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  Raisons de la survie du mortier de 75 T Mle 1915?

 

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Raisons de la survie du mortier de 75 T Mle 1915?

n°14166
birgagne
Posté le 07-10-2014 à 18:47:13  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
J'ai été surpris de lire dans le "Cours d'artillerie de tranchée" du capitaine Bouchon (édition de juillet 1918, page 24), à propos du mortier de 75 T Mle 1915: "A l'usage ce matériel s'est montré trop lourd pour la faible efficacité de son obus. Il est aujourd'hui complétement abandonné."
 
Cette condamnation m'a surpris parce que j'avais lu précédemment que ce modèle de mortier avait été, au contraire, un des trois seuls matériels d'artillerie de tranchée maintenus en stock jusqu'en 1940.  
 
Y a-t'il donc eu un revirement à son sujet? Je me suis demandé si la raison aurait pu être que l'on ait voulu conserver la possibilité d'utiliser d'éventuels stocks d'obus de 75 inutilisables par le canon de campagne, comme cela avait été le cas en 1915.
 
Merci d'avance pour les opinions et informations que vous pourrez m'apporter à ce sujet.
 
Cordialement,
 
Pierre


Message édité par birgagne le 07-10-2014 à 18:47:42
n°14167
ALVF
Posté le 07-10-2014 à 19:14:13  profilanswer
 

Bonsoir,
 
Je ne sais pas où vous avez lu que le mortier de 75 T avait survécu à la Grande Guerre?
En 1919, au moment où l'Artillerie de Tranchée est dissoute et où ne sont gardées que quelques batteries équipées de matériels de tranchée au sein des Régiments d'Artillerie à Pied, les deux seuls matériels de tranchée conservés sont les mortiers de 240 LT modèle 1916 et de 150 modèle 1917 Fabry.
En 1940, il ne subsiste plus qu'un seul matériel le 150 modèle 1917 Fabry.
Certains matériels plus anciens ont été gardés à titre de précaution mais leur emploi n'est pas prévu en 1939.
Le mortier de 75 T avait été créé essentiellement pour pouvoir tirer un stock très important d'obus de 75 de première fabrication de guerre, dangereux dans les canons de 75 lorsqu'ils étaient tirés à haute pression mais pouvant être utilisés sans problème en tirant à faible vitesse initiale et donc à faible pression.
En 1918, le mortier de 75 T, très lourd, est devenu inutile puisque le mortier d'accompagnement de 75 Jouhandeau-Deslandres modèle 1917, construit en grande série, tire un obus de 75 avec un poids six fois moindre (48 kg contre 300 kg!).
A noter qu'une variante du 75 T survit un peu plus longtemps puisque le canon de 75 B.S équipant les chars Schneider est un proche modèle du mortier de 75 T et que ce 75 B.S était prévu pour réarmer les chars lourds Mark V* achetés à l'Angleterre en 1918 et pour assurer la défense des fossés de certains forts.
Cordialement,
Guy François.

n°14171
birgagne
Posté le 08-10-2014 à 16:16:04  profilanswer
 

Bonjour,
 
J'ai lu cela dans l'ouvrage de Stéphane Ferrard, "Les matériels de l'armée de terre française 1940", tome 2, 1984. Il déclarait exactement, page 98: "Les matériels jugés intéressants furent stockés (75mm T mle 15, 150mm T mle 17 Fabry, 240mm LT), le reste servit fort peu dans les T.O.E. avant d'être ferraillé."  
 
Il précisait qu'au 2 septembre 1939 il y avait 294 exemplaires en stock dans les E.R.G. contre 1159 du 150 Fabry et 410 du 240 LT.
 
Je pensais donc que les trois matériels étaient à mettre sur le même plan, mais je vois que ce n'est pas le cas. C'est donc l'opinion du "Cours d'artillerie de tranchée" qui est correcte. Le 75 T n'était pas "jugé intéressant", malgré l'affirmation du livre de Stéphane Ferrard.
 
Je vous remercie pour ces précisions qui me permettent de rendre plus correcte ma connaissance de l’artillerie de cette époque.
 
Cordialement,
 
Pierre


Message édité par birgagne le 08-10-2014 à 16:17:55
n°14181
ALVF
Posté le 08-10-2014 à 18:42:07  profilanswer
 

Bonsoir,
 
Il faut bien distinguer les matériels stockés en Réserve Ministérielle (essentiellement à Bourges pour l'artillerie) et les matériels retenus pour le service.
Il y a bien des 75 T stockés jusqu'en 1940 mais à titre de précaution comme le furent aussi les mortiers d'origine belge "Van Deuren" qui furent retirés du service dès 1918, stockés en Réserve Ministérielle puis passés à la Marine pour constituer une arme anti-sous-marins utilisée dans les années 1920-1930.
Par contre des matériels retirés du service courant peuvent être démolis ou condamnés immédiatement (58 T, 150 T modèle 1916, etc...).
Le 240 LT modèle 1916 a été retiré de la liste des matériels en service dans les années 1930 (j'ai la date exacte quelque part!), seul le 150 T modèle 1917 Fabry subsiste dans la liste des matériels d'usage courant jusqu'en 1940.
Cordialement,
Guy François.

n°14184
p Lamy
çà marmitte par ici !
Posté le 10-10-2014 à 09:40:27  profilanswer
 

Bonjour,
pour metre mon grain de sel au débat,
l'adoption des mortiers Stokes durant la guerre et leur développement ultérieur par Brandt en France pour en faire des mortiers modernes, qui ont inspiré toutes les armées (8 cm Granaten Werfer 34 en Allemagne ou 81 mm Mortar M1 US etc..) et leurs descendants actuels, n'est-elle pas la cause principale de l'abandon de tous ces matériels inventés durant le grande guerre ?
Bien cordialement.
P. Lamy


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"C'est le Vin qui a fait gagner la Guerre"
Jean-Louis Billet, agent de liaison au 70e BACP
n°14185
ALVF
Posté le 10-10-2014 à 12:04:05  profilanswer
 

Bonjour,
 
Il faut nuancer, on distingue nettement après la grande guerre:
-les mortiers d'accompagnement de l'infanterie: les deux concurrents sont le Stokes (modifié plus tard par Brandt) et le Jouhandeau-Deslandres. Les deux matériels sont employés ensemble dans les conflits majeurs d'après-guerre (guerre du Rif, insurrection Druze, Syrie, etc...). Les documents d'époque montrent que le "J-D" est plus répandu lors de ces conflits que le "Stokes". Le projectile Brandt est bien supérieur en portée et précision que le médiocre projectile anglai d'origine, le projectile du "J-D" est plus précis car le mortier "J-D" a deux rayures. Toutefois, la simplicité du Stokes l'emportera peu à peu et le "J-D" sera déclassé à la fin des années 1920.
-les mortiers de destruction et d'appui de l'infanterie font l'objet de multiples études, la France gardera le 150 modèle 1917 "Fabry" et l'Allemagne adoptera des "Infanterie-Geschütze" de 7,5 et 15 cm et les gardera toute la seconde guerre mondiale, ces canons d'infanterie sont les successeurs des "Minenwerfer" mais leur mobilité reste faible.
Il faudra attendre la mise au point du mortier de 120 mm par Brandt pour que les mortiers dérivés du Stokes s'imposent définitivement pour l'appui direct de l'infanterie avec une large gamme de mortiers de conception générale identique de 60 mm, 81 mm, 120 mm, etc...
Cordialement,
Guy François.

n°14187
p Lamy
çà marmitte par ici !
Posté le 10-10-2014 à 14:16:39  profilanswer
 

Mercy Guy de vos précisions,  
effectivement le Stokes comme le 37 TR sont plus des matériels "d'accompagnement" d'infanterie, d'un usage différent de celui des autres matériels servis par des artilleurs.
Mais je comprends mieux ainsi la génèse des mortiers.
Bien cordialement.
P. Lamy


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"C'est le Vin qui a fait gagner la Guerre"
Jean-Louis Billet, agent de liaison au 70e BACP

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