Bonsoir,
Cette indication de "déboucher à zéro" correspond à une manoeuvre technique à accomplir par le "déboucheur", canonnier préposé au réglage des fusées équipant les obus tirés fusants.Le déboucheur emploie le "débouchoir" automatique, cet appareil débouche les évents, c'est à dire perce la fusée en un point convenablement choisi pour que le projectile éclate en l'air au point voulu.
Lorsque les "affaires tournent mal", c'est à dire lorsque l'infanterie ennemie arrive à moins de 500 mètres des pièces, le déboucheur tourne la manivelle du débouchoir dans le sens de la diminution des distances jusqu'à l'arrêt et débouche sans interruption.De son côté, le tireur tourne la manivelle de hausse dans le sens de la diminution des distances jusqu'à l'arrêt tandis que le pointeur maintient la ligne de foi horizontale du collimateur sur le pied du but (donc au niveau des pieds de l'infanterie ennemie!).Dès que le pointeur est prêt le chef de pièce commande le feu.
Il n'y a plus que deux solutions en présence d'artilleurs braves et d'un ennemi également décidé, ou l'ennemi est "haché" par le tir de la pièce, ou les artilleurs sont "cloués" à leurs postes de combat par les baïonnettes de l'ennemi.
Le Règlement indique pudiquement que "le chef de pièce arrête le feu quand les circonstances qui ont nécessité ce genre de tir ont cessé d'exister" et aussi que la batterie "continue le feu jusqu'à la dernière extrémité.Si la batterie est envahie, tout le personnel se place derrière les roues et se défend avec ses armes...".
L'ordre sinistre impliquant de "déboucher à zéro" est réglementairement donné sous la forme "Sur l'infanterie ennemie, A volonté" est loin d'être une simple théorie, j'ai parfaitement connu et écouté mon Grand-Père qui a eu à pratiquer ce genre de tir à la bataille de la Marne avec tout un Groupe équipé de 155 C modèle 1904 TR "Rimailho".Grâce à la cadence de tir exceptionnelle de cette pièce (6 coups minutes pour un 155), c'est la première solution décrite ci-dessus qui a prévalu, heureusement pour les artilleurs français...et tant pis pour l'infanterie allemande.
Cordialement,
Guy François.