Bonsoir,
La plaquette Malandrin a déjà été évoquée à plusieurs reprises sur ce Forum.
Il est nécessaire de bien rappeler les responsabilités dans cette triste affaire où certains veulent voir l'unique responsabilité des "Généraux" alors que la réalité est beaucoup plus complexe.
Je résume en quelques lignes:
-Le capitaine Malandrin avait mis au point une plaquette, que je décrirai à la fin du sujet, afin d'éviter les incidents ou les accidents dans les champs de tir trop exigus où les obus de 75 avaient une fâcheuse tendance à sortir des limites après des ricochets.La plaquette diminuait fortement la portée en rendant la trajectoire courbe et évitant de ce fait les incidents ou accidents provoqués par des coups "longs".
-En 1911, sous l'émotion de la crise Marocaine qui faillit provoquer une guerre avec l'Allemagne, un budget de 500 millions est prévu pour doter l'Armée française d'une artillerie lourde de campagne moderne.
-Contrairement à beaucoup d'affirmations, les "Services de l'Artillerie" ont étudié de bons prototypes d'obusiers légers pouvant être rapidement mis en production (sans compter que l'industrie privée dispose "sur étagère" d'excellents matériels d'obusiers légers).
-Après avoir obtenu l'apaisement de la crise Marocaine, les dirigeants sont tout à coup beaucoup moins pressés d'investir de fortes sommes dans l'achat de matériels d'armement très coûteux, d'autant plus que les "militaires" ne sont pas "en odeur de sainteté" dans certains milieux politiques très influents.
-C'est alors que de serviles courtisans, comme il en existe toujours à toutes les époques, trouvent la solution en "découvrant" la plaquette Malandrin dont "l'invention" providentielle devient la "divine surprise" qui permettra à l'Armée française de se passer d'un obusier léger en donnant au "75" la possibilité de tirer en trajectoire courbe comme un obusier pour "fouiller" le terrain invisible.Je passe sur ces responsables que je nommerai dans une étude complète dans une publication argumentée.
-Les gouvernants et en particulier le Ministre de la guerre "sautent" sur cette "pseudo invention" et, après des essais en vraie grandeur sur un champ de tir, deviennent subitement "convaincus" par cette démonstration, surtout organisée par des cabinets ministériels!On peut ainsi faire l'économie d'un crédit de 85 millions et le budget de la guerre devient ainsi une intéressante "variable d'ajustement".
-Certes, "certains" ont gagné du galon, des ministres ont économisé de l'argent public mais un an plus tard (car nous sommes en 1913!), des milliers de poilus succomberont sur les barbelés établis à contre-pente des deuxièmes lignes allemandes, faute d'un obusier léger qui fera défaut à l'armée française pendant toute la guerre!
-Pour être juste, il faut reconnaître que le 16 février 1914, peut-être pris d'un remord tardif, les commissions parlementaires dégagent cette fois 163 millions pour réaliser un programme d'artillerie lourde, la loi de crédit sera enfin votée le 13 juillet 1914!
On voit donc que ce n'est pas du fait de la seule responsabilité des "militaires" que nous sommes partis en guerre presque entièrement démunis d'artillerie lourde moderne.
Un dernier point, le capitaine Malandrin eut à souffrir longtemps des sarcasmes des officiers d'artillerie quand la plaquette qui porte son nom montra sa quasi-inutilié dans la plupart des situations militaires, il n'était pourtant pour rien dans cette application inattendue de son invention!
Pour en revenir à la plaquette Malandrin, ou plutôt aux plaquettes Malandrin, il en a existé deux types principaux.Ce sont de simples rondelles de tôle d'acier à oeil central qui se placent entre la gaine-relais et la fusée-détonateur au moment du tir, on distingue:
-la plaquette P, d'un diamètre de 68 mm et d'un poids de 50 grammes, marquée "P" pour "Près".
-la plaquette L, d'un diamètre de 58 mm et d'un poids de 34 grammes, marquée "L" pour "Loin".
La portée des obus de 75 mm n'est plus que de 4000 mètres au maximum et la précision est très mauvaise pour un tir de guerre (46 mètres à 3000 m de portée), les plaquettes peuvent être employées avec toutes les fusées, sauf la fusée IA.
Faible portée, faible précision, mauvais angle de chute, cela fait beaucoup de défauts mais il faut se souvenir que cette plaquette n'avait initialement que le seul but de diminuer artificiellement la portée des obus de 75 mm sur les champs de tir étroits du temps de paix!
Pour être complet, il a existé aussi une plaquette en acier et à oeil fileté d'un diamètre de 68 mm mais deux fois plus épaisse et lourde que la plaquette "P".Elle était destinée aux obus de 75 mm des chars d'assaut afin de donner un bon angle de chute aux fusées compte-tenu de la nature particulière des tirs effectués par les chars.
Voilà à quoi ressemblent les plaquettes Malandrin qui économisèrent 85 millions de francs-or à la France (car leur fabrication ne coûtait à peu près rien!) mais qui causèrent indirectement la mort de milliers de poilus du fait de l'absence d'un obusier léger dans nos Armées:
Cordialement,
Guy François.