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Ceux de chez nous

n°2596
jpbte63
Posté le 19-07-2016 à 19:14:33  profilanswer
 

Bonsoir
Livret de Poésies (environ une quarantaine)
Reflets de Guerre - Henry Franz
Edition Jouve & Cie - 1917 - Paris
 
Ceux de  chez nous
 
Quand la France, écoutant sonner l'heure tragique
Cria vers ses enfants dans la paix endormis,
Notre pays dressé d'un sursaut héroïque,
Crut entendre à nouveau la clameur historique :
"Auvergne! Auvergne! A moi! Ce sont les ennemis !"
 
Sous le choc banissant la faiblesse importune
Pas un, sauf pour prier, ne ploya les genoux,
Mais, sans disctinction de range ou de fortune,
A ce vibrant appel de la Mère commune
On les vit se lever, les hommes de Chez Nous !
 
Partout où l'on se bat, l'Auvergne est à sa place.
Justement fiers de l'héritage glorieux
En Serbie, à Verdun, sur la Somme, en Alsace,
Ses fils, face au péril, ont su laisser la trace
D'exploits faisant pâlir les hauts faits des aïeux.
 
Debout aux premiers rangs, ils sont là, les chers nôtres !
Ils poursuivent sans peur l'interminable effort
Du plus rude devoir magnifiques apôtres...
Notre inquiet amour les distingue des autres :
Ceux-là tiennent à nous par un lien si fort !
 
Blessés, chacun de nous saigne de leurs blessures ;
Captifs, nous les suivons dans un élan éperdu
Au lieu d'exil, et nous souffrons de mille tortures
Quand la Mort les étreint et, de ses mains trop sûres
Les couches, épis fauchés, sur le champ défendu.
 
Oui, nos âmes aux leurs se veulent attachées,
Ces absents à nos yeuxne cessent de s'offrir :
Nous palpitons près d'eux la-bas, dans les tranchées...
Si nos larmes toujours leur demeurent cachées
C'est qu'ils nous ont montrés comment on doit souffrir !
 
O Soldats de Chez Nous! Héros nés de la Guerre,
A vos hautes leçons, nous avons réappris
Les sublimes vertus que nous raillons naguère ;
Désormais, toute fleur nous emblera vulgaire,
De nos sanglants lauriersseuls nous sommes épris.
 
Emus, nous nous penchons au livre de l'Histoire
Du respect plein nos coeurs, de l'orgueil plein nos yeux :
Pieusement, car votre gloire est notre gloire,
Nous épelons, pour en peupler notre mémoire,
Vos noms, obscurs hier, aujourd'hui radieux.  
 
Pour nous voir, les grands morts de l'antique Avernie
Soulèvent, frémissants, leur sépulcre immortel !
Tout leur passé d'honneur, de savoir, de génie
S'incline devant nous, ô phalange bénie !
Comme en un temple on s'incline devant l'autel.
 
C'est qu'au chemin frayé vos dépassé vos maîtres,
Ils savent, ces vaillants, qu'en vous ils revivront ;
Vous le perpétuez, le geste des ancêtres,
Et tout vous doit louer, les choses et les êtres,
Car les victoires d'or ont baisé votre front.
 
Quand votre jeune vie effeuille ses pétales
Sur ce sol âprement disputé par lambeaux,
La sentez-vous, planer sur les rumeurs brutales
L'âme de la cité de la ferme natale
Pour bercer vos émois, pour bénir vos tombeaux ?
 
Après le cri reconnaissant de notre France,
Entendez le tendre merci du petit coin
Où vous aimiez, où vous rêviez, plein d'espérance,
Avant d'aller forger l'outil de délivrance,
O Vous qui combattez et qui mourez si loin !
 
En hommage, ô vaillants, la petite Patrie
Vous offre à tous l'encens d'un culte grave et doux ;
Frissonnante aux douleurs de votre chair  meurtrie,
Avec vous elle lutte, elle espère, elle prie,
Enfants de notre Auvergne, ô soldats de Chez Nous !
 
                                                   Fin


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Quand on ne fait pas tout pour être le premier, le devenir ou le rester, on ne demeure pas le deuxième. On tombe fatalement le dernier.  
Louis Hubert Lyautey

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