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  Poètes au front et poètes du front

 

delmi83 Forum Pages d'Histoire : Jean RIOTTE, 4 utilisateurs anonymes et 49 utilisateurs inconnus

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Poètes au front et poètes du front

n°2692
olivier ga​get
Posté le 30-04-2017 à 12:43:35  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Lorsque l’on évoque les poètes durant la Grande Guerre, il faut faire la distinction entre les poètes au front et ceux du front. Apollinaire fait incontestablement partie de la seconde catégorie : prolixe, il a rimé durant la guerre, mais en eut aussi le temps parce que mort à la toute fin du conflit.
Pulvérisé par un obus le 9 juillet 1915, Jean-Marc Bernard n’a, à ma connaissance, écrit qu’un seul poème au front, De profundis, mais quel poème ! Son ami Raoul Monier, qui devait lui-même périr un an plus tard, nous révèle qu’il reçut le poème dans la dernière lettre de son ami écrite le 1er juillet :  
 
« …Voici quelques vers, écrits dans une heure de découragement ; inutile de vous dire que si ces strophes traduisent un moment de mon cœur, elles ne sont plus maintenant à jour.
 
Du plus profond de la tranchée,
Nous élevons les mains vers vous,
Seigneur ! Ayez pitié de nous
Et de notre âme desséchée !
 
Car plus encor que notre chair,
Notre âme est lasse et sans courage.
Sur nous s’est abattu l'orage
Des eaux, de la flamme et du fer.
 
Vous nous voyez couverts de boue,
Déchirés, hâves et rendus...
Mais nos cœurs, les avez-vous vus ?
Et faut-il, mon Dieu, qu’on l'avoue ?
 
Nous sommes si privés d’espoir,
La paix est toujours si lointaine,
Que parfois nous savons à peine
Où se trouve notre devoir.
 
Éclairez-nous dans ce marasme,
Réconfortez-nous, et chassez
L’angoisse des cœurs harassés ;
Ah ! rendez-nous l’enthousiasme !
 
Mais aux Morts, qui tous ont été
Couchés dans la glaise ou le sable,
Donnez le repos ineffable,
Seigneur ! ils l’ont bien mérité !
 
Maintenant je vais écrire, je crois du moins, un pendant à ces strophes découragées, une phrase du Dies irae :
 
Jour de colère que ce jour
où nous sortirons des tranchées…. »
*
 
Parmi ceux de la première catégorie, il faut citer Lionel des Rieux, poète de l’École romane fondée par Jean Moréas, devenu néo-classique au tournant du siècle comme Jean-Marc Bernard. Tué en février 1915, des Rieux n’eut guère le temps, ou la volonté, de rimer. Il fut le tout premier soldat de son unité à obtenir la médaille militaire en septembre 1914. Deux mois plus tard, il écrivait pourtant à Jean de Pierrefeu cette lettre qui comporte quelques vers badins :
 
[…] J’espère avoir bientôt le plaisir de vous revoir sur le front. Et puissiez-vous être affecté à ma Cie qui est maintenant la 6e. Depuis votre absence, nous avons souvent combattu. […] Seulement, si vous voulez de moi pour capitaine, hâtez-vous ou vous risqueriez d’apprendre que je suis colonel de quelque autre régiment, car vous le savez peut-être :
 
Qui de nous évite      
Les balles dum-dum    
Avance plus vite      
Qu’un général Boum.    
 
Aussitôt en guerre,
Mon bon sort aidant,
Çà ne traîna guère
Je fus adjudant.
 
Avant que je crusse      
Avoir bataillé,      
Grâce au roi de Prusse    
J’étais médaillé.      
 
Le mois se complète :
Voici maintenant
Que j’ai l’épaulette
De sous-lieutenant.
 
Dans cette huitaine,      
Ne puis-je pas mardi      
Être capitaine ?      
Commandant jeudi ?      
 
Si rien ne m’arrête,
Vendredi j’aurai
Une blanche aigrette
Au képi doré.
 
Que l’autre dimanche    
Je guerroie encor,      
On coud sur ma manche    
Trois étoiles d’or.      
 
Et si je puis faire
Quelque coup d’éclat,
Noël me confère
Le maréchalat.
**
 
Je viens de terminer la biographie de ce poète après avoir entrepris des recherches à son encontre depuis 2005. Je n'ai malheureusement jamais trouvé de poèmes relatifs au conflit autre que ces strophes ci-dessus. Mis à part ces vers, L. des Rieux fut un poète au front et non du front.
 
amicalement,
Olivier
 
* Œuvres de Jean-Marc Bernard, tome 1, Le Divan, 1923, p. 163-164.
** Lettre de Lionel des Rieux à Jean de Pierrefeu, 6 novembre 1914, fonds Gabriel Boissy, Bibliothèque de la Méjanes, Aix-en-Provence.
 

n°2729
violette
In memoriam Rémy
Posté le 04-09-2017 à 20:40:01  profilanswer
 

Bonsoir à tous,
Bonsoir Olivier,
     Pourriez-vous développer la distinction que vous faites entre poètes au front et poètes du front ? Aucune volonté polémique dans ma question, je suis moi-même passablement mordue de poésie, je connais d'ailleurs bien l'oeuvre de Jean-Marc Bernard, et j'aimerais comprendre ?
 Connaissez-vous, par ailleurs le poème de Francis Carco "A l'amitié" ? Il y évoque de fort belle façon ses amis morts à la guerre, lui qui ne l'a pas faite, ou des suites de celle-ci : André du Fresnoy, Jean Pellerin, Guillaume Apollinaire et Jean-Marc Bernard auquel il consacre des strophes à mon avis magnifiques ?
 Cordialement,
Violette


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"Voici que point ton dernier jour - Dépose ici toute espérance - Hélas, comme un fardeau trop lourd"
F Carco in La Bohème et mon coeur
n°2735
olivier ga​get
Posté le 19-09-2017 à 20:47:50  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Violette, je ne connais pas le poème de Francis Carco. Où peut-on se le procurer ?
Pour ce qui est de la distinction que je fais entre poètes au front et poètes du front, c'est assez simple : en reprenant les rimeurs précités, je dirais que Lionel des Rieux est un poète qui est au front mais n'écrit aucun poème au front ; à l'inverse de Guillaume Apollinaire, par exemple, ou de Jean-Marc Bernard qui ont composé des poèmes de guerre. Ce sont donc des poètes du front.
 
bien cordialement,
Olivier

n°2736
violette
In memoriam Rémy
Posté le 19-09-2017 à 21:41:47  profilanswer
 

Bonsoir à tous,
Bonsoir Olivier,
   Merci pour votre réponse. Je comprends le distinguo. Il faudrait sans doute créer une troisième catégorie pour ceux qui se sont avec plus ou moins de réussite découverts des talents de poète arrivés au front.
 Le poème de Carco se trouve dans son recueil "La Bohème et mon coeur". Je peux le scanner et vous l'envoyer par mail si vous le souhaitez.  
   Cordialement,
Violette


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"Voici que point ton dernier jour - Dépose ici toute espérance - Hélas, comme un fardeau trop lourd"
F Carco in La Bohème et mon coeur
n°2737
olivier ga​get
Posté le 19-09-2017 à 22:25:05  profilanswer
 

Violette,
 
Vous avez raison quant à la troisième distinction qu'il faudrait faire ;)  
Et c'est avec plaisir que j'accepte votre proposition : vous trouverez mon mail dans mon pseudo.
Je vous en remercie :)  
 
bien cordialement,
Olivier

n°2738
garance.
Posté le 20-09-2017 à 11:23:12  profilanswer
 

Bonjour
les vers de JM Bernard me font penser à François Villon !
cdt  Garance


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