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Auteur Sujet :

obus de 75 bibloc

n°16944
air339
Posté le 04-09-2016 à 20:39:33  profilanswer
 

Bonjour,
 
 
 
 
Une entreprise de ma localité (Neuilly-Plaisance) a tourné une petite quantité d'obus en début de guerre, et j'avais commencé à regrouper des notes sur les 75 tournés, plus spécialement les "biblocs" :
 
 
 
La genèse :
 
Pour pallier à la pénurie menaçante d'obus de 75, sous l'impulsion du ministre de la Guerre Millerand, une réunion tenue 20 septembre 1914 confie la fabrication d'obus à l'industrie privée. Des groupes sont constitués, comprenant des compagnies de chemin de fer, les arsenaux de la marine et les chantiers maritimes, le groupe de Paris  avec des constructeurs automobiles comme Renault, Panhard & Levassor, de Dion-Bouton, Delahaye, Delage, Delaunay, Brasier, Unic, Clément-Bayard, Chenard & Walker (Groupe Renault).
 
 
Faute de matériel pour la construction par emboutissage, « on dut modifier le procédé habituel de fabrication et admettre que les obus pourraient être obtenus par forage de barres d'acier rondes. » - gal Baquet, Souvenir d'un Directeur de l'Artillerie, 1921.
 
Un tracé spécial est étudié pour conserver le même poids et la même capacité que l'obus réglementaire. Cet obus explosif, à ogive vissée, est aussi dénommé «bibloc ».
 
 
Des accidents de tir semblent lui être imputables, toujours selon le général Baquet:
 
"Dans les obus à ogive vissée, il est à craindre que des ogives mal bloquées tournent par inertie [surblocage] quand le projectile commence sa rotation ; ce  mouvement peut alors déterminer l'inflammation de parcelles d'explosif qui se seraient introduites dans les filets de vis qui réunissent l'ogive au corps d'obus. ( )"
 
Plus loin :  
 
"en outre certaines constatations ne permettaient pas de douter que la résistance des corps d'obus ne fut parfois insuffisante, surtout lorsqu'ils n'étaient pas forgés."  
 
Robert Pinot, secrétaire général du comité des Forges de France, confirme au sujet des obus forés : « il faut remarquer que, dans ce procédé, le métal, une fois livré en barres, ne subit plus aucun travail de forge ; il doit donc posséder immédiatement toutes les qualités nécessaires, au point de vue de la résistance ».
conférence à l'Ecole des Sciences politiques, 20 mars 1916.
 
Un article du Parc de Chargement de Clermont Ferrand  (cdt Gutton) déniché par Pierre Lamy :
 
"on avait fait venir des barres d'amérique, on les avait tronçonnées à la longueur convenable, et tout ouvrier muni d'un tour avait pu faire un obus de 75. Mais la barre ronde avait été laminée dans le sens de la longueur. Si une bulle d'air, si petite soit-elle est restée dans le métal, au laminage elle s'est allongée, elle a pu devenir un canal minuscule, mais ouvert à ses deux bouts par le tronçonnage d'un côté et de l'autre par l'évidement fait au tour. Si ce canal microscopique a bien ainsi été ouvert, les gaz provenant de la combustion de la poudre de la cartouche peuvent forcer le canal microscopique percé au travers du culot de l'obus et enflammer l'explosif"
http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] et_5_1.htm
 
 
Le contrôle est donc accru, la construction est modifiée par le gal Ste Claire Deville et le cdt Gutton:  
 
« les ogives furent fixées par des tenons et les culots pourvus de plaques d'obturation » gal Baquet
 
"il suffirait de boucher ces canaux par une plaquette de fer blanc qui laminée dans le sens transversal du culot ne pourrait pas présenter les mêmes petits canaux infiniment étroits. La plaquette serait facilement soudée avec de l'étain fondu...2  jours de réflexion et voici le général et le cdt. en route pour Bourges et l'école de pyrotechnie. Huit jours plus tard, on commençait à souder des plaquettes au culot de tous les obus" source P. Lamy
 
 
Outre ces défauts, le coût du procédé par forage est considérable : perte de matière, temps d'usinage très long, plus de 4h heures selon l'Arsenal de Brest.
 
 
La fabrication en est abandonnée en mars 1915 :
 
« il fut décidé qu'à partir du 1er mars on ne recevrait plus que des obus monoblocs" (note du gal Baquet : "En réalité, il fallut faire fléchir un peu cette règle) ». gal Baquet
 
 
 
Le tracé du bibloc :
 
le site http://louisrenault.com/ présente la coupe d'un bibloc sorti de ses usines :
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/5009/75biblocrenault.jpg
 
 
ce qui donne le tracé d'ogive suivant :
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/5009/ogivebibloc.jpg
 
 
A noter également les deux ressauts du profil interne, spécifiques à ce type d'obus à fond fraisé.  
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/5009/75ressaut.jpg
 
 
L'arsenal de Brest donne une évolution des tracés :  
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/5009/75arsenalbrest.jpg
 
A :  1900 N  
B1 : foré à ogive rapportée (« bibloc »)
B2 : foré monobloc  
C : 1915 FN (à culot renforcé)
 
 
 
La production totale des biblocs :
 
Les Ateliers de Brest produisent 11 000 « biblocs » jusqu'à l'arrêt en janvier 1915.
Production totale : plus d'une centaine de millier ?
 
 
 

Il me reste des questions :

 
1 - sur le nombre total usiné ?
 
2 - sur la liste des établissements fournisseurs : je j'ai vu passer mais, où ??
 
 
 
Merci à ceux qui pourront m'apporter des pistes pour ces deux questions.
 
 
Bien cordialement,
 
 
Régis


Message édité par air339 le 06-09-2016 à 18:57:44
n°16945
ALVF
Posté le 04-09-2016 à 22:29:07  profilanswer
 

Bonsoir,
 
La réponse à la première question: plus de 2.700.000 obus produits d'octobre à décembre 1914, 1.900.000 en janvier 1915, 2.120.000 en février 1915.
Sur ces quantités, plus de 1.300.000 n'ont pu être chargés faute d'explosifs et 1.500.000 seront "recyclés" ensuite pour emploi dans le mortier de tranchée Schneider de 75 tirant à basse pression et permettant l'utilisation de ces obus rebutés. Les lots d'obus de 75 de "nouvelle fabrication" n'apparaissent sur le front que le 20 décembre 1914.
 
La liste de établissements: je ne connais pas la totalité des fournisseurs car il y a un nombre considérable d'ateliers sous-traitants avec un laxisme lamentable et de douteuses recommandations parlementaires autorisant des ateliers faiblement équipés à produire des obus de 75.
 
La bonne question sans réponse: qui a signé l'autorisation d'abaissement de l'épreuve principale de contrôle de réception au chiffre très bas de 400 kg/cm² contre 1400 kg/cm² en temps de paix?
 
Petit rappel de quelques chiffres:
 
-5.000.000 obus, produits avant août 1914 uniquement dans les arsenaux de l’État et les sociétés Schneider et Saint-Chamond (ces deux derniers fournisseurs n'ayant produit que dans les années d'immédiat avant-guerre) ont été tirés jusqu'en décembre 1914 avec 10 incidents seulement (1 incident pour 500.000 coups tirés).
 
-avec l'arrivée sur le front des lots d'obus de 75 de "nouvelle fabrication" en décembre 1914, les incidents se multiplient, culminant à la IVe Armée en Champagne avec le chiffre incroyable de 1 accident grave pour 3.200 coups tirés entre la fin décembre 1914 et mai 1915. Ces incidents causent la destruction de plus de 500 canons de 75 et provoquent de graves pertes humaines.
 
Les responsabilités de ce désastre (1ère crise du 75) sont à rechercher non seulement dans les services de l'artillerie mais aussi dans l'entourage du ministre de la Guerre.
 
Source: École supérieure de guerre. Lt-cl Menu "Applications de l'Industrie-La leçon d'une guerre" 1928.
Cordialement,
Guy François.


Message édité par ALVF le 02-10-2016 à 22:11:40
n°16946
air339
Posté le 05-09-2016 à 10:35:39  profilanswer
 

Bonjour Guy François,
 
 
Merci pour ce retour ! Je suppose que ces chiffres correspondent à la fabrication totale de l'industrie privée, donc avant les opérations de contrôle.  
 
 
Pour janvier 1915, Joffre aussi bien que le général Baquet donne 1 310 000 cartouches de 75 livrées aux parcs. Seuls les 4/5e sont des explosifs, ce qui en restreint le nombre à 1 048 000. De ce nombre, si l'on garde la production de l'industrie d'état de décembre 14, il resterait moins de 500 000 projectiles issus de l'industrie privée, dont un certain nombre de biblocs.
 
 
le nombre important de recyclés en 75 T laisse penser qu'au final sur 3 mois (décembre 14 à février 15) autour d'1 million d'obus - dont les biblocs - issus de l'industrie privée seraient arrivés dans les caissons. C'est encore trop, puisque certains ne sont pas arrivés jusqu'à la bouche du canon...
 
 
Mes questions sont purement d'ordre techniques. Le "qui" relatif aux tests de porosité est une bonne question, une autre en est de savoir pourquoi il faut attendre le 15 avril 1915 pour revenir au test normal !
 
 
Bien cordialement,
 
 
Régis


Message édité par air339 le 06-09-2016 à 18:58:45
n°16947
ALVF
Posté le 05-09-2016 à 11:56:16  profilanswer
 

Bonjour,
 
Autre source: Rapport du sénateur Gervais en date du 29 mars 1915 (très documenté):
 
Production d'obus vides de 75, 1er chiffre: obus à balles, 2ème chiffre: obus explosifs dont la proportion est bien plus grande que les 4/5 de la production:
 
-octobre 1914:       88.526   et 284.888.
 
-novembre 1914:   90.083   et 717.570.
 
-décembre 1914:   116.312  et 1.442.259.
 
-janvier 1915:        127.016  et 1.760.386.
 
-février 1915:         102.326  et 1.775.820.
 
Les obus les plus dangereux livrés aux unités d'artillerie de campagne sont malheureusement plus près de 3.000.000 que de 1.000.000. D'autant que la production des obus bi-blocs a continué jusqu'en avril 1915 et peut-être même au-delà!
 
Cordialement,
Guy François.

n°16948
air339
Posté le 05-09-2016 à 13:12:11  profilanswer
 

rebonjour,
 
 
Merci pour ces autres chiffres, qui montrent un accroissement rapide de la production, pour un total proche de 3 000 000 ou plus.
 
La production théoriquement arrêtée au 1er mars continue donc, le général Baquet note bien que des assouplissements on été acceptés.  
 
 
Bien cordialement,  
 
Régis
 
P : Le sénateur Gervais ? celui du "Matin" ?


Message édité par air339 le 06-09-2016 à 18:58:59
n°16949
ALVF
Posté le 05-09-2016 à 18:35:01  profilanswer
 

Bonsoir,
 
En ce qui concerne la liste des établissements fournisseurs, on trouve dans les rapports du sénateur Jeanneney le chiffre ahurissant d'environ 600 établissements engagés dans les fabrications d'obus de 75 en novembre et décembre 1914!
Certains fournissent de 25 à 50 obus par jour, on peut juger de la "capacité industrielle" de ces établissements, équipés d'un ou deux tours!
On doit pouvoir trouver la liste de ces établissements qui s'échelonnent de Schneider aux plus petits "margoulins" dans les archives de l'Inspection des Forges.
Comment la qualité de la production d'un aussi grand nombre de fournisseurs peut-elle être vérifiée?
On ne peut que regretter le "zèle citoyen" d'un certain nombre de conseillers du futur sous-secrétaire d'état à l'artillerie et à l'équipement militaire se croyant encore en l'an II de la République où l'on pouvait fabriquer des piques dans la forge d'un maréchal-ferrant!
Au printemps 1915, cette incroyable liste sera formidablement réduite mais on verra tout de même encore, sous le sous-secrétariat d'Albert Thomas, des contrats de plusieurs centaines de milliers d'obus passés à des "industriels" qui, incapables de produire, passeront ces marchés en sous-traitance à de grands industriels, notamment à Schneider.
Cherchez l'erreur!...et les profits ainsi que les bénéficiaires les plus vertueux!
On peut aussi faire la liste des victimes (artilleurs tués et mutilés) de cette incroyable gabegie dont l'étude complète reste encore à faire.
Cordialement,
Guy François.


Message édité par ALVF le 05-09-2016 à 18:40:25
n°16950
air339
Posté le 06-09-2016 à 08:42:20  profilanswer
 

Bonjour,
 
 
 
Le général Baquet, très critique sur cette période, en assume pourtant la responsabilité :  
 
"L'impérieuse obligation d'avoir des obus à tout prix, l'impossibilité d'assurer un contrôle effectif, les sollicitudes des directeurs d'usines qu'il ne fallait pas décourager, obligèrent souvent le directeur de l'artillerie, seul autorisé et responsable en cette matière, à faire, non sans angoisse, de fréquentes concessions". Souvenirs, p 85.
 
Il donne également le chiffre de 700 ateliers usinant des pièces pour les obus. Liste que je cherche toujours ! je l'ai vu passer, il me semble sur le forum, j'ai oublié d'en noter la référence...
 
 
Les industriels n'ont pas été découragés, certes, mais que dire du regard de l'ancien artilleur 'pépé" Vuillard, quand il évoquait devant moi l'appréhension (euphémisme !) au moment du tir...  
 
 
Bien cordialement,
 
Régis

n°16952
alain13
Posté le 06-09-2016 à 17:11:52  profilanswer
 

Bonjour,
 
Peut-être l'un de ces ateliers ???
 
http://img4.hostingpics.net/pics/832549hregourd.jpg
 
Dans "Les Carnets Secrets d'Abel Ferry" publiés selon sa volonté trente ans après sa mort, des passages relatifs à ces problèmes :
 
"Le ministre de la Guerre est en conflit avec la Chambre. ....
Aucunes des décisions prises au Conseil n'est exécutée. Le général B...., directeur de l'Artillerie, par son insuffisance jointe à sa suffisance, s'est acquis une juste impopularité. Il n'a pas fabriqué de munitions. Les canons explosent. C'est un polytechnicien à systéme."
 
Conseil des ministres du 29 juin 1915.
 
 
" Poincarré s'étonne qu'un homme puisse supporter un budget de vingt milliards et chaque ministre montre à Millerand les trous de son administration.
 
"- Vous abandonnez les marchés à des sous-ordres, des tripotages se font en dehors de vous; vous ne pouvez pas les voir et vous serez pourtant responsable."
 
On dépèce son ministère en donnant  les marchés de l'Intendance à Thierry, le service Sanitaire à Godart."
 
Conseil des ministres du 1er juillet 1915.
 
 
Cordialement,
alain
 
Henri Regourd fabriquait initialement des machines de menuiserie.


Message édité par alain13 le 06-09-2016 à 17:17:55
n°16975
air339
Posté le 07-09-2016 à 09:22:11  profilanswer
 

Bonjour Alain13,
 
 
Merci pour cet intéressant article, qui illustre bien le concours de l'industrie privée.
 
 
La charretée d'obus montre une étape spécifique du travail des obus forgés à la presse (donc pas des biblocs).  
 
Le lopin après emboutissage, tréfilage et contrôle est expédié aux sous-traitants : ici, Henri Regourd, 276-280 rue d'Ornano à Bordeaux, maison fondée en 1901, constructeur mécanicien spécialiste de machines à bois selon un carton publicitaire d'époque.
 
Sur la photo, il doit s'agir de la réception des emboutis à l'atelier, où l'on va réaliser des opérations au tour :
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/5009/emboutisregourd.jpg
 
- tronçonnage de l'embouti à 265mm du fond intérieur (1)
- centrage du téton du culot (visible en 2)
- chariotage de la surface (3)
- lamage du fond intérieur
- surfaçage du culot
 
Les ébauches (changement de nom de l'embouti après ces étapes) retournent à l'usine pour l'ogivage et le trempage.  
Elles peuvent repartir ensuite auprès des sous-traitants pour d'autres opérations (alésage et filetage de l'oeil, dressage du culot, etc.).
 
 
Peut-être auriez-vous une référence sur l'origine de cet article illustré ?
 
 
Cordialement,
 
Régis

n°16977
alain13
Posté le 07-09-2016 à 20:34:27  profilanswer
 

Bonsoir,
 
Dans son numéro "Exceptionel" Usines de Guerre, l'hebdo "J'ai vu" cite, photos à l'appui un certains nombre d'ateliers de fabrication d'obus dont ce n'était pas la vocation initiale .
 
En voilà un autre qui lui non plus n'a pas l'air très important.
 
http://img4.hostingpics.net/pics/508369Nouzonnaise.jpg
 
Si de petits ateliers se sont complètement réorganisés pour produire des obus, de grosses entreprises ont suivi le même chemin.
Les papeteries Bergès, par exemple, ont crée de toutes pièces des ateliers métallurgiques, mais là , c'était 900 ouvriers et 6000 obus de divers calibres par jour !
 
http://img4.hostingpics.net/pics/593118Bergs.jpg
 
Pas le même niveau, mais pour quel résultat, (vu le niveau des critères de réception) ???
 
Cordialement,
alain
 
Il me semble apercevoir dans l'entrepôt d'acier des multitudes de barres rondes.


Message édité par alain13 le 07-09-2016 à 20:41:10
n°16979
air339
Posté le 08-09-2016 à 11:58:12  profilanswer
 

Bonjour,
 
 
Ces reportages d'époque sont intéressants à plus d'un titre.
 
Sur les conditions de production, autant l'étroitesse de l'atelier à Bordeaux que le très moderne mais encombré quai de déchargement des papeteries de Lancey (il y a des lopins jusque sur la voie !) laissent penser aux accidents possibles. Il est même étonnant que la censure ait pu laisse passer ces images reflétant un certain amateurisme, mais au pays du système D, on y a plutôt vu le génie d'adaptation national !
 
A la SA Nouzonnaise on finit au tour des obus déjà forgés, à Lancey on effectue toutes les étapes :
 
- barres d'acier coupées en lopins
- fours à réchauffer (emboutissage à 1000°, ogivage ou trempe autour de 850°)
- modernes presses hydrauliques (bien plus efficaces que les marteaux pilon) pour les emboutis et ogivages
- batteries de tours pour une vingtaine d'opérations
 
 
On est déjà loin du "bibloc" foré avec les moyens du bord !
 
 
Bien cordialement,
 
Régis

n°17041
air339
Posté le 30-09-2016 à 21:09:47  profilanswer
 

Bonjour,
 
 
 
Je continue sur les recherches de fabrication par l'industrie privée en début de guerre.  
 
Cette fois, en consultant mes "archives métalliques", je retrouve un éclat de ce que me semble un culot de 75.  
 
Sur la photo il est à gauche, comparé à un éclat beaucoup plus complet :
 
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/5009/IMG2886.jpg
 
P : reste de plaquette de culot soudée à l'étain
C : ceinture, qui est placée 2mm plus haut, mais il y a une forte déformation plastique.
 
 
Là où je reste perplexe, c'est sur le fond même du culot, qui est constitué d'un flanc F rajouté à un embouti E ajouré, donnant une ligne de rupture inhabituelle.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/5009/IMG2888.jpg
 
Etonnante disposition dont je ne trouve mention nulle part !  
 
 
De mémoire (il y a 30 ans !) cet éclat vient d'un champs aux alentour de Vaux / Damloup, donc un projectile tiré en 1916.
 
 
Cordialement,  
 
Régis


Message édité par air339 le 30-09-2016 à 21:10:42
n°17042
chanteloub​e
Posté le 02-10-2016 à 19:45:16  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous,
 
Guy François écrit:
 
Au printemps 1915, cette incroyable liste sera formidablement réduite mais on verra tout de même encore, sous le sous-secrétariat d'Albert Thomas, des contrats de plusieurs centaines de milliers d'obus passés à des "industriels" qui, incapables de produire, passeront ces marchés en sous-traitance à de grands industriels, notamment à Schneider.
Cherchez l'erreur!...et les profits ainsi que les bénéficiaires les plus vertueux!

 
Je me demande, mais je parle ici sous son contrôle,  si cette "incroyable liste" ne recouperait pas une "aussi incroyable liste de bénéficiaires de subventions" d'équipements, petits ou gros,  qui ont acheté, avec ce financement, les tours nécessaires à un travail spécial, puis ont  cessé de produire ces "biblocs" pour diverses raisons, sans avoir à rendre de compte sur l'utilisation de l'argent public!
 
Cordialement CC

n°17985
air339
Posté le 29-04-2017 à 16:37:23  profilanswer
 

Bonjour,
 
 
 
Dans un article de "l'Union des métaux" de janvier 1916, on peut suivre l'évolution d'une usine de machines à travailler le bois vers la production d'obus de 75 biblocs.
 
Une vue du catalogue d'avant-guerre de l'usine :  
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/5009/guilliet.jpg
 
 
A la déclaration de la guerre, l'usine reste sans activité pendant 3 semaines, faute de personnel parti sous les drapeaux, puis elle contracte un marché pour réaliser des obus biblocs "les obus en deux parties filetées, la partie ogivée s'emboîtant dans le corps cylindrique", gaine, têtes de gaines et bouchon de 75.
 
Les nouvelles productions de l'usine :
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/5009/bibloc002.jpg
 
 
la production commence dès les premiers jours de novembre 1914. Faute de personnel, l'usine recrute des manœuvres par voie de presse, pour un salaire horaire de 30 cts, à raison de 10h par jour.
"Les débuts furent patients : changement dans l'outillage, tâtonnements dans la fabrication, bien que, déjà, un capitaine mécanicien principal de la marine, aidé d'un adjudant aide-contrôleur, et spécialistes fussent depuis un certain temps attachés à la maison, ainsi qu'un sergent du service armé, représentant de la maison G. pour les machines-outils à Paris, non spécialiste celui-là".
 
En janvier 1915, la production atteint 500 obus par jour, sous le contrôle d'un chef d'équipe de la maison et d'un maréchal des logis d'artillerie.
Les obus, gaînes, relais, bouchons, sont ensuite contrôlés par le sergent (non spécialiste). L'adjudant contrôleur de l’État ne fait son contrôle que le jour de l'expédition vers l'usine pyrotechnique, soit sur des lots de 2 000 obus : "les épreuves hydrauliques, à ce moment, montaient à 400° [kg/cm2] et personne n'était attaché à cette surveillance, pourtant si nécessaire".
 
Les salaires des manœuvres augmentent de 5 cts (35 cts/heure), la production d'obus atteint 900, 1000, 1200 pièces par jour, toujours dans les mêmes conditions de contrôle. L'usine obtient le retour des ouvriers mobilisés, qui sont aussitôt affectés, non à la fabrication de guerre, mais à leur compétence d'avant-guerre, la construction de machines-outils pour le marché privé.
 
En mars 1915, les manœuvres, après délégation, voient leur salaire enfin reconnu et bonifié de 20%. L'usine fait alors appel à la main-d'oeuvre féminine, payée... 30 cts/heure ; et l'affecte aux opérations de vérification. Des enfants, payés entre 10 et 20 cts/heure, sont également embauchés pour les opérations de réception.
 
Pour se consacrer à l'obus monobloc, l'usine s'équipe de nouveaux tours, de tronçonneuses à métal, de fours et de presses à ogiver ; chaque tourneur doit produire 300 obus par jour. l'équipe de vérification compte maintenant 20 femmes, qui peinent à manipuler les obus (4kg 375) pour les charger dans les wagons.
 
Les obus sont enfin testés à 1 400 kg/cm2, à l'aide de 3 nouvelles pompes hydrauliques : "les pompes fonctionnent. Les épreuves se font sans aucun contrôle militaire. Le capitaine est devenu invisible autant que son adjudant aide-contrôleur".  
Une visite ministérielle constatant une fonderie inemployée, aussitôt un dépôt est mis à disposition : "la main-d'oeuvre arrive chaque matin par détachement de 60, 80, 90, composée d'hommes pris au tas au dépôt d'infanterie d'Auxerre (déclaration d'A. Thomas à la séance de la Chambre du 25 février 1916). (...) tous les jours amenaient de nouvelles recrues, dont 1/10e à peine étaient des professionnels, si bien qu'en peu de temps, de 7 à 800 mobilisés, l'usine en possédait 1 300, puis davantage par la suite"
 
la production s'établira à 2 100 obus/jour ; les épreuves hydrauliques sont effectuées par le personnel féminin, cette fois sous contrôle militaire, les femmes sont aussi recrutées pour le tournage des obus, avec cependant les différences salariales notables évoquées dans d'autres sujets.
 
 
 
Ces conditions de fabrication éclairent peut-être un peu sur la piètre qualité des obus à une certaine période.
 
 
Cordialement,
 
Régis


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