Citation :
[...] Les réfugiés de Belgique et du nord de la France, venant bien souvent des pays noirs de ces régions, sont immédiatement embauchés :
- « La mine de Blanzy, qui, avant la guerre, occupait 7.500 ouvriers, en occupe actuellement environ 7.000, soit en moins une différence de 500. Elle a eu 1.800 ouvriers mobilisés, y compris les jeunes des dernières classes. Ils ont été remplacés dans le fond et sur les chantiers par 300 réfugiés du Nord et du Pas-de-Calais, par 500 territoriaux mis à la disposition de la Mine et par 270 étrangers, Russes, Belges, Grecs, Italiens, Espagnols et Indiens. » 550 prisonniers allemands (au 31 octobre 1916) renforcent encore l'effectif de la Mine.
Cette arrivée de réfugiés provoque de multiples difficultés que la Compagnie reconnaît bien volontiers :
- « Le Comité des houillères s'est également entremis pour rechercher et acheminer sur les charbonnages en exploitation les ouvriers du Pas-de-Calais non encore soumis ou ayant cessé d'être soumis aux obligations du service militaire, et en outre, les réfugiés de nationalité étrangère ou les réfugiés belges antérieurement employés dans les mines et combustibles ou les mines métalliques. Cette immigration temporaire et la population de nos environs nous ont fourni progressivement 1.688 travailleurs. Il fallait les loger, il fallait diriger de près leur travail...
[...]
L'afflux d'un grand nombre d’ouvriers étrangers risquait de multiplier les accidents... Grâce à la bonne volonté de tous, notre exercice a été presque aussi bien traité que le précédent : pendant les 5 premiers mois de guerre, du 1er août au 31 décembre, nous n'avons pas eu un seul accident grave. » La Municipalité se met à la disposition de la Compagnie qui cherche à loger ces victimes de l'exode :
- « Le maire de la ville de Montceau-les-Mines porte à la connaissance de ses administrés que plusieurs centaines de mineurs du Nord vont venir travailler à l'extraction de la houille en notre bassin. Il invite donc les ménages ouvriers et autres qui pourraient en recevoir comme pensionnaires de bien vouloir passer en mairie pour donner leur nom et adresse. » - « Appel pour les réfugiés.
Le maire de la ville de Montceau-les-Mines fait un pressant appel à la population en faveur des réfugiés du Nord et du Pas-de-Calais, lesquels sont sans effets et jusque sans chaussures (sic). Il faut donc que chacun apporte à la Mairie les objets de corps disponibles et pouvant servir pour permettre à nos compatriotes de se vêtir suffisamment en attendant qu'ils puissent acheter ce dont ils ont besoin. »
Le départ de ses meilleurs ouvriers et l'arrivée d'étrangers ou de réfugiés ne font pas l'affaire de la Compagnie qui voit baisser un peu la production de son exploitation. Cependant, elle trouve un certain avantage dans cette situation car le Syndicat est affaibli. En effet, il est privé d'un bon nombre de ses militants et les nouveaux venus ne se sentent pas liés avec les ouvriers de la région. Une mésentente diffuse règne dans les rangs des mineurs. Le point culminant de cette tension est d'ailleurs atteint lorsque des querelles éclatent dans la soirée du 9 août 1917 et entraînent la mort d'un homme :
- « Vous savez les bagarres qui se sont produites sur divers points de Montceau-les-Mines dans la soirée de samedi dernier. Il y a un mort et plusieurs blessés. Le Parquet qui se trouvait hier à Montceau, a déjà ordonné plusieurs arrestations. Samedi était jour de paye. [...] Naturellement, on a fait l'arrosage traditionnel et l'on est sorti tard des cabarets. La haine sourde entre mineurs montcelliens et mineurs du Nord n'attendait qu'une occasion pour se manifester ouvertement. Elle la trouva ce soir-là. La conduite tapageuse et l'attitude défiante des ouvriers du Nord provoqua des incidents de cabarets qui dégénérèrent en bagarres sur la voie publique dans plusieurs quartiers de la ville. Vous connaissez le résultat : un mort, plusieurs blessés.
Il est arrivé ce qui devait arriver et l'avenir nous réserve encore des scènes sanglantes entre ces frères ennemis. Vous ne vous imaginez pas à quel point les gens du Nord se sont rendus odieux aux yeux de leurs camarades du bassin de Montceau et de la population montcellienne : Que ce soit au point de vue individuel ou sur le terrain syndical ou professionnel, l'élément du Nord traite le nôtre par le dédain, par le mépris. Il entend ne pas se plier aux coutumes du pays et imposer les siennes. Le tapage nocturne est de règle en rentrant chez soi. Enfin, l'intempérance est à la base de tout. Les bagarres qui se sont produites samedi, peuvent être considérées comme un déclenchement. La haine va se grossir des rancunes et s'adjoindre l'esprit de vengeance.
A Montceau, les événements de cette dramatique soirée défrayent toutes les conversations. A l'hôtel, au café, dans le train, j'ai saisi des conversations de gens appartenant aux différentes classes de la société et toutes en venaient aux conclusions suivantes : " Il fallait que ça arrive. Ces gens-là veulent faire la loi ici. Ils sont maîtres de la rue. Voilà deux ans que nous les supportons. Maintenant que le sang a coulé, ça ira loin. Et pendant que nous sommes molestés par ces gens-là, quantité de mineurs de Montceau sont encore aux armées. Comme si on ne devrait pas nous les rendre et nous débarrasser de ceux du Nord ! "
Voilà l'état d'âme de Montceau devant les événements de samedi et devant les échos qui, de l'avis de tous, en résulteront.
Pour vous permettre de mieux apprécier la situation dans son ensemble, je vous dirai que le personnel de la compagnie des mines de Blanzy se décomposait comme suit au début du mois de juillet dernier :
Etrangers : 100.
Prisonniers de guerre : 2.130.
Gens du Nord : 2.390.
Montcelliens : 6.900.
Total : 11.520. » - « La population montcellienne paraît assez montée contre les mineurs du Nord et, sans doute, il ne faut voir là que des divergences de caractère, des antipathies comme il en existe souvent entre nationaux de diverses régions. Il paraît dés lors difficile de remédier à un état de choses qui ne pourra cesser que lorsque les mineurs des régions envahies seront retournés chez eux. » Ces mineurs du Nord qui « abusent trop souvent du vin de notre pays qu'ils préfèrent à leur bière » défient encore l'autorité du syndicat de Montceau, ne jurant que par le vieux Basly :
- « L'élément du Nord fait toujours bande à part, marquant son mépris pour les hommes et les choses de notre bassin houiller en méconnaissant le Syndicat et en faisant de M. Basly son crédo : " Pour nous, il n'y a que Basly. " » [...]
|