Bonjour,
ce texte émouvant intitulé "L’âme paysanne", extrait d’un vieux livre d’histoire daté de 1920 :
« Les journaux ont raconté ce douloureux voyage que deux paysans de l’Aveyron, un père et une mère, firent de Rodez à Saint-Malo pour aller voir leur enfant blessé. Ils trouvèrent le pauvre petit en lamentable état : une balle lui avait fracassé la mâchoire. Il ne pouvait ni manger ni respirer et il fallait lui donner la becquée comme à un enfant. Impossible de parler. Faute de mieux, les parents prirent les mains de leur enfant et le regardèrent longuement dans les yeux.
Le soir venu, il fallut se séparer. Mais les paysans qui ne connaissaient pas la ville ne savaient où aller. L’infirmière, une dame de la Croix-Rouge, comprit leur détresse et leur dit :
_ Ne dites rien. Je vais vous cacher dans ma chambre, vous dormirez près de lui. Mais chut ! Si l’on se doutait…
_ Mais vous ?
_ Oh ! moi… On attend un convoi de blessés. N’importe comment, je ne me coucherai pas.
Pleins de reconnaissance, les bonnes gens acceptent. A minuit, l’infirmière faisant sa ronde, entrebâille discrètement la porte de sa chambre, et elle voit les deux vieux, pieds nus, à genoux sur le carreau, qui priaient pour leur enfant.
Le matin, de bonne heure et avec discrétion, ils disparurent. Mais sur la cheminée, dans une bourse en peau de chèvre, ils avaient laissé tout leur avoir, une trentaine de francs, avec cette lettre naïve écrite par la mère : « Chère dame du bon Dieu, comment vous remercier ? Le père a décidé de vous laisser notre avoir. Nous, nous n’avons besoin de rien. C’est pour donner du tabac et des douceurs à ces pauvres enfants. Moi, la mère, je vous demande seulement, Madame, d’embrasser mon petit, quand l’heure sera venue qu’il retourne là-bas. »
BB
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Bruno Baverel.
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