l’esprit de cette spécialité, ne survivra pas aux prémices de  
la seconde guerre mondiale et la revue cessera de paraître en 1938.  
Dépassant ce simple retour aux sources, ce travail de fidélité dont le champ de recherche est  
loin d’être épuisé, et au-delà du rôle de la guerre en tant que pourvoyeuse de « matière pre-  
mière » à la voracité chirurgicale, comme du rôle de la médecine comme arme de guerre (ce  
sont d’autres sujets...)  
 
Il convient de s’interroger sur la défiguration.
Il y a quatre sortes de défiguration :  
• il y a la défiguration malformative où il n’y a pas de deuil du visage passé, mais souf-  
france intérieure du sujet qui en est porteur à gommer toute sa vie durant la signature  
de sa malformation ;  
• Il y a la défiguration tumorale, soit liée à la tumeur elle-même, soit liée à la chirurgie  
de la tumeur et paradoxalement il n’y a pas là de priorité à l’esthétique, mais bien plu-  
tôt une demande formulée de qualité de vie et donc de priorité à la fonction ;  
• Il y a la défiguration de la vieillesse qui concentre et cristallise sur le visage les règles  
de la gravité, la perte d’élasticité et du mouvement. On sait tous les efforts faits pour  
en pallier les effets ;  
Et puis, il y a la défiguration traumatique, celle des Gueules Cassées, où le deuil du visage  
passé n’est jamais fait et où la demande de restitutio ad integrum est permanente.  
Solidaires les unes des autres, relevant des mêmes compétences chirurgicales, ces défigura-  
tions innées ou acquises rejoignent la défiguration imposée par le thérapeute quand il extirpe  
la tumeur. Là, guerriers et chirurgiens se rejoignent alors dans leur stratégie, leurs armes  
« homéopathiques » (au sens étymologique du terme) et même aujourd’hui leur volonté de  
reconstruction.  
Il y aurait  réfléchir sur ce moment de bascule de l’histoire quand la guerre s’est arrogée un  
devoir de réparation, quand la chirurgie d’amputation s’est doublée d’une chirurgie de réhabili-  
tation. C’est sans conteste d’un côté comme de l’autre un phénomène nouveau. Le théâtre de  
la guerre est devenu le théâtre des opérations extérieures."
 
 
Amicalement,
 
 
Alain MC


Message édité par marcel clement le 13-10-2008 à 09:33:19
n°4584
mireille s​alvini
toujours se souvenir d'eux
Posté le 13-10-2008 à 14:29:01  profilanswer
 

bonjour à toutes et à tous,
 
 
merci Alain et Laurent pour ces textes et liens si passionnants que je découvre pour la plupart :love:  
(un petit coucou particulier à Hervé et à Laurent  :hello: )
 
 
amicalement,
Mireille

n°4616
laurent pr​ovost
Posté le 16-10-2008 à 18:30:56  profilanswer
 

Bonsoir;
M Clément a écrtit:

Citation :

...Les transplantations cartilagineuses étaient magnifiquement tolérés ( schématiquement consistent à remplacer la partie osseuse manquante au niveau de la face, par un morceau de cartilage provenant d'une côte) mais elles finissaient par se résorber spontanément et le patient se retrouvait dans son état antérieur. Elles ont cependant redonné espoir et certainement ouvert la voie aux greffes osteopériostiques qui se sont avérées être finalement la meilleure solution.


et voilà ce que j'ai trouvé dans le bulletin de la société de chirurgie du 26 juillet 1916 pages 1856-1859
 
Examen histologique d'une greffe cartilagineuse datant de 7 mois:
leon Imbert Ch Lheureux, Rouslacroix (travail du centre de prothsèse maxillo-faciale de la WV région , hôtel dieu de  
Marseille)

 
Il y a 5 fig dont 4 coupes histologiques, je vous donne que la conclusion,
 
«  cette greffe se trouvait en voie de transformation fibreuse; au bout de sept mois, cette transformation était presque complètement réalisée; on peut donc élever quelques doutes sur la solidité définitive de ces greffes cartilagineuses. »


Cependant je n'ai, a ce jour retrouvé aucune discussion de la par de Morestin sur ce fait probant, il va continuer sa technique de greffes en 1916.
Je ne peut me prononcer pour l'année 1917, cette année complète manque a la collection des archives de l'ap.
Pour ceux que cela intéresse je peux vous fournir la liste des ces travaux pour les année 14,15,16,18 que j'ai relevé dans ce bulletin au format --->.  PDF. :jap:


Message édité par laurent provost le 16-10-2008 à 22:47:45

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HistoriX, le site  --  Les Poilus de L'AME
Pannes au fil des ans
n°4713
corinne
Posté le 01-11-2008 à 09:41:59  profilanswer
 

bpnjour marcel, jean et à tous ceux qui sont intervenus sur ce sujet
 
J' ai eu énormement de travail et n ai pas eu tout le temps que je voulais pour poursuivre mes recherches aupres du directeur de la maison des gueules casseés du Coudon . mais dés que je peux je vous donne des informations et vous envoie des photos
 
amcalement
 
 corinne


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corinne
n°4782
corinne
Posté le 11-11-2008 à 21:10:15  profilanswer
 

Bonjour à tous
 
Aujourd'hui , 11  novembre 2008, la ville de la Valette du Var a rendu hommage aux gueules cassées  qui ont séjourné au domaine du Coudon et qui sont enterrées ensemble au cimetiére municipal.
Ils sont enterrées ensemble , victimes de la guerre 14/18... mais aussi d'autres conflits, hommes et femmes... tous réunis  
 
 je vous joins quelques photos que j ai pris ce matin,  peut etre certains d' entre vous reconnaitreront ils des noms croisés lors de leurs recherches
 
A bientot pour d' autres renseignements
 
cordialement
 
corinne
http://images.mesdiscussions.net/pages1418/mesimages/2953/DSCN6943.JPG3..jpg


---------------
corinne
n°4783
corinne
Posté le 11-11-2008 à 21:12:13  profilanswer
 

suite
http://images.mesdiscussions.net/pages1418/mesimages/2953/DSCN6948.JPG3..jpghttp://images.mesdiscussions.net/pages1418/mesimages/2953/DSCN6950.JPG3..jpg


---------------
corinne
n°4784
corinne
Posté le 11-11-2008 à 21:25:46  profilanswer
 

et enfinhttp://images.mesdiscussions.net/pages1418/mesimages/2953/DSCN6951.JPG4..jpg
 
 
 bonne soirée
 
amicalement
 
 corinne


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corinne
n°4789
marcel cle​ment
Posté le 12-11-2008 à 09:48:52  profilanswer
 

Bonjour à tous et merci à Corinne, :hello:  
 
 
Super ces photos et le remarque : Marguerite LEPERS, une femme : infirmière ? victime civile ???? :??:  
 
 
Cordialement,
 
Alain C

n°4798
corinne
Posté le 12-11-2008 à 19:11:28  profilanswer
 

bonsoir marcel
Bonsoir à tous
 
Il réside encore au Coudon , une femme victime civile, blessée à l 'age de 4 ans durant le conflit 14/18. peut être en est il de même pour Marguerite LEPERS ^,victime civile? ou  blessée durant la seconde guerre.
Le temps m' a vraiment manqué pour l 'instant ,pour essayer de rentrer en contact avec le directeur du Domaine du COUDON, je vais tacher de me renseigner dés que je pourrais
 
Cordialement
 
CORINNE


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corinne
n°4829
monte-au-c​reneau
Pas Kaput ! Kamarad !
Posté le 18-11-2008 à 18:35:37  profilanswer
 

Bonsoir,
 
Je vous avouerai que je n'ai pas tout lu, pressentant que beaucoup d'entre vous, ici, appartiennent au monde médical et ont débattu d'un sujet bien pointu. Je ne suis, moi, qu'un pauvre fantassin du forum ordinaire.
 
J'ai par contre regardé les photos... impressionnates
 
Dans ma lecture rapide, je n'ai pas vu référence à l'émission de TV (chaine public) sur les G.C (55 minutes).
 
Sans doute l'une d'entre-vous (corinne) est celle qu'on voit dans le reportage TV ?
 
Au revoir.
                                      Monte-au-creneau
 


---------------
Les soldats victorieux et las rentreront chez eux. Mais Vous ne rentrerez jamais.                                     Unis comme au front, mais anonyme dans la mort
n°4830
marcel cle​ment
Posté le 18-11-2008 à 20:10:15  profilanswer
 

monte-au-creneau a écrit :

Bonsoir,
 
Je vous avouerai que je n'ai pas tout lu, pressentant que beaucoup d'entre vous, ici, appartiennent au monde médical et ont débattu d'un sujet bien pointu. Je ne suis, moi, qu'un pauvre fantassin du forum ordinaire.
 
J'ai par contre regardé les photos... impressionnates
 
Dans ma lecture rapide, je n'ai pas vu référence à l'émission de TV (chaine public) sur les G.C (55 minutes).
 
Sans doute l'une d'entre-vous (corinne) est celle qu'on voit dans le reportage TV ?
 
Au revoir.
                                      Monte-au-creneau
 


Bonsoir,
 
Malheureusement j'ai raté cette émission, elle avait lieu quand ?
Si vous avez regardé les photos je vous conseille également de regarder ceci : un incroyable film muet d'époque :     http://www.projectfacade.com/index [...] hetics_two  
Et sur ce même site des photos de blessés avant et après reconstruction : http://www.projectfacade.com/index.php?/case/C80  
 
Amicalement
 
Alain MC


Message édité par marcel clement le 18-11-2008 à 20:13:29
n°4837
monte-au-c​reneau
Pas Kaput ! Kamarad !
Posté le 18-11-2008 à 20:42:55  profilanswer
 

Bonsoir,
 C'était une émission passée il y a plusieurs années (enregistrée sur cassette VHS) (avec une musique superbe, dit en passant).
 
On voyait, sur 10 minutes, les images les plus connues des poilus (film + clichés des faces). Un doctorante abordait la vie des GC de 14/18 (suicides...) puis le reste était consacré aux interviews d'un GC (pompier blessé) et des chirurgiens .qui le reconstruisait..
 
Il faudrait que j'exhume cette cassette du fond du placard où elle est enterrée...
PS : Pourriez vous revoir le lien donné  pour le film : il y a un pb...
 
Merci. Au revoir.


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Les soldats victorieux et las rentreront chez eux. Mais Vous ne rentrerez jamais.                                     Unis comme au front, mais anonyme dans la mort
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