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  Poésies et poètes de la Grande Guerre

 

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Auteur Sujet :

Poésies et poètes de la Grande Guerre

n°2074
metronome
Hodie mihi, cras tibi
Posté le 05-11-2014 à 14:32:02  profilanswer
 

"Hymne à la Jeunesse condamnée" Wilfred Owen (1893-1918)
 
Anthem for doomed Youth
 
What passing bells for those who die as cattle?
Only the monstrous anger of the guns,
Only the stuttering rifles' rapid rattle
Can patter out their hasty orisons,
No mockeries for them from prayers and bells,
Nor any voice of mourning save the choirs, –
The shrill, demented choirs of wailing shells;
And bugles calling for them from sad shires.
 
What candles may be held to speed them all?
Not in the hands of boys, but in their eyes
Shall shine the holy glimmers of good-byes,
The pallor of girls' brows shall be their pall;
Their flowers the tenderness of silent minds,
And each slow dusk a drawing-down of blinds.
 
 
et la traduction:
 
Hymne à la Jeunesse condamnée (1917)
 
Quel glas sonne pour ceux qui meurent comme du bétail ?
Seule, la colère monstrueuse des canons,
Seul, le crépitement rapide des fusils hoquetants
Peuvent ponctuer leurs oraisons hâtives,
Pour eux, pas de prières ni de cloches dérisoires,
Nulle voix endeuillée hormis les chœurs, —
Les chœurs suraigus et démentiels des obus gémissants ;
Et les clairons appelant pour eux depuis de tristes comtés.
 
Quelles chandelles seront tenues pour leur souhaiter bon vent ?
Non dans la main des garçons, mais dans leurs yeux,
Brilleront les lueurs sacrées des adieux,
La pâleur du front des filles sera leur linceul,
Leurs fleurs, la tendresse d'esprits silencieux,
Et chaque long crépuscule, un rideau qui se clôt.
 
Wilfrred Owen a été tué le 4 novembre 1918 lors de la grande offensive à Ors près du Cateau-Cambrésis.


Message édité par Arnaud Carobbi le 05-11-2014 à 16:26:30

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Metronome
n°2075
Achache
Cimetière militaire de V D
Posté le 05-11-2014 à 15:09:08  profilanswer
 

Bonjour,
 
Si vous vous intéressez à la poésie de guerre, notamment anglaise, voyez:
 
http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] .htm#t5142
 
Bien à vous,
 [:achache:1]  


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Émouvante forêt, qu'avons-nous fait de toi ?/Un funèbre charnier, hanté par des fantômes./Tes doux sylvains ont fui, cédant la place aux hommes
Qui sèment autour d'eux la douleur et l'effroi. M. BOIGEY/LAMBERT, La Forêt d'Argonne, 1915
n°2076
metronome
Hodie mihi, cras tibi
Posté le 05-11-2014 à 16:01:31  profilanswer
 

Bonjour et merci Achache. C'est très aimable à vous.


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Metronome
n°2077
metronome
Hodie mihi, cras tibi
Posté le 25-08-2014 à 15:58:06  profilanswer
 

Voici le poème d’Alan SEEGER « J’ai rendez-vous avec la Mort »
 
J’ai un rendez-vous avec la Mort
Sur quelques barricade âprement disputée,
Quand le printemps revient avec son ombre frémissante
Et quand l’air est rempli des fleurs du pommier.
J’ai un rendez-vous avec la Mort
Quant le printemps ramène les beaux jours bleus.
Il se peut qu’elle prenne ma main
Et me conduise dans son pays ténébreux
Et ferme mes yeux et éteigne mon souffle.
Il se peut qu’elle passe encore sans m’atteindre.
J’ai un rendez-vous avec la Mort
Sur quelque pente d’une colline battue par les balles
Quand le printemps reparaît cette année
Et qu’apparaissent les premières fleurs des prairies.
Dieu sait qu’il vaudrait mieux être au profond
Des oreillers de soie et de duvet parfumé
Ou l’Amour palpite dans le plus délicieux sommeil,
Pouls contre pouls et souffle contre souffle,
Ou les réveils apaisés sont doux.
Mais j’ai un rendez-vous avec la Mort
A minuit, dans quelque ville en flammes,
Quand le printemps d’un pas léger revient vers le nord cette année
Et je suis fidèle à ma parole :
Je ne manquerai pas ce rendez-vous-là.
 
Alan SEEGER
 
Alan SEEGER est un poète américain qui passa les dernières années de sa vie en France.
Né à New York le 22 juin 1888 et mort le 4 juillet 1916 âgé de 28 ans à Belloy-en-Santerre, Somme.


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Metronome
n°2078
metronome
Hodie mihi, cras tibi
Posté le 25-08-2014 à 16:43:23  profilanswer
 

Je t’écris ô mon Lou de la hutte en roseaux
Où palpitent d’amour et d’espoir neuf coeurs d’hommes
Les canons font partir leurs obus en monômes
Et j’écoute gémir la forêt sans oiseaux
 
Il était une fois en Bohême un poète
Qui sanglotait d’amour puis chantait au soleil
Il était autrefois la comtesse Alouette
Qui sut si bien mentir qu’il en perdit la tête
En perdit sa chanson en perdit le sommeil
 
Un jour elle lui dit Je t’aime ô mon poète
Mais il ne la crut pas et sourit tristement
Puis s’en fut en chantant Tire-lire Alouette
Et se cachait au fond d’un petit bois charmant
 
Un soir en gazouillant son joli tire-lire
La comtesse Alouette arriva dans le bois
Je t’aime ô mon poète et je viens te le dire
Je t’aime pour toujours Enfin je te revois
Et prends-la pour toujours mon âme qui soupire
 
Ô cruelle Alouette au coeur dur de vautour
Vous mentîtes encore au poète crédule
J’écoute la forêt gémir au crépuscule
La comtesse s’en fut et puis revint un jour
Poète adore-moi moi j’aime un autre amour
 
Il était une fois un poète en Bohême
Qui partit à la guerre on ne sait pas pourquoi
Voulez-vous être aimé n’aimez pas croyez-moi
Il mourut en disant Ma comtesse je t’aime
Et j’écoute à travers le petit jour si froid
Les obus s’envoler comme l’amour lui-même
 
10 avril 1915.
 
Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou (1915)
Poème dédié à la Comtesse Louise de Coligny, dite Lou.
 


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Metronome
n°2079
metronome
Hodie mihi, cras tibi
Posté le 26-08-2014 à 12:56:18  profilanswer
 


Brave petit soldat
 
Courageux soldat français, à l’allure si fière
Dont le doux regard brille d’une ardeur guerrière
Pour aller défendre ta patrie menacée
De suite vers la frontière tu fus prêt à marcher.  
Après les adieux aux parents et connaissances
À qui tu donnas à tous une grande espérance
Couvert de fleurs, vaillant tu partis sur le front
Heureux de pouvoir de nos pères venger l’affront.
 
Maintenant tous les jours, sur les champs de bataille
Se jouant des obstacles et bravant la mitraille
Sans jamais connaître la moindre défaillance
À l’univers entier tu montres ta vaillance.
 
Quand le clairon sonne, des yeux tu ne perds la trace
Du drapeau tricolore, qui flotte dans l’espace,
Et à la charge fatale, tu t’élances dans le rang
Si la balle meurtrière vient arrêter tes pas
(...)
Couchés sur l’herbe épaisse, à l’abri des chariots
Brisés par la fatigue, tout le monde s’endort.
 
Après des rêves affreux, ils se réveillent enfin
Et sous un ciel brûlant ils reprennent le chemin
Car là-bas on entend comme une voix meurtrière
Le terrible canon qui tonne sur le derrière.
 
Maudissant les teutons, qui volent leurs foyers
Que parfois ils ont eu de la peine à payer
La rage dans le cœur et les larmes dans les yeux
Ils attendent vaillamment la vengeance de Dieu.
 
Poême de Marc Puissant né le 27 décembre 1892 et  
mort le 24 février 1916 à la Côte du Poivre lors de la Bataille de Verdun (35e RI).
 
 
 


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Metronome
n°2080
metronome
Hodie mihi, cras tibi
Posté le 28-08-2014 à 17:37:20  profilanswer
 

« IN FLANDERS' FIELDS » par John McCrae
 
In Flanders' Fields the poppies blow
Between the crosses, row on row,
That mark our place; and in the sky
The larks, still bravely singing fly
Scarce heard amidst the guns below.
 
We are the Dead. Short days ago
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved and were loved, and now we lie
in Flanders' fields.
 
Take up our quarrel with the foe,
To you from failing hands we throw
The torch - be yours to hold it high;
If ye break faith with us who die,
We shall not sleep though poppies grow
In Flanders' fields
 
La traduction:
 
Dans les champs des Flandres, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix ; et dans l'espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement des obusiers.
 
Nous sommes morts,
Nous qui songions la veille encor'
À nos parents, à nos amis,
C'est nous qui reposons ici,
Dans les champs des Flandres.
 
À vous jeunes désabusés,
À vous de porter l'oriflamme
Et de garder au fond de l'âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Dans les champs des Flandres
 
 
John McCrae, Canadien  (1872-1918)


Message édité par Arnaud Carobbi le 05-11-2014 à 16:24:34

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Metronome
n°2081
metronome
Hodie mihi, cras tibi
Posté le 05-11-2014 à 13:54:36  profilanswer
 

"Le soldat" de Rupert Brooke (1887-1915)
 
The soldier
 
If I should die, think only this of me :  
That there's some corner of a foreign field
 That is for ever England.  
There shall be In that rich earth a richer dust concealed;  
A dust whom England bore, shaped, made aware,  
Gave, once, her flowers to love, her ways to roam,  
A body of England's, breathing English air,  
Washed by the rivers, blest by suns of home.
And think, this heart, all evil shed away,
A pulse in the eternal mind, no less
Gives somewhere back the thoughts by England given;
Her sights and sounds; dreams happy as her day;
And laughter, learnt of friends; and gentleness,
In hearts at peace, under an English heaven.
 
et la traduction:
 
Le soldat
 
Si je devais mourir, ne retenez de moi que ceci :  
Qu'il se trouve, dans un champ étranger,  
Quelque coin de terre qui toujours sera anglais.  
Enfouie dans ce sol fertile, une poussière
plus riche encore se cachera.  
Une poussière que l'Angleterre porta, façonna et éleva
à la conscience; Une poussière à qui elle donna, un jour,  
Ses fleurs à aimer, ses chemins à parcourir;  
Un corps anglais, respirant l'air anglais,  
Baigné par ses rivières et béni par son soleil.
Et pensez que ce coeur, d'où tout mal s'est enfui,
Cette étincelle dans l'esprit éternel,
Rend quelque part les pensées que l'Angleterre lui offrit;
Ses couleurs et ses sonorités;
Ses rêves heureux comme le jour;
Et son rire, appris des amis, et sa gentillesse,
Dans des coeurs paisibles, sous un ciel anglais.
(traduit par R. Weissbrodt)
 
Source: Pierre-François Mettan "Les echos de Saint-Maurice", 1995


Message édité par Arnaud Carobbi le 05-11-2014 à 16:22:21

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Metronome
n°2082
metronome
Hodie mihi, cras tibi
Posté le 05-11-2014 à 14:16:45  profilanswer
 

Romain Darchy (1895-1944)
 
Nos rêves ont passé, nous avons retrouvé dans une marre rouge une tête  
Quelques restes de membres au fond du trou d'obus  
et des lambeaux sans nom, plaqués contre la boue  
C'est tout ce qui restait de nos pauvres camarades  
La violence de l'explosion les avaient enfoncés en pleine terre  
Trois étaient ancrés presque complètement dans les parois de la fosse, tassés comme des chiffons  
Je vois ce qui tout à l'heure étaient deux êtres vivants  
et qui ne sont plus maintenant, qu'un amas de boue et de sang  
On a rassemblé leurs restes à la hâte, au clair de lune, dans une toile  
On a creusé un trou et, le soir, nous leur avons dit adieu  
On en a tant vu, que les sens s'émoussent, que le cour se blase  
L'inhumaine cuirasse nous protège de sentiments trop humains  
et on y pense plus, une minute après  
Et pourtant, nous avions tout partagé  
marché ensemble, souffert aux mêmes endroits  
étions enterré par la même mine, enlisés dans la même boue  
Nous avions courbé la tête sous les mêmes rafales  
On a la gorge serrée et comme une envie de pleurer  
C'est fini  
Ce soir, la loterie recommence,  
Heureux ceux qui ramèneront les bons numéros


Message édité par Arnaud Carobbi le 05-11-2014 à 16:22:53

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Metronome
n°2083
Arnaud Car​obbi
Alc ixh xan
Posté le 05-11-2014 à 16:25:36  profilanswer
 

Les sujets suivant ont été fusionnés à ce sujet par Arnaud Carobbi

  • poème d’Alan SEEGER
  • Je t’écris ô mon Lou
  • Brave petit soldat
  • « IN FLANDERS' FIELDS » par John McCrae
  • "Le soldat" de Rupert Brooke (1887-1915)
  • Romain Darchy (1895-1944)


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Le parcours du combattant de 14-18 13/02/2017 : Correspondance d'un soldat illettré (1908-1919)
n°2084
Arnaud Car​obbi
Alc ixh xan
Posté le 05-11-2014 à 16:26:30  profilanswer
 

Le titre de ce sujet a été édité par Arnaud Carobbi


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Le parcours du combattant de 14-18 13/02/2017 : Correspondance d'un soldat illettré (1908-1919)
n°2239
docteurno
Vlà m'tiète, min cu i vient
Posté le 01-05-2015 à 09:50:08  profilanswer
 

Bonjour à tous
 
Tiré du Journal l'Ouvrier N° 18 du 02/09/1916 : une poésie de Charles GRANDMOUGIN (1850-1930)
Au Café
 
Combien de gens obscurs , parfois même notoires ,
Prodiguent des conseils de loin aux généraux ,
Et sans avoir rien fait ont des airs de héros ,
En lisant un journal annonçant des victoires !
 
Combien , hier encor , Français indifférents ,
Ignorant l'Allemagne et la terrible année ,
Plastronnent en tous lieux avec l'âme indignée ,
Et parce qu'ils sont très fâchés et croient très grands !
 
Leurs temps , loin du péril , se dépense en paroles ,
Ils récitent un peu partout ce qu'ils ont lu ,
Distribuant le blâme ou bien les auréoles ,
Avec l'air compétant autant que résolu !
 
Naguère ces gens-là , n'ayant aucune haine ,
Traitaient les Allemands en gaillards fraternels ,
Et , pour avoir la paix bêtement criminels ,
Auraient sacrifié l'Alsace et la Lorraine !
 
Guillaume leur semblait un fantoche irréel ,
Un paladin doublé d'un vain Croquemitaine ,
Ils riaient follement de sa façon hautaine ,
Et disaient les Teutons bonasses et sans fiel !
 
Ils nous traitaient de fous quand nous parlions de guerres ,
Et des voracités que cache l'Allemand ,
Ils pensaient , aimant mieux rêver aux peuples frères ,
Qu'un pays comme nous grandit en s'endormant !
 
Et maintenant , ils sont bavards et patriotes ,
Invoquent les grands jours d'Arcole et de Valmy ,
Et l'on croirait alors qu'il vont graisser leurs bottes ,
Pour aller d'un seul bond terrasser l'ennemi !
 
Pour détester bien plus encor ces inutiles ,
Ils nous suffit de voir quelque soldat blessé ,
Qui , bien souvent muet sur ce qui s'est passé ,
Va repartir au front avec des airs tranquilles !
 
Chez tous ceux que j'ai vus , pas d'orgueil apparent ,
Une simplicité grave et sans phrase aucune ,
Ne maudissant jamais la mauvaise fortune ,
Et fort de son devoir , chacun demeure grand !
 
Cordialement
Jean-Pierre


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