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  La famine sourde des fous de Prémontré (02)

 

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La famine sourde des fous de Prémontré (02)

n°4970
gizmo02
Posté le 03-06-2015 à 00:37:31  profilanswer
 

1914-1918 : la famine sourde des fous de Prémontré
 
Durant la Première guerre mondiale, une grande partie des patients de l’hôpital psychiatrique a succombé. Un Axonais vient d’exhumer cette histoire oubliée.
 
http://www.aisnenouvelle.fr/sites/default/files/imagecache/vdn_photo_principale_article/articles/ophotos/20150511/597783338_B975507977Z.1_20150511090546_000_GTC4F9GNA.1-0.jpg
Le « carré de fous » du cimetière de Prémontré. L’hôpital psychiatrique a enregistré 539 décès sur l’ensemble de l’année 1915.
 
Le sort des malades mentaux de Prémontré durant le conflit de 14-18 intrigue de manière sporadique historiens ou médecins. Il vient de faire l’objet d’un diplôme universitaire, un mémoire soutenu par Sébastien Vandenbosch, intitulé « l’asile de Prémontré et la première guerre mondiale : mortalité et sous-alimentation », sous la direction de Patrick Berche, professeur et doyen de la faculté de médecine Paris-Descartes.
 
C’est en lisant l’article d’un bloggeur de Libération que ce responsable du contrôle de gestion du centre hospitalier de Saint-Quentin a eu le déclic. « C’était un article sur le carré des fous de Cadillac, près de Bordeaux. Un des commentaires provenait d’un employé de l’hôpital de Prémontré. Je l’ai contacté », raconte Sébastien Vandenbosch, qui ce bout de laine, va faire une pelote.
 
Le directeur s’est fait la malle
 
Quand les Allemands découvrent Prémontré en 1914, « ils pensent tomber sur un bourg de 1500 habitants et en faire un point de ravitaillement. Sauf qu’il y avait 1300 malades… » Installé dans les magnifiques bâtiments de l’abbaye des Prémontrés, l’asile prospère depuis 1867. La chute n’en sera que plus douloureuse.
 
L’occupant impose des restrictions et des réquisitions qui vont vite anéantir les moyens de subsistance des malades et de leurs personnels encadrants, en l’occurrence les sœurs de la Charité. Le directeur, lui, s’est fait la malle avec sa famille juste avant l’arrivée des « Boches ». Il sera révoqué trois mois plus tard pour « abandon de poste devant l’ennemi ». Les autres médecins ont été mobilisés.
 
Les Allemands, qui n’ont guère de mauvaises intentions avec les malades mentaux, font dès lors ce qu’ils peuvent pour maintenir l’établissement à flot. Un médecin de Coucy-le-Château vient régulièrement consulter. Puis un médecin aliéniste allemand prend le relais.
 
Mais c’est surtout l’économe de l’hôpital et maire du village, Edouard Letombe, qui va assumer durant le conflit le rôle de gestionnaire. « Il prend tout à sa charge, explique Sébastien Vandenbosch. Il doit assurer le ravitaillement des patients et des infirmières avec un budget rendu très maigre par l’augmentation des prix, de la nourriture comme du charbon. » Son fils l’assiste dans ses nombreuses tâches. Sa fille, elle, a laissé un journal intime où elle raconte le quotidien de Prémontré, qu’elle ne quittera qu’en 1917, avant l’évacuation finale. « Ce journal a été retrouvé par hasard par un le directeur de Prémontré, dans les années 90, sur une brocante. Il connaissait le petit neveu de Marguertite Letombe », s’étonne encore l’auteur de l’étude.
 
Évacuation en Belgique
 
Dans ce village perdu au milieu de la forêt de Saint-Gobain, l’hiver 1914-1915 sera terrible. Il va avoir raison de la santé de nombreux malades, affaiblis par les multiples privations. La déshydratation gagne l’hôpital. Si bien que « de novembre 1914 à décembre 1915, 30% des femmes et 48% des hommes meurent de faim ». Une hécatombe qui finit par alerter l’administration du reich. Envoyé par la kommandantur de Lille pour étudier les modalités d’un transfert des patients, le Dr Raviart n’obtiendra l’autorisation finale qu’en février 1916, Français et Allemands ne parvenant pas à trouver un accord sur la question.
 
« Les patients et les infirmières croyaient partir pour la Suisse, ils ont été emmenés en Belgique ». À Merxplas ou Dave-les-Namur, où selon le récit d’un ancien médecin de Prémontré datant de 1921, les frères de la Charité sont « scandalisés de voir leur maison soudain envahie par des femmes accompagnées d'infirmières religieuses ».
 
Avant la fin du conflit, l’abbaye de Prémontré est méthodiquement pillée par les Allemands et décimée par les bombardements alliés. Si bien qu’il faudra trois ans de travail pour que les malades puissent y retrouver leur havre de paix.
 
http://www.aisnenouvelle.fr/region [...] 111n214157
 
Cordialement


Message édité par gizmo02 le 03-06-2015 à 00:40:45
n°4972
CD9362
Posté le 03-06-2015 à 17:43:11  profilanswer
 

Bonsoir
vous avez bien fait de le signaler !  
Cordialement
A_D


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http://1914-joseph-duchene.eklablog.com/

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