Bonjour,
Faut-il être ou avoir été un peu militaire pour faire de la recherche et acquérir une compétence dans l'histoire militaire. . . . . ?
Les unités d'Artillerie Spéciale étaient mises à la disposition de Grands Commandement qui décidaient de leur emploi.
En final ce sont les Divisions et Régiments, utilisant l'appui de ces Unités de chars, qui étaient les premiers susceptibles d'attribuer des citations.
Et ces unités le faisaient . . .
On retrouve donc des citations collectives ou individuelles adressées à des unités d'AS ou des membres d'Unités d'AS venant de tous les niveaux de commandement.
Le rôle du Général Estienne, en tant que Commandant de l'Artillerie Spéciale, était de mettre à disposition du Commandement des unités de chars.
Il ne commandait pas ses unités au combat et les citations qu'il attribuait ne se surperposaient pas à celles déjà données par le commandement des Unités de combat.
Assez souvent elles concernaient des éléments d'AS ou des individualités qui n'avaient effectivement pas été cités par les Unités ayant employé les Groupes d'AS ou les Bataillons de chars.
Concernant le Groupement Bossut,
Il faudrait citer ici les rapports d'Estienne, de Pétain, de Nivelle et autres généraux ayant employé les chars à Juvincourt le 16 vril 1917.
Dans toutes ces analyses, on est très loin du bloody fiasco dont parle Steven Zaloga dans "French Tanks of world war One"
"Indeed, the Schneider's initial use on the chemin -des-dames in 1917 was a bloody fisaco." (Osprey New Vanguard n° 173 - dos de couverture)
Voici la citation accordée par le Général Nivelle en personne :
Ordre Général n 76
"Le Général en chef adresse ses félicitations à l'Artillerie d'Assaut et tout particulièrement aux groupes commandés par le chef d'Escadron bossut qui, dans la journée du 16 Avril sont entrées les premiers dans la 2° position ennemie devant Juvincourt et ont assuré sa conquête.
Grace à la valeur de leurs équipages, à l'ardeur communicative de leur Chef tombé glorieusement en pleine action, ces Unités ont, malgré les conditions d'emploi particulièrement difficiles, montré ceux ce que l'on pouvait attendre de l'Artillerie d'Assaut et, dès sa première apparition sur le champ de bataille, lui ont conquis une place d'honneur parmi les combattants."
Signé : Nivelle
GQG, le 20 Avril 1917
Dans cette citation, le Général Nivelle par bien d'Artillerie d'Assaut.
Il utilise là une appellation générique dédiée aux unité d'Artillerie Spéciale et qui est celle utilisés, avant tout dans les doctrines d'emploi et les réglements .
Ce qualificatif était aussi dans toutes les en-têtes de courrier des notes du GQG, des différents Etat-Majors et de l'Etat-Major de l'Artillerie Spéciale du Général Estienne.
Il en reste que cette subdivision de l'Artillerie avait bien pour nom "Artillerie Spéciale".
Il est aussi intéressant de voir que le Groupement Chaubès n'est pas cité par le Général Nivelle !
Contrairement au Commandant Bossut, le Commandant Chaubès n'était pas avec son Groupement dans la plaine du Temple.
Il était, comme cela était prévu et réglementaire, à l'état-major du Commandement qu'il appuyait avec son Groupement.
L'échec du Groupement Chaubès, car s'en est bien un, aurait sans doute été moins important (au moins sur le plan matériel) s'il avait été présent et en mesure de prendre une décision immédiate.
Il a été rapidement évident que les Schneider ne pourrait passer la tranchée de la plaine.
Il aurait donc fallu donc décider de suite d'un retrait des chars derrière la ferme du Temple (au lieu de laisser les chars moteurs coupés, sous le nez des observateurs d'artillerie allemands des hauteurs de Craonne . . . . ).
Le bilan total des chars détruits et perdu par le groupement Chaubès, pour aucun gain de terrain) est pour une bonne part ici.
La conquête de la tranchée de la plaine a été faite par l'infanterie, sans l'aide des chars.
Les personnels de l'Artillerie Spéciale étaient-ils oubliés quand il s'agissait de distribuer citations et décorations.
Celà ne semble pas être le cas.
Il n'existe pas de document réellement exhaustif sur le sujet, et les rapports et JMO montrent bien qu'à l'issue de chaque engagement ce chapitre n'était pas oublié.
Il faut aussi noter que les JMO des unités appuyées (en particulier ceux des régiments) sont souvent très discrets, ou font même parfois totalement l'impasse sur le rôle des chars dans leur combat . . . .
En Septembre 1917, en acceptant les propositions de décorations pour l'équipe de récupération de chars de l'attaque du 16 Avril, le général Estienne écrit en marge d'une note de proposition :
"Je note :
1° Que le personnel était volontaire. (assez souvent des ouvriers spécialisés des classes plus anciennes).
2° Que sur les 12 proposés, 3 ont reçu une lettre de félicitation en Avril-Mai.
3° Que les éloges du général Valdant sont formels
4° Que le Groupement Chaubès (Groupe 3, 7 et 8) a eu, à la suite de l'Affaire du 16 Avril :
- 1 Légion d'honneur,
- 3 médailles Militaires,
- 38 Citations de tout ordre.
Soit 16% de l'effectif engagé pour n'avoir rien fait, (si ce n'est fait preuve de bravoure) et n'avoir pas ramener des chars qu'il aurait pu et du ramener (de l'avis du Colonel Mondoven) et que le détachement de sauveatge vient précisement de ramener.
5° Que c'est la première sortie du détachement de suvetage. il faut l'encourager."
Certains des membres de la SRR ont, après Juvincourt, reçu de simples lettres de félicitations.
C'est une procédure réglementaire qui est au dessous de la citation et qui ne débouche pas sur une attribution de médaille . . . .
Le Général Valdant, commandant le secteur d'engagement du détachement de récupération, a écrit au Général Estienne pour lui faire part de la bonne tenue de l'équipe de récupération.
"Cela me mangeait pas de pain" et ne grèvait pas le "budget " décoration de son unité . . .
.
Les détachements de récupération deviendront systématique après cette première opération. ce sont eux qui récupéront le char Elfriede en Mai 18. Un peu avec l'aide du Tank Corps britannique, ce dont les français ne sont pas trop vantés . . . .
On ne refait pas l'histoire, mais il est évident que dans cet engagement de Juvincourt ce sont avant tout les chefs qui n'avaient pas encore pris la mesure de ce qu'était cette nouvelle Arme.
Cet engagement de Juvincourt leurs fit prendre conscience de l'importance de l'outil, et la doctrine mise en place après Juvincourt, tant dans l'AS que par le Haut Commandement montre que ces erreurs ont été prises en compte.
Le besoin de former les chefs à l'emploi de cet Arme a été si évident que fut mis en place à Orrouy une salle d'information destinée :
- aux Généraux commandant les DI,
- aux Commandant l'Infanterie Divisionnaire
- Chefs de Corps, destinés à diriger des unités de chars.
On peut aussi voir, dans certains JMO, que des séances cadres d'une journée sont organisées à Champlieu pour "apprendre" le char.
A juvincourt, plusieurs erreurs d'emploi ont été commisent.
- Les observatoires d'artillerie de Craonne et de la côté 308 n'ont jamais été neutralisés. Ils devaient être conquis à temps . . . . . !
Dans cette phase de la manoeuvre char, il aurait été plus efficace de les neutraliser plutôt que de vainement tenter de les conquérir avec de l'infanterie. On sait à quelle prix pour Craonne !
Les artilleurs mettront longtemps à admettre qu'il fallait systématiser l'emploi du fumigène dans l'appui des chars.
Cette erreur sera aussi la cause de la perte de beaucoup de chars à Méry-la -Bataille le 11 Juin 1918.
Les observatoires d'artillerie des hauteurs de Boulogne-la-Grasse n'ont pas été neutralisés.
- Si les chars du Groupement Bossut ont progressé le long de l'Aisne, jusqu'à la voie ferrée de Guiguicourt, il n'en a pas été de même sur l'autre rive, et les chars ne pouvaient neutraliser
les mitrailleuses bloquant la propression de leur infanterie derrière les chars.
- Sur le plan "tactique char" l'arrivée en colonnes de tous les chars du Groupement Bossut n'a pas été judicieux.
Il y avait un point de passage obligé étroit (le pont de la Miette) qui ne permettait pas de disposer des 5 groupes en bataille sur la première ligne conquise de la ferme du Choléra.
Il aurait été plus judicieux de faire intervenir les groupes de chars en deux vagues, et surtout d'avoir de suite une réserve d'infanterie pour la deuxième vague de chars.
Une fois conquise la première ligne allemande de la ferme du Choléra, les régiments d'infanterie français ont encore abordé seul la deuxième ligne de la Tranchée du Ruisseau.
Quand les chars ont enfin passé la Tranchée du Ruisseau, l'infanterie était consommée et les chars n'ont pu tenir le terrain conquis faute d'infanterie.
Des unités fraiches, avec un masquage des rives de l'Aisne par du fumigène, pour neutraliser les vues des mitrailleuses allemandes, auraient permis au chars d'atteindre leur objectifs avec ces nouveaux fantassins
Les cartes, photo aériennes et photos allemandes des chars détruits au delà de la Tranchée du Ruisseau montrent bien que le Groupement Bossut avait bien atteint la zone "libre" des arrières du front allemand.
Le récit du Brigadier Perette du groupe AS 5 est éloquant. Arrivée à la voie ferrée, les équipages ont coupé les moteurs et dans un grand silence se sont installés pour attaquer leur rations . . . . Cela n'a pas durée !
Les photos allemandes de chars détruits prisent en 1917 montre un terrain sans aucun ouvrage. Celles de 1918 montrent les mêmes chars entourés de tranchées.
Devant la tranchée du ruisseau (deuxième ligne allemande, devenue la première ligne française), les Allemands n'ont pas traîné à creuser une nouvelle ligne de défense sur ce billard conquis par les chars du groupement Bossut.
De la réserve de chars, les deux Groupement en avait. Avec une décision immédiate de retrait des chars du Groupement Chaubès.
Au vue de l'impossibilité de passer la Tranchée de la Plaine, il y avait de quoi relancer du monde dans la bataille !
Une dernière faute d'emploi du Commandement, c'est de ne pas avait compris que l'espace aérien au dessus des chars devait totalement être maitrisé.
Le combat de l'As 5 à Cantigny et les combats des derniers mois de 1918 en feront une parfaite démonstration.
La veille de l'attaque, le Cdt Bossut a fait part à son frère de la déception qui avait été la sienne de ne pas avoir réussi à imposer ses idées auprès du Commandement.
Il n'a malheureusement pas donné de détails sur ce qu'il avait proposé, mais Il semble évident que c'était assez différent de ce qui avait été décidé et qu'il tentât de mettre en oeuvre le lendemain.
C'était le premier engagement de l'AS et l'interlocuteur de plus au niveau, auprès du corps d'Armée était un Chef d'Escadrons.
Le Général Estienne qui avait avaliser ce plan d'attaque étudié depuis des mois, aurait-il, s'il avait été là pu ou souhaité en modifier les plans ? ? ?
Aurait-il été intéressant que son oeil d'expert soit alors au plus près des forces qu'il engageait et ses subordonnés auraient-il alors eu un appui plus important auprès de leurs employeurs ? ?
Un chose est certaine c'est qu'il est toujours resté dans son rôle de mise en place de l'outils et de préparation des forces qu'il livrait au commandement.
La mise en place d'Etat-Major AS de Groupe d'Armées, puis des Brigade d'AS permettra, avec des Officiers comme les Lt-Colonel Chedeville, Wahl, Pierret, de disposer d'interlocuteurs de poids que les Généreaux se devront d'écouter.
Les rapports de ces officiers au Général Estienne montrent bien que, pour eux aussi, ce n'était pas toujours très simple.
La force du chef de l'AS venait de sa position et de la capacité qu'il avait de faire régler le problème par le haut en s'appuyant directement auprès du Général en Chef.
Pour en finir, et revenir aux décorations et citations, l'Artillerie Spéciale n'a vraiment pas été oubliée.
Il ne faut jamais oublier que les citations et médailles répondaient (et répondent toujours) à des normes administratives strictes qui voient récompenser de la même manière des actes de bravoures incensés ou une simple participation "normale" aux énénements. . . . .
A plus - Michel