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  Précision des obusiers allemands de 42cm

 

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Précision des obusiers allemands de 42cm

n°5138
MLW
Posté le 21-02-2010 à 20:38:39  profilanswer
 

Je m'interroge sur la précision des obusiers allemands de 42cm - le Gamma et le M-Gerat.  La plupart des historiens écrivent que les deux obusiers étaient exceptionnellement précis pour les normes du temps, mais que le gamma était meilleur que le M-Gerat. Ceci semble raisonnable parce que le Gamma avait un tube beaucoup plus long et était monté sur une base plus stable. Cependant, j'ai lu que le Crown Prince Rupprecht, commandant de la Sixième Armée allemande, avait déclaré que beaucoup d'obus tirés par un obusier gamma du KMK 1 avaint raté le fort de Manonviller , tombant trop court hors du périmètre du fort.  Je sais qu'un obusier gamma du KMK 1 a eu des difficultés techniques.  Était-il pour cela que l'obusier n'était pas précis? Des idées?
 
Cheers, Marc

n°5139
ALVF
Posté le 21-02-2010 à 22:32:39  profilanswer
 

Bonsoir,
 
La précision des matériels dépend de nombreux facteurs de balistique intérieure et extérieure.Pour faire simple, les canons de gros calibre tirant un projectile lourd à faible vitesse initiale sont en principe les plus précis, les moins précis étant les canons tirant à grande vitesse initiale.
Les tables de tir du 42 cm "Gamma" indiquent que la bouche à feu est précise, les corrections du tir lors de la destruction du viaduc de Dannemarie en 1915 montrent une bonne précision et surtout une bonne préparation du tir.
Le "Gamma" est plus précis que le "M Gerät" car il a un canon plus long, une excellente plateforme et de très bonnes munitions en 1914 et 1915, ce qui n'est plus le cas à Verdun en 1916.En quelques jours en février et mars 1916, pas moins de 3 "M Gerät" et 2 "Gamma" de 42 cm seront détruits devant Verdun par explosions de tubes dues à de mauvaises munitions.
Concernant les très gros calibres, la précision de l'obusier français de 400 est supérieure, lors de la destruction des tunnels du Cornillet, l'officier de tir put régler son tir à moins de 20 mètres près à 14000 m de distance et ramener le point moyen des impacts sur l'emplacement présumé (et exact) du carrefour des branches latérales du tunnel avec une galerie principale ce qui provoqua la mort de plus de 600 soldats allemands asphyxiés par le monoxyde de carbone dégagé lors de la détonation dans le tunnel d'un obus de 400 ayant traversé 12 mètres de craie.Des effets identiques, avec moins de victimes mais encore plus de 100 morts, ont été observés lors des tirs de 400 d'août 1917 sur le Kronprinz Tunnel au Mort-Homme.
Les 42 cm allemands n'ont pas obtenu de résultats aussi significatifs sur les forts français de 1914 à 1916.
Cordialement,
Guy François.

n°5141
MLW
Posté le 22-02-2010 à 00:34:13  profilanswer
 

Merci de l'explication. Avez-vous lu quelque chose au sujet de l'exactitude des obusiers de gamma de KMK 1 au Fort Manonviller en août 1914?  Pour quelque raison un des howizters a exploité en gradins la mise à feu le deuxième jour du bombardement.  Était-ce un ennui mécanique qui affectait son exactitude?  
 
En outre, ayez vous savent si le M-Gerat avec sa mise en place sur les nattes en acier devait être nivelé après chaque quelques projectiles, particulièrement si la terre était molle?
 
Merci and Regards, Marc


Message édité par MLW le 22-02-2010 à 00:34:42
n°5171
Cyril Cary
Posté le 28-02-2010 à 13:38:45  profilanswer
 

Bonjour MLW
 
C'eqst vrai que le Français n'est pas une langue facile.
Vous voulez savoir si le M-Gerat devait être replacé en position de tir malgrés les cingolis qu'il porte sur ces roues?
Oui, suivant la consistance du sol (pierre ou terre molle) la pièce était repointée avec plus ou moins d'amplitude suivant son angle de tir.  
 
Cordialement
Cyril

n°6341
evj
Posté le 14-10-2010 à 12:59:36  profilanswer
 

La précision lors des tirs de guerre est loin d'être parfaite : les schémas reprenant les impacts sur les forts d'Anvers, comparés au nombre de coups tirés, donnent un résultat de 13-15% seulement. Et encore, on considère ici comme "but" un obus tombé dans le périmètre des fossés ! Si l'on compte le véritable impact dans une oeuvre vive (béton-cuirassement), c'est très faible. En 1940, lors du tir contre Barchon, le 420 Skoda tirera 15 coups pour trois impacts sur oeuvre vive (ennui mécanique après 12 coups) - peut-être une coupole d'obusier de 75 détruite; le rapport allemand indique qu'une consommation importante de munitions est nécessaire pour avoir une véritable action, munitions qui ne sont pas allouées. Au bloc IV du fort de Battice, un seul impact sur le béton pour 130 coups de 305 mm.

n°6343
Cyril Cary
Posté le 14-10-2010 à 14:11:44  profilanswer
 

Bonjour
 

evj a écrit :

Et encore, on considère ici comme "but" un obus tombé dans le périmètre des fossés !


Oui les impacts dans les fossés sont considéré comme "but". Ils ont pour principal effet l'effondrement de l'escarpe et de la contre-escarpe, ce qui facilite grandement le franchissement de ces obstacles pour l'assaut.
 

evj a écrit :

En 1940, lors du tir contre Barchon, le 420 Skoda tirera 15 coups pour trois impacts sur oeuvre vive (ennui mécanique après 12 coups) - peut-être une coupole d'obusier de 75 détruite; le rapport allemand indique qu'une consommation importante de munitions est nécessaire pour avoir une véritable action, munitions qui ne sont pas allouées.


En 1940 les forts belges ont été modernisés, remaniés et renforcés. Je trouve excellent le résultat du tir: 15 obus pour détruire une tourelle de 75. Les autorités allemandes étaient au courant et connaissaient parfaitement le nombre d'obus à tirer sur un objectif aussi petit qu'une tourelle mais elles étaient également conscientes que l'approvisionnement en munition étaient insuffisant pour avoir un tel résultat, qui fut pourtant atteint.
 
 

evj a écrit :

Au bloc IV du fort de Battice, un seul impact sur le béton pour 130 coups de 305 mm.


Les œuvres vives ne sont pas seulement les blocs de béton qui émergent du sol, mais également la destruction des galeries profondes par la poussée de terre. Le bloc de béton ne devait pas être principalement visé mais les gaines souterraines qui en partent.
 
Connaissez vous les abaques d'artillerie qui donnent le nombre moyen d'obus à tirer pour d'obtenir la destruction d'un élément de fortification permanente?  
 
Cordialement
Cyril

n°6345
ALVF
Posté le 14-10-2010 à 18:17:09  profilanswer
 

Bonsoir,
 
Les gros obusiers sont très précis à condition d'avoir de bonnes munitions, des obus bien lotis et des charges régulières dont la poudre vient d'un même lot de fabrication.Il faut en outre une bonne préparation du tir (calculs de tous les éléments de balistique intérieure et extérieure), dans ces conditions, avec une bonne observation recoupée, on peut tirer avec précision.
Un exemple, voilà les impacts de 400 sur le Fort de Douaumont après les tirs des deux (puis un seul) obusiers français de 400 les 21 et 23 octobre 1916, les massifs et les oeuvres vives du fort ont bien été atteints et le tir peut être considéré comme très bon, malgré des conditions climatiques défavorables.La distance de tir des obusiers était de 14.000 m.
A noter, deux coups anormaux: le coup de flambage et un coup véritablement anormal.
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/2547/img499.jpg
Cordialement,
Guy François.

n°6352
evj
Posté le 16-10-2010 à 22:57:45  profilanswer
 

Excellent document. Il me semble cependant qu'on ne peut comparer la précision du 400 français - très réputé sur ce point - avec les canons allemands ? Pas de généralisation...  
La question de l'approvisionnement disponible est aussi importante. Ceux du fort de Battice furent jugés pour une reddition avant d'être au bout absolu de la résistance ; l'argument invoqué est que l'expérience de 1914 (Maubeuge) avait enseigné qu'il fallait que les ouvrages bombardés endurent le plus longtemps possible, pour vider les stocks ennemis, limités pour ces obus coûteux, et ainsi empêcher le bombardement ultérieur d'autres forts. Cet argument se retrouve d'ailleurs pour les bombes spéciales anti-navires / anti-béton qui firent défaut à Schoenenbourg.

n°6353
ALVF
Posté le 17-10-2010 à 08:20:56  profilanswer
 

Bonjour,
 
La précision du 42-cm "Gamma" est presque semblable à celle du 400 mais moindre pour le 42-cm "M", surtout du fait d'une plateforme beaucoup moins stable pour ce dernier.Il faudrait bien entendu disposer de tous les éléments d'un tir, c'est plus facile pour le "400" français, car certains paramètres allemands nous échappent, faute de documentation.Il est certain que la qualité des obus de 42-cm tirés en 1916 était bien inférieure à celle de 1914, ce qui provoqua de nombreuses explosions de tubes de 42-cm lors de la bataille de Verdun de 1916.Par contre, en France comme en Allemagne, la préparation du tir avait fait de grands progrès à partir de 1915, ce progrès continueront tout au long de la guerre.
Les tables de tir des 42-cm sont connues mais les feuilles et rapports techniques des tirs le sont beaucoup moins.
Un exemple de la précision du 42-cm "Gamma" est donné par le tir sur l'objectif stratégique du viaduc de Dannemarie en 1915, le but est de plus faible dimension qu'un fort car il faut des coups directs au voisinage d'un ouvrage d'art de très faible largeur.Ce tir difficile fut toutefois bien réglé avec emploi de l'aviation et les photographies françaises prises pendant le tir et après celui-ci montrent plusieurs impacts directs sur des piliers.Je rappelle que ce tir a été effectué à grande distance de l'ordre de 14.000 mètres.
Cordialement,
Guy François.


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