Bonjour,
Cette question de l'approvisionnement initial en munitions a fait couler beaucoup d'encre et beaucoup d'inexactitudes ont été écrites à ce sujet.
Les faits sont têtus et, sans entrer dans la polémique, voici quelques chiffres puisés aux meilleures sources:
-les créateurs du "75", certainement très optimistes, réclamaient 3000 coups par pièce pour assurer la supériorité indiscutable de l'artillerie française sur celle de l'Allemagne.Nous sommes alors en 1898-1900 mais l'on sait que le directeur de l'artillerie, le président du comité de l'artillerie et bon nombre des officiers de l'Atelier de Puteaux, créateurs du "75", ont été "limogés" avant l'heure ou mis à l'écart de 1900 à 1904 pour des raisons n'ayant aucun rapport avec leurs compétences militaires.
-sous le ministère du général André, l'approvisionnement initial tombe progressivement à moins de 700 coups par pièces, puis c'est l'époque qui dure jusqu'en 1910 où en entend notamment le général Percin (en 2ème section) affirmer que la France a "trop de canons" et n'a pas besoin d'artillerie lourde, ces propos sont répétés à l'envie dans la presse et jusqu'aux tribunes du parlement.
-en 1911, le "coup d'Agadir" et la menace d'une guerre avec l'Allemagne amènent une "grande peur" parlementaire qui permet de débloquer quelques millions pour augmenter nos approvisionnements face aux préparatifs énormes de l'Allemagne en matière d'artillerie.La crise marocaine, qui coïncide presque jour pour jour avec l'arrivée au ministère de la guerre de Messimy, est le facteur déclenchant du réarmement tardif de la France après plus de dix ans d'atermoiements.Les ministres successifs à partir de 1911 feront voter les crédits nécessaires pour approvisionner les "75" à 1700 coups par pièce.Pour se faire, il faut avoir recours aux grands constructeurs (Schneider et Saint-Chamond) car les Ateliers de l'Etat ne peuvent produire suffisamment.
-cet effort tardif est limité aux seules munitions de 75 car le Parlement a refusé, conseillé par de serviles courtisans, d'accorder les crédits pour la construction de l'obusier léger, dont l'adoption avait pourtant été décidée en principe sous le premier ministère de la Guerre de Messimy.
-quoi qu'il en soit l'Armée française dispose de 5.700.000 obus de 75, donc de 1390 coups par pièce mobilisée en août 1914.
Ce chiffre, pour insuffisant qu'il soit est NETTEMENT SUPERIEUR au nombre de coups des 7,7-cm de l'Armée allemande, plus nombreux mais dont l'approvisionnement initial ne dépasse pas 700 coups par pièce!
Ces chiffres indicutables et la supériorité de l'obus explosif français de 75 qui contient un poids double d'explosif que son homologue allemand de 7,7-cm doivent être pris en compte dans l'examen des opérations de l'été 1914 malgré l'écrasante supériorité de l'artillerie lourde de campagne allemande dont les approvisionnements sont eux-aussi faibles, y compris pour la "schwerste Artillerie" des plus gros calibres (28-cm, 30,5-cm et 42-cm) ce qui démontre que le Grand-Etat-Major allemand avait lui aussi tout misé sur une guerre courte!
Cordialement,
Guy François.