je viens de tomber sur ceci:
Les Prisonniers Blessés
A plusieurs reprises, des trains sanitaires ont échangé aux frontières suisses les grands blessés allemands contre les nôtres. Je n'ai pas assisté à ces échanges, mais j'ai vu, en septembre 1915, passer dans une gare de l'ouest, un convoi de Boches blessés et rétablis qui se dirigeait vers Genève.
Ah! ils ne se plaignent point des soins qu'ils ont reçus en France ceux qui nous quittent, officiers et soldats! Ils ont eu, dans nos hôpitaux, un traitement excellent au double point de vue moralet chirurgical. Nos majors ont évité, autant que possible, de pratiquer des amputations. En cela les Allemands ne nous ont pas suivis et, de l'avis général des blessés français, ils se montraient aussi « coupe-toujours » pour les leurs que pour les nôtres.
Avant les Hospitaux
Les hôpitaux spéciaux pour Allemands blessés n'ont pas été crées au début de la guerre, mais toujours chaque dépôt d'Allemands a eu une infirmerie confortable pour soigner les blessés et les infirmes. On les envoyait, avec les nôtres, dans les hôpitaux de l'arrière. Il est bien évident que dans la zone des armées, blessés boches et français restent d'abord mêlés. Il est bien évident aussi que, lorsqu'une blessure qu'on avait crue d'abord légère chez un prisonnier nécessite son transport de l'infirmerie du dépôt dans un hôpital, on envoie le blessé à l'hôpital le plus proche. C'est pour cela qu'on trouve des Boches blessés dans certains des hôpitaux ordinaires.
On y envoie, aussi, ceux qui se blessent en travaillant. Mais les accidents du travail sont rares parmi les prisonniers allemands, employés à la culture ou dans l'industrie française. Au contraire, les déclarations de nos échangés prouvent que beaucoup de Français, de Russes et d'Anglais ont été blessés en travaillant en Allemagne à des besognes auxquelles rien ne les avait préparés, notamment dans la métallurgie.
En Allemagne, on se contente souvent de renvoyer le blessé à l'infirmerie du camp originel.
Actuellement, les Allemands blessés qui sont dans les hôpitaux spéciaux, sont soignés par des infirmiers français et allemands; dans les autres hôpitaux, par des infirmiers militaires et par les dames de la Croix-Rouge.
Les Soins des Infirmiers
On sait comment en Allemagne des infirmières ont été punies sévèrement pour avoir été trop tendres envers des blessés français, si tendres qu'elles les avaient demandés en mariage.
Pour les blessés boches, nos infirmières ont été compatissantes dévouées. Elles les ont soignés comme les nôtres. Elles n'ont pas eu à être tendres, mais aucune d'elles n'a refusé d'écrire pour eux à leur famille et à leur fiancée.
Parfois, certains de ces grands blessés que nous échangeons aujourd'hui ont été trouvés porteurs de bijoux volés. Souvent on a fermé les yeux. On estimait que la blessure etait déjà un châtiment, mais nous voulons croire qu'on ne laissera partir aucun d'eux en emportant ce qu'il nous a pris.
Enfin, il faut bien le dire, ceux d'entre eux qui ont séjourné en contact avec nos blessés dans nos hôpitaux ont parfois pu apprendre certaines choses. Je sais bien qu'ils ont été généralement placés dans des salles spéciales, parfois même dans les chambres d'isolement très confortables, réservées d'ordinaire pour l'observation des aliénés. Cependant, au début, ces prescriptions, qui font l'objet de circulaires du service de santé, n'ont pas été observées partout.
Dans une ville du centre, on avait laissé à l'extrémité d'une grande salle commune deux Boches blessés. On croyait qu'ils n'entendaient pas le français. L'un d'eux fut brusquement atteint d'une crise fort douloureuse de rhumatisme généralisé. Il était complètement immobilisé par la souffrance. Un jour qu'on ne comprenait pas ses phrases allemandes, car il ne pouvait faire aucun geste, le voilà qui s'écrie: Piquez- moi donc à la morphine! Bien qu'il eût été traité avec pitié et douceur, ce Boche avait jugé bon de dissimuler sa connaissance du français. Cela pouvait toujours servir.
l'Opinion des Grands Blessés
Parmi les mutilés qui s'en retournent, voici un enfant de seize ans, engagé volontaire, et dont l'engagement fut accepté parce qu il était le fils d'un officier général de la garde. L'enfant est très triste. Son visage volontaire reste voilé.
— J'espérais être officier ou mourir, dit-il.
— Que ferez-vous?
— Je me ferai professeur. C'est bien peu [sic] quand on espérait être officier dans la garde!
— Avez-vous été bien soigné?
— Très bien!
— C'est beau la France! Comme on est riche dans votre pays! Vos infirmiers sont d'un dévouement admirable.
On m'avait montré une lettre. Il écrivait à sa sœur, dont le mari avait été tué à Ypres:
« Ne pleure pas. Moi, je donnerai bien mon autre bras pour l'empereur, s'il le demande et s'il l'accepte. »
Cet autre — un sous-officier — qui était industriel avant août 1914. Il n'espère rien de bon de cette guerre.
— Pendant ce temps on me prenait mes clients. Je suis bien content d'en avoir fini. Je vais gagner un peu d'argent. Quand on est riche, ça ne fait rien, une jambe de moins: on fait des appareils si perfectionnés en Allemagne!
— Et la victoire?
— Ça n'a pas d'importance (sic)! ceux qui auront des usines intactes profiteront toujours.
— Comment avez-vous été soigné?
Il me regarde. Il se sent libre maintenant et peut tout dire.
— Trop bien! Ceux qui ont reçu votre hospitalité, même blessés, auront envie de revenir pour rester [sic).
Un des soldats français de garde sourit et montre sa baïonnette:
— Oui, mais le verrou est tiré, mon vieux!
Tous les autres Boches se contentent de remercier des soins qu'ils ont reçus.
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Toi qui est de Dijon, si tu reviens de la guerre, dis à ma femme de quelle façon je suis mort.