Bonsoir,
Les informations citées sur le site "pirate" cité par Mikaël sont souvent bonnes car "l'auteur" a copié plusieurs de mes articles pour écrire son "oeuvre" et a poussé la courtoisie jusqu'à copier des photographies de ces articles sans même citer leur provenance!Heureusement, son incompétence le pousse à écrire un certain nombre de ...bêtises (pour rester poli!).
Je fais un petit résumé de l'historique de la pièce de Semide:
-présence du tube sur son affût: mai 1916 à mars 1917.
-affût "Bettungsschiessgerüst" permettant le tir à 45°.
-à cette période, la portée maximum de l'obus de 38-cm le plus performant est de 37500 m, obus explosif de 38-cm Spgr. L/5,4 (Haube).
-la pièce est armée par des artilleurs de la Marine appartenant au "Marine-Sonderkommando Schulte 2" (du nom du chef de ce Kommando, le Kapitänleutnant Hans Walther Schulte).
Principaux tirs:
-10 novembre 1916: 14 ou 15 coups en direction de la gare de Saint-Hilaire-au-Temple, 2 de 8h45 à 9h15 réglés par avion (longs de 600 m), 12 ou 13 coups de 14h30 à 15h35 réglés par avion (longs de 100 à 400 m).Aucune victime.
-11 novembre 1916: 4 coups aux abords de Sainte-Menehould à proximité de la gare et du quartier de cavalerie.
-15 novembre 1916: 6 coups en direction de la gare de Sainte-Menehould, 3 avions ont participé au réglage.7 blessés.
Réactions françaises:
Deux Sections de Repérage par le Son (SRS 13 et SRS 15) ont situé assez précisément la pièce dans les Monts-Chery près de Semide.
Tir du 11 novembre 1916 observé en partie par le ballon de la 94ème Compagnie d'Aérostiers (fumées du tir).
Recoupement de l'observation du ballon 94 et de l'observatoire terrestre A 8 permet de localiser l'emplacement à 1 kilomètre au sud-est de Semide.
La contrebatterie sera envisagée puis annulée car la pièce ne tire plus en novembre et décembre 1916.
Renseignements sur la pièce:
-29 août 1916: un prisonnier évoque la pièce qu'il n'a pas vu personnellement mais que des camarades ont vu près de Semide.
-29 septembre 1916: deux prisonniers russes évadés signalent la pièce et indique que l'on y arrive par un chemin de rondins.
-en mars 1917, un marin déserteur ayant appartenu à l'artillerie de marine de 1907 à 1910 dans l'active puis rappelé en 1914 se présente dans les lignes françaises.Il affirme appartenir au Marine-Sonderkommando de Semide, dépendant de l'AOK 3 et précise que le Kommando compte 3 officiers et 70 marins de l'artillerie de marine qui occupent la position de Semide depuis mai 1916.Un effectif de 100 travailleurs appartenant à l'infanterie est alloué à la position et ces effectifs sont souvent relevés.La voie ferrée d'armement de la pièce est recouverte de terre pour la faire ressembler à une route.Des barrils contenant un mélange de goudron et des fûts en fer sont placés autour de la position pour la noyer sous des fumées lourdes en cas de survol d'avions ennemis.
Ce déserteur d'un Marine-Sonderkommando semble un cas unique sur le front français, il servait pourtant loin du front, son nom n'est pas mentionné dans les interrogatoires, il est fort possible qu'il s'agisse d'un alsacien ou d'un lorrain car on comprend mal les risques encourus pour traverser les lignes alors qu'il occupait un emploi a priori peu dangereux (à moins qu'il n'ait craint de rejoindre Verdun où sert un autre "Kommando" Schulte ou un transfert dans les Flandres car sa désertion coïncide avec le départ du Kommando au moment du démontage définitif de la pièce de Semide).
La position de Semide est une des moins utilisées parmi celles de 38-cm, son but principal était de tirer sur les noeuds ferroviaires pour gêner la logistique française tant à destination de Verdun, de l'Argonne que de la Champagne.
Même avec les nouveaux obus portant à 47500 m, des tirs sur Reims n'auraient eu aucun intérêt depuis la position de Semide puisque les canons de Berru, Witry-les-Reims, Nogent-l'Abbesse pouvaient tirer sur Reims à moindre coût et avec des magnifiques observatoires (obusiers lourds, canons de 10 et 13-cm, obusiers de 15-cm surtout).
Cordialement,
Guy François.