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  Obusier de 400 en Champagne 1917

 

Forum Pages d'Histoire : artillerie : Yv' La Grande Guerre en photos : montech, 1 utilisateur anonyme et 55 utilisateurs inconnus

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Obusier de 400 en Champagne 1917

n°17154
delmi83
Posté le 30-10-2016 à 10:29:13  profilanswer
 

Bonjour,
 
voici la photo d'un obusier de 400 (Mle 1915 ou 1916 ?), prise en Champagne le 18 avril 1917. Sur le wagon à gauche, on peut identifier le N° de la pièce, la 5116. Or, apparemment, ce numéro ne correspondrait pas aux séries de 400. On devine également, à droite sur l'affût le N° de la pièce. La photo est un peu floue mais le dernier chiffre semble bien être un "6". Peut-on connaitre quelle était cette pièce et dans quel coin de Champagne la photo aurait pu être prise.
 
Merci d'avance pour vos remarques
 
Cordialement
 
Michel
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/7083/ALVFobusierde400N5116le14avril1917enChampagne.jpg


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n°17158
ALVF
Posté le 30-10-2016 à 15:50:20  profilanswer
 

Bonsoir Michel,
 
Pour le modèle, il n'y a aucun doute, c'est un obusier de 400 modèle 1915 dont 8 exemplaires ont été construits en 1916. Les 4 obusiers de 400 modèle 1916 n'ont été terminés qu'en 1918.
Si la photo est bien prise en Champagne en avril 1917 (car parfois il y a des surprises, j'ai des photos identiques dont les légendes manuscrites vont de Verdun aux Flandres en passant par la Champagne!), il peut s'agir des obusiers n° 5015 "L'Oiseau mouche" ou n° 5016 "Colibri". En effet, j'ai la même photo que la vôtre et je ne sais si le dernier chiffre, le seul à peu près lisible, est un "5" ou un "6".  
En tout cas, la seule immatriculation bien visible sur le wagon à gauche est "A 5116", on ne peut en tenir compte pour identifier l'obusier car c'est un wagon "Agrès". Ces wagons sont immatriculés dans le Parc des wagons ALVF avec le préfixe "A".
Ces deux obusiers ont été employés au printemps 1917 depuis les 3 emplacements de la Pyramide de Mourmelon et ont tiré sur les Monts de Champagne.
Cordialement,
Guy François.

n°17162
delmi83
Posté le 30-10-2016 à 17:38:11  profilanswer
 

Bonsoir Guy,
 
merci pour ces précisions. Je pencherai plutôt pour le Colibri compte tenu de la photo de l'Oiseau-Mouche ci-dessous, la 5015, dont les couleurs camouflage du canon ne semblent pas vraiment correspondre, même si la vue est de l'autre face. Mais peut-être que ma déduction est un peu tirée par les cheveux... Ou qu'il existe plusieurs tubes, ou bien que les peintures sont parfois refaites...
 
Cordialement
 
Michel
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/7083/SommeArtillerieCanonde400mmP5015lOiseauMouche1.jpg


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n°17166
martian
Posté le 30-10-2016 à 21:34:51  profilanswer
 

bonsoir,
Quelle était la portée de ces obusiers ?
Le mont Cornillet qui était la cible principale était situé a plus de 13 KM  
Quelle précision a cette distance ?
 
cordialement ,
 
André  

n°17167
ALVF
Posté le 30-10-2016 à 22:08:19  profilanswer
 

Bonsoir,
 
La portée de l'obus de 400 de 900 kg en Acier à amorçage de culot (AC), du type employé pour l'attaque du tunnel du Cornillet, est de 15.100 mètres.
A noter que l'obusier de 400 utilisé lors du tir décisif contre le tunnel du Cornillet est l'obusier de 400 modèle 1915 immatriculé P 5018 "M'Brouka" dont un des coups tirés provoque la mort de plus de 700 soldats allemands.
L'écart probable en portée à la distance de tir est de 35 mètres environ ce qui signifie, pour un tir réglé, que la moitié des coups tirés se situera dans cette zone. L'écart probable en direction est négligeable, inférieur à 10 mètres.
Le tir du 400 "M'Brouka" a été parfaitement réglé par un avion, resté plus d'une heure sur l'objectif, à une époque (mai 1917) où l'aviation allemande avait pourtant la maîtrise de l'air.
L'angle de chute du projectile permettant la plus forte vitesse à l'impact et donc la meilleure perforation de l'obus en acier à fusée retardée est enregistrée pour les tirs compris entre 13.000 et 14.000 mètres. Ce qui a été le cas lors des tirs contre le Fort de Douaumont en octobre 1916, au Mont Cornillet en mai 1917 et encore au Tunnel du Kronprinz à Verdun rive gauche en août 1917. A chaque fois, il est constaté des effets décisifs de l'obus à fusée retardée sur l'objectif et de très fortes pertes humaines: plus de 50 tués allemands à Douaumont, au moins 700 au Mont Cornillet et plus de 120 au Kronprinz Tunnel!
En résumé, les 400 ont donné des résultats bien supérieurs à ceux enregistrés avec les "420" allemands, encore un "mythe" qui tombe puisque la chasse aux "mythes" est à la mode!
Cordialement,
Guy François.


Message édité par ALVF le 11-05-2017 à 09:16:12
n°17168
chanteloub​e
Posté le 31-10-2016 à 08:59:51  profilanswer
 

Bonjour Guy François,
 
Certaines relations allemandes font état de ces  "coups au but" d'obus de 400 et de leurs conséquences assez terrifiantes.   Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur les pièces qui ont tiré, où, quand et par qui  elles ont été fabriquées, qui  a commandé ces tirs et à partir de quels emplacements ils ont été effectués?
 
Cordialement  
 
CC

n°17181
ALVF
Posté le 31-10-2016 à 18:28:15  profilanswer
 

Bonsoir,
 
En ce qui concerne les obusiers de 400, leur étude a été demandée par le GQG qui souhaite disposer d'une arme de destruction plus puissante que le 370 Filloux, apparu sur le front en 1915 mais qui manque de portée.
Pour gagner du temps, la société des Forges et Aciéries de la Marine et d'Homécourt (Saint-Chamond) propose de construire les tubes en utilisant les puissants canons de Marine de 340 modèle 1887 provenant du cuirassé Brennus et des garde-côtes  cuirassés Valmy et Jemmapes (et leurs pièces de rechange) en les raccourcissant et en les alésant au calibre 400 mm. Ces tubes sont montés sur des affûts neufs sur voie ferrée. Les huit obusiers modèle 1915 sont livrés en 1916 et leur premier emploi a lieu sur la Somme où leurs obus explosifs écrasent les villages fortifiés de la première ligne allemande contribuant puissamment au succès éphémère du 1er Corps d'Armée Colonial le 1er juillet 1916 lors de la percée des lignes allemandes sur le plateau de Flaucourt.
Les obus en acier à fusée retardée destinés aux destructions profondes sont employés pour la première fois contre le Fort de Douaumont en octobre 1916.  
 
Petite anecdote: pour la seconde tentative de reprise de Douaumont d'octobre (après l'échec de mai), le général Mangin, hostile à la très grosse artillerie (surtout du fait que son développement était l’œuvre du général Buat!), n'avait demandé que le concours de mortiers de 370 Filloux (comme en mai 1916). Les 400 lui ont été imposés par le GQG et...le général Pétain. De son côté, Nivelle n'avait pas émis d'opinion bien tranchée sur l'emploi des très gros canons, le plan d'action de l'artillerie de Mangin était en fait l’œuvre du colonel Marchal, commandant l'artillerie de la IIe Armée, mis à la disposition du général Mangin pour l'opération contre Douaumont. Le colonel (et bientôt général) Marchal était connu de toute l'artillerie pour son caractère emporté, son irascibilité et son souci de détail (le général Pétain l'appelait "le gendarme"!).
Je vous invite à lire les 12 pages de mon article "Reprendre Douaumont" de la revue "GBM" n° 118 de ce mois qui contient beaucoup d'éléments sur la nature des ordres donnés par Nivelle et Mangin, sur l'analyse de l'importance de la reprise de Douaumont tant aux yeux du GQG qu'aux échelons subordonnés et même au Gouvernement. Vous y trouverez un certain nombre de documents inédits et des photographies de la très grosse artillerie en action à Verdun. Cet article va beaucoup plus loin que l'aspect technique de l'emploi de l'artillerie et peut vous donner quelques pistes pour l'étude du mythe de Verdun.
 
Pour l'étude complète du 400, je publierai l'année prochaine une étude très détaillée sur la technique et l'emploi de ces obusiers, notamment en 1917 en Champagne, à Verdun et à La Malmaison. Cette étude s'appuiera sur des documents tout à fait inédits provenant d'un officier général "apôtre de l'ALVF" aux dires même du général Maurin. Cet officier avait eu la bonne idée de garder une masse de documentation imposante, particulièrement précieuse du fait des pillages d'archives par les allemands lors des années 1940 en ce qui concerne certains domaines militaires et notamment tout ce qui touchait à la grosse artillerie française.
Cordialement,
Guy François.

n°17182
chanteloub​e
Posté le 31-10-2016 à 19:29:27  profilanswer
 

Bonsoir Guy François,
 
Merci de cette précieuse et concise contribution.  
Nous ne manquerons pas  de lire votre prochaine étude.
l'importance de la reprise de Douaumont tant aux yeux du GQG qu'aux échelons subordonnés et même au Gouvernement.
Cordialement
CC
 

n°17188
martian
Posté le 03-11-2016 à 21:01:55  profilanswer
 

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