Bonsoir Yves,
Bonsoir à tous,
« Bonne lecture ! »
Et pour une lecture plus aisée :
● Paris-Républicain, Décembre 1916, p. 1. ― La Vérité, Décembre 1916, p. 1.
« Le Salon des Armées
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Les très nombreuses personnes qui se rendent quotidiennement aux salles où se déroulent les multiples scènes — il y en a près de trois mille — qui constituent le Salon des Armées, ne sont pas toutes entraînées par des soucis esthétiques. On peut affirmer que la préoccupation du genre, du style et des écoles n’agit pas sur leur vision du moment. Ces visiteurs ont d’autres soucis : il appartient au critique de les démêler et de les inscrire, sa propre opinion ayant une valeur très secondaire, en l’espèce.
Si l’on parcourt rapidement l’ensemble de l’Exposition, deux divisions principales se marquent tout d'abord : une section entièrement consacrée à l’art dit décoratif, et comprenant maints objets que l’ingéniosité, le sens de l’observation, des rapprochements de forme, des conjonctions d’habitude ont fait, surgir, de par l’habileté manuelle les artisans, des matières belliqueuses, projectiles, fragments d’armes que leur origine même ne destinait pas au souvenir continu des familles ; — la seconde section, peintures, dessins, aquarelles, pastels, gravures sur bois, à l’eau-forte, au trait, à la pointe-sèche même, rentre dans la nomenclature accoutumée de tous les salons passés et à venir.
Et pourtant, ce n’est pas encore cette séparation de groupe qui opère sur les fluctuations du public. Celui-ci est dirigé, dans son mouvement, uniquement par la préoccupation de retrouver certains noms très chers, et la vue spécifiée de situations critiques où l’esprit s’est arrêté, où le cœur a battu éperdument. Aussi les allées et venues dans les parties qui composent l’Exposition n’ont-elles aucune ressemblance avec l’allure pesante et moutonnière de la foule aux anciens Salons, suivant le flot de salle en salle, pour ne s’arrêter qu’aux numéros exceptionnels signalés par les chroniqueurs : — Dans la salle XVII..., le grand portrait de Mme Y... par le grand peintre M. H... et la vue du grand cours de Montluçon
par Y..., le grand paysagiste ; il y avait toujours le terme " grand " appliqué aux machines de l’endroit. La formule différait à peine pour la sculpture en revêtant toutefois pour les bustes une analogie avec les thèmes des guides de nos nécropoles parisiennes.
Ici, cette phraséologie n’est pas de mise Les œuvres sont du format que la situation des créateurs leur a permis. Elles ne tendent à rien moins qu’à être définitives. Elles ont été vues, observées, senties, vécues aux points qu’elles expriment d’après la valeur de leur auteur. Elles sont indéniablement sincères. Presque toutes sont justes. Elles sont enveloppées de leur atmosphère d’origine. La part de composition est réservée aux époques de calme et de travail.
La foule venue d’elle-même au Salon des Armées, n’ayant pas eu l’agrément de copieux comptes rendus préalables do nos grands chroniqueurs annalistes des grands peintres, suit son mouvement personnel : — Alsace, Champagne, Vosges, Somme Argonne, Marne, Yser, comme les villes, martyres, Reims, Arras, Verdun, sont des sens concrets qui, relatés dans les œuvres exposées, répondent au sentiment intime des quêteurs de sensations.
Aussi est-ce une dispersion, un enchevêtrement continu. Pour voir ce qui a trait à Verdun, que ce soit de Lemoine, de Lévy, de Blondeau, il faut aller d’un bout à l’autre de l’Exposition. Ornes de Gazan est aux antipodes de l’Argonne de Boilly, qui est légèrement écarté du Clermont, de Gérard, lequel ne se rencontre pas avec les Forges de Jeannin ; Ville en Voëvre de Barberis est par ailleurs.
Il serait à désirer que ce désir de groupement du public pût être aidé d’une indication méthodique. Les noms des artistes dans une accumulation de cet ordre, deviennent des facteurs de second plan. Car ici, il ne retourne pas du classement alphabétique, ou du rang des préséances. Sans séparer les œuvres dues à la même origine, il serait possible de faire un groupement relatif des faits entrevus par des yeux différents, notés et transcrits par des méthodes personnelles et non uniformes.
Quelle variété de vision et quelle différence d’aspect dans les vues d’Arras de Ginestet, Lacourrège, Capron ; — dans le vues d’Aix-Noulette de Lamentin et dans celle de Jourmond ; Ypres, vue par celui-ci, a une saveur aussi appréciable que celle de Léonard. Pervyse par Lemaître, Poperinghe et Bœsinghe par Miguet, les Halles de Nieuport par Chambon sont des points de contact avec des communiqués célèbres. Puis voici, Barcy, les paysages de la Marne et Lagny par Pailler ; — Reims, Sillery, La Pompelle par Montaigne ; — Vienne par Lagron, Vienne encore et Saint-Hilaire-le-Grand par Labrouche ; Pont-à-Mousson par Lesage, Mailly-le-Camp par Marcelli ; nos autobus parisiens dans leurs fonctions de guerre par Franquet ; Tracy-le-Mont, par Paupion, et encore de lui N.-D.-de-Lorette ; Craonnelle par Guilbert ; Salonique par Darrieux ; l’Armée d’Orient par Touchet.
Ceci n’est qu’un prélèvement minuscule sur les quelque huit cents artistes qui ont bien voulu collaborer au Salon des Armées. Parmi eux, il en est, de très connus ; presque tous les autres se révèlent présentement. Il serait injuste de ne pas essayer de marquer leur passage. Je tenterai de m’y essayer, en groupant les œuvres, non par analogie de facture, presque tous ont le trait précis et serré, classique, oserai-je dire, si nous connaissions les états définitifs de leurs études, — mais bien par groupement ethnique et par école de paysages de Guerre d’après la valeur des terrains. Ceci peut se soutenir puisqu’il y a des relevés panoramiques, celui de Lassigny par Finazzi qui est d’un autre aspect que son panorama de Verdun, lequel ne doit rien aux travaux de Besnard, sur Douaumont, Belleville. La Côte du Poivre, etc.
Enfin, il y a les sculpteurs. Et une chose toute spéciale : trente-deux projets d'affiches, ce qui se rattache à un art tout spécial, et tout à fait parisien. Nous en parlerons.
Léon MAILLARD. »
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● Le Figaro, n° 361, Mardi 26 décembre 1916, p. 3.
« Le Salon des Armées
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Le Salon des armées, on le sait, est organisé par le Bulletin des armées dans les salles du Jeu de Paume de la terrasse des Tuileries. On y trouvera exposées près de 2.800 œuvres, peintures, sculptures, dessins, gravures, art décoratif, architecture, topographie, etc. ; toutes œuvres dues à des " artistes mobilisés dans la zone des armées depuis le début de la campagne, et dont l’exécution sur le front est attestée par des certificats signés par des commandants d’unités."
Cette note très précise du Bulletin des armées nous indique dans quel sens il convient d’examiner les œuvres exposées. Il ne s’agit pas ici d’énoncer des aphorismes de critique, non plus que de discerner, parmi tous ces exposants, ceux qui sont des professionnels, ceux qui semblent destinés à le devenir, ceux qui sont des amateurs et ceux qui ne doivent qu’à l’occasion la volonté de s’exprimer ; il faut tout à la fois, en même temps que l’on considère les peintures, les aquarelles, les eaux-fortes et les pointes-sèches, les notes au crayon, et autres, qui racontent les heures tragiques ou les heures gaies de la tranchée, ne point perdre de vue tous ces objets, instruments de musique formés de vieilles boîtes, liseuses et coupe-papiers faits de cuivre provenant d’obus ennemis, bagues d’aluminium, cannes aux sculptures frustes et aussi, parmi tant d’autres choses, cette cagna d’une si extraordinaire vérité, où l’on comprend ce que c’est que la vie dans les ruines.
Et cet ensemble constitue bien le Salon dont seules les armées en campagne étaient capables d’imaginer l’imprévu et de fournir les éléments. C’est bien cela que M. Henri Dangon nous invite à aller voir, dans l’excellente affiche qu'il a exécutée pour annoncer les œuvres de ces camarades.
Certes, quand on se trouve devant les dessins et les croquis de Bernard Naudin, devant les petites études peintes de Jacob, devant les portraits au crayon de Darrieux, devant les masques de poilus, si largement enlevés, de Dangon, devant les envois de MM. Maurice Rémy et ses sacs à terre, décorés au pochoir avec une amusante fantaisie Cacan, J. Berges, M. Cazin, Claudius Denis, J. Flandrin, H. Guy, Auriche, Pierre Labrouche, J. Lesage, L. Montagne, F. Renefer, J.-J. Rousseau, Rudel, J. Saurel, M. Taquoy, M. Wagemann, etc., on se retrouve dans une atmosphère d’art qui serait telle à n’importe quelle époque. Mais il importe ici de regarder ce Salon dans son ensemble, dans son esprit spécial, dans l’énorme variété des sujets qui y sont traités ou seulement effleurés, dans le désir qu’on devine chez tous ces hommes, en passe d’être des héros, de se donner, au milieu de leurs préoccupations, une distraction manuelle et morale à la fois ; et l'on se sent une énorme émotion, une joie vraiment française devant tant de bonne humeur, tant d’observation sincère, tant d’adresse, tant d’application à mettre en pratique ce qu’on avait appris en germe sur les bancs de l’école, et qui vous revient comme le souvenir tendre du passé.
Aussi, faut-il souhaiter à cette exposition le succès qu’elle mérite, d’autant que beaucoup d’œuvres ne demandent qu’à trouver des acquéreurs, et que ces acquéreurs seront les très bienvenus.
L. Roger-Milès. »
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● Le Figaro, n° 365, Samedi 30 décembre 1916, p. 3.
« Au Salon des Armées
Hier, a eu lieu, aux Tuileries, l'inauguration de la section belge du Salon des armées, installé dans la salle du, Jeu de Paume.
Reçu par M. Dalimier, le ministre de Belgique à Paris, M. de Gaiffier d’Hestroy, s’est rendu à la section belge. Celle-ci comprend une centaine d’œuvres parmi lesquelles il s’en trouve de fort remarquables. »
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Bien amicalement à vous,
Daniel.
Message édité par Rutilius le 07-09-2010 à 23:47:06