Bonsoir à tous,
Merci Alain pour ces précisions. Qui dit pied... dit chaussure. Voici le calvaire enduré par un soldat :
"Samedi 4 décembre 1915
(…) Tu me dis sur la lettre d’hier que mon frère a acheter jeudi une paire de galoches, tu me les enverras tout de suite si tu veux car voilà déjà plus de 15 jours que mes souilliers sont tout percé et on me les change pas. J’en ai réclamé encore aujourd’hui, on m’a dit de les faire ressemeler. Cependant je peux pas marcher pied nu, à ces temps de pluie j’ai toujours les pieds dans l’eau. Je mets de la paille dans mes souilliers en place de chaussettes que je change tous les jours, autrement mes chaussettes seraient vite pourri. (…)
Mardi 14 décembre 1915
(…) Sur la lettre que j’ai reçu, tu me dis que mon frère n’a pas trouvé de galoches. Si tu n’en a pas encore acheté, il faut pas en acheter. Je t’en avais parlé sur mes dernières lettres parce que tu m’avais dit il y a une quinzaine de jour que tu les faisais acheter le lendemain. Si tu n’a encore rien acheter, ce serait une paire de sabots couverts en noyer que tu pourrais me faire faire chez Matray, pas trop lourd et pas trop grand, et tu pourrais les envoyer par colis d’un kilo. Je les préfèrerai à une paire de sabotes, je marche mieux avec, seulement il faudrait faire mettre une bonne bride à chaque sabot à Matray en cas s’il fendait. Mais tu m’enverras pas de sabots à courroie et il faut pas les faire ferrer. Je peux trouver du cuir tant que je veux avec des petites pointes et j’en mettrai dessous en place de clous. Comme ça tu pourrais les envoyer par colis d’un kilo et je les aimerai bien autant que des galoches. (…)
Vendredi 17 décembre 1915
(…) J’ai reçu hier soir ta lettre datée du 14 où tu me dis que tu m’as trouvé une paire de galoches à Cours. Cela t’a joliment fait courir ainsi que mon frère. (…)
Mardi 21 décembre 1915
(…) Tu m’as dis sur ta dernière lettre, que tu m’enverrait mes galoches samedi matin, je les ai pas encore reçu, ils viendront peut-être aujourd’hui à moins qu’ils ait du retard. Je serai bien content de les avoir car j’ai toujours mes souilliers percés. On a encore pas pu me les changer et ça pleut presque tous les jours. (…)
Samedi 25 décembre 1915
(…) Je te dirai que le temps me dure bien de recevoir de vos nouvelles car il y a dix jours aujourd'hui que je n'ai point reçu de lettre, je pense qu'il y en a encore une qui s'est perdue et je n'ai encore pas reçu mes galoches que tu m'avais aussi envoyé, le service des postes ne marche guère bien. (…)
Dimanche 2 janvier 1916
(…) Je n’ai toujours pas reçu mon colis, je pense qu’il tardera pas d’arriver. Je pensais pas que tu les avais payé si cher mes galoches, ce serait bien malheureux s’il se perdait. (…)
Jeudi, 6 janvier 1916
(…) Tu me demande s’il faut m’envoyer une couverture, m’en envoie pas, car tous les colis par chemin de fer mette au moins un mois et plus pour venir et il y en a beaucoup qui se perdent en route, on a bien le temps d’être mort d’ici qu’il soit arrivé. Celui que tu m’as envoyé où sont mes galoches je l’ai encore pas reçu, pourvu qu’il se perde pas. (…)
Samedi, 8 janvier 1916
(…) Tu me dis que tu me fais une couverture mais il faut pas me l’envoyer, on vient de m’en donner une bonne il y a 2 jours, c’était bien temps, voilà l’hiver à moitié passé. On m’a aussi donné une paire de soulliers. Je suis bien monté à présent, je n’ai toujours pas reçu mes galoches mais elles peuve arriver ces jours, car les colis par chemin de fer mette le moins 15 jours pour venir. J’en serai bien content de les avoir car j’aurai encore les pieds bien plus chauds que dans mes soulliers.
Lundi 10 janvier 1916
(…) Je n’ai pas encore pas reçu mon colis où sont les galoches. Voilà trois semaines qu’il est parti mais à l’occasion des fêtes, il y a tant de colis qu’ils peuvent que moins faire que d’avoir du retard. (…)
Mercredi, 13 janvier 1916
(…) Je te dirai que je viens de recevoir mon colis où sont mes galoches ainsi que la paire de chaussettes et tout ce qu’il y avait dedans en bon état. Je t’en remercie beaucoup, surtout de mes galoches, elles me vont parfaitement bien et elle me tienne les pieds bien chauds. Il y en a beaucoup qui en ont mais j’en ai point vu d’aussi bonne que celle que tu m’as envoyé. Seulement elles te coûte un peu cher et elles t’on fait courir. (…) "
Grand jour, que ce 13 janvier !! N'est-ce pas que l'on se met aussi à guetter l'arrivée des colis pour savoir si elles arrivent enfin ces galoches...
Bien à vous tous,
Christophe