Bonsoir,
Je vous livre, brutes, quelques bribes de ressenti face à cette oeuvre; que je connaissais mais que j'ai revisitée avec ce site.
On pourrait dire que l'oeuvre de Dix est à l'art ce que la guerre, le sordide, les bas-fonds sont à l'humanité. Ils sont effrayants : à les fréquenter, on n'a qu'une envie, de vite fuir se rassurer en se rappelant que le reste existe. Qu'alors que Dix peint ses mutilés de guerre, Monet, perdu dans sa quête devenue intemporelle de la couleur, peint des nymphéas dans un jardin de paradis oriental. Oh oui, fuir ! Or, Dix et Monet sont l'humanité; les nymphéas sont vrais, le trou d'obus est vrai, il est aussi vain de nier l'un, que l'autre...
Lorsque Dix peint la guerre, je vois dans ses tableaux une transcription bien fidèle des descriptions de nos témoins : la bouche de l'enfer ouverte, un univers quasi parallèle, une dimension supplémentaire : l'horreur pure. Ils nous le disent, c'était ainsi - un chaos où des têtes de mort pourries regardent comme des masques d'idoles, sous la lueur blafarde et vacillante des fusées en guise d'étoiles. Moi qui ne suit qu'un jeune feignant confortablement assis sur mon canapé du XXIe siècle, si je devais transcrire en image ce que je lis chez Genevoix, Barbusse, Chevallier, Jünger ou Dorgelès, si je savais le faire, ça ressemblerait à ce Trou d'obus peint par Otto Dix.
Lorsqu'il peint la cité des années vingt, il la peint là aussi telle que je me l'imagine : toute agitée, toute illuminée, de dancings et d'usines où la fonte jaillit en étincelant, de la course des trams dont le conducteur manie frénétiquement la sonnette, de la course des vivants qui veulent oublier tous les morts, et juste en-dessous, l'horreur affleure; elle continue à sentir comme un cadavre mal enterré, sur lequel on danse. Une ivresse qui sent le macchab.
Alors je ne sais pas si "c'est beau", par contre, pour ce qui est de traduire avec une force entêtante une réalité obscure aussi vraie que la réalité brillante, Dix est là, oui.
Un peu illuminéement
Cyrille
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"Sur un banc étaient rangés quinze ou vingt bonshommes qui avaient bien une douzaine de jambes à eux tous." (Duhamel)