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16e section d'infirmiers militaires

n°8939
ae80
Posté le 29-12-2008 à 17:08:35  profilanswer
 

Reprise du message précédent :
Bonsoir Corinne, bonsoir Renaud, bonsoir à tous,
 
Mardi 29 décembre 1914    VANDENBUSCH
 
Messe à 5 heures ½. Le petit autel portatif a été changé de place. La nuit, la pluie poussée par le vent pénétrait et tombait dans le galetas qui nous sert de chapelle. Le coin opposé est plus abrité. C’est là qu’on célèbre.
A 1 heures du soir, on nous conduit à Reninghelst pour prendre des douches. Oui, des douches, mêmes à la guerre. On appréhende un peu cette corvée ; cette opération, car on se dit que l’installation doit être plus que sommaire. Nous nous trompions. En effet, on ne pouvait guère désirer une meilleure installation. L’appartement est bien chauffé et la douche était à point. On n’aurait pas cru que, de l’intérieur d’une brasserie on put faire une salle de bains. Ceux qui y entraient, sortaient enchantés et se promettaient bien d’y revenir, quand on nous y conduirait à nouveau. Ce n’était pas besoin que l’on se nettoyait la « morne » ( ?) après avoir si souvent couché sur la paille, le foin, où n’importe où.
A 8 heures du soir, je pars pour la relève des blessés. Nous partons 8 brancardiers et (… ?) voitures. On passe à La Clytte, Dickelbusch. Il fait clair de lune et beau temps. Après Dickelbusch, rencontre du 342e qui va aux tranchées faire la relève. A peine, nous a-t-il dépassés de quelques centaines de mètres, on entend siffler et éclater un puis deux fusants dans la direction du carrefour du café français, à l’intersection des routes qui conduisent à Ypres et à Vermezale (Voormezele). Nous tournons à droite vers Cruysstraate (Kruistraathoek ?). Des trous énormes encadrent la route de chaque côté. Le croisement des voitures est pénible. Pendant 2 ou 3 fois, la voiture s’enfonce et menace de verser. Nous aidons à la tenir. Moments pénibles. A Cruysstraate, nous tournons à droite sur Wystraate (Vierstraat). A 1 km on s’arrête. L’aumônier, le P. Launas, qui nous accompagne, croit que le poste du 15e est là. Mais depuis sa dernière visite, il a changé. Il est à 7 ou 800 mètres plus loin. Nous y allons, l’aumônier, un autre et moi. Les voitures attendent. L’aumônier nous montre un château à 200 m. environ de la route et qui a été bombardé tout le jour. Derrière se trouve la ferme où il a célébré la messe de minuit devant 200 soldats en armes, car on s’attendait à une attaque. […]
Au poste du 15e il y a 2 blessés. Nous allons prendre la petite voiture qui nous a suivi. On les charge. Pendant qu’on fait ce travail, une balle siffle à notre droite, à  100 m. environ. C’est une balle perdue. En repartant, nous entendons encore siffler et éclater vers le dangereux carrefour deux autres fusants. Un troisième dont on voit la lueur éclate plus près, sur Cruysstraate, semble-t-il. Ce n’est pas rassurant. On part tout de même et à pied, car les chemins sont mauvais et les voitures pouvaient verser. Nous ne sommes pas inquiétés, mais seulement retardés par des convois de régiments. A Dickelbusch, le major et les quatre autres brancardiers qui sont allés visiter les autres postes nous attendent. On repart, par Houderdom et Reninghelst où on dépose des blessés à la 6e Ambulance. A 2 h. nous rentrons au cantonnement où on prend avec plaisir un peu de repos.
 
Extrait du 2e carnet de guerre d’un brancardier de la 16e Section d’Infirmiers Militaires, prêtre du diocèse de Rodez
 
Cordialement
Eric
 


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Cordialement
Eric ABADIE
n°8940
martinez r​enaud
fortes creantur fortibus
Posté le 29-12-2008 à 18:33:34  profilanswer
 

Bonsoir Eric,
Ce carnet est décidément une mine d'or. En effet, je fais de nombreuses recherches sur les soldats du 16ème Corps et sur leur fin au combat. aucun historique, aucun JMO ne donne avec autant de précision certains emplacements.
Merci encore pour cette mine d'or
Joyeuses fêtes
Amicalement
Renaud


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Gloire aux 53ème et 253ème RI
n°8941
corinne
Posté le 29-12-2008 à 19:03:10  profilanswer
 

bonsoir eric et renaud
 
je suis du  meme avis que Renaud, vraiment il aurait été dommage que vous ne vous lanciez pas dans la retranscription de ces precieux carnets
merci encore
joyeuses fetes  
 
amicalement
 
corinne
 


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corinne
n°8942
ae80
Posté le 01-01-2009 à 12:43:24  profilanswer
 

Bonne et heureuse année à vous Corinne et Renaud mais aussi bien entendu à tous,
 
1915
5ème mois de guerre
Vendredi 1er janvier : VANDENBUSCH

 
1915!!! A notre départ, celui d'entre nous qui aurait dit qu'à cette époque nous serions encore en guerre, aurait été traité de fou. Celui-là ne serait pas fou et la guerre dure encore. Que nous réserve cette nouvelle année ! La Victoire, la Paix, la joie du retour ? Il faut bien l'espérer ! Qui vivra verra.
 
Extrait du 2e carnet de guerre d’un brancardier de la 16e Section d’Infirmiers Militaires, prêtre du diocèse de Rodez
 
Cordialement  
Eric


Message édité par ae80 le 01-01-2009 à 14:48:09

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Cordialement
Eric ABADIE
n°8943
martinez r​enaud
fortes creantur fortibus
Posté le 02-01-2009 à 10:55:51  profilanswer
 

Bonjour Eric
Dire qu'il lui reste encore presque 4 ans de guerre !
Amicalement
Renaud


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Gloire aux 53ème et 253ème RI
n°8944
jmbissiere​s
Posté le 07-01-2009 à 15:43:31  profilanswer
 

Bonjour Eric
 
Mon AGP faisait partie du 143eme RI de la 32eme DI. Il a été blessé à Wytschaete et évacué sur l'ambulance de Poperinghe. Il a peut être été soigné par l'infirmier que cherche notre ami ou par le prêtre de Rodez. Vous seriez aimable de me communiquer les extrait des carnets des journées des 5 et 6 novembre 1914. Il serait intéressant de vérifier où se trouvait la 16ème S.I.M.
 
Amicalement

n°8945
corinne
Posté le 07-01-2009 à 17:54:24  profilanswer
 

bonjour Eric, Renaud et jmbissieres( jean michel?)
 
bienvenu à vous, jmbissiéres  sur la piste de la 16ème SIM  de Perpignan, Si vous parlez d'Evariste cyprien Chancel, médecin auxilliare tué le 16 décembre 1914 ,et que celui s'averrait avoir soigné votre arriére grand pére, je vous ferais passer si cela vous interresse sa photo..je connais depuis peu le lieu où il est enterré grace  à son dossier militaire récupéré au shat de Vincennes..j'habite l'une des maisons d'Evariste Chancel ,pour la petite histoire
Vous savez que vous avez de la chance, avant qu'Eric ne fasse passer ici les carnets  du prêtre de rodez.... Renaud et moi nous nous désespérions d'en apprendre plus sur cette section d'infirmier militaire
 
amicalement
 
corinne


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corinne
n°8946
ae80
Posté le 07-01-2009 à 18:35:53  profilanswer
 

Bonsoir à tous, bonsoir Corinne, bonsoir Renaud, bonsoir jmbissieres,
 
Voici la retranscription de la journée du 6 novembre 1914. J'espère que vous pourrez y puiser les informations qui vous permettront de compléter le parcours de votre aïeul.
 
 
Vendredi 6 novembre : Dickelbusch
 
A 7 heures, je vais aux blessés. Comme nous chargeons, des obus éclatent à côté, et l’un d’eux tout près, au point qu’une pierre projetée tombe à nos pieds. Je rentre à 11 heures, des renforts anglais passent sur des autobus.
A 3 heures ½ je vais avec quelques camarades assister aux obsèques de 2 militaires, un adjudant* du 149e et un soldat du 143e. l’adjudant nous raconte l’aumônier de la 3e ambulance, est mort dans d’excellentes conditions ; c’est lui qui l’a assisté. Il a bien reçu les sacrements, a voulu que l’aumônier écrive à sa femme pour lui dire qu’il est mort après avoir fait ses devoirs religieux et en priant pour elle. Il disait aussi qu’il fallait résister jusqu’au dernier et ne pas céder.
Nous portons ces 2 cadavres directement de la sacristie où l'aumônier fait la levée des corps au cimetière où on les dépose dans une fosse commune. Le spectacle est triste. L’aumônier récite une dernière prière sur ces malheureux qui sont encore moins malheureux que d’autres puisqu’ils ont au moins une prière sur leur tombe et un coin pour dormir leur dernier sommeil.  
A 8 heures, je suis éveillé pour aller avec mon escouade et d’autres à la relève des blessés.  Nous en  ramenons 60 ou 80 sur 12 voitures ; le poste de secours du 143e à lui seul a vu passer plus de 600 blessés depuis le dimanche, jour de son arrivée et on est au vendredi, cela fait plus de 100 par jour.  Cruelle hécatombe. Les Alpins ont eu dans 2 jours 140 blessés. Après avoir chargé nos blessés dans le calme le plus complet ( les marmites ne tombent plus pour le moment) nous repartons et les déchargeons à la 3e ambulance installée à l’église. L’aumônier de cette ambulance est toujours là sur pied. Quel homme ! Quel prêtre. Nous tâche finie, nous nous retirons ; il est 2 heures du matin.
 
Extrait du 1e carnet de guerre d’un brancardier de la 16e Section d’Infirmiers Militaires, prêtre du diocèse de Rodez
 
 
*Il s’agit de l'adjudant-chef Eugène Alphonse BOMBARDE du 149e RI né le 6 mars 1888 à Colmar décédé le 6 novembre 1914 à Dickelbusch (Belgique).
 
Voir les pages sur le 149e Régiment d’Infanterie de denis33 :
http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] 7014_1.htm
 
Bien cordialement
Eric
P.S. La neige est-elle bonne vers Toulon, Corinne ?


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Cordialement
Eric ABADIE
n°8947
jmbissiere​s
Posté le 07-01-2009 à 19:32:29  profilanswer
 

Bonsoir Eric,
 
Merci pour ta réponse rapide. Peux-tu me dire à quel endroit était le prêtre infirmier début novembre 1914.
Je précise que j'ai demandé des renseignements aux archives médicales militaires de Limoges. Ils ont eu l'amabilité de m'adresser un extrait du carnet de passage et des entrées de l'ambulance 7/16 ainsi que le registre du 143e RI. J'ai eu le bonheur de lire le nom de mon AGP sur ces documents. Il est passé à l'ambulance 7/16 du 06 au 11/11/1914 puis a été évacué sur un hôpital de l'arrière. J'ai découvert qu'il était à la 3e compagnie du 1er bataillon du 143e RI, renseignements que je n'avais pas encore. Les archivistes du SAMHA de Limoges sont très sympas.
 
Amicalement
 
Jean-Marc
 


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Mon site sur mon arrière grand père http://jmbissieres.free.fr/
n°8948
corinne
Posté le 07-01-2009 à 19:42:42  profilanswer
 

Bonsoir ERIC
 
100 blessés par jou... si Evariste etait dans ce poste de secours j'espére qu 'il a pu apporter un  peu de réconfort  et faire le maximum pour tous ces soldats.  
 Apparemment , aider les autres était une valeur qui  comptait chez les Chancel, son pére gustave ,propriètaire avec ses fréres d' une manufacture de traitement de la soie dans les Hautes Alpes, avait institué dans  son usine, la médecine et les médicaments gratuits, le dons de vetements chauds aux garçons et aux filles, le don quotidien et gratuit de vin et de café, une caisse de secours.... etc ( renseignements tirés d un livre "les utopies et les réalités.... ) même si tout n'etait surement pas rose, cela devait etre assez rare de trouver de tels patrons à l 'époque.je ferme la parenthese
 
  bien cordialement
 
 corinne
 
ps: la neige est à Marseille, nous ici à Toulon il pleut.. pour une fois


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corinne
n°8949
ae80
Posté le 07-01-2009 à 20:36:04  profilanswer
 

Bonsoir Jean-Marc,
le prêtre brancardier séjourne depuis début novembre à Dickelbusch. Le JMO de la Direction du Service de Santé du 16e Corps peut te livrer aussi d'autres informations :
http://www.jmo.memoiredeshommes.sg [...] iewer.html
 
contacte aussi Renaud qui est le grand spécialiste de cette unité.
Cordialement
Eric


Message édité par ae80 le 07-01-2009 à 22:35:33

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Cordialement
Eric ABADIE
n°8950
martinez r​enaud
fortes creantur fortibus
Posté le 08-01-2009 à 18:50:42  profilanswer
 

Bonsoir Eric, bonsoir Corinne et bonsoir Jean-Marc (et tous les autres, bien sûr)
Ce soir, la neige arrive dans les Pyrénées-Orientales
Ceci étant dit, en novembre 1914, près de Dickebusch, il ne neigeait pas mais il pleuvait d'abondance. Merci encore pour ce témoignage.
On constate que notre prêtre, à ces dates, est dans un PS non éloigné de Wyschaete ou Hollebeke où se déroulent à ce moment-là  des combats terribles entre le 53ème et les Allemands. Le 15ème et le 143ème dégustent dans la même zone. Les blessés sont ensuite transportés, mourant, vers Poperinghe et Vlamertinghe.
A bientôt
Amicalement à tous
REnaud


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Gloire aux 53ème et 253ème RI
n°8951
jmbissiere​s
Posté le 08-01-2009 à 22:38:25  profilanswer
 

Je veux bien une photo d'Evariste cyprien Chancel.
 
Merci corinne
 

corinne a écrit :

bonjour Eric, Renaud et jmbissieres( jean michel?)
 
bienvenu à vous, jmbissiéres  sur la piste de la 16ème SIM  de Perpignan, Si vous parlez d'Evariste cyprien Chancel, médecin auxilliare tué le 16 décembre 1914 ,et que celui s'averrait avoir soigné votre arriére grand pére, je vous ferais passer si cela vous interresse sa photo..je connais depuis peu le lieu où il est enterré grace  à son dossier militaire récupéré au shat de Vincennes..j'habite l'une des maisons d'Evariste Chancel ,pour la petite histoire
Vous savez que vous avez de la chance, avant qu'Eric ne fasse passer ici les carnets  du prêtre de rodez.... Renaud et moi nous nous désespérions d'en apprendre plus sur cette section d'infirmier militaire
 
amicalement
 
corinne



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Mon site sur mon arrière grand père http://jmbissieres.free.fr/
n°8952
corinne
Posté le 09-01-2009 à 17:10:47  profilanswer
 

Bonsoir,  Jean marc, Eric et Renaud
 
bonsoir à tous
 
  Voici la photo d ' Evariste Cyprien Chancel,  c 'est une photo que j 'ai prise dans le hall de la mairie d 'Antibes. ( cela explique la qualité de la photo )Jean marc si vous souhaitez plus de renseignements , n hésitez pas à me contacter en message privé , je vous  raconterais brievement sa vie .(Depuis un an , que j 'effectue des recherches sur la famille CHANCEL, j ' ai posté beaucoup de messages sur ce forum, je ne voudrais  ennuyer personne en me répétant )
amicalement
 
cordialement
 
 corinnehttp://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/2953/DSCN5657.JPG6..jpg


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corinne
n°8953
martinez r​enaud
fortes creantur fortibus
Posté le 13-01-2009 à 19:22:48  profilanswer
 

Bonsoir Corinne, Eric et tout le monde
Voici une phot de membres de la 16ème SIM, entourant un soldat du 53ème RI, dans les jardins de l'hôpital militaire de Perpignan
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/281/16eme SIM 2.jpg
Amicalement
Renaud


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Gloire aux 53ème et 253ème RI
n°8954
corinne
Posté le 13-01-2009 à 20:06:24  profilanswer
 

bonsoir Renaud ,Eric, Jean marc
bonsoir à tous
 
Merci Renaud pour cette photo. Je la rajoute de suite dans mon dossier 16éme SIM .j 'ai comparé celle ci avec la photo d 'Evariste , mais rien de concluant.Si cette photo date d'apres décembre 1914...jil ne peut evidemment y figurer..
 
amicalement
 
corinne


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corinne
n°8955
ae80
Posté le 20-01-2009 à 12:07:48  profilanswer
 

Bonjour Renaud, bonjour Corinne, bonjour à tous,
les photographies de ce type sont toujours émouvantes. Prise peu avant guerre, qu'en est-il du destin de chacun de ces soldats brancardiers ? Je ne savais pas que les brancardiers étaient pourvus d'épaulettes blanches. Merci encore Renaud.
 
Pour ce qui concerne le prêtre brancardier de l'Aveyron, un certain nombre d'indices me faisait penser que bien qu'appartenant au 16e SIM il ne faisait pas partie du Groupe de Brancardiers du CORPS (16e C.A.) mais plutôt du GBD 32 (Groupe de Brancardiers Divisionnaires de la la 32e). En voici, je pense la preuve avec l'évocation de la journée ou plutôt de la soirée et la nuit du 24 mars 1915, sur le front de Champagne.
ATTENTION ! le récit comporte un certain passage affreux. Il montre la dure, très dure réalité du champ de bataille. Il est aux antipodes des remises de décorations ou des textes des citations à l'ordre de ... où l'on enrobe par des superlatifs l'inhumanité de cette guerre et des guerres en général.
 
ON NE PEUT POURTANT TUER LES VIVANTS POUR FAIRE DES MORTS
 
24 mars 1915
 
18 blessés couchés du 80e ;
3 blessés couchés du 15e ;
4 assis du 15e.
Relève faite par M. Guyon, officier gestionnaire, vu la pénurie d’aspirants. M. Derrien (Aspirant) et 20 brancardiers ont relevé et enterré 34 morts dont 1 boche –Bois Mouton et cote 196
 
JMO du GBD 32 (Groupe de Brancardiers de la 32e Division d’infanterie)
 
Voici la narration du prêtre brancardier aveyronnais qui commence son 4e Carnet par cette même journée :
 
Mercredi 24 mars : Saint-Jean sur Tourbe
 
A 6 heures du soir, nous partons précipitamment au nombre d’une vingtaine, sans brouettes, et ignorants de ce que nous allions faire. Nous arrivons à Mesnil sans trop d’inconvénients, glissant sur la boue gluante et épaisse des chemins. Nous suivons autant que possible les boyaux. A Mesnil, après une assez longue attente, nous partons en avant, et suivons des soldats du Génie qui nous indiquent la voie à suivre. Nous suivons d’abord un chemin à la sortie du village. Puis d’un bond nous franchissons en vitesse 50 mètres de terrain dangereux battu par les balles qui sifflent bien près aux oreilles. Nous entrons un après l’autre dans un boyau. Nous le suivons longtemps, 1 ou 2 kilomètres ; il est haut et large et aurait été fait par les Allemands. On y est à l’abri des balles, sauf à se courber à certains passages dangereux où la tranchée est plus basse ou plus exposée, prise d’enfilade par les balles. Le boyau est tortueux parfois inextricable. On s’y perdrait si on n’était conduit. C’est un vrai labyrinthe. Ces boyaux supposent un travail de géants. Il est vrai que les Boches ont eu tout le loisir de s’y installer confortablement et de s’y fortifier depuis le mois de septembre jusqu’à fin février date où ils ont été chassés par la vigoureuse offensive des Français.
Enfin, après bien des faux pas, on arrive et on s’arrête. Puis le major qui nous conduit et qu’on a renseigné nous indique ce que nous avons à faire : chercher des cadavres dans un champ entre 2 bois et dans le bois aussi, en nous dispersant de côté et d’autre, et porter ces morts au bout du bois où le Génie viendra les prendre pour les ensevelir. Nous hésitons un instant, car la tâche imposée est difficile et dangereuse. Les balles sifflent, basses, et frôlent la terre qui couronne les tranchées. Enfin, il faut s’exécuter. D’un bond, quelques uns s’élancent dans le champ où ils courent. Je saute à mon tour et franchis une trentaine de mètres pour m’accroupir dans une autre tranchée, dans le bois. Les arbres ont été coupés, rasés par les obus, les branches s’enchevêtrent partout et rendent toute marche difficile. Comment s’aventurer en pareil terrain. Blotti dans la tranchée où sifflent les balles, j’inspecte un peu le terrain avec les camarades. Quelques uns font un pas en avant et découvrent un cadavre. A mon tour, je sors avec deux autres qui me suivent. Nous faisons en toute hâte 30 mètres et nous nous jetons dans un trou d’obus où déjà 4 ou 5 brancardiers sont terrés et blottis. Il ne faut pas rester là. Nous faisons un autre bond dans le bois parmi les branches et les trous d’obus. On rampe, on s’arrête, on avance. L’un de nous trouve un cadavre à l’orée du bois. Il appelle. Nous le saisissons l’un par les pieds, les autres chacun par un bras. Il est lourd, gonflé par la pluie. La capote cède sous le poids. Une odeur infecte se dégage du cadavre qui est là depuis 2 semaines ou plus. C’est insupportable. Avec ce fardeau que nous traînons plus que nous portons, nous franchissons sous les balles toujours, un espace de 50 à 80 mètres et nous déposons le cadavre que les soldats du Génie viennent prendre pour l’enterrer. Et vite dans la tranchée où l’on respire, à l’abri de la fusillade qui ne cesse pas. Les balles passent nombreuses en jetant un bruit sec, comme si elles éclatent ou poussent leur sifflement aigu, un miaulement lugubre, dans les branches, et se perdent dans les airs, dans la terre où le sifflement s’étouffe ou dans les arbres qu’elles frappent.
Le sergent, immobile derrière la tranchée, nous presse de sortir à nouveau pour la recherche macabre. Je repars avec 3 camarades. Dans un trou obus gît un autre cadavre, à demi enterré. Nous nous cramponnons à ses jambes pour le retirer ; il faut y faire, et comme des voleurs, des détrousseurs de cadavres, nous le trainons à toute allure, le long du bois. Nous faisons un arrêt et nous nous abritons dans un trou d’obus. Mais il faut arriver au bout de la forêt.
On revient à la charge, et après de grands efforts nous arrivons à l’extrémité du bois où nous laissons notre mort. Et vite on est dans la tranchée. Le major est là ; il ne consentira à repartir que lorsque 10 cadavres auront été trouvés et apportés. Nous n’en avons que 5. Plusieurs brancardiers sont dehors et reviennent après avoir battu le bois sans avoir rien découvert. On ne peut pourtant tuer les vivants pour faire des morts. Ceux qui n’ont fait qu’un voyage repartent ; un sixième cadavre est trainé. Enfin, puisqu’on ne trouve plus de morts, on va repartir. Nous regagnons le boyau par où nous sommes venus. Là nous attendons les soldats du Génie qui travaillent à recouvrir la fosse. Là nous causons, nous sommeillons sur la terre humide.

[…]
Nous repartons enfin après un long moment d’attente pendant lequel un canon monté sur automobile, un canon-revolver ou une auto mitrailleuse tire sur les tranchées allemandes. Nous suivons le boyau précédemment suivi ; des soldats en 3e ligne probablement sont là assis ou moitié couchés qui veillent équipés et en armes.
La boue du boyau est épaisse et gluante. D’un bond, à l’extrémité, nous franchissons une seconde fois le terrain découvert et dangereux et nous voilà à Mesnil où nous sentons plus en sûreté cette nuit-là alors que les nuits précédentes on s’y était assez anxieux
( ?). Mais un danger plus sérieux passe et fait oublier un danger moindre. C’était bien le cas. Nous suivîmes après Mesnil le boyau de la Crête, ne prêtant guère attention alors aux quelques balles qui frappaient l’air. En chemin nous rencontrons le Commandant du 1er bataillon du 122e relevé ce soir-là et qui allait au repos en arrière près de Laval. Le Commandant s’était égaré en route. Nous lui indiquons le chemin. Il nous apprend qu’un de nos camarades, le Sous-lieutenant Théren, a reçu une blessure affreuse aux pieds dont l’un a été emporté par des éclats de bombe.
Nous rentrons à Saint-Jean, vers 3 h. ½. Nous n’en pouvons plus ; nous traînons nos pieds qu’une marche continuelle dans la boue a fatigués, nous dormons en marchant. Nous sommes crottés d’importance des pieds à la tête.
Malgré notre fatigue et notre soif, nous allons dire la Ste messe.


Message édité par ae80 le 20-01-2009 à 18:36:17

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Cordialement
Eric ABADIE
n°8956
corinne
Posté le 21-01-2009 à 15:43:38  profilanswer
 

bonjour Eric
Merci pour ce témoignage ,  quelle horreur cela a du étre cette recherche de corps, sous les balles dans le froid et la boue....
Amicalement
Corinne


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corinne
n°8957
ae80
Posté le 21-01-2009 à 17:41:28  profilanswer
 

Bonsoir à tous,
 
Léon BADUEL
 
Le Groupe de Brancardiers du Corps (16e Corps d’armée) suit le retrait et le transfert de cette unité du front (région d’Ypres) vers une zone de repos (Moreuil/Montdidier) au cours de la première quinzaine du mois de février 1915.
Le G.B.C. 16 cantonne à Rainneville (Somme) le 10 février  au soir, se repose le lendemain au même endroit, puis repart le 12 pour Sains-en-Amiénois. Le 13, il prend le chemin d’Esclainvillers.
C’est là que Léon BADUEL, du Groupe de Brancardiers de Corps, secteur 138 (celui du 16e C.A.), après s’«être remis quelques instants des fatigues d’une marche de 20 kilomètres » écrit à sa femme Alexandrine, habitante de Graissac près de Sainte-Geneviève, dans le nord du département de l’Aveyron, une lettre touchante où pudiquement il parle de leurs liens étroits malgré la trop longue séparation depuis son départ.
« Je m’empresse et suis heureux à la fois de venir te remercier de ta bonne lettre datée du 7. Bien que le service postal ne fonctionne pas très bien pour le moment ; je reçois toujours bien tes correspondances et sans retard. Je suis donc en tout temps bien favorisé et tu ne doutes pas comme j’en suis satisfait. En effet, plus le temps s’écoule et plus tes bonnes paroles me sont précieuses et réconfortantes. Aussi combien je remercie la providence de posséder un bon petit cœur comme le tien. Je regrette bien de ne pouvoir t’écrire plus longuement car je sais en effet que tu ne dois pas te lasser de lire mes missives. De tous ces jours-ci il ne me sera guère possible de faire autrement, mais dès que j’aurai un peu plus de temps de libre tu peux croire que c’est avec plaisir que je t’en adresserai 4 longues pages. C’est du reste mes meilleurs moments lorsque je peux m’entretenir avec toi… »
Le 11 septembre 1915, « BADUEL Léon Jean, Sergent, [est] cité à l’ordre de la Direction du Service de Santé du 16e C.A. Le 27 août 1915, sous un bombardement par avion et après avoir été lui-même renversé par l’explosion d’une bombe a fait preuve de courage et de sang froid en secourant trois blessés tombés près de lui qu’il a aidé à transporter à une formation sanitaire voisine. »
Le même jour est cité :
« BARBES Michel Maximilien Léon, 2e classe. Le 27 août 1915, sous un bombardement par avion, a fait preuve de courage et de sang froid en portant secours à des camarades blessés près de lui. A participé à leur transport à une formation sanitaire. » (1)
Le JMO du Groupe de Brancardiers de Corps (16e) note pour la journée du 28 août 1915 :
« L’infirmier COURRET est tué à Valmy, par une bombe d’avion. » (2)
L’état des pertes de ce même groupe en fin du deuxième cahier du JMO (3) apporte quelques autres précisions :
« + 28 août 1915 – COURET Gabriel, brancardier, tué par une bombe lancée par un aéroplane allemand sur la gare de Valmy.)
Il a été impossible de retrouver sa fiche sur le site de « Mémoire des Hommes ». L’un de vous aurait-il des renseignements sur lui ?
 
(1) Groupe de Brancardiers du Corps (16e) – JMO du 1er janvier 1916 au 14 novembre 1918 – 26N162/12.
(2) Groupe de Brancardiers du Corps (16e) – JMO du 3 août 1914 au 31 décembre 1915 – 26N162/11, page 86.
(3) Groupe de Brancardiers du Corps (16e) – JMO du 1er janvier 1916 au 14 novembre 1918 – 26N162/12, liste des pertes p. 74.
 
 
Cordialement
Eric
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/4107/BADUEL.jpg2..jpg


Message édité par ae80 le 21-01-2009 à 17:44:47

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Cordialement
Eric ABADIE
n°8958
ae80
Posté le 21-01-2009 à 18:21:19  profilanswer
 

J'ajoute que deux soldats de la 18e S.C.O.A. sont tués le 28 août 1915 à Valmy par une bombe d'avion :
AURIERE Jean, né le 19/11/1876 à Preignac (33)
http://www.memoiredeshommes.sga.de [...] =791161194
et
CAPERAN Jacques, né le 27/07/1878 à Igon (64)
http://www.memoiredeshommes.sga.de [...] 3320385311
 
Y a-t-il eu une ou deux attaques aériennes sur Valmy les 27 et 28 août 1915 ?
 
Bonne soirée à tous
Eric


Message édité par ae80 le 21-01-2009 à 18:23:06

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Cordialement
Eric ABADIE
n°8959
martinez r​enaud
fortes creantur fortibus
Posté le 22-01-2009 à 21:06:57  profilanswer
 

Bonsoir Eric, bonsoir Corinne
Merci encore pour ces pages. La bataille de Beauséjour reste pour le 53ème RI (32ème DI), à mon avis, la plus dure des affaires. J'y consacre un chapitre entier sur les horreurs vécues par les malheureux poilus de la division. Le témoignage du stoïque brancardier nous livre une fois de plus, s'il en était besoin, l'enfer de mars 1915.
Amicalement
Renaud


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Gloire aux 53ème et 253ème RI
n°8960
jmbissiere​s
Posté le 27-01-2009 à 10:16:29  profilanswer
 

Je commence un site sur mon arrière grand-père : http://jmbissieres.free.fr/  
Dites moi ce que vous en pensez, je le complète régulièrement.


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Mon site sur mon arrière grand père http://jmbissieres.free.fr/
n°8961
ae80
Posté le 22-06-2009 à 22:19:31  profilanswer
 

Bonsoir à tous,
 
Quelques lignes des carnets du prêtre brancardier au 16e SIM en avril 1915
 
"Vendredi Saint 2 avril : St Jean-sur-Tourbe - Somme-Suippe (1)
[...]
Le départ est annoncé. On se prépare. Il a lieu après la soupe vers 10 h 1/2. Ce n'est pas sans regret que nous quittons notre hutte où nous vivions si tranquilles, en famille. Nous passons Somme-Tourbe et arrivons à Somme-Suippe avant 2 h. En route nous voyons un parc d'aviation situé près de la route et où 5 ou 6 biplans brillants neufs, blindés, puissants, rangés semblent attendre un ordre pour s'envoler.
Nous sommes cantonnés dans une vaste grange où logent des soldats du 17e Corps, des méridionnaux comme nous, des Toulousains. En effet le 16e Corps vient remplacer ce corps d'armée qui se trouve en Champagne depuis 5 ou 6 mois. Ils sont gais comme le soleil de leur pays. On le voit le soir. Plusieurs d'entre eux, des "vieux" même nous font mourir de rire en faisant la "scène de l'ours" ou les prestidigitateurs.

[...]
Samedi Saint 3 avril : Somme-Suippe
Dans la matinée, on attend un ordre de départ pour Suippes, bien qu'on ait demandé à rester ici. Les hussards s'installent dans notre cantonnement. Nous passons à gauche de la route dans le cantonnement qu'occupaient les brancardiers de la 33e du 17e Corps. L'ordre arrive vers 1 h. ; on reste ici. Vite on nettoie le cantonnement et on prend ses places. Après la soupe du soir, je vais à l'église où de nombreux soldats se confessent. Invité à confesser par le curé débordé de travail, je ne puis car je dois rentrer au cantonnement pour savoir si je ne dois pas partir à la relève, étant un des premiers à marcher. 2 camarades se mettent à la disposition des soldats qui attendent. Je rentre et vais à la petite gare ; un blessé du 53e arrive par le Decauville. Nous le portons à l'ambulance 7."
 
(1) Direction du service de santé du 16e Corps d'Armée : J.M.O. du 2 août 1914 au 30 décembre 1916 - 26 N 162/7
"Le 2 avril (1915) le 17e C.A. quittant la région le C.A. se desserre la 32e Division prenant son secteur. L'ambulance 7 et l'ambulance 3 vont à Somme-Suippes remplacer les formations du 17e qui y étaient installées."  
 
Cordialement
Eric    


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Cordialement
Eric ABADIE
n°8962
bernard be​rthion
Posté le 22-06-2009 à 23:35:48  profilanswer
 

Bonsoir Eric,
                    très intéressantes pages écrites par ce prêtre-infirmier .
                    Je serais intéressé par la suite des événements en Champagne .
                    Merci d'avance . Cordialement   BB


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- Les soldats de l'Ile de La Réunion tués en 14-18
- Le Front de Champagne : de Reims à l'Argonne dans les Ardennes et dans la Marne .
- Les combats d'août 1914 lors de la retraite dans les Ardennes entre Meuse et Aisne .
- L'HOE 13 de 51 Courlandon .
n°8963
ae80
Posté le 23-06-2009 à 22:49:38  profilanswer
 

Bonsoir à tous,
Un court extrait du 4e carnet du prêtre aveyronnais pour la journée du 2 avril 1915. Il se rend à l'église du village, Somme-Suippes, malgré la défense de son supérieur, le médecin-chef, pour assister à une cérémonie religieuse.
A la fin de sa narration il fait la remarque suivante :
"A remarquer que l'on a ingénieusement caché le clocher de l'église par des branchages et qui ainsi il sera difficilement repéré par l'artillerie allemande, et sauvé de la destruction."
Ce qui semble être confirmé sur une carte postale de cette époque :
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/4107/Somme-Suippes.Clocher.jpg


Message édité par ae80 le 23-06-2009 à 22:51:09

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Cordialement
Eric ABADIE
n°8964
martinez r​enaud
fortes creantur fortibus
Posté le 24-06-2009 à 20:23:48  profilanswer
 

Bonjour Eric, content de vous retrouver pour nous parler de la 16ème SIM
Merci encore pour votre patience à retranscrire de tels lignes
Amicalement
Renaud


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Gloire aux 53ème et 253ème RI
n°8965
ae80
Posté le 20-08-2009 à 11:51:50  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
 
Voilà quelques semaines, Jérôme BUTTET de l’Association Soissonnais 14-18 attirait mon attention sur la découverte par les membres de cette association de graffitis en rapport avec la 32e Division d’Infanterie et plus particulièrement du G B D 32 dans la région de Soissons.
Entre temps, j’achetais le superbe livre de l’Association Soissonnais 14-18 : « Le Graffiti des tranchées » où figure, à la page 223, un graffiti sous forme d’une maisonnette du Groupe de Brancardiers Divisionnaires de la 32e Division en date du 11 – 2 – 16.
Le prêtre brancardier aveyronnais consacre plusieurs pages dans son 6e carnet de guerre à ce séjour :
 
Mercredi 26 janvier (1916) : Bruys – Ploizy (1)
[…]
Départ à 8 h. Nous traversons Branges, et nous revoyons des lieux et des routes connus, c’est ainsi que nous repassons à Maast et Violaine où nous faisons la grande halte sur le bord de la route, de 11 heures à 1 heure. Puis nous revoyons Nampteuil, Chacrisse et Septmonts. Qui aurait prévu que 15 mois plus tard nous serions de nouveau dans cette région de l’Aisne ? A Septmonts, autre grand halte pour la soupe du soir puis on repart vers 5 h. à la nuit tombante tous feux éteints car nous avons à passer sur une crête bombardée par les Allemands quand ils y voient des troupes ou des soldats ! Nous arrivons sans accident ni incident à Ploizy par Noyant et Berzy-le-Sec : 25 kilomètres au moins.
A Ploizy, nous venons remplacer la 63e Division, XIIIe Corps de réserve dont les brancardiers sont cantonnés là depuis 11 mois. Ils nous cèdent la place à regret car ils étaient si bien et sans grand travail. En effet le secteur est très tranquille depuis le mois de janvier dernier. Les brancardiers ont été occupés à divers travaux la relève des blessés ls occupant assez peu. Nous logeons provisoirement pour la nuit dans une grange, en attendant de prendre la place des brancardiers de la 63e qui partent dans la nuit à 3 heures.
 
Jeudi 27 janvier : Ploizy
 
Pas de messe ce matin, n’étant pas installés pour cela.
Au réveil, nous recevons l’affectation de notre cantonnement. (2) Il est très confortable : lits suspendus en fils de fer, réfectoire en sous-sol, avec poêle, etc., etc. La succession est bonne. Cela promet.
Ploizy est un petit village sans église, avec une grande ferme ou château pour le compte duquel travaillent les autres habitants, ce qui est une des particularités du pays et de beaucoup de villages. Le village est situé entre plusieurs collines. Soissons n’est pas loin, à quelques kilomètres.
 
Vendredi 28 janvier . Ploizy
 
Messe que nous célébrons dans une cave souterraine voûtée, une sorte de catacombes.
 
[…]
 
Dimanche 30 janvier : Ploizy
 
[…]
Dans la soirée, je vais visiter près du village des carrières profondes et curieuses, comme on en trouve beaucoup dans la région.
 
[…]
Mardi 1er février : Ploizy
 
Messe. Délicieuses veillées dans le souterrain chauffé.
 
[…]
 
Dimanche 13 février : Ploizy
 
Pas d’alerte la nuit. A 9 h. je chante la messe militaire dans un vaste sous-sol voûté à 7 ou 8 mètres sous terre. Les obus se rapprochent du village, l’un tombe dans les jardins pendant la corvée des épluchures ( ?). Un autre pendant la messe tombe à 50 mètres environ de l’endroit où nous sommes et ébranle les bâtiments. Pas de mal mais on construit des blockhaus […]  
La canonnade persiste. Le soir, elle augmente d’intensité. Les fusils et mitrailleuses s’entendent de nouveau. Décidément avec nous la tranquillité du secteur a disparu. Les civils nous le reprochent. Ils s’alarment, vont habiter aux carrières où certains couchent même. […]
 
[…]
 
Lundi 21 février : Ploizy
 
Messe à 4 h. A 5 h. ½ je pars de Ploizy avec 20 brancardiers et un caporal pour aller à Buzancy, à l’ambulance 11/16 remplacer autres 20 de nos brancardiers qui sont restés là en subsistance plus de 15 jours. Comme le secteur est tranquille et que les autos transportent elles-mêmes les qq blessés qu’il peut y avoir, ce qui réduit à rien notre rôle de brancardier, on nous disperse ça et là pour faire qq petits travaux ou corvées. 6 brancardiers sont à Soissons, 20 à Buzancy il y a 5 ou 6 kilomètres. Nous passons à Berzy-village, Berzy-gare, et à 8 h ; nous arrivons tout doucement au château de Buzancy où est installée l’ambulance. Nous revoyons tout près Villemontoire où il y a plus de 15 mois nous cantonnions qq jours.
Les brancardiers que nous remplaçons ont été occupés à monter des baraquements pour blessés, ou à entretenir les routes, à les mettre en état. Nous allons continuer ce travail. Nous cantonnons dans une immense carrière, vrai labyrinthe, à une grande profondeur sous le roc. Il y a là des lits en bois en châlits qui seront nos couchettes. Des lampes à acétylène nous éclairent nuit et jour ; un brasero où brûle du coke réchauffe et assainit (… ?) caverne remplie d’humidité. […]
 
(1) Ploisy
(2) Cantonnements : GBD (32) Ambulance 5/16 : Ploisy ; Ambulance 11/16 : Buzancy [JMO de la 32e DI 26 janvier 1916 – 26N322/3 p.28]
 
Cordialement
Eric


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Cordialement
Eric ABADIE
n°8966
Ferns
Où vas-tu Paul ? Vers L'Aisne
Posté le 21-08-2009 à 23:34:41  profilanswer
 

Bonsoir Eric,
 
Un grand merci pour ce témoignage ! On va "creuser" le secteur et essayer de trouver d'autres traces. C'est vraiment un témoignage précieux qui livre un grand nombre de détails très importants.  
 
Cordialement,
 
Ferns


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L'homme en campagne a les mêmes besoins qu'en temps de paix ; ces besoins deviennent même plus impérieux, étant exacerbés par une existence plus active et plus énervante.(Henry Mustière)
n°8967
martinez r​enaud
fortes creantur fortibus
Posté le 23-08-2009 à 18:27:36  profilanswer
 

Bonjour Eric, bonjour à tous
Eric, content de vous retrouver, ainsi que notre prêtre aveyronnais
Merci encore pour la mise à disposition de ce précieux document
Amicalement
Renaud


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Gloire aux 53ème et 253ème RI
n°8968
ae80
Posté le 10-11-2010 à 11:44:10  profilanswer
 

Bonjour à tous,
Deux citations tirées du Bulletin des Armées n° 88 du Dimanche 11 au Mercredi 14 avril 1915 avec attribution de la Médaille militaire :
 
Adjudant DURANTON, 16e Section d'Infirmiers : au combat du 20 août, au moment de l'évacuation de l'ambulance, évacuation qui a eu lieu dans des circonstances très périlleuses, où plusieurs brancardiers ont été blessés, a, par son sang-froid, ramené un convoi de blessés en bon ordre.
 
Infirmier MARITAN, 16e Section d'infirmiers : blessé, a continué son service toute la nuit et n'a signalé sa blessure, qui a motivé une hospitalisation immédiate, que le lendemain.
 
Une nomination dans l'ordre de la Légion d'Honneur au rang de chevalier dans le Bulletin des Armées n° 97 du Jeudi 13 au Samedi 15 mai 1915 avec cette citation :
 
Aumônier BIROT, groupe de brancardiers de la 31e Division : a fait preuve de courage, de dévouement et d'esprit d'abnégation remarquables en assistant les blessés depuis le début de la campagne et particulièrement les 18 et 22 août, 4 et 27 septembre ; est allé assiter, au milieu des obus, un général grièvement blessé.
 
Une citation du Bulletin des Armées n° 98 – Dimanche 16 au Mercredi 19 mai 1915 avec attribution de la Médaille militaire :
 
Sergent MALGLOIRE, 16e Section d'Infirmiers, groupe de brancardiers d'une division : cité déjà à l'ordre du jour de la division pour son zèle, son courage et son dévouement inlassable depuis le début de la campagne. S'est fait remarquer en de nombreuses circonstances. Vient encore de forcer l'attention par sa conduite admirable au cours de plusieurs journées de combat, ne cessant, malgré son état de santé, de marcher jour et nuit à la tête des équipes de brancardiers.
 
Cordialement
Eric Abadie


Message édité par ae80 le 10-11-2010 à 17:51:44

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Cordialement
Eric ABADIE
n°8969
ACM
Posté le 20-11-2010 à 19:25:19  profilanswer
 

[Bonsoir,
 
aurais je par hasard retrouvé la 16e section d'infirmiers militaires ?
 
voir cliché ci-après
 
Cordialement
 
Alain
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/6843/Numériser0012.jpg1..jpg


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ACM
n°8970
ae80
Posté le 20-11-2010 à 20:19:27  profilanswer
 

Bonsoir Alain,
Quelque chose me dit que vous ne nous dites pas tout. ;)  
Avez-vous des précisions au verso de cette superbe photographie ? Qu'indique la croix (X), un infirmier ou brancardier de la 16e SIM ?  
 
Cordialement
Eric


Message édité par ae80 le 20-11-2010 à 20:20:15

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Cordialement
Eric ABADIE
n°8971
ACM
Posté le 20-11-2010 à 22:40:34  profilanswer
 

Bonsoir Eric,
 
Collectionneur de cartes photos du premier conflit, j'essaie de relier celles-ci à des lieux ou des évenements. Profitant de ce fil j'ai voulu en échanges de la confirmation de mon intuition quant à l'unité representée offrir aux passionnés de l'histoire de ladite unité la vue d un document la concernant.
Aucune autre indication au verso de la carte que celle du photographe "Arnoux, 100 avenue du général Foy Amiens", la croix portée sur la photo devait renvoyer à une lettre qui accompagnanit ce clcihé.
 
Cordialement
 
Alain

n°8972
ae80
Posté le 21-11-2010 à 00:05:52  profilanswer
 

Re-bonsoir Alain,
S'agit-il de la 16e SIM ?
Effectivement l'architecture des maisons, la grange en torchis derrière le groupe, la grande porte en bois ajourée font penser à la Picardie et à l'Amiénois. Dans ses carnets, le prêtre aveyronnais évoque le passage de la 16e Section d'Infirmiers Militaires en Picardie après le retrait du 16e Corps d'Armée du front des Flandres avant de rejoindre la Champagne.
Le dimanche 7 février 1915 la troupe arrive à Beauval (entre Doullens et Amiens) : "A 8 h. nous partons par Bouquemaison, Haute-Visée, Doullens et Beauval où nous arrivons avant midi. Le pays est très beau toujours comme dans le Pas-de-Calais mais plus vallonné et ressemble davantage au cher pays (l'Aveyron)."
La section loge dans une usine.
Le lendemain 8 février ... le prêtre note ceci dans son journal :"A 5 h. je vais dire la messe à l'église. A 8 h la section est photographiée par un professionnel (mot barré qui devient amateur) de la ville averti la veille. On s'est vite rangé et on a promptement posé dans la cour de l'usine."
A première vue, cela colle bien mais, d'une part le bâtiment de la cour de l'usine ressemble plus à une grange avec une porte charretière, d'autre part la photographie a été prise à la belle saison (présence de feuilles sur l'arbre) et non en février (l'arbre en serait dépourvu).
Qu'est-ce qui vous fait penser qu'il pourrait s'agir de la 16e SIM ?
 
Cordialement
Eric


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Cordialement
Eric ABADIE
n°8973
ae80
Posté le 21-11-2010 à 11:22:32  profilanswer
 

Bonjour à tous, bonjour Alain,
Je n'avais pas noté qu'un des infirmiers avait inscrit sur son bidon la date 1914 au premier rang à gauche. Ainsi je daterai plus ce document photographique après la mobilisation d'août 14. L'adresse du photographe : "Arnoux, 100 avenue du général Foy Amiens" n'est pas anodine. Sur cette avenue se trouve la caserne FRIANT occupée par le 72e d'Infanterie qui jouxte la caserne GRIBEAUVAL sur son arrière. Le photographe peut compter sur ce vivier de militaires pour faire fructifier son commerce. Ne serait-ce pas plutôt, puisque nous sommes dans la région militaire appartenant au 2e Corps d'Armée, un groupe de la 2e Section d'Infirmiers Militaires sur cette photographie ?
Qu'en pensez-vous ?
Cordialement
Eric Abadie


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Cordialement
Eric ABADIE
n°8974
ACM
Posté le 21-11-2010 à 14:41:45  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
les éléments me faisant songer à une photographie de la 16e SIM sont les suivants :
-les autres unités appelées à porter des brassards frappés de la croix rouge sont les brancardiers régimentaires, ceux-ci appartiennent en temps de paix à la musique régimentaire rattachée à la compagnie hors rang. Iic pas d'indication de cet appartenance par présence d'insigne en forme de harpe sur manche gauche. De surcroit les hommes semblant être les cadres de cette unité n'arborent pas d'insignes d'officiers ou sous-officiers d'une unité d'infanterie, mais à leurs cols des caducés, indiquant q'ul s'agit d'une unité sanitaire, dont le numéro porté au col par les hommes de celles-ci correspond.
-autre élement, la couleur de ces numéros et surtout des cordonnets d'un certain nombre de képis. Pour l'infanterie ces numéros et ces cordonnets sont bleus, et ressortent donc en sombres sur les clichés en noir et blanc. Ici, ils ressortent très clairs; cela peut se discuter pour les numéros de cols, un usage en effet fréquent à l'époque, pour affirmer sa fierté d'apppartenir à une unité était de repasser les numéros de cols à la craie pour les faire ressortir sur une photographie, mais muni d'une loupe on ne distingue pas les traces que laissent ce type de surcharge(1). Pour les képis cela me semble plus emblématique, les unités auxiliaires (infirmiers, COA etc,...)recevant des képis avec des cordonnets de nuance jonquille, qui ressortiraient ainsi sur une photographie.
 
(1) les numéros de cols blancs sont aborés par les unités territoriales
 
La multiplicité des variantes d'uniformes à l'époque, compliquée par la distribution en temps de guerre de ces différentes composantes à une même unité de seconde ligne souvent condamnée à être équipée avec les fonds des magasins d'équipement peut évidemment induire en erreur.
 
Quant à l'indication du photographe, le cliché a pu être pris en 1914, et confié ultérieurement lors d'une période de stabilisation de l'unité aux soins dudit photographe.
 
le débat reste ouvert ...à vos loupes et ouvrages de références
 
Cordialement
 
Alain


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ACM
n°8975
- Joel Hur​et -
Administrateur
Posté le 21-11-2010 à 19:19:41  profilanswer
 

Ce sujet a été déplacé de la catégorie Forum Pages d'Histoire vers la categorie Forum Pages d'Histoire :  service santé par - Joel Huret -


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Plus de quarante années de collection : Musée militaire de Thiaucourt
n°8976
ae80
Posté le 21-11-2010 à 19:32:00  profilanswer
 

Bonsoir à tous, bonsoir Alain,
Je ne peux distinguer les numéros des cols de ces soldats. Mais l'âge avancé de plusieurs de ces militaires m'incite à penser qu'il s'agit d'une unité territoriale. Si les cols sont marqués d'un 16, il pourrait aussi s'agir du 16e Régiment d'Infanterie Territorial recruté dans la région de Péronne replié dans le nord-ouest du département de la Seine-Maritime début septembre 1914 et présent dans la région d'Amiens au cours de ce même mois.  
Comme vous le dites, le débat reste ouvert.
Cordialement
Eric


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Cordialement
Eric ABADIE
n°10044
Simon Godl​y
Harp and Crown
Posté le 07-08-2011 à 12:32:55  profilanswer
 

Il y a quelque semaines je suis allé au château de Buzancy avec une famille écossaise. Leur GP était le chef des soldats Écossais qu'ont emparé le château en juillet 1918. On a eu la chance de visité les carrières derrière le château avec les propriétaires.
 
Voici une photo qui je pense témoigne du passage de la 16e SIM
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/5662/buzancy_chateau-05a.jpg
 
Simon
www.webmatters.net


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Simon
www.webmatters.net
n°10050
ae80
Posté le 09-08-2011 à 16:31:41  profilanswer
 

Bonjour Simon,
Merci de nous avoir fait partager ce témoignage du passage du groupe de brancardiers la 32e division en ce début 1916.
Cordialement  
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/4107/Buzancy chateau.jpg
Carte postale envoyée par un membre du service de santé (?) en octobre 1914 au cours d'un premier séjour du 16e Corps dans la région de Buzancy.
 
Eric Abadie


Message édité par ae80 le 09-08-2011 à 16:44:44

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Cordialement
Eric ABADIE
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