Bonjour,
Il est bon de rappeler les conditions de la mise en fabrication "en grand" des obus de 75 à l'automne 1914 alors que l'artillerie avait épuisé la majorité des stocks de projectiles à l'issue des combats d'août et septembre.
Dans un élan digne de l'An 2, certains crurent que l'on pouvait construire les projectiles de l'artillerie moderne comme les "grands ancêtres" avaient fait forger des piques sur les places publiques en 1792.La "mobilisation industrielle" d'octobre 1914 fut désastreuse dans ses effets.Sur de douteuses recommandations, des ateliers faiblement équipés se virent confier des fabrications pour lesquelles ils n'étaient pas outillés.La qualité des barres d'acier américain n'est pas seule en cause, ce sont bien les principes élémentaires de la production de projectiles qui furent violés au nom de l'urgence des besoins.Il ne suffit pas d'un élan patriotique soudain pour organiser une production industrielle d'armement moderne.
Albert Thomas et son entourage étaient revenus à une plus saine appréciation des choses au moment de la formation du sous-secrétariat à l'artillerie et à l'équipement militaire en mai 1915 mais auparavant l'organisation de la production fut défectueuse.
Il suffira de noter qu'avant la guerre, alors que la production des obus de 75 mm avait été effectuée essentiellement par les Arsenaux d'Etat, si injustement décriés, et par quelques grands constructeurs (Schneider, Saint-Chamond) dans l'immédiat avant-guerre quand il fut enfin décidé d'augmenter les stocks de munitions, les incidents de tir du 75 étaient rares et les accidents rarissimes.Quelques chiffres:
-avant 1914 et au début de la guerre jusqu'en décembre1914, on enregistre seulement 6 éclatements prématurés d'obus, soit un pour 500.000 coups environ.
-à partir du 20 décembre 1914, lorsque les lots de projectiles de nouvelle fabrication (confectionnés par une multitude de petits ateliers et même par sous-traitance d'ateliers ruraux!) apparaissent sur le front, il se produit un accident pour 3.000 coups tirés!
Les conséquences de ce "gâchis" furent des pertes cruelles (qu'il serait intéressant de relever systématiquement dans les JMO) et un manque de confiance des artilleurs envers leur canon, jusque là inconnu.
Les mesures techniques prises et un retour à des normes sévères de contrôle de la production ont permis de conjurer la crise non sans qu'un "bouc émissaire" pratique ait été trouvé en la personne d'un militaire, le général Baquet, Directeur de l'Artillerie au Ministère de la Guerre, ce qui permit de masquer les responsabilités.
Il convient aussi de noter que les remèdes plus ou moins "miracles" inventés pour ne pas condamner purement et simplement les obus défectueux n'ont pas permis de remettre en service ces projectiles dans l'artillerie de campagne.Les 1.500.000 obus défectueux (excusez du peu pour les finances de l'état!) ont été versés dans l'artillerie de tranchée où l'on dévellopa pour leur utilisation un petit mortier de tranchée de 75 mm tirant à basse pression afin d'éviter les accidents!Les stocks de ces obus subsistant encore au 11 novembre 1918 ont été discrètement "éliminés" après la guerre!
Cordialement,
Guy François.
Message édité par ALVF le 28-09-2011 à 17:42:57