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Aux morts de Verdun

n°2709
jpbte63
Posté le 23-06-2017 à 10:40:33  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous
 
Aux morts de Verdun

Repoussé sur la Marne et bouclé sur l'Yser,  
L'Allemand s’était dit : « Je broierai sous le fer  
Leur front trop étendu pour n’ être pas trop mince ;  
Quelque four, je fondrai sur Verdun, que je coince  
Déjà par St-Mihiel et je me rouvrirai  
La route de Paris et je le brûlerai !  
La France ne sera désormais qu'une épave.
J'aurai le genre humain pour serf et pour esclave ! »  
Rêve démesuré, songe affreux et dément !...  
Tu l'as voulu, Germain ! Tu l’as fait, Allemand !  
Un matin, dans le froid, sous la brume hivernale,  
Commença tout à coup de rugir la rafale.
Et la foudre éclata par-dessus les grands bois.  
Huit cents canons géants, tonnant tous à la fois,  
Déversaient à travers la futaie ébranlée
La terreur sur le fort, la mort sur la tranchée
Le déluge d’acier dura trente deux mois !
Et durant ces longs jours d’angoisse et de misère.
Quand on ne savait plus si jamais cette guerre
Pourrait finir, nos gens harassés et fourbus.  
Yeux sombres, front terreux, hirsutes et barbus,
Tinrent sous la mitraille et l’ouragan d’obus.  
Trébuchant dans les trous, sur les fils et les barres  
Tachant de sang la boue et la neige, perclus  
Par le gel, pantelants, défaillants et, tordus
Par la faim enragée et buvant l’eau des mares.  
Où croupissaient des corps et des membres rompus,  
Quand ils redescendaient hâves, saignants, recrus,  
Des menaces montaient de leur sombre reflux.  
Ils disaient que jamais ils ne reviendraient plus
Et quand venait leur tour de reprendre la garde.  
Ces splendides soldats, aux fronts durs et têtus.  
Retournaient à l’Enfer muets et résolus.
L’arme au poing, regardant en face la camarde.  
Trois cent mille sont morts autour du grand fossé.
Mais l’ennemi mortel ne l’a pas traversé ;
La France vit, et vit sur un rythme plus ample :  
Et comme ces grands morts ont donné grand exemple.  
Il convient que leur Tombe ait l’aspect d'un grand temple.  
Temple de la douleur, temple mystérieux.  
Le plus vaste, le plus nu, le plus glorieux
Qui fut jamais bâti sous le dôme des cieux,  
Car ces morts vénérés ont souffert le martyre ;
Ils ont droit à la croix, à la palme, à l'autel.  
Aux guirlandes de fleurs, à l’encens, à la myrrhe.
Et Dieu les a reçus dans son sein paternel.
Ecoutez ce qu'ils ont clamé vers l'Eternel  
Nous avons enduré l'angoisse et le supplice
Pour la Liberté sainte et la sainte Justice,
Pour que ta Paix, Seigneur, sur terre s'accomplisse,
Pour que ton règne arrive !... Et ne nous dis pas non !
Tu nous a peints toi-même en cette belle histoire  
De ce père envoyant ses fils à la moisson.  
Les aînés disaient oui, baisaient sa main d’ivoire.  
Puis allaient à leurs jeux ; le cadet disait non.
Mais descendait aux champs et coupait les épeautres.
C’est lui que tu bénis. Seigneur, et non les autres !  
Notre France est semblable à ce cadet-grognon :  
Elle n ’a pas le port d ’une pharisienne,  
Elle parle sans honte à la chananéene.
Mais son âme et amour, son cœur est toujours tien.  
Elle est l'enfant revêche et la nation folle,  
Mais tu la béniras, comme en la Parabole.  
La nation-prodigue, au cœur resté chrétien !  
 
G. DESDEYISES DU DEZERT
 
Poésie paru le 25 novembre 1924 dans l'Avenir du Puy-de-Dôme et du Centre.
Titre de l'article « Pour Donner aux Héros de Verdun un Monument digne d'Eux »
Cette article paru à la suite de la soirée organisée au bénéfice de l’œuvre de l'Ossuaire de Douaumont.
Sources 


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Quand on ne fait pas tout pour être le premier, le devenir ou le rester, on ne demeure pas le deuxième. On tombe fatalement le dernier.  
Louis Hubert Lyautey

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